‹ Histoire du Concile Oecumenique du VaticanChapitre 11 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

' HISTOIRE SCIENTIFIQUE 'et LA RÈGLE DE FOI.

Il peut être bon de répondre ici à une objection que l’on fait communément à bi doctrine de ITiifaillibilité pontificale, savoir : Que l’histoire dépose contre elle.

Il y a deux réponses à y faire.

Preuve historique de rinfaillibilité pontificale.

1. Premièrement, les preuves tirées de l’histoire démontrent clairement rinfaillibilité du Pontife romain.

Ou me dira que c’est affirmer précisément ce qui est en question.

Je réponds à cela que ceux qui affirment le contraire affirment aussi ce qui est eu question.

Des deux côtés ou invoque l’iiistoire, et avec une

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égale confiance, quelquefois avec d’égales claiiieurs, et souvent également eu vain.

Pour quelques-uns, le Pape et le Concile, de Janus^ est l’ouvrage le plus irréfutable que l’histoire soientifique ait publié jusqu’à présent.

Pour d’autres, c’est le livre le plus superficiel et le plus prétentieux du jour.

Que décider, entre ces deu.\ jugements si contradio.toires? Y a-t-il quelque cour d’appel eu matière d’histoire? ou u’y a-t-il pas de juge en dernière instance? L’histoire est-elle une route dans laquelle personne ne peut s’égarer, ou est-ce un désert dans lequel nous ne pouvons voyager sans guide ou sans quelque sentier tracé ? Sommes-nous tous abandonnés à notre seul jugement privé? Si quelqu’un dit qu’il n’y a ici d’autre juge que la droite raison ou le sens commun, il ne fera que reproduire pour l’histoire ce que Luther a appliqué à la Bible.

Cette théorie est intellectuellement et moralement possible pour ceux qui ne sont pas catholiques; pour les catholiques, c’est une hérésie. C’est un dogme de foi qu’il y a un juge en dernier ressort pour ces questions d’histoire en tant qu’elles affectent les vérités de la révélation. Mais nous reviendrons là-dessus un peu plus loin. '

Pour le moment, je me contente de faire une seule autre observation.

Supposons que la divinité de Notre-Seigneiir soit en discussion. Supposons qu’on apporte deux cent cin-

quante-six pas-sages des Pères pour prouver que Jésus- Christ est Dieu. Ces deux cent cinquante-six passages, dirons-nous, peuvent se diviser en trois classes : la première se compose d’un grand nombre de. ces passages dans lesquels la divinité de Notre-Seigneur est explicitement et indiscutablement déclarée ; lu seconde, d’un plus grand nombre qui impliquent cette vérité ou qui seraient inexplicables 'avec une autre liyiiothcse ; la troisième', de passages nombreux aussi susceptibles d’être interprétés de la même façon et qu’on ne saurait expliquer autrement, quoiqu’en eux-mêmes ils ne soient pas explicites.

Supposons maintenant qu’il se trouve dans quelqu’un des Pères un passage qui paraisse contraire à lu divinité du Sauveur, un passage dont les termes soient en apparence en contradiction avec l’hypothèse que Jésus- Christ est Dieu. Les tenues en sont explicites, et, si on les prend à la lettre, ils ne peuvent se concilier avec lu doctrine de lu divinité du Christ.

Il me suffit de vous rappeler ce passage où saint Justin, martyr, dit que l’Ange qui apparut à Moïse dans le buisson ardent ne pouvait être le Père, mais bien le Fils, parce que le Père ne peut se manifester c dans un étroit espace sur lu terre* ; » oh même ces paroles de notre diviu Sauveur lui-même disant : Le Père est plits que moi*.

Maintenant, je le demande : Quelle marche y aurait-

• Dialog. cumTiyph. secl. 60, p. 157. Ed. Ben. Paris, 1712.

* S. Jean, XIV. 28.

il à suivre ilîuis un pareil cas pour un liomme d’intelligence droite et réfléchie?

Dirait-il qu’un seul anneau rompu détruit la chaîne? et qu’un seul passage de celte sorte, contraire à la divinité de Jésus Christ, contrebalance les deux cent cinquante-six passages qui y sont favor.ibles?

Serait-ce là de l’histoire scientifique? Serait-il scientifique de prétendre que l’unique passage, quelque explicite et contraire qu’il soit en apparence, ne peut avoir qu’un seul sens et ne peut être interprété d’aucune autre manière? S’il en est ainsi, les historiens scientifiques doivent s’en tenir au sens littéral et de prima fade des paroles citées plus haut de saint Justin, martyr, et de Notre-Seigueur.

Supposant encore que l’uuique passage reste explicite et contraire et forme, par conséquent, une difficulté insoluble, je demanderai si tout autre qu’un socinien, ùnoSéaei âovleùm, esclave de l’hypothèse, et engagé dans la perversité de la controverse, rejetterait le monceau de preuves explicites et* concluantes contenues dans deux cent cinquante-six passages, par la seule raison qu’il se trouve un passage contraire d’une difficulté insoluble ? Si l’on devait procéder ainsi, on serait vraiment heure'ux de n’avoir pas conscience des éléments qui se trouvent sous la base des plus confiantes cri>yances. Mais je ne veux pas m’arrêter pour le moment à cet ordre de considérations. Il suffira de dire qu’un pareil procédé, loin d’être scientifique, ne seruit^que superficiel, inintelligent et absurde. Alors, demanderai-je.

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«st-ce la science, ou la itassion, qui rejette le monceau de ces deux cent cinquante-six preuves dont l’infaillibilitc est entourée, à cause de la question d’Honorius, même en supposant qu’elle présente une diflSculté insoluble? La vraie science nous enseigne que, dans les systèmes les plus certains, il reste quelques phénomènes qui forment longtemps d'insolubles difficultés, sans pour cela diminuer eu rien la certitude du système luimême.

Mais il y a plus, c’est que la question d’Honorius u’oflfie pas une difficulté insoluble.

Au jugement d’une foule des plus grands théologiens de toutes les contrées, de toutes les écoles, de toutes les langues, depuis deux cents ans que cette controverse est ouverte , la question d’Honorius a été complètement résolue. Bien plus, elle a servi à fournir d’ubondautes preuves, tirées des actes mêmes et des documents, pour démontrer l’hypothèse directement contraire, c’est-à-dire l’infaillibilité des Pontifes romains. Mais je n’ai pas à revenir là-dessus; il suffit, pour mon argumentation actuelle, d’affirmer que la question d’Houoriiis est discutable, puisqu’elle est discutée depuis des centaines d’années. En outre, considérant que la question d’Honoriiis a été résolue avec une égale confiance pour et contre l’infaillibilité du Pontife romain, — et je puis ajouter que ceux qui ont disculpé Honorius d’être personnellement tombé dans l’hérésie forment une immense majorité en comparaison de leurs contradicteurs, et, ajontons-le, c’est parler avec beau-

HISTOIRE OU CONCILE

coup (le considération que de dire que la probabilité de leur interprétation égale au moins celle des adversaires, — pour toutes ces raisons, je puis affirmer en toute sécurité que si la question d’Hoiiorius n’est pas résolue, elle n’est certainement pas insoluble, et que cette longue et laborieuse controverse d’hommes que je suppose sincères, raisonnables et instruits des deux côtés, prou ve incontestablement que la question d’Honorius est douteuse.

Je le demanderai maintenant : Est-il scientifique, n’est-cc pas se laisser conduire par la passion, que de rejeter la masse de preuves qui entourent deux cent cinquante six Pontifes, parce qu’on peut rencontrer une question douteuse? Douteuse, reraarquons-le bien, seulement dans la théorie qui fait de l’histoire un désert sans guide st sans chemin tracé, mais nullement douteuse pour ceux qui croient, comme un dogme de foi, que la révélation de la foi en a précédé l’iiistoire et qu’elle en est indépendante, puisqu’elle est divinement assurée par la présence et par l’assistance de Celui qui l’a faite.

C’est là une réponse suffisante {)Our cette question d’Honorius, qui donne lieu à la plus Inutile, à la plus stérile et à la plus oiseuse des controverses.

Je n’aurais pas cru, avant l’événement, qu’un théologien ou un homme.d’étude de ce temps pût penser à ramener sur le tapis les questions de Vigile, de Libère, de Jean XXII, etc. Gomme ces objections si souvent réfutées, comme ces discussions absurdesont étérenou-

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velées, j’indique dans une note les ouvrages et les passages dans le^uelsoQ trouve en abondance les réponses aux difficultés'.

Telle est la première partie de la réponse à la prétendue opposition de l’histoire.

Les difficnltés de Thistoire humaine.

2. Procédons maintenant à une seconde et plus complète réponse.

La vraie et concluante réponse à l’objection consiste, non dans une réfutation détaillée des difficultés alléguées, mais dans un principe de foi. Ainsi, chaque fois qu’une doctrine est contenue dans la divine tradition de l’Église, toutes les difficultés tirées de l’iiistoire humaine se trouvent exclues par ce que l’on appelle avec Tertullien la prescription. La seule source de vérité révélée, c’est Dieu, et l’Église est le seul canal de cette révélation. Nulle histoire humaine ne peut déclarer ce qui est contenue dans cette révélation ; à l’Eglise seule il appartient d’en déterminer les limites et par conséquent le contenu.

Lors donc que l’Église, puisant aux propres sources de la vérité, dans la Parole de Dieu, écrite ou non écrite, déclare qu’une doctrine est révélée, il n’y a pas de difficultés de l’histoire humaine qui puisse prévaloir contre elle. Je l’ai dit précédemment : « Les préteii- « tions du criticisme historique de nos jours ont coiitri-

‘ V. le document vu.

< biié et contribueront à détruire la paix et la confiance^ « et même la foi de plusieurs. Mais la citi^ placée sur la •I luontugne est encore là, haute et hors d’atteinte. Elle « lie pçut être cachée, et elle a sa propre preuve anté- « rieure à son histoire, et indépendante d’elle. C’est « d’elle-mênie qu’on doit apprendre son histoire... Ce « n’est donc point par la critique de l’histoire passée, a mais par les actes de foi dans la voix vivante de c l’Eglise a celte heure, que nous pouvons connaître la « foi *. »

Sur ces paroles , Quirinus fuit les remarques suivantes qui n’ont guère de profondeur : « La foi qui € renverse les montagnes pourra aussi facilement, — tel « est clairement le sentiment de l’auteur, — se débarc rasser des faits de l’histoire. Le temps montrera s’il « se trouve un évêque d’Allemagne capable d’olfiirà « ses compatriotes de pareilles pierres à digérer *. » Le temps l’a montré, en eifet, et plus tôt que Quirinus ne le pensait. Les évêques d’Allemagne réunis à Fulda parlent éomme il suit dans leur Lettre pastorale sur le Concile : « Prétendre que telle ou telle décision, prise « par le Concile, n’est contenue ni dans l’Ecriture c sainte ni dans la tradition, — ces deux sources de la € foi catholique, — ou même leur serait contraire, ce « serait s’écarter des principes du catholicisme et s’en- « gager dans la voie du schisme et de lu rupture avec « l’Eglise. Pour ces motifs, nous déclarons ici que le

‘ Lettre pattorale, etc. 18b9, p, 125 (de l’édition anglaise).

> Lellrei de Rome, etc., par Quirinns, seconde série, 348-9

« Concile actuel du Vatican est un Concile général ré- « giilier; qije ce Concile, pas plus que les assemblées € antérieures de l’Eglise, n’a défini ni créé rien de dé- « rogatoire à l'ancienne doctrine, mais qu’il a siiuple- « ment élucidé et proposé à notre croyance la vérité € antique essentiellement contenue dans le dépôt de la « foi, en le défendant contre les erreurs contemporai- € nés ; nous déclarons enfin que les décrets du Concile € ont acquis une force obligatoire pour tous les fidèles « par la promulgatiou solennelle qui eu a été faite, en « session publique du Concile, par le Chef supi êine de « l’Église’. •

E.xamiiions maintenant les rapports de l’histoire avec la foi.

L’objection tirée de l’histoire est ainsi lu-ésentée : • 11 y a de grosses difficultés résultant des paroles et des actes des Pères de l’Église, des documents authentiques de l’histoire et de la doctrine de l’Eglise ellemême, difficultés qu’il importe de résoudre, avant que la doctrine de l’infaillibilité du Pontife romain puisse être proposée aux fidèles comme une doctrine révélée de Dieu. »

Devons-nous comprendre par là que les paroles et les actes des Pères et les documents de l’histoire humaine constituent la Règle de foi, ou que cette Règle de fui dépend d’eux et qu’elle est plus ou moins certaine selon qu’elle s’accorde ou non avec eux? Ou, en d’autres termes, devons-nous penser que la Règle de foi doit

’ Tirnet du 22 septembre 1870

être confirmée par l’histoire, et non l’Iiistoire par la Règle de foi? S’il en est ainsi, ceux qui rtiisonnent de la sorte posent comme nn principe de théologie que rmitorité doctrinale de l’iîglise, et par conséquent la certitude du dogme repose, sinon entièrement, au moins en partie, sur l’histoire humaine. D'où il suivrait que, lorsque des historiens critiques ou scientifiques trouvent on supposent eux-mêmes qu’ils trouvent ces difficultés dans les écrits des Pères ou dans d’autres histoires humaines, les doctrines proposées par l’Église comme venant de la révélation divine doivent être mises en doute tant que ces difficultés ne sont pas résolues. La gravité de cette objection est telle, que le principe sur lequel elle repose est certainement soit une doctrine de foi, soit une hérésie.

Autorité de l’histoire humaine.

Pour déterminer ce qu’il est réellement, examinons d’abord quelle est l’autorité de l’histoire humaine et quelle place elle occupe.

Afin d’arriver sûrement et rapidement au but, je vais transcrire les règles données par Melchior Cano, règles qui peuvent être regardées comme la doctrine de toutes les Écoles théologiques.

Le onzième chapitre de son ouvrage De Locis theologicis est intitulé : De humanæ histonæ Aiicloritate . Il y établit ces principes :

1 ” A l’exception des auteurs sacrés, aucun historien

ne peut être certain, c’est-à-dire suffisant pour constituer une foi certaine en matière théologiqiie. Comme cela est clair et évident pour tout le monde, il est inutile de le prouver par des arguments.

2“ Les historiens graves et dignes de confiance, comme il y en a eu sans aucun doute soit en matière tliéologiqne, soit en matière profane, fournissent au théologien un argument probable.

3* Lorsque tous les historiens graves, approuvés, s'accordent dans le récit d’iin même événement, l’on peut tirer un argument certain de leur autorité, de sorte que les dogmes de théologie peuvent être aussi confirmés par la raison '.

Appliquons ces règles à la question d’Honorius et aux difficultés historiques qu’on allègue. Y a-t-il là une question pour laquelle « tous les historiens graves approuvés s’accordent dans le récit des mêmes événements? » Ou sait fort bien, au contraire, qu’il y a sur ce sujet de grandes discordances parmi les critiques. Les récits mêmes sont d’une interprétation douteuse. Or la Règle de foi consiste dans la tradition divine de la révélation proposée à notre croyance par le magisterium ou autorité doctrinale de l’Église. Contre cette règle ne peut prévaloir aucune difficulté historique. Ces difficultés n’ont rien à faire ici ; elles se trouvent exclues, comme je l’ai déjà dit, par une prescription qui a son origine dans la divine institution de l’Eglise. La révélation de la foi et l’institution de l’Église étaient

< Melcbior Canus, Loei lheol., lib. ji. c. 4.

toutes (leux parfaites et complètes, non-seulement avant que riiistoim hninaine existât, mais même avant que les Écritures inspirées fussent écrites. L’Eglise est elle-même le témoin divin, le docteur et le juge de la révélation confiée à sa garde. Il n’y en a pas d’antre ; il n’y a pus de tribunal auquel on puisse en appeler quand l’Eglise a prononcé. !1 n’y a pas de témoin, de docteur ou de juge institué pour réviser, on critiquer, on vérifier l’enseignement de l’Église : elle est seule et unique dans le monde. Et c’est ici que peuvent s’appliquer les paroles de saint Paul, comme l’a fait saint Jean Chrysostoine : L’homme spirilucl juge toute chose et il n’est lui-même jugé par personne.

L'Ecclesia docens, c’est-à-dire les pasteurs de l’Église avec leur Clief, est le témoin divinement assisté et guidé pour garder et pour déclarer la foi. Antérieure à l’histoire, elle eu est indépendante. Les sources d’où elle tire son témoignage sur la foi ne se trouvent pas dans les histoires humaines, mais dans la tradition apostolique, dans l’Écriture, dans les Symboles de foi, dans la liturgie, dans l’office public et dans les canons de l’Église, dans les Conciles, et dans l’interprétation (le tontes ces choses par la suprême autorité de l’Église elle-même.

L’Église a, en effet, une histoire ; sa conduite et ses actes ont été recueillis par des mains humaines. Elle a ses annales comme l’empire romain et l’empire britannique. Mais son histoire n’est pas autre chose que la trace de ses pas dans le tenn>s ; elle rappelle les faits, elle n’est cause de rien, elle ne crée rien.

La tradition de l’Eglise peut être traitée historiquement; niais, eiiBn, il y a une distinction très-nette entre l’histoire et la tradition de l’Eglise. L’école des historiens scientifiques, si je la comprends bien, pose comme un principe que l’histoire est la tradition et que la tradition est l'histoire, que ce n’est qu’une seule et même chose sous deux noms différents. Cela paraît être le npâtzov ^eOâoç, la première tromperie de leur système; c’est l’élimination tacite du surnaturel et de la divine autorité de l’Église.

La tradition de l’Eglise u’est humaine ni dans son origine, ni dans sa perpétuité, ni dans son immuabilité.

La matière de cette tradition est divine. L’histoire, au contraire, excepté en tant qu’elle est contenue dans la tradition de l’Eglise, est non pas divine mais humaine, et humaine dans sa mutabilité, dans son incertitude, dans sa corruption. Les éléments en sont humains. Sous le mot tradition se trouvent deu.x éléments entièrement divins, savoir : ce qui est transmis comme la Parole de Dieu, écrite ou non écrite, et le mode de cette trans- . mission, qui est \emagùterium oa l’autorité enseignante de l’Église. Contre l’un ou l’autre de ces éléments ne peuvent prévaloir les histoires humaines, écrites par des hommes non inspirés de l’Ésprit de Dieu, souvent même inspirés par un tout autre esprit ; elles ne peuvent prévaloir, parce que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre l’Église. L’Église visible e.st ellemême une tradition divine; elle est aussi la dépositaire divine et la divine gardienne de la foi. Or, cette tradi-

tion divine contient en môme temps l’Ecc/esta docens et YEcclesia discens^ toutes les deux infaillibles, la dernière passivement, la première passivement et activement, par la perpétuelle assistance de l’Esprit de vérité. Elle contient aussi le Credo de l’Église universelle, les décrets des Pontifes, les définitions des Conciles, la doctrine commune et constante de l’Égli-^e prêchée dans le monde entier par sa voix toujours vivante, dont Notre- Seignenr a dit : Celui qui vous écoule, m'écoute '.

S’il en est ainsi, de quel poids ou de quelle autorité l’histoire humaine peut-elle être en matière de foi?

Le Concile du Vatican, par exemple, affirme comme étant une vérité révélée la doctrine de l’immuable stabilité de Pierre et de ses successeurs dans la foi, et par conséquent l’infaillibilité du Pontife romain en matière de foi et de mœurs, en vertu d’une divine assistance promise à saint Pierre, et en la personne de Pierre, à ses successeurs.

Qu’est-ce que l’histoire humaine a à dire sur cette déclaration? L’histoire humaine n’est ni la source ni le canal de la révélation.

L’histoire scientifique peut, sans doute, étudier scientifiquement la tradition divine et les documents authentiques de l’Église. Mais, avant que ces choses puissent être ainsi traitées scientifiquement, il faut qu’elles passent des mains de l’Église dans celles des critiques. Et cela revient tout simplement à dire :

* V. aux Documents le chap. ni de la Constitution de Fide.

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« Vous êtes, en effet, l’Église catholique, et vous tenez « ces documents et cette histoire de votre propre passé. « Mais, ou bien vous n’en connaissez pas le sens, parce « que vous n’êtes pas scientifique, ou bien vous ne « voulez pas eu déclarer le véritable sens, parce que

< vous n’ètes pas honnête. Nous, nous sommes des

< hommes ; l’honnêteté et la science sont avec nous, « pour ne pas dire qu’elles mourront avec nous. Re- « mettez-uous vos documents, les faux et les vrais ; a nous découvrirons ceux qui sont faux, nous interprè- « terons les vrais ; et, au moyen de la science, nous c prouverons que vous vous êtes trompée et que vous « avez induit le monde en erreur, et, par conséquent, € que vos prétentions à une tradition divine et à une « autorité divine, ne sont qu’une imposture. Il suffit « de la question d’Honorius. Vous dites que le pape « Léon et le pape Agathon ont interprété les conciles « de Constantino[de de manière à montrer que quelque « faute ou quelque faiblesse qui se trouve dans Hcno-

< rius, ce pape n’a pas été hérétique dans sa doctrine. « Nous, en traitant scientifiquement l’iiistoire, nous € avons prouvé que vos papes contemporains se sont « trompés ; nous sommes scientifiquement en droit de « déclarer qu’IIonorius était un hérétique, non dans « le sens large mais dans le sens étroit du mot, iion- « seulement comme personne privée, mais comme pape € parlant eœ cathedra, et, par con.séquent, que l’infail- « libilité du Pape est une fable. »

Pourquoi donc l’école de l’histoire scientifique pré-

vamlrnit-elle sur la tradition immémoriale de l’Eglise, même dans les questions de fait?

Comment prévainlrait-elle contre la définition du Concile du Vatican, à moins de se déclarer elle-même infaillible et de refuser rinfuillibilité à l'Eglise catholique?

Prétentions hérétiques de l’histoire scientifique.

Ici se trouve la vraie solution. Je me proposais précisément de faire ressortir ce point, savoir que, sous ce prétexte d’histoire scientifique se cache une iirétention positivement hérétique. Cette prétention a déjà ruiné la foi de plusieurs, elle en pervertira un jdus grand nombre encore. Notre devoir est de la dévoiler et de mettre les fiilèles en ganle contre ce que je considère comme étant la dernière et la plus subtile forme du protestantisme. Cette école dierrenr est sortie, en partie de rAllemagne par le contact avec le protestantisme, en partie de l’Angleterre par l’action de ceux qui, nés dans le sein du protestantisme, sont entrés dans le sein de l’Eglise catholique sans être suffisamment débarrassés de certaines habitudes erronées de penser.

La première forme du protestantisme consista à eu appeler de la divine autorité de l'Église au texte de l’Écriture, c’est-à-dire de l’interprétation des saintes Écritures telle qu’elle était donnée par l’Eglise, à l’interprétation du jugement privé. C’est là le pur protestantisme luthérien ou calviniste.

La seconde fut d’en appeler de la divine autorité de

l’Église h la foi de l’Église non encore divisée, avant la séparation de l’Orient et de l’Occident. Tel fut le protestantisme anglican de Jewell et d’autres hérétiques.

La troisième fut d’en appeler de la divine autorité de l’Eglise au consentement des Pères, aux canons des Conciles et le reste. C’est la forme la plus moderne de l’anglicanisme, forme dont je désire parler avec la plus grande charité, à cause du grand nombre de ceux qui s’y rattachent et que je respecte et que j’aime.

Jusque-là nous avons à faire avec ceux qui ne sont pas en communion avec le Saint-Siège.

Mais on vient de voir grandir, tant en Allemagne qu’en Angleterre, une école, si je puis l’appeler ainsi, qui n’est pas nombreuse et qui n'aura probablement pas de durée, qui se met constamment en antagonisnje avec l’autorité de l’Église, et qui, pour justiüer cette attitude, en appelle à Vhistoiie scientifique. Le Pape et le Concile, de Janus, et les attaques contre Honorius, sont des produits de cette école. Tout cela, ou l’avoue, ‘ a été écrit pour prévenir la définition de l’infaillibilité du Pontife romain ; ça été une tentative faite pour arrêter, au nom de l’histoire scientifique, le progrès du maijtslhe de l'Église (magisterium Ecclesiæ).

Cependant, avant la définition du Concile du Vatican, l’infaillibilité du Pontife romain était une doctrine révélée de Dieu, transmise par la tradition universelle et constante de l’Église, reconnue dans les Conciles œcuméniques, présupposée dans les actes des Pontifes de tous les siècles, enseignée par tous les saints, défeu-

HISTOIRK DU CONCILE.

(lue iiîir tous les Onlres religieux et par toutes les écoles théolügifiues, à l’exception d’uue, et encore, daus cette uiiiipie école, elle ii’élait contestée que par une luiiiorité et seuleiueiit peiuliiiit une période de sou liistoiie; enfin, elle était crue, nu moins- iiu[)liciteinent, par tous les fidèles, et par conséquent attestée pur riufaillibilité passive de l’Eglise, dans tous les âges et dans tous les pays, avec la seule, particulière et tran.'itoire exceptiuii qui vient d’être signalée.

La doctrine de l’infaillibilité était donc déjà objeclivement de foi, et elle obligeait aussi subjeclioemenl en conscience tous ceux qtii la counaissaieut comme étant révélée.

La définition n’a rien ajouté à sa certitude intrinsèque, puisque cette certitude dérive d’une révélation divine.

Elle n’a fait qu’y ajouterla certitude extrinsèque d’une promulgation universelle faite pur l’Eglise enseignante, imposant à tous les fidèles l’obligation de la croire.

Les auteurs de Janus et des autres œuvres semblables, qui en ap[)ebiieut à riiistoire scientifique, en appelaient en réalité de l’autorité doctrinale de l’Eglise en matière de révélation ; mais, et c’est à Dieu qu’il appartient de connaître leur bonne foi, ils pouvaient se mettre à l’abri derrière ce motif que la docirine n’avait pas encore été promulguée par une di'finitioii.

Quoi qu’il en soit, la manière dont ils procédaient dans leur opposition était essentiellement hérétique. C’était un ajipel de la doctrine traditionnelle de l’Eglise

catholique, triiiismise par son commuîi et constant enseignement, à riiistüire interprétée par eux-mêmes.

On ne iliminueniit en rien la gravité de ces actes en disant qu’on n’en appelait pas à l’histoire purement humaine, ni à l’histoire écrite par des ennemis, mais aux actes des Conciles et aux documents de la tradition ecclésiastique.

Cela ne rend l’opposition que plus formelle, car cela revient à prétendre que l’histoire .scientifique connaît l’esprit de l’Eglise et est plus apte qu’elle-même à en interpréter les actes, les décrets, les condamnations et les documents, soit à cause de la supériorité du criticisme scientifique, soit à cause de la supériorité de sou honnêteté morale.

Or, l’Église connaît certainement mieux sa propre histoire et le vrai sens de ses propres actes et des documents qui viennent d’elle. *

I.a couronne d’Angleterre, par exemple, ferait certainement peu de cas de ceux qui prétendraient interpréter scientifiquement les lois non écrites ou les actes du Parlement d’une façon contraire à ses décisions.

Les modernes critiques supposent-ils donc que la question d’Honorius est aussi nouvelle pour l’Eglise qu’elle l’est pour eux-mêmes, ou que l’Eglise n’a pas une connaissance traditionnelle de la valeur et de l’importance de cette question au point de vue de la docti’ine de foi ?

Pour des iion-catholiques, cela n’impliquerait pas autre chose que leur défaut ordinaire de connaissance en

HISTOIRE OU CONCILE

ce qui concerne le ciiractère divin et la fonction de l’Kgliâe; pour des catholiques cela impliquerait, sinon l’IitMosie, au moins un esprit hérétique.

Si l’Eglise a défendu, sous peine d’excommunication, d’en appeler du Saint Siége au futur Concile général, certainement elle condamnerait sons la même peine un appel du Concile du Vatican aux Conciles de Constantinople interprétés par l’histoire scientifique.

Il est de foi que l’Eglise seule peut déclarer l’étendue et les limites de la révélation, et qu’elle peut seule déterminer l’étendue de sa proj>re infaillibilité. Et de même qu’elle peut seule juger du vrai sens et de l’interprétai ion de 1a sainte Écriture, de même elle peut seule juger du vrai sens et de l’interprétation des actes de ses Pontifes et de ses Conciles.

C’est donc sons le même chef et sous la même censure que tombent tons les appels faits à cette heure delà divine autorité de l’Église, sous quelque prétexte que ce soit, soit aux Conciles futurs ou passés, soit à l’Écriture ou aux Pères, soit aux interprétations non authentiques des actes des Conciles, ou aux documents de l’histoire humaine.

La chose étant ainsi, on ne peut pas dire qu’il exista de graves difficultés provenant des paroles et des actes des Pères, des documents authentiques de l’histoire et de la doctrine catholique elle-même qui empêcheraient, si elles n’étaient résolues, de proposer aux fidèles, comme dogme, l’infuillibilité du Pontife romain, puisque cette doctrine, avaut la définition, était contenue dans l’en-

HrSTOIRE SCIENTIFIQUE ET LA RÈGLE DE FOI. 155

seignement universel et constant de l’Église comme une vérité de révélation. Quel est .le juge compétent pour déclarer que de telles difficultés existent réellement? Si elles existent, quelle en est la valeur? Qui jugera si elles sont graves ou légères, étrangères ou non à la question ? Certainement c’est à l’Eglise qu’il appartient d’en juger. Elles sont si inséparablement en contact avec le dogme que le dépôt de la foi ne peut être gardé ou expliqué sans qu’on les juge et qu’on prononce à leur égard. Et il serait extraordinairement étrange que l’Église fût incompétente pour juger de ces choses et que les historiens scientifiques fussent seuls compétents, c’est-à-dire que l’Eglise fût faillible en matière de faits dogmatiques , tandis que les historiens scientifiques seraient infaillibles. Est-donc là autre chose que le luthéranisme dans l’histoire? Ceux qui sont hors de l’Église sont conséquents en soutenant ce système ; ceux qui sont catholiques ne peuvent le soutenir sans inconséquence et sans hérésie. *

Le Concile du Vatican a condamné cette erreur avec une grande précision en ces termes : « Les catholiques « ne peuvent avoir une juste raison de mettre eu doute •« la foi qu’ils ont reçue de l’autorité enseignante {ma- <t gislerium) de l’Église, et de suspendre leur assenti- « ment jusqu’à ce qu’ils aient complété la démonstra- « tion scientifique de la vérité de leur foi *. »

Le Concile pose également par rapport aux sciences proprement dites, un principe qui s’applique à plus

* Coostitutio De F idc Catholica. Y. aux Documents.

forte raison à la science historique, si improprement appelée (le la sorte, eu déclarant • que toute assertion « contraire à la vérité de la foi éclairée est fausse... « C’est pourquoi il est défendu à tons les fidèles chré- « tiens noii-senlenient de défendre comme de légitimes « condnsioiis de la science les opinions qui sont recon- « unes contraires à la doctrine de la foi, spécialement « .>^i elles ont été condamnées par l'Église, et, de plus, « les fidèles sont absolnment o'oligés de tenir ces opi- « nions pour des erreurs qui ont la fausse apparence de « la vérité ‘. »

L’histoire est improprement appelée une science.

J’ai dit que les procédés de l’histoire ne peuvent recevoir le nom de science que dans un sens tout-à-fait impro|)re, en voici les raisons :

Du sentiment des pliilo.soplies et des théologiens, la science est une habitude de l’esprit qui a commerce avee la véiité nécessaire, c’est-à-dire une vérité qui peut être démontrée et qui donne une certitude telle qu’elle e.'cclut la [lossibilité d’une vérité contradictoire.

La ])hilosophie scolastique définit la science comme il suit :

S. bjpclivement, la science est (t la connaissance cer- « taine et évidente des rai.sons dernières ou principes « de vérités atteints jmr le raisonnement. »

Oljjeclivcmcnt, la science est « le système de vérités connues ap[iartenant à un même ordre de manière à > CoQstitutio De Ftde cathoUca. V. ces doenments.

former mi tout, et ne dépeiidiiiit que d’un seul principe. s

Cela est fondé sur la définition d’Aristoste qui dit, au livre sixième de ses Ethiques, chapitre ni : a De là « ressort évidemment Ce qu’est la science; elle consiste O à parler exactement et à ne pas se contenter de sini- « pies comparaisons ; car nous comprenons tous que ce « que nous connaissons ne peut pas être autrement que « nous ne le connaissons. Et quant à ce qui peut être - « ou ne pas être, on ne le connaît pas comme étant on « n’étant pas. »

Telle est aussi la définition de saint Thomas, qui dit :

« Tontes les vérités qui sont vraiment connues comme « de science certaine [ut cerla scien(ia), le sont par « leur résolution dans leurs premiers principes qui,

« d’eux-mêmes, sont immédiatement présents à l’intel- «ligence... En sorte qu’il est im[)ossible que la même « chose soit en même temps unol'jet de foi et de science,

« à cause de l’obscurité des principes de foi. » Cependant il appelle la théologie une science. Mais Vasquez montre, d’après Cajetan, que cela doit être compris, non simplement, mais relativement, non simiiliciter, sed secundum quid. Les thomistes tiennent généralement que la théologie est une science, mais imparfaite dans son esphe.

Grégoire de Valence résume les opinions des Ecoles, et conclut ainsi : « Durand, Ockam, Gabriel et [iliisienrs a autres, dont je considère les opinions comme les [ilus « sûres, enseignent que la théologie n’est pas une

€ science. » 11 ajoute : « Quoiqu’elle ne soit pas, à « proprement parler, une science, elle est une habitude « de l’esprit absolument plus parfaite qu’une science € quelconque > ; et encore : c Néanmoins, en vertu du « meilleur des droits, elle peut être appelée une science,. O parce que, en soi, elle est une habitude de l’esprit « plus parfaite que toute autre science décrite par les « philosophes *. »

La théologie peut donc être appelée une science, quoique improprement : d’abord, parce qu’elle est une science, sinon quant à ses principes, au moins quant à sa forme, à sa méthode, à ses procédés, à son développement et à sa transmission ; ensuite, parce que, bien que ses principes ne soient pas évidents, ils sont, dans toutes ses plus hautes régions, infailliblement certains, et parce que beaucoup d’entre eux sont les nécessaires, les éternelles et inaltérables vérités qui, d’après Aristote, engendrent la science.

Si donc la théologie, qui s’approche tant en certitude de la science proprement dite, ne peut être qu’improprement appelée science, malgré l’infaillible certitude et l’immuable nature de ses derniers principes, comment l'histoire humaine, écrite par des hommes non inspirés, transmise par des documents sujets à des altérations, à des changements et à des mutilations, sans autre garde et sans autre garantie que la tradition fortuite du témoignage humain et de la critique hu-

' V. Temporal Sliuion of ttie Hohj Ghost (la Mission lemporelle du Saint- Esprit), p. 107-112.

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HISTOIRE SCIExNTIFlQUE ET LA RÈGLE DE FOI. 15d

mnine, sujette elle-même à lu perversion, par suite de son iiidrinité et des passions de toutes sortes, — coinment, dis-je, cette histoire pourrait-elle produire des principes de certitude excluant toute coiitrudiclion, et des vérités dernières immédiatement présentes à l’intelligence et évidentes en elles-mêines?

Si, par science historique, on entend une précision plus grande apportée à l’examei^ des preuves et des documents, et à la confrontation des récits entre eux, je consens volontiers h me servir de ce mot par courtoisie; mais si l’on veut entendre quelque chose de plus, si l’on prétend accorder à l’histoire un titre qui n’est pas même accordé à la théologie, alors, nu nom de la vérité divine et humaine, je demande qu’on justifie cette réclamation. 11 y a des années que ces prétentions grandissent; beaucoup se trouvent séduits ou intimidés par ceux qui les élèvent. Le ton plein de confiance et d’orgueilleuse pitié pris par certains écrivains à l’égard de ceux qui diffèrent avec eux d’opinions, a obtenu le prix que remporte souvent une audace signalée. Mais lorsque les catholiques auront une fois compris que cette Ecole élève la certitude de l’histoire au-dessus de la certitude de lu foi et en appelle de la doctrine traditionnelle de l'Église à sa propre science historique, ils se retireront instinctivement loin d’elle comme d’un système incompatible avec lu foi.

11 y a quelque chose de vraiment inimitable dans l’arrangement des mots qui ouvrent la préface de Janus : « L’objet immédiat de cet ouvrage, dit-il, est

ICO HISTOlaE DU CON'CILE.

« d'étudier à la Ornière de l’histoini les qtiestions qui c doivent, d’après des informations que nous avons lieu « de considérer comme sûres, être décidées nu Concile « œcuménique déjà annoncé. Et comme nous nous « sommes elforcé de remplir cette tâche en nous réparai tant directement aux documents originaux, ce i>’est € sans doute pas trop présumer que d’espérer que notre « travail obtiendra quelque attention dans les cercles a scientifiques, et contribuera au progrès de l’histoire « ecclésiastique. »

Janus continue : < Mais cet ouvrage vise aussi à € quelque chose de plus qu’une exposition calme et cc sans but d’événements historiques : le lecteur s’aper- « cevra bientôt que ce livre a un dessein plus large et « qu’il s’occupe de politique ecclésiastique; en un mot, <r que c’est un plaidoyer tout à fait vital, un appel aux € penseurs parmi les chrétiens croyants, etc. *. »

Nous avons ici une confession faite sans le savoir. La livre de Janus est, en effet, à proprement parler, un appel de la lumière de la foi à la lumière de l’histoire, c’est-à-dire de l’ordre surnaturel à l’ordre uatiii’el ; mais, comme je l’ai cent fois répété, cette façon d’agir, qui s’explique et qui est naturelle pour les protestants et pour les rationalistes, est tout simplement hérétique pour les catholiques.

Le recours direct aux documents originaux est, par exemple, une prérogative de Janus. Qui donc mieux

* U Pape et le Concile, par Janus. Préface, page xui de l’éd. anglaise. Londres, 1869.

que lui pourrait jamais, ou voudrait recourir, ou recourrait en elfet aux documents originaux ?

Le livre de Janus s’adresse aussi aux cercles scientifiques. Lord Bacon décrit une école de philosophes qui, lorsqu’ils s’en vont, lèvent leurs mains dans l’attitude de la bénédiction, « avec un air de profonde pitié pour les hommes ». La science dans l’Église catholique estelle donc confinée dans certains cercles? Y a-t-il donc une perfection ésotérique appartenant à un petit nombre de favorisés qui se réunissent dans des salons et dans des lieux cachés? Notre Seigneur nous a dit que la science de Dieu a une pins large expansion de lumière. En vérité, cette science constitue un moderne gnosticisme, supérieur à l’Eglise, méprisant la foi et profondément infatué de son mérite. II fait appel aux penseurs parmi les chrétiens croyants, c’est-à-dire au petit nombre d’hommes intelligents qui se trouvent dans le troupeau des simples croyants.

Mais à la fin la vérité s'échappe : le livre n’est pas seulement un ouvrage calme et sans but; il s’occupe de politique ecclésiastique, ce qui revient à dire qu’il était une tentative organisée, combinée, délibérée pour entraver le Concile du Vatican dans la liberté de son action, et en même temps pour nier, avant qu’il s’assemblât, son œciiménicité en s’appuyant sur la raison qu’il ne serait pas libre.

].,e livre conclut ainsi :

« Cela suffit, — il est clair que, quelque marche que suive le Concile, jamais on ne pourra dire qu’il

avait cette qualité d’être un Concile réellement libre. Les théologiens et les canonistes déclarent que^ sans une complète liberté, les décisions du Concile ne sont pas obligatoires, et que l’assemblée n’est qu’un pseudosynode ' . »

Voilà ce qu’on a écrit en Allemagne pendant l’été de l’année dernière (en 1869). La traduction anglaise en a été publiée par un libraire protestant de Londres au mois de novembre suivant. J’en ai acheté, dans le même mois, la traduction italienne à Florence, en me rendant au Concile. Des évêques français et espagnols m’ont dit, à mon arrivée à Rome, qu’ils en avaient aussi des traductions dans leur langue, et, en Italie et en Espagne, des exemplaires en avaient été envoyés aux évêques par le canal des gouvernements de ces pays.

Nous avons là le plus récent exemple d’une science sans passion.

Quant aux mérites littéraires du livre, je me contenterai de dire premièrement, qu’on a donné une juste idée de son exactitude dans une brochure intitulée : Quelques spécimens de l'histoire scientifique de Janus, et, secondement, que pour la profondeur c’est un ouvrage bien inférieur à la Défense de l'Apologie, par Jewell, à la Suprématie des Papes, par Barrow, au Vigilius dormitans, de Crakenthorp, au Schisme gardé, de Bramhall, à VÉpilogue, de Thorndike, au Fasciculus Rerum, de Brown, etc., pour ne rien dire des Centuriateurs de

' Ibid,, p; 423.

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Magdebourg, ou même des Histoires de Mosheim ou de Gieseler.

Les vieux écrivains protestants et spécialement les écrivains anglicans an ti- catholiques sont solides , instruits, graves, en comparaison de Janus. Ils ont aussi la force d’une sincérité évidente. Employés au dehors contre l’Eglise, leurs arguments ont de la consistance et du poids ;■ employés par des catholiques professant qu’ils restent dans runité de l’Église, ils n’ont aucune valeur dans la controverse, et ils sont liérétiques dans leurs effets et leurs conséquences.

Je parle ainsi sans détour. Révérends et Cliers Frères, parce que vous avez la charge des âmes, et que dans ce pays où il y a une complète liberté de lire, de parler et d’écrire, ceux qui sont confiés à votre sollicitude se trouvent exposés chaque jour à la tentation. Ils ne peuvent se fermer les yeux, et, s’ils le fout, ils ne peuvent se boucher les oreilles. Ce qu’ils refusent de lire, ils ne peuvent pas s’empêcher de l’entendre. C’est là l’épreuve permise pour la pureté et la confirmation de leur foi. Grâce à votre vigilante sollicitude, ils seront ce que sont déjà les catholiques d’Angleterre, comme on me l’a souvent répété dans les pays étrangers, — et je voudrais qu’ils fussent en effet ce qu’on estime qu’ils sont, — c’est-à-dire fermes, sans peur, d’une foi éclairée, et ne rougissant pas de la confesser devant les hommes. Néanmoins, l’épreuve est terrible pour plusieurs, et, comme je l’ai dit précédemment, le Concile sera pour la ruine et pour la résurrection d’un

grand nombre, t» ruinam et in resurreclionem mullorum. Il y en a qui se croient fermes, et qui tomberont; il y en a qui ne nous donnent peut-être pus d’espérance, et qui se lèveront pour prendre leur place. C'est pourquoi nous dev'ons être fidèles à la vérité et sans crainte pour elle.

Le livre de Janns nous avertit de deux devoirs : le premier, de nous tenir en garde contre cette infatuation gnostique d’une conception scientifique, qui est l’esprit même de l’hérésie; le second, d’avertir tous les catholiques que nier rœcnménicité ou la liberté du Concile, déjà confirmé par le Vicaire de Jésus-Christ dans tous ceux de ses actes jusqu’ici accomplis, ou l’obligation imposée aux fidèles par ces actes, c’est nier implicitement l’infaillibilité de l’Église, — et que douter, ou répandre des doutes sur cette œcuinénicité et cette liberté, ou sur les obligations qui résultent des actes du Concile, c’est au moins faire un premier pas vers cette négation.

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