LIVRE HUITIÈME
ainsi dire^ sous la forme d'un immense colosse, marche de front k la voix de l'honneur outragé; et le sénat européen, le Congrès, aussi impassible que le sénat romain dans les crises de la repu* blique, continue avec calme ses délibérations, entremêlées seulement de plans de guerre. La légation française, quoique Fusurpateur Tait frappée d'un décret de spoliation et de mort, continue ses fonctions avec le même zèle.
En France, l'invasion de Bonaparte n'avait été regardée d'abord que comme une excessive témérité. Louis XVIII, pourvu du courage de tête que la vieillesse refusait à son bras, avait, dès le 6 mars , convoqué les deux chambres comme le premier appui de sa couronne. En même temps, il avait mis Bonaparte hors de la loi, et prononcé la peine de mort contre ses adhérens. Mais il s'était arrêté là; et avait refusé, par une douceur et une clémence intempestive , de faire arrêter et juger sans délai ceux qui étaient soupçonnés d'intelligence avec l'usurpateur. Il voulait contraster avec celui qui se proposait de ramener la tyrannie en France.
Le corps diplomatique étant venu exprimer à Louis XVIII la part qu'il prenait à sa position , il avait répondu avec sérénité : « Vous me « voyez, messieurs, souffrant; mais c'est de la
8 GOlfGRÈS D£ VIENITE.
(c goutte.' Rassurez vos souverains sur ce qui fi se passe en France. La tranquillité de mon a royaume n'en sera pas plus troublée que celle a de l'Europe. » Cette confiance mal fondée pouvait être sincère; Louis ne devait pas naturellement s'attendre au parjure de tant d'officiers supérieurs et de plusieurs maréchaux plus instruits des devoirs de l'honneur que la grossière soldatesque. Le monarque avait de la peine à se persuader que la conspiration contre la couronne fût ourdie avec autant de profondeur; et quoiqu'il pût soupçonner que Bonaparte machinait de pernicieux desseins, ses menées ne lui paraissaient pas aussi dangereuses qu'elles l'étaient réellement; il se reposait avec confiance sur la stabilité d'un ordre public garanti par tant de serments et tant de bataillons.
Tant que les divisions, au sujet de la Pologne et de la Saxe, avaient subsisté, le séjour de Bonaparte dans File d'Elbe, avait été envisagé par les grandes puissances^ sous des points de vue différeus. L'Autriche, spectatrice froide, mais vigilante, était loin d'être indifférente sur le voisinage de Bonaparte de ses possessions d'Italie; et elle craignait que, de concert avec le roi de Naples , Murât , il n'y occasionnât des mouvemens séditieux; néanmoins, la cour de Vienne