TH. FRANÇAIS ODÉON
4,000 fr.
1,800 fr.
Cet engagement est résiliable chaque année de la part du Directeur et avec Fautorisation du Ministre.
26 avril. Arrêté du Ministre d'État relatif aux Succursales du 1856 Conservatoire, annulant celui du 10 juin 1852 :
— Nomination des Directeurs par le Ministre. La quotité de leur traitement, prélevé sur les fonds de l'Etat, est déterminée par le Ministre sur la proposition du Préfet.
— Institution de Commissions de Patronage et de Surveillance^ dont les attributions sont soumises par les Préfets à l'approbation du Ministre.
— Enseignement pratique organisé d'après des instructions envoyées par le Conservatoire de Paris.
27 mai. Arrêté ministériel qui retire au Comité des Études musicales le droit qui lui était conféré par les articles 35 et 36 du Règlement du 22 novembre 1850, de présenter une liste de trois Candidats pour la nomination des Professeurs. Le Directeur présentera seul les Candidats au Ministre.
Mars. Arrêté du Ministre d'État qui décide que le buste en 1858 marbre de Bernard Barrette, Fondateur et Directeur du Conservatoire, sera exécuté sur les fonds de son Ministère et placé dans une des principales Salles de l'Établissement.
L'exécution en a été confiée à M. Poitevin, sculpteur.
Le projet conçu par les Professeurs en 1802 a reçu son exécution, grâce à la protection éclairée que M. le Ministre accorde aux Beaux-Arts. Qu'il nous soit permis de consigner ici l'expression
de la reconnaissance de tout le Personnel du Conservatoire pour
cet hommage rendu à son Fondateur.
M. Sarrette est mort le 1 1 avril, à Tâge de quatre-vingt-douze ans, après avoir reçu cette honorable preuve de l'importance attachée à ses services.
Le Conservatoire a voulu célébrer dignement les funérailles de son Fondateur.
La Société des Concerts a exécuté, pendant le service de TÉtilise, plusieurs morceaux de son répertoire.
Les Chœurs et plusieurs Artistes ont chanté le Dies irœ et autres morceaux de musique religieuse en faux-bourdon pendau l'office.
Un grand nombre de Professeurs, d'anciens Élèves et d'hommes de lettres ont accompagné cet homme de bien à sa dernière demeure Les cordons du drap mortuaire ont été successivement tenus par MM. Auber, le Directeur actuel, Halévy, Samson , Tulou, Leborne, Ed. Monnais, Lassabathie, Turcas.
M. Ed. Monnais, Commissaire impérial, a prononcé le discours suivant sur sa tombe :
« C'est au nom du Conservatoire que je viens dire un adieu suprême à rhomme éminent qui en fut le créateur, et qui le dirigea pendant près de vingt années d'une main si ferme et si habile.
» Je n'essayerai pas de tracer une biographie : ni le temps ni le lieu ne me le permettent. Seulement je rappellerai que Bernard Sarrette était né à Bordeaux, le 27 novembre 1763, et qu'il a joui du privilège de vieillir sans que l'âge portât une atteinte sensible à ses rares qualités.
» Cet liomme, qui se signala par un si grand service rendu à Fart musical en France, n'était pas Musicien lui-même; mais il était doué d'une de ces intelligences naturelles qui souvent, dans l'npplication d'une heureuse idée, valent mieux qu'une éducation spéciale. Cliargé d'abord d'organiser la Musique de la Garde nationale parisienne, associé plus tard à notre célèbre Gossec, dans la formation de cette École de Musique militaire qui envoyait des Musiciens aux quatorze armées de la République, il trouva dans cette École même le germe d'une Institution bien plus vaste et plus importante.
» Un jour, en 1794, une pétition fut adressée à la Convention Nationale dans Fintérêt de Fart musical, menacé de périr si l'État
ne le sauvait en lui ouvrant un asile public, une arche dans le naufrage universel, et le Conservatoire fut créé sous la tutelle de cinq Inspecteurs, de cinq grands ArListes, Gossec, Grétry, Méhul, Lesueur etCherubini. Barrette leur fut adjoint en qualité d'Administrateur. Le titre de Directeur lui fut conféré peu de temps après.
» Jusqu'alors la France avait eu sans doute une musiijue et des Musiciens; elle avait enfnnté des chefs-d'œuvre, mais elle n'avait pas d'Ecole. De la fondation du Conservatoire date réellement l'École française, car, à partir de ce moment, il y eut une doctrine fixe, un enseignement régulier, un ensemble de méthodes composées par les Maîtres les plus renommés. En un mot, il y eut un art français, longtemps contesté, mais enfin reconnu par les Nations rivales, qui aujourd'hui rendent hommage à nos Compositeurs, en nous empruntant leurs ouvrages; à nos Professeurs, en venant leur demander des leçons, en étudiant leurs méthodes ; à nos Artistes^ en les accueillant avec faveur, souvent même eu leur décernant d'éclatants triomphes.
» Pour fonder le Conservatoire, Sarrette avait trouvé des appuis dans la sympathie des hommes influents de son époque, dans la communauté d'opinion qvd l'unissait à }»lusieurs d'entre eux.
» L'Empire comprit tout ce qu'il y avait de généreux, de fécond dans la pensée et dans l'œuvre. Il adopta l'Institution jeune encore, l'étendit, l'éleva, l'enrichit, comme un des Etablissements destinés à l'honneur du pays.
» Par un retour fatal, dans un autre temps, sous un autre régime, ce qui avait été une protection se changea en péril. Sarrette fut banni de l'École dont il était le père; l'existence même de l'École fut gravement compromise et son titre aboli, pour reparaître bientôt, il est vrai, et inaugurer une ère nouvelle.
» Depuis 1815, Sarrette vécut étranger au Conservatoire, et demeura simple spectateur de ses fortunes diverses. Cependant quelle dut être sa joie intime, et, j'ose le dire, son légitime orgueil, en voyant sa création lui survivre en quelque sorte et devenue assez vigoureuse pour pouvoir se passer de lui! Quelle fut sa consolation lorsque, parmi ses successeurs dans la Direction du Conservatoire, il compta Cherubini, l'un des cinq Inspecteurs désignés par lui-même, et M. Auber, l'Elève du grand Maître, l'illustre chef de l'École française !
» Félicitons-nous de ce que S. Exe. M. le Ministre d'État, par une de ces résolutions qui lui sont familières, a décidé récem-
— sèment qu'un buste en marbre de Sarrette serait placé dans une des salles principales de TÉcole.
» Cette décision, prise si à propos, à dû être, pour le vieillard parvenu au terme de sa noble vie, la plus touchante des récompenses, et en même temps le gage d'une immortalité qui commence aujourd'hui pour sa mémoire et planera désormais sur ce tombeau. »
Après M. Monnais, M. Samson, qui était resté l'ami de son ancien Directeur, a improvisé sur sa tombe quelques phrases aussi bien senties que bien exprimées, que nous sommes heureux d'avoir pu recueillir.
« Messieurs,
» Après le Discours que vous venez d'entendre, je devrais peut-être garder le silence; mais, ancien Élève de TÉcole créée par M. Sarrette, honoré, j'ose le dire, de sa constante amitié, il me semble que je ne puis ni ne dois me taire dans cette solennité douloureuse.
» La tombe que nous entourons vient de recevoir un honnête homme, un homme de bien. Les quatre-vingt-douze années que Dieu a voulu lui reprendre étaient sans doute un poids léger pour lui, car elles ne servaient qu'à lui rappeler son passé honorable.
» Messieurs, les arts occupent une place importante dans la civilisation ; quand ils viennent à naître, ils en sont le présage ; plus tard, ils en sont l'ornement.
» Honneur donc à ceux qui les cultivent avec éclat! Mais honneur encore à ceux qui sans les exercer en conservent, en propagent le culte par les services éminents qu'ils leur rendent; ils méritent leurs lettres de naturalisation parmi les Artistes et conquièrent, ce qui vaut mieux, leur estime, leur sympathie et leur éternelle reconnaissance.
» Vous savez quelle fut la tâche entreprise et accomplie par M. Sarrette, vous en comprenez toutes les difficultés. Poser presque seul les fondements d'une grande institution, réunir par le lien puissant de la centralisation toutes les branches d'un enseignement si multiple; en un mot, donner à la France une École de musique qui lui manquait, et l'élever en peu d'années à une telle hauteur qu'elle disputait déjà de succès et de renommée avec les plus célèbres établissements du même genre formés dès longtemps en Europe, voilà certes un beau titre d'honneur ; telle
fut l'œuvre de celui que nous pleurons; voilà le monument qu'il a édifié; c'est là, si je puis parler ainsi, son Panthéon, consacré, non comme celui de l'artiste grec, à des divinités fabuleuses, mais à ces arts enchanteurs, dieux des intelligences délicates et des natures d'élite.
)) L'art que j'ai l'honneur de représenter ici (honneur trop peu justifié, je le sais) a des obligations toutes spéciales envers la mémoire de jVL Barrette. Le fondateur eut de la peine à l'introduire dans le programme des études du Conservatoire. A en croire des opinions qui parfois se reproduisent encore, le comédien ne devrait avoir d'autres maîtres que l'inspiration et le public. Moins une prévention est fondée, plus il est difficile de la vaincre; l'obstination est le partage habituel de Terreur, et, sans se laisser décourager, M. Sarrette plaida notre cause et la gagna. L'art de dire la tragédie et la comédie eut sa classe à côté des classes musicales.
» La politique, qui ne devrait jamais approcher de nos arts, arracha M. Sarrette à ses fonctions si bien remplies : il cessa d'être notre Directeur, mais jamais il ne cessa d'être notre ami. Il suivait avec intérêt tous nos pas dans la carrière qu'il nous avait ouverte, il ressentait autant que nous la joie de nos succès. Comme il était heureux de nous revoir, de causer avec nous ! C'étaient . là, disait- il, ses bons moments; c'étaient aussi les nôtres. Professeurs et élèves de son temps et de son école, nous nous regardions tous comme une famille dont il était le vénérable chef. Aujourd'hui le père de famille n'est plus, il nous quitte... Puisset-il du moins nous entendre celte fois encore! Puisse-t-ii accueillir notre dernier adieu avec cette aimable et touchante bonté dont il nous avait fait une si douce habitu'e! Adieu donc, notre digne et excellent Directeur, adieu! »
Le Conservatoire est placé aujourd'hui, sous l'Autorité d'un 1859 Directeur, nommé par le Ministre d'État.
L'Administration se compose de :
1° Un Administrateur ;
2o Un Secrétaire;
3" Un Agent comptable;
4» Un Surveillant des Classes;
5o Un Commis-surveillant, chargé du dépôt de la musique et des instruments des Classes;
6° Un Bibliothécaire en chef ;
7° Un préposé a la Bibliothèque;
8° Un Chef du Pensionnat.
L'Enseignement comprend :
Le solfège.
L'étude du clavier.
L'étude des rôles.
Le chant.
La déclamation lyrique.
Le 'piano.
La harjje.
Instruments à archet.
Instruments à vent.
Ensemble instrumental.
Harmonie.
Orgue.
Composition.
Déclamation dramatique.