‹ Histoire du Congrès de Vienne (volume 3)Chapitre 33 sur 180 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

puissant 9 mais parce qu'on a le goût des injustes accroissemens.

Un écrivain politique, après avoir exclu gratuitement l'Autriche de l'Italie, a pensé que le Congrès eut dû partager la Péninsule entre les cours de Turin, de Rome et de Naples, en remettant à la première tout le pays jusqu'à l'Isonzo et aux frontières des états du pape, et dédommager l'Autriche aux dépens du gra'nd-seigneur. De pareilles vues ne mériteraient pas d'être relevées, si elles ne trouvaient beaucoup de partisans parmi les imaginations déréglées et les amateurs de nouveautés , c'est - à - dire , parmi les ennemis de l'ordre. Pour l'exécution du plan en question, il eut fallu former contre la cour de Vienne une ligue générale , chargée de l'éloigner du Piémont dont elle occupait encore les forteresses, et l'expulser également du Milanais, du Mantouan et de l'état de Venise. Du reste, on a tort de penser qu'elle eût évacué ces pays sur une décision du Congrès.

La pensée de dédommager l'Autriche du sacrifice de l'Italie, par la Servie, la Bosnie, la Croatie , la Valachie et la Moldavie, et de tlé* pouiller ainsi gratuitement le grand- seigneur, est aussi contraire à la jiistice qu'à la saine politique , dans un moment surtout où l'on cherchait à assurer les souverainetés légitimes. Cette

88 CONGRÈS DE YIENITE.

pensée était non moins contraire aux instructions des plénipotentiaires français chargés de faire garantir l'intégrité de la Turquie; intégrité qui était dans les. principes dé la cour de Versailles, mais bientôt abandonnée par les gouverne* mens de la révolution , uniquement occupés de vues d'invasion et d'incorporation. Le directoire tenta de ravir l'Egypte au grand-seigneur. Il est vrai que, par le traité de Paris de 1802, la république français^ garantissait à la Porte l'intégrité de ses posses^ons; mais cette garantie n'était que de forme „ et le chef^u gouvernement, qui ne rêvait qu'à recouvrer l'Egypte, était bien loin de l'avouer. Ceux qui vont chercher les titres des peuples dans les ruines de l'antiquité, verraient dans la chute de l'empire ottoman une riche matière à leurs combinaisons; mais les cabinets éclairés ne l'entendent pas de même.

On ne peut, au reste , x|ue s'applaudir du degré de puissance auquel est parvenue la monarchie autrichienne. François I et les peuples qu'il gouverne par l'empire de la bonté et de la justice, étaient dignes de leur fortune. Il est des pays où l'on trouvera plus d'iùdépehdance qu'en Autriche, mais aussi plus d'agitation; plus de théories et de systèmes, mais moins de pratique ; phis de luxe, mais moins d'aisance réelle. Quant à la conduite générale des affai-

Page 1