‹ Histoire du Concile Oecumenique du VaticanChapitre 12 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CONCLUSION. — TRADITION DE l’aNGLETERRE. — UNE PLUS GRANDE UNITÉ DE FOI RÉSULTERA DE LA DÉ- FINITION.

Les évêques sont les témoins de la foi objective de l’Église.

Dans un concile œcuménique, les évêques senties témoins de la foi de leurs Églises respectives ; non pas, toutefois, qu’ils soient les représentants ou les délégués de leurs troupeaux, théorie étrangement mise eu avant par quelques écrivains qui dénombraient la population de ce qu’il leur plaisait d’appeler les grandes villes, dans l’intention de donner du poids au témoignage des évêques de ces villes contre celui des autres. C’était, du reste, montrer qu’ils s’appuyaient sur l’ordre naturel et tpi’ils raisonnaient, non pas d’après les principes de foi, mais d’apres les principes d’une politique mondaine.

Les évêques sont les témoins, surtout et principale-

HISTOIRE DO CONCILE

ment, non de la foi subjective de leurs troupeaux, qui jieiit varier ou s’obscurcir, niais de la foi objective de l’Église confiée à leur sollicitude et dont ils deviennent par leur consécration témoins, docteurs et juges. Par leur consécration, ils entrent dans l’Ecc/esia ûfoceni, et la divine tradition de la foi se trouve conliée à leur garde. Or, sous ce rapport, il n’y a pas la moindre différence entre le plus humble des vicaires apostoliques et l’évêque des plus populeuses et des plus importantes villes de la chrétienté.

Dans le cours des discussions, témoignage a été rendu à la tradition non interrompue de la doctrine de l’infaillibilité pontificale en Italie, en Espagne, en Irlande et dans un grand nombre d’autres contrées. 11 ne sera par conséquent point sans utilité et sans intérêt d’ajouter ici rapidement quelques preuves de la constante tradition de l’Angleterre en ce qui concerne cette doctrine. Il serait déplacé dans cette Lettre pastorale de faire autre chose que de me borner à un petit nombre de citations; mais je voudrais exciter quelque écrivain qui aurait le temj)s de se livrer a une pareille recherche, à recueillir et à publier une calena (chaîne) complète des preuves tirées des auteurs antérieurs et postérieurs à la Réforme. On verrait ainsi que le gallicanisme des coteries cisalpines ou des éraancipateufs politiques n’a pas été autre chose qu’une aberration momentanée d’un petit nombre d’esprits placés sous la pression des lois pénales. Ce ne furent que des cas exceptionnels dans la noble fidélité des catholiques d’Angleterre.

RÉSULTAT DE LA DÉFINITION

Tradition de l’Angleterre.

En ce qui concerne les évêques et les docteurs de l'Eglise d’Angleterrre avant la Réforme, je puis vous rappeler d’abord les paroles de saint Anselme, de saint Thomas de Cantorbéry et de Bradwardine, tous trois primats d’Angleterre, paroles que j’ai rapportées dans ma Lettre pastorale de l’année dernière ‘ . A ces noms peuvent s’ajouter ceux de saint Ælred de Rivaulx de Jean de Salisbury de Robert Pnllen *, de Thomas d’Evesham de Robert Grostête *, de Roger Bacon ’, de Scot *, de Bachon d’Holcot de Richard Ralph “ et de R. Waldensis Tous ces écrivains parlent de la primauté du Pontife et de l’obligation où l’on est, sous peine de péché, d'obéir à ses jugements et de suivre ses doctrines , en hommes qui ne se doutent pas même qu’un catholique puisse discuter la divine certitude de son enseignement. La définition du Vatican a déterminé la raison

‘ The œcumenieal Council (le Concile œcuménique et rinlaillibilité du Pontife romain). Londres, 1869; Paris, 1870, chez V, Palmé (traduction française). N. du trad.

* Bibl. Max. Patrum, tom. xxlil. p. 57, 58. Ed. Lugd. 1677.

* Polycrates, lib. vi. c. S4, p. 61. Ed. Giles.

* In Sentent., b. vin. c. ni.

» In Vila Sancii Eîwini, sect. vi.

* Epp. 72 et 127.

Opus, c. XIV.

* In Sent. iv. dist. vi. 9, 8.

® Proleg. in lib. iv. Sentent.

>0 In lib. IV. Sentent.

t* Summa in quæstionibus Armenomm, lib, vu. c. S.

*• Doctrina Fidci, lib. ii. capp. *7, 48.

de cette foi implicite, en déclarant qu’il y a dans cette primiuité un Charisma qui préserve d’erreur en matière de foi et de mœurs 1a suprême autorité doctrinale du Pontife.

Mais je laisse à d’autres de compléter cette partie du sujet, et j’arrive à la période de la Réforme.

La controverse contre l’autorité de Rome fournit des déclarations explicites de Thomas Morus et du cardinal Fi.sher.

Morus, écrivant contre Luther, dit : « Juge, je t’en « prie, cher Lecteur, avec quelle sincérité le père Bii- « venr traite ce passage de saint Jérôme, où celui-ci <t dit que le Pape de Rome approuve sa foi, déclarant € ainsi ouvertement qu’on ne peut douter que celui qui a est d’accord avec ce Siège, a une foi solide et pure ; c car comment aurait-il pu le dire plus magnifiquement? « Cependant le père Buveur, Luther, dissimule cela si « bien qu’il enveloppe le lecteur de nuages et de ténè- « bres, et il détourne tellement leses[)rits qu’ils nepeu- « vent plus se souvenir de rien de semblable '. »

Le cardinal Fisher, écrivant contre Luther, dit à son tour: a Je ne sais qu’une chose, c’est qu’ Augustin cc parle partout de Pierre comme du premier et du a Prince des Apôtres et du Docteur et du Chef des au-

* Quæso, Icclor, jiidica i|uam sincere paler Polator Imnc locum Ilieronyini tractet : cum ille dicat, salis esse sibi si suam ndem couiprobaret papa romanus ; nimirum aperte sipnificans, non dubitandum esse ilium recte sentire de flde, qui cum ilia Sede cunsentiat : quo quid potiiissct dicere niagnifîceotius ? istnd adeo dissimulât pater l'otator Lutherus ut etiam tenebras leclori conelur ofTundere et animos bomiiiiini verbis alio, ne quid recordentur, abduccre. Morus, in Lui/ieruin, lib. il. cap. iv. p. 87. Louvain, 1566.

RÉSULTAT DE LA DÉFINITION

« très, en qui il ditquelesautressont contenus, de même « que dans le chef d’une famille on comprend le reste de « la multitude (des membres dont se compose lafamille)' . * Il ajoute plus loin : « Où croyez-vous que la foi demeure « ailleurs que dans l’Église du Christ ? J’ai prié pour < loi, dit le Christ à Pierre, afin que ta foi ne défaille tt pas. Lu foi de Pierre, n’en doutez pas, restera tou- € jours dans la succession de Pierre, qui est l’Église *. » Et c’est là précisément la définition du Concile du Vatican : Romanum Ponlificem ea infallibililate pollerc, qua divinus Redemplor Ecclesiam suam instructam esse voluit.

Le cardinal Pôle, après avoir raconté la conduite de Pierre dans le Concile de Jérusalem, poursuit ainsi : € C’est la même chose que les successeurs de Pierre, € suivant sa foi, ont faite dans tous les autres Conciles, « dans lesquels on a vu bien plus clairement que durant « la vie de Pierre, de quelle nature sont les efforts de « Satan qui cherche à cribler l’Église de Dieu, et com- « bien est grande la force de ce remède spécial que le « Christ a indiqué par ces paroles en s’adressant à € Pierre : El toi, une fois converti, confirme tes frères. « En effet, qu’on cherche tous les remèdes au moyen « desquels l’Église a lutté contre la malice de Satan,

' Unum scio, quod Aiignstinus ubique Petrum facit Primum et Prindpem Apoftoloriim ac Magistnim et capul carterorum, in qno et ca;teros contineri dicit, sicut in capitc cujusvis familiæ reliqua' comprclienditur multitudo. Joannis Boffensis Confuiatw Errorura LutUeri, art. XXV. ad lincm, in Rocaberli Bitiliolh. Ponlif. tom. XIV. p. 5SÎ.

’ l.bi credis alibi manerc fidem qiiam in Eeclesia Chrisli ? Kgo, inquit Christus ad Pelnim, royavi )>ro le ut non Uefteiat fidet tua. Pétri fidcs" ne dubila scnipcr in successione Pétri manebit, quæ est Ecclcsia. Id. art. xxvn. ad lin. in Rocaberlo, tum. xiv. p. 587.

€ qui ne cesse jamais de l’attaquer par des tentations « de toutes sortes, et l’on u’eu trouvera certaiuement « point qui puisse être comparé à celui qu’on a con« € tume d’employer dans les Conciles généraux, savoir, € que tous les évêques de toutes les Eglises, en leur

< qualité de frères de Pierre, doivent être confirmés « par ses successeur.s, qui professent la même foi *. »

C’est dans le même sens qu’écrit Harding, dans sa réfutation de Jewel : « Le Pape, dit-il, succède à « Pierre autorisé et en pouvoirs. Car le troupeau « du Christ devant continuer jusqu’à la fin du monde, t il est insensé de penser que le Christ n’a placé « qu’un pasteur temporaire à la tête de son troupeau « perpétuel. Il a dit à Pierre qu’il avait obtenu pour « lui, par sa prière faite au Père, que sa foi ne vien-

< drait point à faillir. Il lui a donc donné la grâce de a ne point faillir, et de confirmer et d’affirmer ses frè- € res; par conséquent chaque Pape obtient du Saiut- « Esprit pour le bien de l’Eglise la grâce de la solidité a dans la foi, la grâce d’affermir ceux qui chancellent

' Idem etiam Pétri successores, fidem ejus secuti, fecere in reliquis omnibus conciliis. in quitus multo illustrius qiiam vivo Petro comperlum est, et cujusmodi esset Satanæ conatus Ecclesiam Dei cribrare expetentis et quanta ad eos repnmendos exstiterit vis bujus siogularis remedii,quod Chrislus ad Petrum sermonem convertcns verbis illis indicavit ; £t tu aliquando conversus confirma fratres iuot. Ut enim omnia remedia quærantur qnæ ullo tempore Ecclesia est experts contra Satanæ malitiam nunquam non omni tentationis genere cam aggredientis : nullum certe reperietur quod cum bac comparari possit, quod in conciliis generalibus adhiberi est solitum, ut singuli singularum Ecclesiarum episcopi, tanquam Pétri fratres, confirmarentur per ejus successores eamdem fidem profitentes.— Gard. Polus, De Summo Pontifice, cap. iv. (Rocaberti, Biblioth. Pontif. tom. ivili, p. 140.1

RÉSULTAT DE LA DÉFINITION

« et qui doutent dans la foi. Et ainsi le Pape, quoiqu’il « puisse personnellement errer dans son jugement « privé comme homme, et dans son esprit comme doc-

• leur particulier, cepeudant, en tant que Pape, suc- < cesseur de Pierre, Vicaire de Jésus-Christ sur la terre « et Pasteur de l’Église univei*selle, il n’erre jamais, il « ii’u jamais erré dans un jugement et une délibération

• publiqueet dans une sentence définitive. Car, lorsqu’il « ordonne ou détermine quelque chose eu vertu de sa € haute autorité épiscopale, avec l’intention d’obliger « les chrétiens à accomplir ou à croire ce qu’il ordonne « ou définit, il est toujours dirigé et aidé par la grâce « et l’assistance du Saint Esprit '. »

Campian répond ainsi à Whitaker: « Nous ne som- « mes pas soumis à la voix d'un homme, comme vous « nous eu accusez faussemeut, nous ne sommes soumis « qu’à la divine promesse du Christ faite à Pierre et â « ses successeurs, pour qui il a prié le Père afin qu’ils « fussent inébranlables dans la foi : J’at prié ]xmr toi^ € Pierre. Et il ajoute: Afin que ta foi ne défaille pas. « Le fruit de cette prière, comme ce qui suit le montre « bien, n’appartient pas à Pierre seul, mais aussi à ses « successeurs.... Eu effet, l’Eglise ne devant pas s’ é- « teindre avec Pierre, mais durer jusqu’à la fin du » inonde, la même stabilité dans la foi était mêmed’au- » tant plus nécessaire aux successeurs de Pierre, les

< Conratation oF a Book entitled .tn Apology of ihe Church of Englamt (Réfutation d'un livre intitulé : Une Apologie de t’Bglise i£ Angleterre), par Thomas Harding, D. D., p. 33.1 a. Dédié à la Reine. Anvers, 1S61.

« Pontifes romains, qu’ils étaient plus faibles que « lui, et qu’ils devaient être attaqués avec désarmés « plus puissantes par les tyrans, par les hérétiques et « parles impies. De même donc que Pierre, une fois <r converti, a confirmé les apôtres ses frères, de même « les Pontifes doivent confirmer leurs frères, les autres « évêques. * Et Campiau ajoute : « Sous sa conduite, « ils ne peuvent s’écarter du sentier de la foi ' . »

Ces citations sont plus que suffisantes pour montrer quelle était la foi de l’Église d’Angleterre au seizième siècle, c’est-à-dire au milieu des controverses suscitées par la Réforme ; elles montrent quelle était cette foi pour laquelle les catholiques d’Angleterre combattaient et soufifraient.

Au dix-septième siècle, nous pouvons prendre Nicolas Sanders pour notre premier témoin. Il écrit dans sou livre De Clavi David : « Nous déclarons en toute « libei té, et ce que nous déclarons en parole, nous le « prouvons par le fait, nous déclarons que le succes- « seur de Pierre, l’évêque de Rome, exposant aux évê- • ques la foi du Christ, n’a jamais erré, ni n’a jamais « prêté son autorité à un hérétique pour la promulga- « tion de l’hérésie *. »

Kellison, président du collège de Douai, en 1605,

’ Confulatio Responsionis G. VVhitakeri, p. 4i. Paris, 1582.

> At vero nos libéré dicimiis, el quoi! verbo dicimus rc ipsa comprobaniBS, Pétri sticcessnrem Episcopuin Romamim in exponenda Episcopis flde Christi nunquain errasse, nuiiquam aut ullius hærcsis auctorem fuisse, ant alii hæretico ad promiilgandum hxresim suam præbuisse auctoritatcm. Nicolas Sanderus, de Clavi David, lib. v. cap. iv.

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écrit ce qui suit : « C’est eu deux sens que Pierre peut « être appelé le roc de l’Eglise. D’abord, il est un « homme privé, et si l’Eglise eût été fondée sur lui, « elle serait tombée avec lui; ensuite, il estime per- « sonne publique et le Pasteur suprême, qui doit avoir € des successeurs à qui la constance dans la foi est « promise, et par qui l’Église elle-même doit être sou- « tenue, et c’est ainsi que l’Eglise ne meurt pas avec « Pierre, mais qu’elle continue de s’appuyer sur ses « successeurs. C’est parce que Pierre et ses successeurs « soutiennent l’Église par leur foi indéfectible, dans a laquelle ils ne doivent jamais errer en leur qualité « de suprêmes pasteurs, que les Pères disent tantôt a que l’Église est fondée sur Pierre, tantôt qu’elle est « fondée sur sa foi, qui est la foi du Chef suprême, ce a qui, en effet, est la même chose. Car, si Pierre soutient « l’Église par l’indéfectible foi qu’il enseigne , alors et Pierre soutient l’Église, puisque sa foi est assurée, et a. que sa foi soutient l’Eglise, non pas comme étant une « foi quelconque, mais comme étant la foi de Pierre. « Le Chef suprême ne peut errer dans la foi qu’il ena. seigne spécialement de sa chaire (ex cathedra), c’est- « à-dire non comme un particulier qui propose une (t opinion, mais comme Docteur public et Chef des « Pasteurs, en définissant et ordonnant ce que tous les « chrétiens doivent croire. Par conséquent l’Église, (c qui s’appuie sur sa déûnition, ne sera jamais ren- « versée, quoiqu’elle puisse être secouée »

‘ A Survey of the New Religion (coup-d’œil sur la nouvelle religion), par Mathieu Kellison, liv. premier, chap. vi. p. 74. Douai, 1605.

Nous lisons dans un ouvrage publié en 1634 par S. N., docteur en théologie : a La même chose est prout vée par tous les textes qui montrent que l’évêque € qui est le Chef et la tête de l’Eglise ne peut errer dans c ,1a définition des matières de foi. Sùnon, Simoti, Sa- « tana détiré de vous cribler comme le froment, mais j'ai « prié pour toi, afin que la foi ne défaille pas. Ici le « Christ n’a pas prié pour toute l’Eglise, mais pour « Pierre en particulier, coimne tous ces mots le mon - « trent : Simon... pour toi... ta foi... tes frères... Ije a Sauveur commence même à parler au pluriel : Satan « a désiré de vous cribler, et il change tout-à*conp en « disant : Mais fai prié pour toi. En outre, il prie pour « celui à qui il dit : Et loi, une fois converti, ce qui ne c peut pas s’appliquer à tonte l’Église, à moins que « nous ne disions que toute l’Eglise a dû être d’abord € pervertie, ce qui est faux de toutes manières. Mais « maintenant que le Christ a prié pour que la foi de « Pierre ne défaille pas et que cette prière a été faite e pour le bien de l’Église, comme le diable désire toua jours cribler les fidèles, il s’ensuit que l’Église possède 4 toujours un chef dont la foi ne peut défaillir, et par 4 qui elle est confirmée ‘ . »

Southwell, ou Bacon, qui écrivait en 1638, affirme ; a Que le Pontife romain, hors du Concile, est infuilli- <i ble dans ses définitions. » Il ajoute : « Il est claire- « ment prouvé par ce qui a déjà été dit que celui qui a est la pierre fondamentale de l’Église, lui infusant

* The Triple Cord (la triple corde), p. 73. 1634.

nÉSULTAT DE LA DÉFINITION. 175

€ actuellement et toujours la fermeté contre les portes « de l’enfer et contre les hérésies, que celui qui est le « l’asteur, non de tel ou tel endroit, mais de tout le « troupeau, et qui, par conséquent, est obligé de le a nourrir, de le gouverner et de le diriger dans toutes a les choses nécessaires au salut, ne peut errer dans c un jugement de foi... Le Pontife suprême est à la foi « la Pierre et le Pasteur, comme cela a été clairement « prouvé, et, par conséquent, il ne peut errer dans un a. jugement de foi. » C’est ce qu’il démontre, entre autres preuves, par la promesse de Notre-Seigneur : fai prié pour toi, etc. Et il ajoute ; ot Ce qui a été « dit à Pierre comme pasteur a été dit au Pontife roa. main, comme on l’a abondamment prouvé '. b C ette tradition n’a pas été interrompue, quoique l’accablement qui suivit la révolution del688 ait réduit les catholiques au silence. Les témoignages que je vais citer suffisent pour le dix-huitième siècle. D’abord celui d’Alban Buttler, qui représente assurément les catholiques de ce temps, et dont son historien a dit ce qui suit : « Il « est évident, d’après son Epilome de sex prioribus a conduis œcumenicis, in cake Iractatus de Incarna^ d tione, qu’il avait la plus profonde vénération pour le « Saint-Siège et pour celui qui s’assied dans la chaire « de saint Pierre; qu’il a constamment tenu et soutenu c les droits et les prérogatives singulières de saint « Pierre et de ses successeurs relativement à la couvo- «c cation, à la présidence et à la confirmation des con-

< Régula viva, «eu Analysis fidti, p. 41, Anvers, 163S.

<r elles génériiux et œcuméniques ; la supériorité du « Pape sur toute l’Eglise, sur tout le collège des évê- * ques et sur le concile général ; Virréformabüilé de « ses décisions doctrinales en matière de foi et de mœurs; a le pouvoir souverain qu’il a de dispenser, lorsqu’il y « en a une rai.son, des canons des Conciles généraux ; a en un mot, la plénitude de son autorité sur toute « l’Église sans restriction ou limitation. Nihil excipitur a îibi dislinguitur nihil. S. Bernard, 1. ii. de Consid. a c. 8 » Ce qui ajoute à la force de ces paroles, c’est

qu’Alban Buttler ne tenait pas seulement ces doctrines, mais qu’il les enseignait dans ses traités tliéologiques, et c’est que nous recevons ce témoignage de la plume même de Charles Buttler, le dernier des hommes qu’on puisse suspecter d’ultramontanisme.

En 1790, à cette époque où uu certain nombre de catholiques, fatigués par les lois pénales, fascinés par le Parlement et peut-être intimidés par rinliuence dominante du protestantisme, se mirent à expliquer d’une façon peu orthodoxe les doctrines catholiques et à s’appeler d’un nom que je ne veux pas répéter ici, le Kév. Charles Plowden publia un ouvrage dont le titre seul est un témoignage et une preuve. Cet ouvrage est intitulé : Considérations sur i’Opinion moderne de la faillibilité du Saint-Siège dans la direction des questiojis dogmatiques ®. Le premier chapitre s’ouvre par ces mots :

• An Account of the Life and Writings of the Rev. Âlban Buttler (Relation sur la Vie et les Écrits d’Alban Buttler), p. 16. Londres, 1799.

* Considérations on the Alodern opinion of the Fallibility of the Holf See in the Decisions of dogmatical Questions.

RÉSULTAT DE LA DÉFINITIOK. 177

« Avant la déclaration du clergé de France, en 1682, a c’était la croyance générale des catholiques romains a que les décisions solennelles du Saint-Siège eu raa- « tière de dogme et de morale sont infaillibles. Depuis a cette époque, l’opinion contraire est soutenue dans « un grand nombre d’écoles en France ; elle a été im- « portée dans ce royaume avec d’autres raretés fran- « çaiscs, et il paraît que c’est maintenant le système « qui prévaut, spécialement parmi ceux des membres « de notre clergé catholique et parmi ceux des laïques « qui ont peu étudié les deux systèmes. » L’auteur prouve alors solidement ce que nous avons si souvent affirmé dans nos Lettres pastorales, savoir, qu’à l’exception de l’opinion moderne de l’école gallicane, école locale et transitoire, la foi universelle et traditionnelle de l’Eglise dans l’infaillibilité du Pontife romain ne s’est jamais obscurcie.

Plowden condamne ensuite le serment que certains catholiques se proposaient à eux-mêmes et aux autres à cette époque; il s’exprime ainsi :

a La clause qui concerne l'Infaillibilité papale démontre que le serment n’avait pas pour but de concilier la masse des catholiques romains, car le nombre considérable de ceux qui croient que les décrets solennels et canoniques du Pape en matière de foi sont irréformables, ne pourra jamais être amené à la pronoimer en conscience. Si les interprètes de ce serment nous disent que ceux qui le prêtent n’entendent pas pour cela exclure la croyance à l’infaillibilité dans les décisions

dogmatiques , nous leur répondrons qu’eu admettant une pareille condition tacite nous serions conduits à jurer ce que nous ne croyons pas. Les expressions pas d'infaillibilité et quelque infaillibibililé seront toujours contradictoires. Le public catholique peut déjà savoir que je regarde l’opinion moderne de la faillibilité papale dans les décisions de foi comme mal fondée et dangereuse, et je pense que la doctrine de l’infuillibilité en matière de foi, quoiqu’elle ne soit pas définie, peut être aisément démontrée comme étant la doctrine de l’Eglise catholique, et par conséquent vraie. On ne peut donc la rejeter. L’addition du mot personnel n’écarte pas la difficulté ; car, si le Chef suprême de l’Eglise est infaillible dans ses décisions dogmatiques solennelles^ cette infaillibilité s’attache à sa personne. Elle a été promise et donnée à saint Pierre, et elle subsiste dans les successeurs légitimes de saint Pierre. Elle n’appartient pus in solidum à l’Église particulière de Kome comme formant une agrégation d’individns ; elle n'appartient pas à la chaire ou au siège de Eome comme étant une chose distincte du Pape. La distinction entre la sedes (le siège) et le sedens (le siégeant) est un subterfuge moderne des jansénistes, inconnu à l’antiquité, qui a toujours entendu la personne de l’Évêque suprême, qu’elle attribuât l’inerrance directement à lui ou métaphoriquement à son siège. Si le Pape est infaillible, il est personnellement infaillible ‘ . »

> Observations on lhe Oath proposed to ihe English Roman Catholics (obstrvations sur le serment proposé aux catholiques romaius d'Angleterre), par Cbarles Plowden, p. 43. Londres, 1790.

RÉSULTAT DE LA DÉFINITION

Je ne citerai plus que deux témoins qui ont apporté leur témoignage au dernier siècle, mais qui ont vécu jusque dans celui-ci, l’évêque Hay, mort en 18H,et l’évêque Millier, mort en 1826.

Voici ce qu’écrit l’évêque Hay dans son Chrétien sin~ cbre (Siucere Christian) :

« Q. 27. Sur quelles raisons s’appuie l’opinion des théologiens qui croient que le Pape lui-même, lorsqu’il parle à tous les fidèles en sa qualité de Chef de l’Eglise, est infaillible dans son enseignement?

« R. Sur plusieurs raisons très-fortes, tirées de l’Ecriture, de la tradition et de la raison. »

L’auteur expo.se ces raisons d'ime façon complète, et, cela fait, il poursuit ses questions.

« Q. 51 . Quelles preuves apportent donc les autres à l’appui de leur opinion que le Chef de l’Eglise n’est pas infaillible?

€ R. Ils n’apportent aucun texte de l’Ecriture pour le prouver, etc. »

Enfin l’évêque Milner, dans son livre intitulé : La Démocratie ecclésiastique dévoilée (EcclesiasticalDemocracy detected), et publié en 1795, après avoir dit dans le texte que « la controverse sur l’inerrance du « Pape est ici entièrement hors de question », ajoute ces paroles en note: « Il est vrai que j’ai été élevé dans « la croyance à cette inerrance, et je n’ai vu jusqu’à « présent aucun motif de changer d’opinion... Mais si « le laïque, qui ne manque jamais de tourner en ridicule « la doctrine en question, veut la Combattre de bonne

« guerre, il sait qu’il trouvera uu antagoniste prêt à a lutter contre lui. Au sujet de riussertion de cet écria vain qui parle du prétendu danger politique résultant € de la doctrine de l’iiifailliLilité papale, je n’hésiterai « pas il lui porter défi ; car il est extrêmement facile de € montrer qu’il ne saurait résulter un plus grand dan- • ger ppur l’État dans l’admission de l’inerrance du € Pape que dans l’admisssioii de l'inerrance de l’Église « elle-même ‘ . »

.l’espère au moins, après tous ces témoignages, que nous n’entendrons plus dire que les catholiques d’Angleterre n'ont jamais cru cette doctrine ou n’en ont jamais reçu l’enseignement, ni que les vieux catholiques d’Angleterre refusent de suivre de nouvelles opinions, et autres choses semblables. Nous avons trop entendu de ces choses, et les noms honorés de ceux qui ont conservé la foi à travers trois cents ans de persécutions ont été trop déshonorés par cette imputation qu’ils n’ont pas été fidèles aux martyrs, aux confesseurs et aux docteurs de l’Angleterre. La foi de saint Anselme et de saint Thomas, de 'fhomas Morus et du cardinal Fisher, d’Hay et de Millier, est la foi des catholiques d’Angleterre. Quiconque se sépare d’eux renonce à sa part dans l’héritage de fidélité que ces hommes ont transmis jusqu’à nous.

Désastres prédits comme conséquence de la définition.

Je n’ai plus que quelques mots à ajouter sur les dé-

» Eccieiiasticai Dtmocracy delected, p. 98. Londres, 1793.

RÉSULTAT DE LA DÉFINITION. 181

sastreuses conséquences de la définition qu’on s’est plu à prédire.

On nous a dit que la définition de rinfaillibiüté aliénerait les plus belles provinces de l’Église catholique, qu’elle diviserait l’Église en deux parties, qu’elle pousserait h une séparation tous les hommes de science et d’indépendance, et qu’elle soulèverait la raison de l’humanité contre les superstitions de Rome. On nous a parlé de savants professeurs, de facultés de théologie, d’universités entières, de multitudes de laïques, de centaines d’ecclésiastiques, de la fleur de l’épiscopat, qui étaient disposés à protester en corps et à se retirer. Il devait y avoir une sécession en France, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie. Les vieux catholiques d’Angleterre ne voudraient jamais entendre^ parler de ce nouveau dogme, et il serait difficile de maintenir la concorde avec eux. Mais chaque jour dissipe ces illusions, et pourtant on n’entend pas un mot d’aveu à cet égard. Un professeur a été déclaré suspens a divinis en Allemagne ; une ou deux vingtaines de professeurs laïques, conduits par une poignée d’hommes dont les noms sont connus et par une centaine de laïques qui, même avant la réunion du Concile, avaient commencé à protester contre ses actes, ont convoqué un congrès qui a fini par réunir quelque vingt personnes. Telles ont été jusqu’à présent les conséquences funestes de la Définition, avec l’opposition vraie ou supposée d’un seul évêque, dont je ne veux pas écrire le nom par respect, d’autant plus que cette allégation n’a jamais été confirmée par un seul mot, par un seul acte de sa part.

D’un autre côté, les évêques qui s’étaient opposés à la Définition comme inopportune, et qu’oii avait calomnieusement présentés comme opposés à la doctrine de l’Infaillibilité, se mirent à publier presque en même temps leur soumission aux actes du Concile. Déjà la plus grande partie de ceux des évêques de France qui s’étaient trouvés parmi les opposants, ont explicitement déclaré leur adhésion Les évêques d’Allemagne, assemblés à Fulda, ont publié une Lettre pastorale d’une telle importance que je la reproduis parmi les Documents qui suivent la présente Lettre Elle est signée de dix-sept noms, comprenant tous ceux des principaux évêques d’Allemagne. On ne peut douter des sentiments de ceux qui n’ont point parlé. Les principaux évêques d’Autriche et de Hongrie, qui peuvent être considérés comme représentant les épiscopats de ces deux pays, ont fait des déclarations semblables. Le clergé et les fidèles du Royaume-Uni d’Angleterre et d’Irlande, à la très-rare exception de quelques individualités, ont été unanimes, comme toujours, à accepter avec joie la définition. L’Irlande a parlé pour elle-même, non-seulement dans un grand nombre de diocèses et par la bouche de ses évêques, mais par le Triduum ou Action de grâces de trois jours , célébré à Dublin avec une grande solennité et un concours tel qu’on n’en avait jamais vu de pareil, comme j’en ai été directement in-

' Depuis que Mgr Manning a écrit sa Lettre pastorale, tous les évêques opposants se sont soumis, et l’on sait avec quel esprit d’obéissance l’a fait Mgr Darboy, la glorieuse victime des fureurs de la Commune (N. du Trad.),

* V. le Document viii.

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formé par des correspondances sûres. Je n’ai besoin de dire que quelques mots de l’Angleterre. Le clergé de ce diocèse a deux fois parlé par lui-même, et le clergé d'Angleterre et d’Ecosse a donné de sa foi des témoignages qui ne sont point équivoques. Comme on nous parle tant et si souvent de ceux qui, parmi nous s’appellent les Vieux catholiques, c’est-à-dire les fils des martyrs et des confesseurs, et comme tous les noms sont pris si facilement et si complaisamment, bien que mal à propos, par ceux qui désirent trouver ou produire des divisions dans nos rangs, vous n’aurez sans doute pas pas besoin, mais vous ne serez certainement pas fâchés d’apprendre que j’ai reçu, soit par écrit, soit verbalement, des plus considérables d’entre eux l’assurance expresse qu’ils ont toujours cru ce que le Concile a défini. La définition n’est pas autre chose qu’une formule explicite de cette vieille foi. De tous les désappointements que se sont préparés nos adversaires (je regrette de les appeler ainsi, mais il faut dire la vérité), il n’y en a pas de plus grand que celui-ci. Ils se sont efibrcés de croire et de faire croire aux autres que l’Église catholique est intérieurement divisée, que le Concile a mis à nu cette division, et qu’elle n’est nulle part plus éclatante qu’en Angleterre. 11 est inutile, je le sais, de contredire cette illusion, qui n’est pas fondée en raison, et que la raison ne peut détruire. Le préjugé et la passion sont aveugles et sourds. C’est au temps et aux faits qu’il appartient de dissiper les illusions et de montrer les faussetés, et c’est à cette cure tardive qu’il faut'

les abamloimer. Est-ce lioiic une preuve de division parmi nous que quelques individus tombent ça et là hors de la voie? J’avais dit d’avance que le Concile serait in rithiam et resurrectionem multorum. C’est un tem[)s de danger pour beaucoup, surtout pour ceux qui vivent constamment parmi des adversaires, qui entendent tout le long du jour leurs diatribes contre l’Eglise, contre le Concile et contre le Saint-Père, qui lisent des récits et des commentaires anticatholiques sur les doctrines et sur les paroles et les actes des évêques catholiques, qui, enfin, ne font que respirer sans même s’eu douter une atmosphère anticatholique.

Saint Paul a prédit que dam les derniers jours il viendrail des temps dangereux ', et que, dans les derniers temps plusieurs perdraient la foi^. Les jours semblent être maintenant arrivés, et des individus pourront peutêtre tomber. Mais la chute des feuilles, des rameaux et des branches ne divise par l’arbre. Voussaurez comment vous comporter avec eux eu charité, en jiatience et en fermeté, avant d’agir d’après le jiréceiite apostolique : Fuis l'homme hérélique, aprbs une première et une seconde admonition Vous userez de toute la patience de la charité, mais vous userez aussi, s’il en est besoin, de sa juste sévérité. En ces jours, on prend à tort la faiblesse pour la charité, et l’indififéreuce à l’égard de la vérité pour l’amour des âmes. Ce n’est point là l’esprit de

* Il Tira. III. I .

* I Tim. IV. I .

» Tit. III. 10.

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l'Apôtre qui a déclaré, dans l’excès de sa charité, qu’il désirerait être fait anathème par le Christ pour ses frères selon la chair, et qui cependant disait dans sou amour pour les âiaes : Plût à Dieu que ceux qui mettent le trouble parmi vous fussent même ret ranchés ' ! C’est que la pureté de la foi est une question vitale pour le salut des âmes, et que le salut du peuple doit être préféré au salut de quelques individus.

Je ne m’occuperai plus que d’un seul autre sujet avant de terminer. Les mêmes prophètes qui prédisaient de désastreuses conséquences de la définition, prédisent maintenant la chute du pouvoir temporel. Chaque jour nous entendons et nous lisons de méprisantes critiques de l’obstination de Pie IX, qui s’est perdu lui-même par son Non jwssumusj et qui a comme scellé sa chute par la définition de sa propre infaillibilité. Je n’hésite pas à dire que, quand même ce qui se passe aurait été causé par la définition, ce qui n’est pas, il n’en resterait pas moins qu’il valait mieux affronter des épreuves extérieures qu’un conflit intérieur résultant de la négation d’une vérité révélée. L’or peut être acheté trop cher ; la vérité, jamais.

Peut-être ne devons-nous pas nous étonner que le monde protestant et anticatholique persiste à déclarer que Hume, par la définition de l’infaillibilité, a changé ses rapports avec le monde, ou, comme je l’ai dernièrement lu, a « dégoûté tous les gouvernements civils de l’Europe. » Ces hommes ne peuvent savoir, ou ils

‘ Gai. V. 12

ignorent volontairement que lu doctrine de l’infaillibilité n’était pas moins lii doctrine de l’Eglise avant qu’après la définition. La définition a simplement déclaré que c’est une vérité révélée de Dieu. Les rapports de Home avec les pouvoirs civils sont donc absolument les mêmes qu’auparavnnt. Si les pouvoirs civils sont dégoûtés, c’est seulement parce qiie le Concile œcuménique a refusé de se détourner de son devoir pour se soumettre à leurs volontés, ou parce qu’ils n’ont pu plus longtemps affecter de ne pas croire que l’infaillibilité du Pontife romain est la doctrine vraie et traditionnelle de l’Eglise catholique. On nous traite de superstitieux, parce que nous ne voulons pas croire à la chute du pouvoir temporel, et d’obstinés, parce que nous ne voulons pas reconnaître le droit de l’Italie à envahir le Patrimoine de l’Église. Voici en quoi consiste notre superstition. Nous voyons dans l’histoire de l’Église que le pouvoir temporel u été, selon la formule employée, supprimé jilusieurs fois. Le premier Napoléon l’a supprimé deux fois, le Triumvirat l’a supprimé en 1848. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ce qui a été est ce qui sera. Nous ne croyons à la perpétuité de rien, si ce n’est de l’Église, ni à la victoire finale de rien, si ce n’est de la justice. Le sacrilège porte avec lui les germes de sa propre dissolution. Un si injuste brigandage ne peut durer. Quand ou comment sera-t-il châtié, nous l’ignorons, mais le jour de la rétribution n’en est pas pour cela moins sûr.

Il y a une chose sur lequel il n’existe aucun cloute :

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c’est que les nations qui ont conspiré pour détrôner le Vicaire du Christ, recevront le châtiment de ce péché. Elles serviront chacune d’instrument de châtiment pour les autres et se châtieront elles-mêmes. Le peuple qui a eu la principale part au péché, aura la plus lourde part dans la punition. Nous ne sommes donc aucunement troublés. Si c’est la volonté de Dieu que son Église souffre persécution, c’est pourqu’ellesoit purifiée ; mais les persécuteurs tomberont les uns après les autres. Rome a vu plus d'une fois changer la carte de l’Europe; mais Rome reste toujours la même. Elle verra disparaître les dynasties actuelles des vaincus et des conquérants ; elle peut souffrir, elle ne peut défaillir.

J’ai déjà dit que la définition avait été faite le i8 juillet et que la guerre avait été déclarée le t9. Depuis cette date, une multitude d’événements se sont précipités vers leur accomplissement. L’empire français a disparu. Rome est occupée par les armées d’Italie. La paix de l’Europe est rompue, et il est possible qu'elle ne se rétablisse pas avant que le fléau de la guerre n’ait parcouru toutes les nations. C’est une période de tempêtes qui s’ouvre, et l’on voit s’approcher les flots grossissants d’un déluge. Si nous touchons à un temps d’épreuves pour l’Église , c’est un temps de ruine et de désolation pour toutes les contrées de l’Europe qui viendra avec lui. L’Eiglise peut souffrir , mais elle ne peut mourir ; les dynasties et les sociétés civiles de l’Europe peuvent non seulement souffrir, mais encore être détruites. En quelque lieu qu’il se

trouve, à Rome ou en exil, libre ou en captivité, le chef de l’Eglise sera tout ce que le Concile du Vatican a déclaré qu’il est, suprême dans sajiiridiction, infaillible dans sa foi. En quelque endroit qu’il aille, les fidèles du monde entier verront en lui la ressemblance de son divin Maître, et pour l’autorité et pour la docrine. Le Concile a ainsi fait des provisions pour l’Eglise dans son temps d’épreuve, alors, cela est possible, que non-seulement les Conciles œcuméniques ne pourront se réunir, mais que même l’administration ordinaire du gouvernement et du conseil ecclésiastique sera à peine praticable.

La barque de Pierre est prête à affronter la tourmente. Tout ce qui est nécessaire se trouve déjà sur son bord. Les âges passés étaient violents et pleins de périls ; mais les âges futurs peuvent bien les surpasser en violence, comme l’ouragan surpasse une tempête ordinaire. Les temps du Concile de Trente étaient orageux; mais, depuis trois cents ans, la licence et la violence de la libre pensée, de la libre parole et d’une presse sans frein qui ii’épargne rien d’humain on de divin, se sont accumulées et ont grandi en étendue et en intensité. Tout cela .s’est [»récipité sur le Concile du Vatican. Et, au milieu de tout cela, le Vicaire de Jésus-Christ, abandonné par toutes les puissances du monde autrefois chrétien, reste seul debout, faible mais invincible, et le juge suprême, le docteur infaillible des hommes. L’Eglise est donc pourvue de tout ce qui lui est nécessaire pour la foi et pour la vérité, pour l’unité et pour l’ordre. L’inondation peut venir, la pluie peut tomber, les vents peuvent

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souffler et se précipiter sur elle ; elle ne sera pas renversée, parce qu’elle est fondée sur Pierre. Mais quelle sécurité reste-t-il au monde chrétien ? Sans gouvernail, sans carte, sans lumière, il s’est lancé parmi les écueils de la révolution. Il n’y a pas un seul trône qüi ne soit menacé. En Espagne et en France, la monarchie est déjà renversée. Le Syllabus, objet de tant de haine, sera justifié. Le Syllabus, qui a condamné l’athéisme et la révolution, aurait sauvé la société ; les hommes ne l’ont pas voulu. Ils s’occupent à détruire le pouvoir temporel du Vicaire de Jésus-Christ. Et pourquoi? Parce que les gouvernements ne sont plus chrétiens. Le pouvoir temporel n’avait pas de place, et par conséquent pas de manifestation, avant que le monde fût chrétien. Quelle raison d’être resterait-il au pouvoir temporel, lorsque le monde a cessé d’être chrétien? Car qu’est-ce que le pouvoir temporel, si ce n’est la condition de la paisible indépendance et de la suprême direction sur tous les chrétiens et sur toutes les sociétés chrétiennes, condition inhérente à la charge de Vicaire du Christ et de Chef de l’Eglise chrétienne? Lorsque les pouvoirs civils furent devenus chrétiens, la foi et l’obéissance les empêchèrent de jeter même nue ombre de souveraineté humaine sur le Vicaire du Fils de Dieu. Ceux qui tentent de le faire maintenant le feront à leurs risques et périls.

L’Eglise de Dieu ne peut être enchaînée, et c’est dans son Chef qn’elle est libre. La liberté de conscience et de foi, depuis que l’Église est sortie des persécutions, a été assurée par son indépendance.

Depuis mille nus, cette iudépendtince, qui est une Bouveniiiieté, n été assurée juir lu Providence, de Dieu au moyeu du pouvoir temporel exercé sur Rome, étroite sphère, exempte de toute sujétion civile. Mais, aujourd’hui, les hommes sont plus sages que Dieu, et ils prétendent détruire et réformer ses œuvres. C’est pour cela qu’ils détruisent le pouvoir temporel, tel que Dieu l’avait façonné, et, en le détruisant, ils détachent la clef de la voûte suspendue sur leurs têtes. Cela fait, la société naturelle du monde continuera de subsister, mais le monde chrétien n’existera plus. Une chose est certaine, d’ailleurs : que les pouvoirs civils, les uns après les autres ou tous ensemble prétendent faire du Vicaire de Jésus-Christ leur sujet, jamais il ne sera sujet. Le Non psssumus est non-seulement immuable, mais invincible. Le Chef infaillible d’une Église infaillible ne peut être soumis à la souveraineté d’un homme. Le Concile du Vatican a fait éclater cette vérité avec l’évidence de la lumière. Le monde peut la mépriser et la combattre, mais l’Église de Dieu ne cessera de croire et d’agir d’après cette loi de foi divine.

Les peuples entendent avec joie la voix du Pontife, mais les gouvernants voient en lui un supérieur, et cela leur est insupportable. C’est pourquoi ils sont continuellement en conflit avec lui. Mais qui est-ce qui a jamais combattu contre lui et qui ait prospéré? Les rois l’ont emmené en captivité et les princes l’ont trahi, mais ils ont disparu les uns après les autres, et lui demeure toujours. Leur fin a été si clairement tragique que tous les hommes en ont pu comprendre la significa-

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tion. Et cependant les rois et les princes ne veulent rien apprendre, ils ne veulent pus devenir plus sages. Ils se précipitent contre le roc et périssent. Le monde voit leur ruine, mais il n’en veut pas voir la raison. Les fidèles, au contraire, lisent dans la ruine de tous ceux qui ont porté lu main sur le Vicaire du Christ l’avertissement du psalmiste : Nolile tangere Chrislos meos, et celui de Notre-Seigneiir lui-même : Quiconque tombera sur celle pierre sera brisé, el celui sur qui elle tombera sera écrasé *.

Je suis. Révérends et chers Frères,

Votre afiectionné serviteur en Jésus-Christ, t Henri-Édouard,

Archevêque de Westminster.

Fête de saint Édouard le Confesseur.

{13 octobre 1870).

> S. Mattli. XXI, 4t.

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