LA BROCHURE A L ASSEMBLEE DE FULDA 2G
Prévenir l'épiscopat contre l'infaillibilité pontificale, lui fournir des armes pour en combattre en concile la définition, tel était le but d'une brochure qui fut au début de septembre envoyée par la poste aux évêques allemands réunis à Fulda. Elle ne portait pas de nom d'auteur, ni d'éditeur, ni d'imprimeur, ni d indication du lieu d'impression ; son titre était : Quelques remarques sur cette question : Est-il opportun de définir l'infaillibilité du pape? respectueusement soumise aux vénérables Archevêques et Evèques. Elle n'était pas destinée aux seuls prélats allemands, mais bien à ceux de tout l'univers; des traductions en italien, en espagnol et anglais furent adressées aux évêques d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre et de ses colonies et des Etats-Unis d'Amérique (Nord) (i). On aurait pu s'étonner de ne pas en voir faire de traduction française. //
Elle se fit un peu attendre ; nous verrons plus tard (2) que le traducteur — qui n'était autre que M81" Dupanloup, évéque d'Orléans — y mettait à ce moment même la dernière main; ce fut lui qui l'envoya à tous les évêques de France.
Pour le fond c'est la thèse de Janus, avec moins de haine contre Rome et un ton convenable. Ce n'est pas « au point de vue théologique » dit l'introduction, que la présente brochure veut étudier, la doctrine de l'infaillibilité pontificale, elle recherche seulement s'il est opportun de la définir. « Après avoir mûrement considéré la question sous tous ses aspects, les rédacteurs ont acquis la ferme conviction qu'actuellement rien ne serait plus inopportun, plus malencontreux pour l'Eglise que la définition d'un pareil dogme. Soulever seulement la question au concile serait déjà une
(1) Cecconi put à grand peine se procurer un exemplaire de cette brochure (loc. cit. Sez I, p. 512', trad. franc, t. II, p. 464), encore était-ce un exemplaire italien, traduit, semble-t-il, sur l'anglais. lien donne la préface en allemand (loc. cit. Sez. IL Doc. CLXI1I) et le texte en italien (ibid. p. [1584] sqq. trad. franc, t. III, p. 34Gsiiq.)
(2) Voir plus bas ch. 10.
grave faute et un grand malheur ». Et eela pour six raisons.
La définition de l'infaillibilité élèverait un nouveau mur de séparation entre l'Eglise et les schisinatiques d'Orient; elle nous aliénerait — c'est à craindre — encore davantage les protestants ; les gouvernements non catholiques en prendraient ombrage; les rapports avec les gouvernements catholiques en deviendraient plus difficiles; au concile on doit par dessus tout éviter les discussions violentes — suivant l'exemple déjà donné par Pie IV qui défendit à ses légats de proposer à Trente les matières capables d'engager les Pères dans des débats trop ardents —, enfin l'on ne voit pas que cette définition soit nécessaire : l'Eglise s'en est passée pendant dix-huit siècles.
Les auteurs de la brochure promettaient bien de se restreindre à la question d'opportunité; mais dès le huitième paragraphe ils s'en prennent à la doctrine elle-même. « Si le pape est infaillible, disent-ils, les évèques cessent d'être juges, témoins et docteurs de la foi, dorénavant les conciles sont superflus; enfin, son infaillibilité exclusive et personnelle le sépare de tout l'épiscopat. //
En convoquant un concile général, Pie IX n'a pas eu l'intention de faire définir son infaillibilité. D'ailleurs, trop de points de cette obscure question ont besoin d'être éclaircis : quels enseignements, quels actes jouissent du privilège de l'inerrance et dans quelles conditions. L'histoire fournit aux auteurs de la brochure une série d'objections contre la thèse ultramontaine et comme le pape reste toujours homme et sujet à pécher, ils estiment que le pontife pourrait niésuser de sa prérogative pour le malheur de l'Eglise. Conclusion : la définition n'est pas seulement inopportune, elle est impossible. Que des théologiens ignorant tout, sauf leurs livres, que des journalistes qui vivent de leurs passions, que les flatteurs du pape y poussent sans souci, cela se comprend: «mais ceux à qui est commis le