LIVRE DIXIEME
puissaût , mais parce qu'où a le goût des injustes accroissemens.
Un écrivain politique, après avoir exclu gratuitement l'Autriche de l'Italie, a pensé que le Congrès eût dû partager la Péninsule entre les cours de Turin, de Rome et de Naples, en remettant à la première tout le pays jusqu^à l'Isonzo et aux frontières des états du pape, et dédommager l'Autriche aux dépens du grand-seigneur. De pareilles vues ne mériteraient pas d'être relevées ^ si elles ne trouvaient beaucoup de partisans parmi les imaginations déréglées et les amateurs de nouveautés , c'est - à - dire , parmi les ennemis de l'ordre. Pour l'exécution du plan en question, il eût fallu former contre la cour de Vienne une ligue générale , chargée de l'éloigner du Piémont dont elle occupait encore les forteresses, et l'expulser également du Milanais, du Mantouan et de l'état de Venise. Du reste, on a tort de penser qu'elle eût évacué ces pays sur une décision du Congrès.
La pensée de dédommager l'Autriche du sacrifice de l'Italie, par la Servie, la Bosnie, la Croatie , la ValacBie et la Moldavie, et de dépouiller ainsi gratuitement le grand -seigneur, est aussi contraire à la justice qu'à la saine politique , dans un moment surtout où l'on cherchait à assurer les souverainetés légitimes. Cette
pensée était non moins contraire aux instructions des plénipotentiaires français chargés de faire garantir Fintégrité de la Turquie; intégrité qui était dans les principes de la cour de Versailles, mais bientôt abandonnée par les gouvememens de la révolution , uniquement occupés de vues d'invasion et d'incorporation. Le directoire tenta de ravir l'Egypte au grand-seigneur. Il est vrai que , par le traité de Paris de 1 8oa , la république française garantissait à la Porte l'intégrité de ses possessions; mais cette garantie n'était que de forme , et le chef du gouvernement , qui ne rêvait qu'à recouvrer l'Egypte, était bien loin de l'avouer. Ceux qui vont . chercher les titres des peuples dans les ruines de l'antiquité, verraient dans la chute de l'empire ottoman une riche matière à leurs combinaisons; mais les cabinets éclairés ne l'entendent pas de înéme.
On ne peut , au reste , que s'applaudir du degré de puissance auquel est parvenue la monarchie autrichienne. François I et les peuples qu'il gouverne par l'empire de la bonté et de la justice, étaient dignes de leur fortune. Il est des pays où l'on trouvera plus d'indépendance qu'en Autriche , mais aussi plus d'agitation ; plus de théories et de systèmes, mais moins de pratique ; plus de luxe, mais moins d'aisance réelle. Quant à la conduite générale des affai-