II
34 CONGRÈS DU yisnvE.
« Que le consentement réel ou fsLCXicej explicite bu tacite de la nation française au réial^lissement du pouvoir de Bonaparte, n^avait pu opàrer dans la position de celui- ci, vis «à -vis de^ puissances i^trangères , un changement légal , et former un litre obligatoire pour les puissances ; la liberté dont jouit une nation d^ changer de système de gouvernement , devant avoir de justes limites , en sorte que , si les puissances étrangères n'avaièAt pas le droit de lui prèsçrirç l'usage qu'elle devait fair^ de cette liberté, elles avaient au moins celui de protester contre l'abus qu'elle pouvait en hiv^ ; que , pénétrées de ce principe;, les puissances ne se croyaient point autorisées à imposer un gouvernement à la France ; mais qu'elles De renonceraient jamais au droit d'en)pécher que , squs le titre de goup^meatent, il ne s'étabUt en France un foyer de désordre et de bouleversement inqon^patible avec leur propre sÀreté, et la tranquillité générale de l'Europe;
a Quç, dans l'état actueL, le droit de& souverains alMés d'intervenir dans la question du régime intérieur de ia France , élaii d^autaot plui» incontestable, que TabcKtion du pouvoir que l'on^préteudait y rétahlir,^était la condition Jon- ^ai^wt^e d'un. ti;'ai^é de^pai^^ sur lequel reposaîral \<m^ ks Yapport^ qtji, jusqu'm retour de Bonaparte à Paris ^ avaient subsisté ei>tïe ki
LIVHE UOITtiMC. 35
France et le reàtc de rÊnrope; que le jour de leur entrée à Paris, les souverains avaient déclaré qvTûè ne traiteraient jamaîd de la paix avec Bonaparte^ (pie cetle déclaration, hautement applaudie p«r la France et par TSurope, ayant amené l'abdication dé Bonaparte et la eoilvent^n du f I avril, l'abdication devenue la base de la négociation principale avait été eiq)licitemeat articulée dans le préambule du traité de Paris;
t Que de là était résulté pour la nation fran^ çaôse mie condition fondamentale à laquelle elle ne pouvait se soustraire sans r^i verser lé traité de Paris et tous ses rapports avec le système enropéén ;
ce Que les puissances alliées, de leur côté, en iosistiant sur celte condition , ne faisaient qiï'nser d'im droit qu'il était impossible de leur contesta, à moins d'admettre que les pactes led pim sacrés pouvaient être changés au gré des convenancéér de Tune ou de l'autre des parties con« tractantes;
« QuHl s'ensuivait que la volonté du peuple français ne sciait pas pour rétablir daus le sens légal un gouvernement proscrit par des engagMlens publics v^-' et qu'ainsi la position de Bonaparte, sous ce rapport, était absolument
aujourd'hui ce qu'elle était à ces dernières époques. »
Sur la seconde question , si t offre de safic^ tiotmer le traité de Paris , pour changer les dispositions des puissances^ la commission pensait a que la France n'avait aucune raison de se plaindre du traité de Paris, puisque ce traité l'avait réconciliée avec l'Europe, avait satisfait à tous ses véritables intérêts, lui avait assuré tous les biens réels , tous les élémens de prospérité et de gloire qu'un peuple appelé à une des premières places dans le système européen, pouvait raisonnablement désirer;... que ce traité était même un bienfait immense pour un pays réduit par le délire de son chef à la situation la plus désastreuse;
<i Que les puissances alliées eussent trahi leurs intérêts et leurs devoirs, si, au prix de tant de modération et de générosité, elles n'avaient pas, en signant ce traité , obtenu quelque avantage; que le seul qu'elles avaient ambitionné, était la paix de l'Europe et le bonheur de la France; que jamais, en traitant avec Bonaparte, elles n'eussent consenti aux conditions qu'elles avaient accordées à un gouvernement qui^ « en offrant à l'Europe un gage de sécurité et de stabilité^ les*, dispensait d'exiger de la France les garanties
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qu'elles lui aas^nient demandées sous spn précédent gouvernement ;
« Qu'abolir cette clause inséparable du traité de Paris, c'était rompre Je traité; et que le consentement formel de là nation française au retour de Bonaparte, équivaudrait à une déclaration de guerre contre l'Europe, puisque l'état de paix entre elle et ia France, n'avait subsisté que par le traité de Paris, traité incompatible avec le pouvpir de Bonaparte. »
(cSi ce raisonnement, disait la commission*^ avait encore besoin d'appui, il se trouverait dans Vo&te même de Bonaparte de ratifier le traita de Paris, traité scrupuleusement observé et cTOCUté*, et dont les transactions du Congrès de Vienne n'étaient que les supplémens et les développemens; en sorte que, sans le nouvel attentat de Bonaparte, il eut été pour une longue suite' d'années, une des bases du droit public de t Europe; mais que cet ordre de choses avait fait place à une nouvelle révolution dont les agens,. tout en proclamant sans cesse qu'il n'y avait rien de chapgé, sentaient eux-mêmes que tout était changé autour d'eux ;
« Qu'il ne s'agissait plus aujourd'hui de maintenir le traité de Paria, mais de le refaire, les puissances se trouvant rétablies envers la France dans la même position dans laquelle elles étaient
3$ Gosraiii^ i>£ yiBi(F£.
1^ 3i i»ars i8i4; que ce Ji'était pas pour préve* nir la guerre, la France l'ayant allumée de £ut». mais poor ta terminer, que l'on ofirait aujour* d'bui à TËurope, on état de choses esseotieller ment différent de celui sur lequel Iq paix avait été établie en i8i4;
« Qu'ainsi la question avait cessé d'être une question de droit; qu'elle n'était plus qu'une question de calcul politique et de prévoyance , dans laquelle les puissances ^'auraient qu'à con*** suker l^s îiit^ts réels de leurs peuples et l'intérêt de l'Europe, etc, etc, »
La commission ajoutait « que la garantie d0 rhçmme qui offrait de sanctionner le traité de Paris ne pouvait être acceptée, après la cruelle expérience de qaiuize années de perfidies , et qne la paix avec un gouvernement placé dans die telles mains, ne serait qu'un état perpétuel d'iu* certitude, d'anxiété et de dangers, ii D'après ces diverses cousidérations, la commission croyait qu'il était inutile d'émettre, au sujet de Bopa* parte , une nouvelle déclaration. Cette <^ioion bA saoctiounée sans contradiction par le comité des huit puissances.
La uatioa (rauçawe s'étant montrée sourde à la d^claratiou du Congrès du 1 3 mars^aoit parce <|ue cet aete ue fut connu à Pajrîs qu'après le départ du r0Î> soit parce que l'armée avait été entière^
ment ftédiiiie, rAulrichei la Russie , l'Angleterre et la Prusse signèrent, le a5 mars^ à Vienne, un tnilé d alliance dans lequel, prenant en cansidération les suites que l'invasion de Bonaparte et. l'état préseât de la Finance pauvaietit avoir pour la sûreté de l'Europe ,. elles appliqiiajent àxtette circonstance knportante les principes consâtrés^ par le ticatté de Ghaumont,et s*eiigageateii€(art. i) tt i vëunir toiis4eurs moyens pour maintenir dàtis « leur intégrité le traité de Paris du 3cl mai , et a les stipulations arrêtées au Cmigrès de Vîènoe a contre les desseins de Boliaparte. »
Chaque ptlissance s'engageait ( ârt^ or et 5 ) à tenir eonstammènl eu campagne iSo^ooo hôm. mes, et ne dcivait déposer les armeâ qu^après que Bbnaparte agirait été mil& ahsolufùent hors d'éCM d'exciter dés troubles^ et de renouveler séi^ tentatives pcmr s'emparer du pou^bir sis* préme en Franide.
Toutes l^s autres puissante» ( arf . 7 ) étaient appelées^ à accéder au traité.
Par l'art 8^ S. M. T.^C. était invitée en pwticnlier à donner ten adhésion au^t lï^sures ci* dessus^ et à &ire eonnaître^ dans le cas où elle detrait requérir les forces^ stipulées par Facr ticle deuxième,^ quels secours les circonslanéès Itti permettraient d'apporter à F^^jet du pfé-
4o CONGRÈS D£ VIENNE.
sent traité* Louis XVIII ne tarda pas à accéder à cet acte.'
Le prince-régent d'Angleterre, en le ratifiant^ , y joignit cette explication , « qu'il ne devait pas ce être entendu comme obligeant S. M. B. à ce poursuivre la guerre dans la vue d'imposer à « iaJFrance aucun gouvernement particulier, quel- -« que désir qu'eût le prince-régent de voir S. M. « T. C. rétablie sur le trône.» Celte clause^qui put paraître sii>guUère, n'était point une restriction réelle aux intentions ni aux Toeux de l'Angleterre qui , plus qu'aucune autre puissance, avait fait tout ce qui pouvait favoriser la causé des Bourbons; mais le prince-régent voulait user de ménagemens envers la nation fran^ çaise. La Russie, l'Autriche e^ la Pusse, en adopr tant la même restriction , étaient animées d'^n semblable motif, et pensaient servir plus effi»cacement la cause de Louis XYIIL
La cour de Londres , toujours magnifit|ue 'en subsides, s'engagea à en fournir un de cinq mîl« lions sterling , à répartir entre les courfe'de Vienne, de Pétersbourg et de BerKn. Uii auti^e subside de deux millions sterling fut laissé à iâ disposition du duc de Wellington pour être dis^ tribué entre les princes allemands; '. . ^
II, fut ouvert ensuite des conférences entre
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les ministres des puissances alliées et la députation des plénipotentiaires des princes et villes libres d*Alieaiagne , pour régler le mode de leur adhésion au traité du a5 mars. Dans la conférence du f a avril, le prince de Metternich dît que le traité à conclure renfermait quatre objets : I® Taccession; n^ la garantie <les puissances^;' 3^ la ûxatian des contingens; 4^ une convention particulière pour fixer l'entretieh d«s troupes, i*
Le plénîpôtejitiaire de Nassau, le baron deGa* gem, homme énergique , dit , « <jue s'il y avait dfr grandes monarchies, elles étaient nécessaires pour balancer d'autres monarchies égalenientgrandes; que touteifois^ la France était la preillière de totites par ses ressources intérieures qui étaient telles , que l'Europe entière réunie contre elle était à peine un adversaire assei^ puissant ; que la FhintB était entourée d'un triple rang de places fortes qu'elle n'avait point acquises ou conquises par des voies légitimes; mais que ses intrigues et les discordes de l'Allemagne lui avaient données^danls le cours des derniers siècles; que l'Alsace était en première ligne , parmi les provinces que^son astuce lui avait mises entre les mains.
« Je me suis assez prononcé , ajoutait le baron Gagern , sur la paix de Paris , rédigée dans des terme.^ préjudiciables à l'Allemagne. Toutefois'^ on avait l'intention de ménager l'amour-propre
43 CONGRÈS DS VIKNKB.
des Français^ en étendant encore leurs^ limites. On voulait replacer les Bourbonis sur le trône ^ sous des auspices favorables, et on espérait qu'une conduite si magnanime consoliderait la paix et affermirait la tranquillité. Il n'en a pas élé ainsi : Ld ûu>Hel qui a rémi au plus haut degr^^ Vaudace^ la méchanceté ^t la perfidie y s'est replaeé $ur le trône; il nous menace de nouveau; qite dis-je? sa seule existesicé est une menace. Nous la, repousserons les armes à la main. L'union qui règne entre nous> l'amitié de toutes le$ puissances et de tous les peuples qui partagent nos $eiltimens9 nous encouragent dans dette luttei
périlleuse Si nos armes sont bénies » si les
armées françaises sont défaites, et si les forteresses tombent, nous sommes autorisés à ec^pérer un plus heureux résultat que celui dé la p£Ûx de Paris# Il est de notre devoir de le vouloir, dé l^e dire, de le proclamer hautement, et de travailler pour le repos de nos enfans..^.. Convenons cependant que si U partie sâinel de la nation, revetiue k elle*méine, pendant qu'il en est tems encore, se délivre sans que nous ayons besoin de verser n4>tre sang, les duoses devront rester ao point où eUes étaient au 3o mai 18 14;^ mais si la force des arm«s décide en notre faveur^ qu'il ne soit plus question d'uine paix comme «elle de Paris. »
tIVBS HUJTtàHE. 43
Ce laogage du baitm daGagern à V égaré de la Frauce, n'était pas sans doute trèa-^anicàiyU se ressentail de rimptessioii profonde occastoCH née par une {[uerre nouvelle. Bu reste, ^on optaîon fut celle de plusieurs autres politiques aigrispar Fin vaston de Bonaparte; et elle pré-» para Je traité du ao novembre 181 5, fort di£Gé*^ rent sans doute de celui du 3o tnai i8i4<
Le tableau des contingens à fournir par les princes et états d'Allemagne , ayant été arrêté^ l'accession au traité d'alliance du a 5 mars, fut successivement donnée par les. rois d'Hanovre v du Portugal, de Bavièriç, par les gràndfr^ucs de Bade et de Hesse, le roi de Wîrtemberg, par le roi de Saxe. Le ti^aité d'accession des princes e| états d'Allemagne, du 27 avril, portait f* que tûtis les efforts seraient dirigés en commun et de con* cert vers le même but, qui était le maintiien du traité de Paris du 3o mai i8i4 <^t des stipulations condues et signée^ i3iu Congrès de Yiebney pour compléter ce traité.
L'article 2 contenait, de la part des prince» d'AUeènagne, r^igagemeul de mettre sur pted un certain nombre de troupes qui se réuniraient à l'armée du HautrBbiu, sous les ordies du prince d^Schwlirt9etaiberg,à celle du ]i(as-Bhin, sous ceux du maréchal BIucbi?r,et à ceUe desPays*Bas^ sous le commandement du: duc de Wellington^
44 CONGUiS DE VJENNE.
lie contingent que les princes et villes libres d'Allemagne s'engageaient à fournir , s'élevait à 38,5 lo hommes. La landsturm, ou levée en masse, devait être requise, suivant les circonstances^ Ce traité complétait la réiinion du nord et du centre de l'Europe contre l'usurpateur. Une commission composée de Prussiens, d'Au- . trichiens et de Russes, se réunit à l'instant^ pour régler les mesures à prendre pour la substôtance des armées alliées.
La diète de Zurich et la plupart des états de l'Europe accédèrent successivement à ce traité.
La cour de Madrid y doiina son adhésion , à condition qu'elle serait admise dans l'alliance et dans les actes subséquens, comme partie princi^ pale. Elle fondait sa prétention sur les services que la nation espagnole avait rendus à l'Europe dans ia guerre dé la révolution , et sur l'éminence de son rang entré les couronnes. Elle ajoutait « qu'elle se concerterait pourtant avec les autres puissances pour les opérations militaires; mais qoe lorsqu'on aurait à traiter, soit pendant la guerre, soit après, elle ne se croirait nullement comprise dansi les stipulations (aites etître les plénipotentiaires dés autres puissances , si le sien n'était point admis sans réserve dans les négociations, w Cette prétention dé l'Espagne ayant •étérejetée par les puissances alliées, elle fit des