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n'entrevoyait point de danger imminent. L'Angleterre, unie par sa récente alliance avec la France et l'Autriche , quoique bien convaincue de la nécessité de transporter Bonaparte sous des latitudes plus éloignées, ne donnait pas une attention particulière à sa conduite. Mais la Russie et la Prusse, qui se trouvaient en opposition avee la France, l'Autriche et l'Angleterre, par rapport à la Pologne et à la Saxe, pouvaient, sans croire à la possibilité d'une rupture, envisager d'un autre œil, le séjour de Bonaparte dans File d'Elbe; et bien éloignées pourtant de vouloir se servir d'un pareil instrument, elles pouvaient penser que son voisinage tiendrait en réserve la cour des Tuileries, et atténuerait sou opposition à leurs prétentions ; car tel est le fatal effet des divisions politiques qu'elles entraînent à ménager le méchant détesté.
Ceux qui ignoraient ces dispositions diverses suggérées non pas par les affections, mais par la position du moment , s'étonnaient que le Congrès eût tant tardé à repousser dans d'autres climats l'ennemi de la paix ; mais d après le traité du 1 1 avril que les puissances devaient maintenir, Bonaparte jouissait, dans l'île d'Elbe, d'une entière indépendance. Les principales puissances ne commencèrent à raisonner sur sa translation dans un autre hémisphère, que lors-
lO CONGRES DE VIENNE.
que les arrangemens majeurs eurent été arrêtés, et que les plaintes des souverains d'Italie, notamment du grand-duc de Toscane, sur le voisinage de Bonaparte , se furent accumulées. C'est alors que le plénipotentiaire portugais, Palmella, offrit l'une des Açores, pour lieu de la réclusion de Bonaparte, et que l'Aagleterre offrit Sainte- Lucie ou Sainte-Hélène; mais l'aveu de leurs cours et le transport de ce personnage dans l'une de ces îles , eotiportaient d'indispensables délais. Bien plus, il eût fallu un armement; car il n'est pas vraisemblable que Bonaparte, maître d^une aussi forte place que Porto-Ferrajo, et ayant huit cents hommes entièrement dévoués à sa personne , se fût rendu à la première sommation. Le Congrès, préoccupé par une multitude d'affaires graves, ne paraissait donc devoir prendre, à l'égard de Bonaparte, une résolution définitive qu'à la fin de ses séances, d'autant qu'on était loin de regarder à Vienne les suites de son évasion comme aussi menaçantes qu'elles le devinrent. Une des causes immédiates de ce fâcheux événement fut la négligence à l'observer du côté de la mer, quoique beaucoup de marins prétendent que dans ces parages la surveillance est fort difficile. On a reproché au colonel anglais ,- Campbell, qui résidait à l'île d'Elbe, d'avoir laissé évader Bonaparte; mais il n'avait pas le
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droit de le surveiller; et on ne voit pas même à quel titre il résidait dans File ; le traité du 1 1 avril n'y établissait point de commissaire de l'Angleterre. Son court voyage à Livourne ne peut lui être reproché; et s'il se fût trouvé dans File d'Elbe^ au moment de l'embarquement, il eut été sûrement consigné chez lui. Il faut donc repousser le bruit absurde que les Anglais étaient dans la confidence de l'évasion de Bonaparte, et qu'ils le laissèrent rentrer en France pour la replonger dans de nouveaux maux. Le zèle que le ministère britannique mit à poursuivre Bonaparte , réfute suffisamment cette opinion. Le gouvernement anglais ne disposait pas sans doute de l'armée française. On a dit encore que les lenteurs du Congrès ramenèrent l'usurpateur sur le continent. La nullité de cette assertion est démontrée par l'activité du Congrès à cette époque. Il est permis de croire que le hardi envahisseur n'avait point une idée exacte de ce qui se passait à Vienne; ou qu'il croyait que, parce qu'aux jours de sa puissance il décidait en peu de jours du sort des états, soit en imposant silence à la justice^ soit en repoussant toute discussion, le Congrès devait être terminé ou renversé dans quatre mois. Les fausses notions sur le but de l'alliance purement éventuelle du 3 janvier, durent aussi faire iHusion à l'imagination deBona-*
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parte. Il se flattait qu'une guerre générale allait éclater, et qu'il lui suffirait d'accepter le traité du 3o mai , pour remonter sur le trône de France. Il crut ou plutôt feignit de croire que la cour de Vienne lui était dévouée , parce qu'il avait obtenu de la faiblesse paternelle, ou par la crainte de sa vengeance , l'archiduchesse Marie-Louise ; et que l'Autriche était encore son alliée, parce qu'elle était l'auxiliaire de Louis XVIII. On apercevra d'autres causes des premiers succès de l'usurpateur dans cette cupidité insatiable qu'il avait lui-même allumée pailni ses partisans , dans les alarmes de ceux qui appréhendaient la restitution des biens nationaux, dans les remords de ceux qui, trop coupables, ne pouvaient croire à la sincérité du pardon royal et à des vertus odieuses ou méconnues. Il faut aussi compter pour beaucoup le dépit de la noblesse nouvelle contre l'ancienne rendue à ses droits, à sa prééminence, et surtout l'opinion présomptueuse de l'armée qu'il lui appartenait , ainsi qu'aux gardes prétoriennes, de donner ou d'ôter l'empire.
JjSl nouvelle du débarquement de Bonaparte arrivait à Vienne , lorsque le prince de Metternich, le duc de Wellington et le prince de Talleyrand se rendaient à Presbourg, en qualité de députés du Congrès, pour faire connaître au