LIVRE oirzi>.M£. ïSg
maître, qu'un lieutenant du magistère y lequel est sans territoire.
Les déprédations des Barbarësques , encouragés par la . chute de la marine maltaise , ne se sont plus bornées à des attaques détournées ou à des surprises sous pavillon masqué. On ne les a plus vus raser les côtes sur des chebecs, mais se réunir en escadres de grosses frégates provoquant fièrement au combat , rançonnant les navires marchands, vouant les équipages à l'esclavage, ou enlevant impitoyablement les habitans de$ îles sans défense. Si quelques puissances obtenaieqt des égards , ils étaient dus à la crainte qu'elles inspiraient, ou aux tributs qu'elles payaient. ^
Les États-Unis humilièrent les Barbaresques sans les terrasser. Cette gloire était réservée à l'Angleterre, jalouse de se laver du reproche de favoï^iser secrètement Alger et Tunis, pour éloigner du commerce de la Méditerranée les petits états du Midi. Lord Ëxmouth, dans une attaque mémorable, a rompu les chaînes des prispnniers chrétiens et affranchit plusieurs peuples d'Europe de la double ignominie de l'esclavage et des tributs. Cependant le traité conclu à cette occasion, entre l'Angleterre ^ Alger et les autres régen.ces barbaresques, a paru incomplet. L'Angleterre aurait pu stipuler pour elle et pour l'Europe
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entière, en prenant sous sa sauvegarde le pavillon des états du second et du troisième rang de la Méditerranée, soit dans la paix, soit dans la guerre; car lorsque celle-ci vient à éclater en Europe, les Barbaresques se hâtent d'en profiter pour multiplier leurs courses spoliatrices. A défaut d'une mesure générale qui eût enchaîné les pirates africains, on eût pu état)lir une haute police maritime permanente ^ capable de repousser les surprises des Barbaresques , et de détruire insensiblement leur marine qui n'est redoutable que pour les faibles. Il faudrait agir avec eux, comme la France et l'Angleterre se conduisent envers les bâtimens négriers.
Des politiques auraient voulu qu'on eût conquis l'Afrique septentrionale ou la Barbarie , pour y fonder des colonies. Ils oublient que le puissant Charles -Quint qui, à la tête d'une armée formidable, tenta de dompter ces fiers descendans des Numides et des Carthaginois;, n'éprouva que d'accablans revers. Il faudrait, pour s'assurer des côtes et de l'intérieur du pays, y tenir une armée forte et fréquemment renouvelée. Mais quel souverain, ou même quelle coalition exposerait aujourd'hui pour un objet secondaire, ses armées à périr par la faim et la soif, le fer et la peste , dans l'unique ,espoir de reléguer dans les déserts, l'indomptable population africaine ?
tlVHE ONZIÈME. l6l
Toute armée , transplantée sous des zones dont Tardeur contraste trop avec le sol tempéré de la patrie, succombera tôt ou tard. Saint-Domingue , l'Espagne et la Russie^ attestent le danger des climats opposés pour les conquérans imprudens. Jusqu'à ce que les nations barbaresques se soient rapprochées du droit public et des mœurs d'Europe, effet d'une révolution dans la religion et les habitudes aussi lente que le cours des siècles; jusque - là, il faudra tenir dans la Médi* terranée des forces mobiles toujours prêtes à châtier les Barbaresques et à les poursuivre dans les rades et les anses nombreuses, que leur offrent les côtes et les îles de cette mter difficile. Il faudrait donc qu'il existât une puissance^ qui, dégagée de la passion des conquêtes et de la cupidité commerciale, se bornât à protéger les navigateurs chrétiens. Or, on ne peut dissimuler que l'ordre de Malte , par la nkture de son institution, sa réputation de courage et l'habitude de la guerre avec les Barbaresques, était capable de remplir ce but, qu'il avait eh effet complètement atteint. Une alliance dé^nsive des puissances de la Méditerranée, entretenant une escadre permanente, serait sans ddute d'une grande utilité ; mais indépendamment des jalousies et des rivalités qui se glissent toujours dans II. II
les associations politiques, n'est-il pas vraisemblable qu'une guerre générale survenant, l'alliance maritime se dissoudrait?
Les ennemis de l'ordre de Malte ont dit qu'il s'était suicidé. Blessé par des traîtres, il a survécu à ses blessures; et on ne peut le dire mort, puisqu'il a encore un gouvernement et des ministres auprès de plusieurs cours. Ainsi OQt existé plusieurs princes privés même de la totalité de leurs états, sans perdre pour cela la souveraineté politique.. "^^
On a prétendu qu'il n'y avait plus de noblesse pour le perpétuer; mais la noblesse ancienne existe toujours : elle est un fait indestructible qu'il faut bien reconnaître. On pourrait join^ dre, sou scertaines conditions, la noblesse nouvelle à la noblesse ancienne ou de race. On pourrait aussi admettre dans Tordre, des langues protestantes. Quant aux vœux, ils pourraient être modifiés et convertis seulement en l'obligation de poursuivre les pirates barbaresques ^ et dei protéger le commerce des peuples de la Méditerranée.
Depuis long-temps l'ordre de Malte ne faisait point la guerre aux Barbaresques , comme sectateurs de Mahomet, puisqu'il respectait le pavillon ottoman ; mais aux Barbaresques, comme
ennemis de la navigation, et donnant des fers Ru%: chrétiens. C'était une guerre de défen^ personnelle et non de fanatisme. Protéger les Européens contre des agresseurs sans foi, offrir au milieu de la guerre, un sûr asile à toutes lés nations, entretenir un vaste local pour les malades, quelle que fôt leur religion ; présenter des ressources à ceux qui, nés au sein de l'honneur, en ont constamment pratiqué les maximes ; tout cela n'offrait qu'une institution vénérable , digne de rintérêt de tous les souverains.
En présentant maintenant les principales causes qui empêchèrent les plénipotentiaires de Tordre de Malte, près du Congrès, d'obtenir le succès auquel ils prétendaient si justement, il faut dire aussi que le bailli Miari, quoique fort estimable, ne sut point précisément s'élever au rang qui lui ^appartenait. Sa réserve ressemblait trop à de 1^ timidité, et ses mémoires à des suppliques. Il eût pu faire valoir les prétentions de Tordre avec plus de vigueur. Mais le coup le plus fatal pour Tordre de Malte, fut la séparation du Congrès avant qu'on eût pu fixer tous les intérêts ; car il eût bien fallu aussi débattre les siens. L'ajournement indéfini des indemnités dues à Tordre, semble prononcé, et l'espérance qu'il a du retour à son ancienne existence, de-
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vient chaque jour plus probiéniatiqMe , à moins qu'une cour puissante ne se charge prochaine^ ment de plaider sa cause auprès des autres cours ; et jusqu'ici l'on n'en voit point qui soit disposée à se charger de ce rôle honorable ,mais difficile.
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