‹ Histoire du Congrès de VienneChapitre 99 sur 214 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

que les provinces polonaises, soumises à leur puissance, auraient «une constitution propre. En conséquence, Alexandre érigea en 1816, les provinces polonaises en royaume-uni ^ et leur garantit le vote libre de l'impôt et de toutes les lois par une représentation nationale , la rédaction des lois en langue polonaise , la dotation de la religion catholique en biens-fonds, la tolérance en fa^^ur des juifs, le traitement du clergé luthérien par Tétat, l'émancipation des paysans, l'inamovibilité des juges, etc. La parole du monarque a été remplie.

Plusieurs peuples du centre et d'une partie du midi de l'Europe, se sont montrés portés vers la représentation publique, système qui flatte l'amour-propre des sujets en les égalant presque au souverain. Ce régime aura moins d'inconvéuiens en Allemagne , qu'ailleurs , parce que la probité, le calme et le bon sens reconnu des Allemands modifieront ou atténueront les dangereux effets que peut avoir le système représentatif chez des peuples plus ardens ou moins réfléchis. Le Congrès seconda lui-même ces vœux, en élisant insérer dans l'acte pour la constitution fédérative de l'Allemagne (art. i3) « qu'il y aurait des assemblées d'états dans tous a les pays de la confédération.» Néanmoins, il ne faut pas confondre de telles assemblées

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d'états formées pmir quelques semaines, à des époques quelquefois éloignées , • et ne â occupant que de certains objets déterminés, avjec les grandes assemblées publiques délibérant sur toutes sortes de sujets , comme sont celles d'Angleterre^ de France, et des Pays-Bas.

Le régime représentatif, adapté à la monarchie, offre l'image du souverain et du peuple se donnant la main, et confondant leurs lumières et leurs forces; ordre de choses qui peut ''prévenir quelques actes arbitraires, arrêter les dilapida*tions et ^ faire adopter des mesures de salUt pu- Uic que le monarque n'oserait pas toujours prendre sur lui d'ordonner. Cette espèce de gouvernet](ient est dans certaines circonstances ., le plus fort de tous, parce que la masse de la nation est censée y copcx)urir par une volonté unanime; unanimité dont la puissant» impulsion est capable de grandes choses. Mais ce gouveraement a aussi l'inconvénient de provoquer des conflits entre la nation , le^ souverain et les ministres; bien que ceux-ci, dans les occasions essentielles, n'agissent que par lies ordres de leur maître. Le gouvîernement représentatif est inquiet et tumultueux de sa nature; et dans les tems les plus calmes., on entend un bruissement sourd qui peut lout-àcoup se changer en orage. Les représentations

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natiouales semblent donc devoir être restreintes en raison de l'efferYescence naturelle d'un peuple, et être étendues en proportion de sa moralité et de soq intelligence. C'est une institution purement locale et «relative, qui ne doit pas être légèrement consentie.

A Textérieur, on observe que si la faculté était laissée aux représentans , de concourir par leur approbation, aux opérations du < cabinet, cette faculté entraverait la politique qui ne se réduirait plus à des rapports discrets avec les autres états ; mais devrait encore se concerter avec les représentans de la nation, pour leur faire accep* ter ou comprendre les mesures négociées. Du reste, on ne peut se dissimuler que , bien que les opérations du cabinet soient soustraites .aux regards des chambres pour la partie de la conduite^ la nécessité d'obtenir dans certains cas, des subsides , obligera d'étudier l'esprit des chambres , pour disposer cet esprit à la coopération , ce qui est la principale science du gouvernement représentatif.

L'histoire universelle apprend que les pays oii la nation intervient dans les affaires publiques , ont plus fréquemment des guerres que ceux qui sont soumis au régime monarchique. L'exemple de Rome, de Carthage, des républiques grecques et d'Italie^ de la Pologne et même de l'oligarchique Angleterre, semble confirmer

celte vérité dont la cause est facile à trouver. Les rois ont des tems de repos et de calme: les maladies, la vieillesse, l'incurie, ou un bon esprit peuvent les porter à la paix. Mais les nations n'éprouvant guère, même dans leur décadence , la caducité physique, sont toujours ardentes et animées dans leurs délibérations. Elles seront beaucoup plus susceptibles que les rois sur le point (Thon- , neur, plus acharnées au succès , et plus difficiles à ébranler dans les revers , parce qu'elles écoutent moins les conseils de la prudence. D'ailleurs, tandis que la politique de la cour se réduit à un système souvent très - simple , les représentans de la nation se font , de leur côté, yn système d'intérêts compliqués et poursuivis avec chaleur, quoique souvent sans vues d'ensemble.

Le régime représentatif est tellement dans 1'^?^prit du tems^ pour certains peuples, qu'il serait difficile de le supprimer, surtout aujourd'hui que cet- esprit, au milieu de quelques écarts pour l'extension de la liberté , peut aussi , s'il est bien réglé, consolider le trône et ses légitimes droits. Toutefois , c'est une question fort difficile à résoudre que de savoir jusqu'à quel point on doit seconder \esprit du tems. Avant tout, il faudrait bien déitléler sa nature , sa tendance ; la moralité de ses moyens, et s'assurer s'il vise au bonheur du peuple , et

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k raffermissement des sociétés politiques. Le succès que l'Angleterre a obtenu par son gouvernement représentatif, a excité l'émulation des autres nations; et plusieurs politiques ont pensé qu'on pouvait par la même voie, arriver également à la même puissance, quoique la puissance et la prospérité soient des choses trèsdisrinctes. L'Angleterre a sans doute beaucotip plus de la première, que de la seconde.

Long-tems les villes de Mayence et de Strasbourg furent l'entrepôt des marchandises de Suisse et dltalie et de celles de l'Inde, arrivant par la Méditerranée; mais lorsqu'on eut doublé le cap de Bonne-Espérance , le commerce ayant pris en Europe, une autre route, les Hollandais l'exercèrent du nord au midi; et Cologne fut substituée à Mayence et à Strasbourg qui perdirent ainsi les avantages de leur position. Néanmoins, comme il se fait encore dans ces deux villes, ainsi qu'à Dusseldorf et autres villes voisines du Rhin et des rivières affluentes, un commerce considérable de commission, il importait beaucoup de lui donner de la facilité dans la paix et de plus fortes garanties dans la guerre, l^e moyen le plus sûr d'y parvenir était d'étendre, autant que possible, à tout le continent, ou du moins à tous les peuples d'Allemagne, par une législation générale, le bienfait de la navi-

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gation intérieure. Cette vue appartient au perfectionnement deFadministration, et à cet esprit de sociabilité qui tend à rapprocher tous les peuples par des intérêts communs.

Le gouvernement français , à diverses époques de la révolution, voyant son pavillon exclus des mers , chercha à s'emparer de la navigation interne-du continent; ce qui secondait d'ailleurs ses projets d'envahissement. Dans cette intention , il jeta les fondemens de son système fluvial; système dont la mise en activité avec des intentions bienfaisantes, appartient bien plutôt à l'article 5 patent , et à l'article 3 secret du traité de Paris de iSi^. Ce traité renfermant des dispositions relatives à la navigation du Rhin et de l'Escaut; le comité des huit^ dans sa séance du i4 décembre, nomma une commission dont les membres furent choisis parmi les puissances le plus directement intéressées à la libre navigation intérieure, sauf à y faire concourir, dans la suite, les envoyés des états qui, comme les Pays- Bas et les grandes villes de commerce, pouvaient avoir des motife particuliers d'intervenir dans les délibérations. Les membres de la commission furent pour l'Angleterre , lord Clan* carty ; pour la France , M. de Dalberg; pour la Prusse, M. de Humboldt; et pour l'Autriche, le baron de Wessenberg.

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