LIVRE HUITIÈME
donner communication au cabinet autrichien. Bonaparte furieux du peu de succès de sa ten* tative^ mit hors de là loi les plénipotentiaires français. Ou arrête à Linta un Belge , le baron de Strassart, préfet sous le gouvernement irapé-* rial, et qui était porteur d'une lettre pour Tempereur François I. Bonaparte y manifestait le désir de la paix, et l'intention d'observer les stipula*lions du traité de Paris du 3o mai. François I, pour toute réponse, remet la lettre au prince de Metternich pour en faire l'ouverture dans la séance du 3 mai du comité des huit.
L'intrigue s'agita aussi auprès de l'ex-vice-roi dltalie, Eugène Beauharnais. Il était venu à Vienne, où il avait eu d'abord beaucoup de peine k être distingué de la foule des personnages arrivés dans cette capitale. Sa qualité de beau-fils de Bonaparte, et même celle de gendre du roi de Bavière , n'eussent pas suffi pour le tirer de l'obscurité où on paraissait vouloir le laisser, si l'empereur Alexandre ne l'en eût fait sortir par égard pour ses qualités personnelles. Mais, lorsque le débarquement de Bonaparte fut connu , Beauharnais n'ayant pas paru le désapprouver; et des liaisons mystérieuses avec des inconnus qu'on lut avait adressés probablement de Paris, ayant achevé de le rendre suspect, il reçut l'ordre
'ia CONGRÈS DE VIENNE.
de se retirer à Munich , où il était soigneusement observé (i).
Les tentatives de Bonaparte auprès deV Angleterre , n'avaient pas mieux réussi qu'auprès de l'Autriche. Le sieur Otto, digne de consacrer ses lalens à une plus noble cause, avait été choisi pour offrir au prince-régent son alliance ; mais cet envoyé n'avait pu obtenir la permission de venir à Londres , et il était resté à Boulogne. Ainsi l'usurpateur était partout repoussé, si ce n'est en France, pays qui aurait dû le plus, au seul souvenir des maux passés, détester sa présence.
Malgré les doutes que l'usurpateur affectait de répandre sur l'authenticité de la déclaration du i3 mars, il sentit enfin que sa publicité exi-
(i) Eugène Beauharnais faillit se compromettre dans cette ville, en remettant conEdeniiellement une lettre énigmatique à un courrier français , nommé Bourdei , qui était allé le trouver,, en l'assurant de son dévouement à la cause de Bonaparte. Ce dévouement imprudemment manifesté, ayant fait arrêter ce courrier à Carlsruhe , sur la demande du ministre autrichien près du grand-duc, la lettre d'Eugène fut trouvée dans une bouteille cachée dans ta voilure de ce courrier, qui était à double fond, et pleine de contrebande, ainsi que le portefeuille même des dépêches qui avait été forcé. Le courber, en arrivant à Heilbron, où il fut ramené, fut mis à la suite du quartier-général autrichien ; et, à son passage dans chaque ville jusqu'à Paris , il était déposé dans la prison publique.
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geait qu'elle fût discutée et réfutée. Le ministre de la police, Fouché, la dénonça le 29 nfars au conseil^l'état. Il représentait.cette pièce comme uniquement émanée de la légation française au Congrès, laquelle aurait, suivant lui, falsifié la ^gnature des plénipotentiaires du comité des HUIT, sous leurs propres yeux. On sent qu'il n'y avait que la pratique trop réelle de crimes de ce genre, qui fut capable d'inspirer à l'usurpateur €t à son ministre une pareille supposition. Le conseiUd'état de Bonaparte ayant pris connais-* sance de la déclaration du i3 mars, fit rédiger par le conseiller Defermont un rapport dont le préambule , après avoir signalé la déclaration du Congrès comme un acte inouï dans les fastes de la politique , attribuait cette foudroyante déclaration aux seuls plénipotentiaires français. « Ceux d'Autriche, de Russie, de Prusse et d'Angleterre, disait Defermont, n'auraient pu signer un acte que les souverains et les peuples auxquels ils appartiennent, s'empresseraient de désavouer. Et d'abord, les plénipotentiaires, coopérateurs pour la plupart du traité de Paris, qui savent que Napoléon y a été reconnu comme conser-* vant le titre d'empereur et comme souverain de nie d'Elbe, lauraient désigné par ces titres, et ne se seraient écartés ni au fond, ni dans la forme, du respectueux égard qu'ils imposent. Ils au-
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raient senti que, d'après les Icns des nations, le prince le moins fori par Fétendae ou la population de ses états y jouit , quant à son caractère politique et civil, des droits appartenant à tout prince souverain, à Fégal du monarque le plus puissant; et Napoléon, reconnu sous le titre A^empereur^ et en qualité de prince souverain par toutes les puissances, n'était pas plus qu'aucune d'elles, justiciable du Congrès de Vienne. L'oubli de ces prindpes, impossible à supposer dans des plénipotentiaires qui pèsent les droits des nations avec réflexion, sagesse et maturité, n'a rien d'étonnant quand il est manifesté par quelques ministres français, à qui leur conscience reproche plus d'une , trahison ; chez qui la crainte a produit l'emportement, et dont les remords égarent la raison.
«( Ceux-là seuls ont pu risquer la fabrication et la publication d'une pièce, telle que kr prétendue déclaration du i3 mars, dans l'espoir d'arrêter la marche de Napoléon, et d'abuser le peuple français sur les vrais sentiméns des puissances étrangères; mais il ne leur est pas donné de juger comme elles le mérite d'une nation qu'ils ont méconnue , trahie *et livrée aux armes de 1 étranger. Cette nation brave et généreuse se révolte contre tout ce qui porte le caractère de lâcheté et de l'oppression. Ses affections s'exal-