SOCIÉTÉ DES CONCERTS
La première idée de la Société des Concerts fut conçue par M. Cherubini. 11 voulut faire exécuter au Conservatoire, à grand orchestre, par les Élèves anciens et nouveaux, non-seulement les productions connues en France, mais encore celles qui ne l'étaient pas. Il fit approuver ce plan par M. le chargé des Beaux- Arts. L'orchestre devait être composé des nouveaux Élèves, de 53 anciens et de 25 choristes (anciens Élèves).
Le Gouvernement assura une subvention annuelle de 2,000 fr.
Les anciens Élèves formèrent une Société présidée par M. Cherubini et dirigée par M. Habeneck. M. Cherubini fit exécuter lui-
— Oô —
même, par un architecte, les dispositions matérielles : l'estrade et le plancher destiné aux chœurs; et le premier Concert, consacré à Beethoven, eut lieu le 9 mars 1828.
Les Sociétaires recevaient ou une part en argent, ou une médaille qui devait être offerte par la Société aux Élèves des classes qui n'avaient pas droit au partage. Une médaille semblable, mais en or, fut décernée à M, Baillot.
MM. Haheneck, GuiJlou, Dauprat, Brod , Meifred, Ealévy, Kûhn, Amédée et Albert Bonnet, Membres du premier Comité, déployèrent un zèle et une activité au-dessus de tout éloge.
Le premier chef d'orchestre de ces Concerts, celui qui a le plus coopéré à leur fondation et surtout à la formation de leur répertoire, fut Habeneck. 11 avait commencé par diriger, comme premier prix de violon, les Concerts d'émulation du Conservatoire. Plus tard, lorsqu'il fut chargé de la Direction des Concerts s^iirituelsde l'Opéra, il voulut y faire exécuter les Symphonies de Beethoven : cette idée fut d'abord mal accueillie. Habeneck tint bon, prétend M. d'Ortigue, à qui nous empruntons ces détails; quelques répétitions eurent lieu à l'Opéra, mais chaque morceau donnait lieu à des interpellations, à des observations moqueuses. Habeneck répétait tristement que c'était véritablement beau. Enfin il obtint que la Symphonie en ré serait donnée avec l'oratorio du Christ au mont des Oliviers j mais à la condition que cette Symphonie subirait de nombreuses coupures et que Xandante de la Symphonie en la serait substitué à celui de la Symphonie en ré. Habeneck consentit à faire ce métier ({'arrangeur. La Symphonie n'eut pas de succès, mais Yandante fut redemandé avec transport, et Voratorio du Christ fut très-goùté.
Lorsque la Société des Concerts fut organisée, Habeneck fit adopter par le public tout ce Répertoire de Beethoven, que cette Société exécutait et exécute encore avec un soin et un sentiment parfaits. 11 reçut, aussitôt après le premier Concert, une médaille d'encouragement de M. le vicomte de La Rochefoucauld. Le digne successeur d'Habeneck a continué à maintenir à la même hauteur l'exécution de ces chefs-d'œuvre, et M. Girard se montre chaque année plus capable de diriger cette réunion d'Artistes de premier ordre. La renommée de ces Concerts est européenne, et la Salle du Conservatoire est toujours trop petite pour les véritables amateurs qui se présentent en grand nombre à sa porte sans pouvoir la franchir.
1828 11 septembre. Akketé ministériel complémentaire de celui du 9 mars 1825^, et portante trois années la durée des engagements des Élèves pensionnaires avec les Théâtres Royaux aux appointements de :
2,400 fr. pour la première année^ 3,000 fr. pour la deuxième, 3,600 fr. pour la troisième.
1830 22 février. Arrêté ministériel qui organise la Classe spéciale de Déclamation.
Cet Arrêté augmentait le nombre des Élèves : dix hommes et dix femmes;
Créait un Comité d'Enseignement pour les Examens;
Modifiait les conditions d'admission des Élèves ; c'est le dernier acte d'administration du Ministre de la Maison du Roi.
Fermeture de TÉcole Choron.
1831 25 janvier. Ordonnance royale qui place l'École de Chant et les Théâtres Royaux dans les attributions du Ministre de l'Intérieur. A dater de cette époque, TÉtablissement reprit le titre de Conservatoire.
24 février. Arrêté ministériel instituant une Commissionchargée de la surveillance de l'Opéra et de l'emploi des fonds du Conservatoire. Elle était composée de :
MM
Le duc de Choîseul, Président,
h. royer-collard,
Edmond Blanc,
Armand Bertin,
D'Henneville,
Cave, Secrétaire.
40 août. Arrêté ministériel qui réduit le budget du Conservatoire à 129,000 fr., accorde une indemnité de deux mois de traitement aux Professeurs non replacés, et crée deux Classes de Choristes, l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes.
Un autre Arrêté du même jour autorise les Élèves pensionnaires à paraître à l'Opéra comme Coryphées.
I 3 septembre. Arrêté ministériel qui réduit le budget à ' 123,000 fr. et supprime les Classes de Déclamation.
1832 21 janvier. Arrêté ministériel créant un Comité d'Enseigne-
ment, chargé des examens des Classes et de proposer toutes les mesures qui paraîtraient utiles à la Direction et au progrès des études.
31 août. Ordonnance royale qui règle les pensions de retraite.
28 septembre. Ordonnance royale sur les bâtiments du Conservatoire, propriété de TÉtat, affectée à un service public et inaliénable.
Les premiers Concerts du Conservatoire avaient eu lieu en 1802, sous le titre (i'ExercAces, et ils furent suspendus en 1814. Après une interruption de douze années, un Arrêté ministériel, du 13 décembre 1832, organisa définitivement la Société des Concerts, qui est en dehors de TAdministration du Conservatoire.
Le Comité, composé de douze membres, est présidé par le Directeur.
La Société peut donner sept Concerts par an à dater de janvier. Elle doit faire entendre, dans chaque Concert, un des Élèves couronnés Tannée précédente, et faire exécuter, à chaque Concert, un des morceaux des Élèves-Lauréats envoyés à Rome ou en Allemagne depuis trois ans.
Une Ordonnance royale du 29 mars décida Tenvoi à la Biblo- 183i thèque du Conservatoire d'un des exemplaires des œuvres de mu sique déposés au Ministère de Tlntérieur.
12 inai. Arrêté ministériel portant création d'une Classe de lecture à haute voix, dont M. Morin fut nommé Professeur.
Suppression des classes de vocalisation (1).
31 août. Ordonnance royale qui place le Conservatoire sous la 1835 surveillance de la Commission des Théâtres Royaux.
(1) Un de ces illustres Professeurs, qui firent autrefois la gloire de l'École Italienne; un de ces grands Artistes qui, au goût le plus pur, au génie le plus sublime, unissaient un profond savoir et une expérience consommée ; un de ces Maîtres, enfin, rares dans tous les temps, mais tels que l'on n'en rencontre plus aujourd'hui, est sollicité par un jeune Élève de lui enseigner l'art du Chant. Le Maître, qui le connaissait à l'avance, et qui déjà avait remarqué en lui une réunion des dons les plus rares, se montre disposé à accueillir sa demande ; mais avant tout, il veut savoir s'il a en lui une pleine confiance, et s'il se sent déterminé à suivre jusqu'au bout, et sans en dévier jamais, la route qu'il lui tracera, quelque pénible et quelque fastidieuse qu'elle puisse parfois lui paraître. Sur sa réponse affirmative, le Maître con-
Le 19 novembre de la mêine année, M. Léon Pillet est nommé CoMMESSAiRE RO\AL près Cet Établissement.
J 836 Le 20 janvier le Ministre de l'Intérieur^ prenant en considération les réclamations fondées qui lui étaient adressées, et jugeant qu'il était important de former des Élèves pour la représentation de nos chefs-d'œuvre, rétablit deux Classes d'études dramatiques dont MM. Michelot et Samson furent nommés Professeurs, et une Classe de répétition qui fut confiée à M. Provost.
1 8-39 Les Professeurs et anciens Élèves du Conservatoire se réunirent pour otTrir un banquet à M. Sarrette, qui avait quitté la direction du Conservatoire depuis vingt-cinq ans, comme dernier témoignage de leur estime et de leur reconnaissance. — Voici le toast porté par M. Cherubini : Puisse le Conservatoire trouver un jom% pour sa gloire et pour sa prospérité^ un Directeur qui vous ressemble !
En 1840, M. Baillotpère, de concert avec M. Dantan, le sculpteur, offrit au Conservatoire le buste de Sarrette, son Fondateur et premier Directeur.
3840 1 juin. Ordonnance royale qui nomme M. Edouard Monnais Commissaire royal près le Conservatoire, en remplacement de M. Léon Pillet.
sent à diriger ses études, et mettant aussitôt Ja main à l'œuvre, il prend une feuille de papier réglé : il y note quelques exercices élémentaires^ suivis de quelques autres presque aussi simples; seulement, sur les dernières lignes, il place quelques-uns des ornements du chant et divers passages qui en contiennent les principales difficultés ; puis il remet la feuille entre les mains de l'Élève, dont elle fait toute l'occupation pendant la première année. L'année suivante y est encore consacrée : à la troisième, on ne parle point de la changer : le jeune homme commence à murmurer, mais le Maître lui rappelle sa promesse. La quatrième et la cinquième année s'écoulent de la même manière. A la sixième on ne quitta point encore la feuille, mais à ce qu'elle contenait on joignit quelques leçons d'articulation , de prononciation et de déclamation. A la fin de cette sixième année, l'Élève, qui ne croyait en être encore qu'aux éléments, fut bien surpris quand le Maître lai dit : Va, mon fils^ tu n'as plus rien à apprendre; tu es le premier chanteur de l'Italie et du monde. Il disait vrai : l'Elève était Ca/farelli^ et le Maître était Porpora.
(Choron. — Exercices de Chanf.)
30 mai. Ordonnance royale qui érige TÉcole de Musique de 1841 Marseille en succursale du Conservatoire.
15 août. Ordonnance du Roi qui érige également en succursale du Conservatoire TEcole de Musique de Metz.
lit février. Démission de M. Cherubini^ Directeur du Conserva- 1842 toire.
Ce Directeur consacrait tous ses soins et tout son temps à T Établissement. Il était actif et toujours disposé à soutenir les droits de tout le corps enseignant. Il eut quelquefois Toccasion de faire des observations aussi énergiques que respectueuses sur des décisions qui semblaient compromettre à ses yeux les droits de certains Professeurs.
M. Cherubini donnait l'exemple de Fassiduité et du travail. Ayant renoncé à écrire pour le Théâtre, il consacrait tout son temps à la Direction du Conservatoire. Il avait maintenu une discipline sévère dans TÊtablissement : il voyait tout par lui-même, les Classes, le Pensionnat, les bureaux, etc. : il obligeait les Professeurs, les Employés et les Élèves à une rigoureuse assiduité : lui-même était dans son cabinet, chaque jour, depuis l'ouverture jusqu'à la fermeture des Classes. — 11 éloignait avec sévérité tous les Élèves qui lui semblaient ne pouvoir suivre avec avantage la carrière qu'ils avaient choisie. Il ne subissait aucune influence; rien ne pouvait modifier ses décisions et les mesures qu'il croyait devoir prendre dans l'intérêt des Études et des Elèves. Les traces de son énergique direction se retrouvent dans sa Correspondance et dans les Archives du Conservatoire.
Estimé de tous , très-équitable et très-accessible aux réclamations, il avait su faire régner dans le service de l'Etablissement qu'il dirigeait l'ordre et la régularité, et imprimer aux études une impulsion favorable qui a donné do nombreux et remarquables résultats. Son Administration avait dignement succédé à celle de M. Sarrette.
La Ville de Paris a voulu consacrer le souvenir de ce grand Compositeur en donnant son nom à une de ses rues.
Il fut remplacé, le 8 du même mois, par M. Auber, membre de l'Institut.
Au mois d'août 1842, M. Robillon, Directeur depuis vingt années du théâtre de Versailles, qui avait soumis à l'approbation du Ministère de l'Intérieur, M. deMartignac, aumoisdemarsl828
un projet de théâtre d'Élèves, proposa au Ministre d'établir à Versailles une succursale du Conservatoire, instituée comme Théâtre d'essai et d'École royale d'application.
Après avoir exposé Torganisation et ses avantages, il démontrait la nécessité d'une subvention de 25 à 30,000 fr. par an, outre le concours de la Ville et le produit des recettes.
M. Berton, membre de l'Institut, Inspecteur des études, avait écrit, au nom des membres du Conservatoire, au Maire de Versailles, pour appuyer ce projet.
MM. A'Henneville, Administrateur , Vanseron, Ponchard, Buprezy Professeurs du Conservatoire, y donnèrent une complète adhésion.
M. Crosnier, Directeur de TOpéra-Comique, joignit son adhésion à celles de MM. les Membres de la Commission des Théâtres, des Membres de l'Institut (section de Musique), et promit d'aider de tous ses moyens au succès de Tentreprise.
En 1828, M. le vicomte Siméon, alors Directeur des Belles- Lettres, Sciences et Beaux-Arts, avait félicité l'auteur et promis de mettre sa brochure sous les yeux du Ministre. Cette demande ne fut pas accordée.
1843 he i^i' janvier, le Ministre de l'Intérieur donna à la Commission des Théâtres royaux l'autorisation d'ajouter deux Candidats à la liste de présentation du Direteur pour les places de Professeurs vacantes.
1847 29 août. Ordonnance royale sur le Théâtre-Français : l'article 17 annonçait qu'aucun Élève ne serait reçu au Conservatoire qu'en contractant l'Engagement de débuter, s'il en recevait Vordre, à la fin de ses études, sur la Scène de la Comédie Irançaise et de se tenir à sa disposition pendant cinq années, sauf Vexécution, pendant six mois au plus, des engagements qu'il aurait contractés après sa sortie du Conservatoire, s'il n'avait pas reçu un ordre de début dans le mois de ladite sortie. Les Élèves qui auront obtenu un prix au Conservatoire auront droit de débuter à la Comédie 'Française et d'y choisir leurs rôles de début dans le courant de Vannée qui suivra le jour où ils auront été couronnés.
1848 ^^ mars. Arrêté du Ministre de l'Intérieur, M. Ledru-Rollin, instituant une Commission spéciale à l'effet de rechercher les modifications à introduire dans le régime administratif et l'en-
seignement du Conservatoire. Ses membres, élus en Assemblée générale, étaient :
MM
Auber, Président;
Ealévy y Lecouppey, Panseron^ Levasseur^ Benoist , Girard, Meifred, Marmontel, Bazin, Samson, Provost, Louis Perrot et Rety.
Cette Commission, après un mois de travaux, présenta, le 8 juillet 1848, un Rapport, parfaitement rédigé par un de ses Membres, M. Louis Perrot.
Le chapitre l^r du nouveau Projet de Règlement instituait une ou plusieurs Classes faites le soir^ destinées aux enfants et adultes des deux sexes, pour l'Enseignement populaire et simultané du chant.
(( Les résultats remarquables de l'Orphéon, le goût croissant de » la population ouvrière pour l'art musical signalaient cette créa- » tion comme un besoin public.
» La Commission pensait que l'Enseignement devait être large » et libéral; admettre tous les progrès, toutes les formes de l'art, » mais conserver, avant tout, le culte et la tradition des Auteurs » classiques, dont Tétude sera toujours la base de toute éducation » solide. Toutefois, cet esprit d'éclectisme devait subir une excep- )) tion en ce qui concerne l'Enseignement élémentaire. Si la di- » versité des styles et des genres est un élément nécessaire d'une » éducation complète, les premiers pas doivent être guidés par » Tunité de la méthode. »
Elle proposait l'adoption d'une Méthode unique pour l'Enseignement élémentaire.
Elle rappelait avec raison que les Classes d'étude du clavier n'ont d'autre objet que de former les Élèves des Classes de chant, d'harmonie et de composition, à une connaissance suffisante du piano pour qu'ils puissent, les uns s'accompagner, les autres exécuter leurs propres travaux.
Le piano est l'auxiliaire indispensable du Chanteur. Pour l'Harmoniste ou le Compositeur, il est l'instrument nécessaire à ses études, quelquefois même l'utile instigateur de ses inspirations. Mais cet Enseignement doit rester dans les limites que comportent les besoins de ces divers ordres d'Elèves, leur être exclu-
sivement affecté, et il ne peut être converti en un Enseignement préparatoire aux Classes de piano.
La Commission était bien pénétrée que la formation « des » Élèves pour les Théâtres lyriques devait tenir une grande place » dans TEnseignement. »
Elle ne voulait admettre dans la Classe de déclamation lyrique que les Élèves dont a les études de chant sont assez avancées » pour que les leçons lyriques leur soient profitables et ne les » détournent pas prématurément des travaux essentiels de leur » éducation musicale. »
La Commission^ remontant à Tesprit du décret de Moscou, marqué, disait-elle, au coin de toutes les conceptions administratives de cette époque, exposait qu''ii présentait un système complet d'Enseignement pour les Elèves de déclamation. « Le » Législateur avait reconnu qu'il fallait baser une étude raisonnée » et pratique de Fart dramatique sur une connaissance par- » faite de la langue, et compléter cet Enseignement par des notions » historiques et littéraires. Les Élèves doivent être en état de se » rendre compte, de se pénétrer, suivant les différences de temps » et de lieu, du caractère des grands événements et des grands )) hommes dont les chefs-d'œuvre dramatiques sont la chronique » vivante et populaire. C'est à cet effet que les Classes de gram- » maire ^ de mythologie et d'histoire avaient été annexées aux » Classes de déclamation. La Commission a pensé que cet Ensei- » gnement devait en partie renaître au Conservatoire, mais en » s'appliquant à tous les Élèves qui se destinent au Théâtre, sans )) en exclure même les instrumentistes qui voudraient y parti- » ciper. »
Elle n'insistait pas, quant alors, sur la Classe de grammaire et de mythologie, mais elle demandait la création d'une Classe d'histoire et de littérature appliquées aux arts dramatique et lyrique. Ce cours sommaire <( d'histoire envisagée surtout au point de » vue de ses rapports avec l'objet des études spéciales de l'École, )) un aperçu rapide des littératures anciennes et modernes de- » valent suffire, disait-elle, à initier les Élèves à la connaissance » générale des événements, des personnages, des caractères et des » passions diverses au milieu desquelles s'agitent les compositions )) théâtrales dont ils sont appelés à être les organes. Un Cours de » cette nature ne peut être qu'une revue rapide; mais quand il » ne servirait qu'à indiquer aux Élèves les sources auxquelles ils
» doivent puiser, il aurait déjà réalisé de louables et utiles réy> sultats. »
La Commission avait reconnu Tulilité de créer « une Classe » analogue spécialement destinée aux Musiciens. La musqué a » son histoire, dont la connaissance est un élément essentiel d'une » bonne éducation musicale. Les Ecoles, les styles ont leurs mo- » numents que Ton ne peut comprendre parfaitement si on les » isole des époques qui les ont enfantés. Indépendamment de la » partie bio^^raphique, qu'un véritable Musicien doit connaître, » car on aime à remonter de l'œuvre à l'auteur, l'histoire de la » musique, c'est la musique elle-même dans sa génération, dans » ses développements, dans ses formes, dans ses procédés, dans » ses manifestations. Ce Cours, qui devra éviter les vagues Ihéo- » ries de la méthaphysique de l'art, est destiné particulièrement )) aux Élèves les plus avancés de toutes les branches de TEnsei- » gnement. »
Il avait également paru nécessaire à la Commission « que les » Elèves du chant prissent des leçons de langue italienne, » La considération prépondérante qui faisait demander la création de cette Classe, c'est qu'un grand nombre de chefs-d'œuvre de l'art sont écrits dans la langue italienne, et que la traduction n'a servi qu'à les défi' jurer.
La Commission demandait une forte addition de fonds au Budget pour augmenter le nombre des Pensionnaires en le portant de 10 à 16 Élèves et pour donner des Pensions aux Elèvesfemmes.
Après avoir payé un juste tribut d'éloges au Pensionnat qui a fourni aux Théâtres de Paris et des Départements un grand nombre de talents distingués et utiles, la Commission- demandait l'addition de six Elèves de déclamation aux dix Élèves de chant qu'on y entreiient. « Elle ne comprenait pas que le Pen- » sionnat eut été ré-ervé aux Élèves de chant. Ce qui a été re- » connu bon et utile pour les études de l'art lyrique ne peut » porter que d'excellents fruits dans son application à l'art dra- » jnatique, et riidjonction proposée devait avoir pour effet <ie faire » disparaître une injuste inégalité et une inconséquence inexpli- » cable. »
Après avoir exposé l'avantage de la création de Pensions alimentaires de 800 fr. pour les Élèves-femmes, elle terminait sa proposition en rappelant qu'en même temps qu'il revendique sa place
parmi les Établissements qui contribuent à Téclat des arts et de
la gloire nationale, le Conservatoire est aussi l'École du pauvre.
La Commission proposait ensuite des Exercices mensuels lyriques et dramatiques. « Elle les considérait comme le stimulant le )) plus énergique d'émulation et de plus comme un moyen pour » l'Établissement de se mettre en communication avec le public » et de rappeler à juger ses résultats. Le public ne devait y être » admis que moyennant une rétribution calculée de manière à » compenser les frais : » épreuve déjà faite anciennement et qui avait produit d'excellents résulats.
Après avoir donné un travail très-complet sur les Professeurs, le mode de leur nomination, leurs traitements, leurs droits à la retraite, une notice très-intéressante sur la Bibliothèque, que nous reproduirons plus loin, elle demandait d'augmenter le chiffre du Budget du Conservatoire.
Le 7 avril 1848, un Arrêté du Ministre de lIntérieur, M. Ledru- Rollin, Membre du Gouvernement provisoire, plaça le Conservatoire dans les atiributions du Bureau des Beaux- Arts, et le 30 avril un nouvel Arrêté le réintégra dans les attributions du Bureau des Théâtres, deuxième Division des Beaux- Arts.
Le Conservatoire participa à celte époque, comme à son Institution, aux Fêtes publiques qui furent données par le Gouvernement républicain.
29 octobre. Décret du Général Cavaignac, Chef du Pouvoir exécutif, instituant une Commission permanente des Théâtres auprès du Ministre de llntérieur, qui était alors M. Dufaure. Elle était composée de :
MM
Bixio, Yice-Président de l'Assemblée Nationale, Président ;
Baroche^
Altarochej f „ , * ♦ i o i 1^ 1 m. 1 Représentants du Peuple.
Ed. Charton, i ^ ^
Léon Gérard, ]
Saint-Marc Girardinj
Mérimée^ \ Membres de l'Institut.
B.aUvy,
Germain Belavigne^ \
Alex, de Longpré, [- Gens de Lettres.
Goubaud,, )
Ed. MonnaiSj, Commissaire du Gouvernement près les Théâtres lyriques.
Louis Ferrot^ ancien Chef du Bureau des Théâtres, Inspecteur général des Prisons.
Lassabathie, Sous-Chef du Bureau des Théâtres, Secrétaire.
Un Décret du Président de la République, du 2 janvier 4850, régla Torganisation de cette Commission et détermina ses attributions. Elle devait être comuUée sur les divers règlements concernant le Conservatoire de Musique et de Déclamation.
Un Arrêté mimstériel lui attribua, quelques mois après, le droit d'ajouter deux Candidats aux listes présentées par le Directeur et par le Comité des Études musicales pour la nomination des Professeurs.
Un autre Décret du même jour, du Président de la République, contre-signe par le Ministre de l'Intérieur, M. Ferdinand Barrot, en modifia de la manière suivante la composition, les membres ayant été réduits au nombre de onze par le Décret précédent :
MM
Bixio, Membre de TAssemblée Législative, Président. De Malleville^ Membre de l'Assemblée.
Baroche, Procureur Impérial.
De Morny, '■.
r ■ J. \ ï Membres de l'Assemblée Législative. Léon Gérard y i "^
Frémy, j
Charton, Conseiller d'État.
Saint-Marc Girardin, | j,^,„bres de l'Académie française.' Alerimee, \
Chavx-d'Estange, ancien Député, ancien Bâtonnier de l'ordre des Avocats.
Louis Perrot^ Secrétaire-Rapporteur.
Un Arrêté MiKisiÉr.iEL nomma M. Lassabathie Secrétaire-Adjoint.
En 1849, le Conservatoire fut vivement attaqué devant la Com- il mission chargée de préparer une Loi sur les Théâtres, et qui était composée de MM. Vivien, Président; Charton, Defresne, Behic, Faré et Tranchant, Conseillers d'Etat.
Dans la séance d'Enquête du 27 septembre^ M, Alex. Dumas,
en défendant les Théâtres d'Enfants, qu'il considérait comme une pépinière précieuse de Comédiens, répondit à M. Scribe, qui lui désignait le Conservatoire comme devant produire des Comédiens :
« Le Conservatoire fait des Comédiens impossibles; qu'on me » donne n'importe qui, un garde municipal licencié en février, » un boutiquier retiré, j'en ferai un acteur; mais je n'en ai Ja- » mais pu former un avec les Élèves du Conservatoire. Ils sont à » jamais gâtés par la routine et la médiocrité de l'École; ils n'ont » point étudié la nature; ils se sont toujours bornés à copier plus » ou moins mal leur maître. Au contraire, dès qu'un enfant est » sur le Théâtre, ce qu'il peut y avoir en lui de talent se développe » naturellement. C'est ainsi que se sont formés presque tous nos » grands Comédiens. »
Quelques jours après le Journal des Débats inséra la note suivante :
« Le Conservatoire a pris les attaques de M. Dumas au sé- )» rieux : il a voulu y répondre par la publication de quelques » noms choisis dans la foule de ceux qui figurent sur la liste de » ses Élèves depuis la création, qui a, comme on sait, précédé » de quelques années la Révolution de 1789. Le premier est ce- » lui de Talma, les deux derniers ceux de Frédérick-Lemaître et » de M"^ Racliel; entre ces trois acteurs, célèbres à des degrés et » à des titres si divers, viennent quelques Comédiens qui hono- » rent aujourd'hui la scène française ; d'autres y sont restés obs- » curs, quelques-uns se sont voués à la comédie mignonne du » Gymnase, telle que nous l'avons vue fleurir de 1820 à 1830; » d'autres eniin n'ont abouti qu'à se faire des pédants de Théâtre, » lourds apôtres du drame moderne aujourd liui, comédiens ri- » dicules pour le public même qui avait la bonté de les supporter » il y a quinze ans.
» Plusieurs noms brillent par leur absence : M'^'^ Mars, qui » n'eut d'autre mallre queMonvel, son père; M^^ Leverd, qui » n'avait pas encore appris à lire lorsqu'elle débuta pour la pre- » mière fois, à vingt ans, sur le Théâtre Louvois, dirigé par Pi- » card; M"^ Anaïs, qui dut uniquement à sa finesse instinctive » et à son charmant naturel ses premiers succès; Firmin, qui » s'essaya avec bonheur sur les Tliéàtr*.s secondaires; Monrose, ») enfant de la balle, né, pour ainsi dire, sur les planches; Ré- » gnier, qui jetait brusquement, il y a vingt ans, le crayon de
» Tarchitecte pour prendre la casaque de Crispin ; Geffroy enfin, » acteur consciencieux et sévère.
» Voici une liste relevée sur les registres du Conservatoire de- » puis 1786 :
» Hommes : Talma, Larochelle (qui partagea heureusement )) l'emploi comique avec Dazincourt et Dugazon), Armand- Dailly, » Cartigny, Gonthier, Samson, Perlet, Menjaud , David, Ligier, » Saint-Aulaire, Provost, Guyon, Bocage, Voinys, Lockroy et » Frédérick-Lemaître.
» Femmks : M""^^ Lange, Rose Dupuis, Maillard (qui mourut » toute jeune, presque au milieu des plus brillants débuts), Devin- » Menjaud, Brocard, Mante, Noblet, Plessy, Guillemin, Moreau- » Sainti, Allan-Dorval , Augustine Broban, Allan-Despréaux, » Guyon, Melcy et Racbel. »
Nous sommes heureux de pouvoir ajouter à celte liste un état plus complet des Élèves remarquables sortis des classes de déclamation , et de pouvoir y joindre un relevé semblable pour les Élèves des classes de chant. (Voir à la fin de l'ouvrage. )
25 avril. Décret qui affecte spécialement les Bâtiments [Salle 1830 de Concerts et d'Exercices) au Service du Conservatoire.
Le 22 novembre 1850, le Ministre de llntérieur, M. Baroche, après avoir entendu la Commission des TJjéàtres, rendit un Arrêté portant Règlement des Études du Conservatoire, qui reproduit une partie des propositions faites par la Commission et que nous avons examinées. Ce nouveau Règlement améliora le régime de l'Établissement et la situation des Professeurs. C'est celui qui est encore en vigueur.
Un Règlement supplémentaire d'administration et de discipline, qui n'est pas encore rendu, doit pourvoir aux mesures relatives au Pensionnat, à TExternat, à la tenue des Classes et au détail du service intérieur.
1 décembre. Décret rapportant les Décrets qui avaient insti- 1851 tué la Commission des Théâtres.
10 juin. Arrêté du Ministre de l'Intérieur relatif à l'organisa- 1852 tion des Écoles succursales des départements :
— Directeurs et Professeurs nommés par les Préfets sur la présentation des Maires.
— Traitement des Directeurs payés par PÉtat.
— Création de Commissions de patronage et de surveillance.
i-^ Instructions d'Enseignement pratique , envoyées par le Conservatoire de Paris. {Voir au- Becueil ces Instructions.)
1853 14 février. Décret impérial qui met le service des Beaux- Arts, dans lequel se trouve compris le Conservatoire, dans les attributions du Ministère d'État,
Loi du 16 mai 1853 sur les pensions civiles qui place les Professeurs et Employés de cet Établissement dans la même situation que les autres Employés de FÉtat, et annule les dispositions particulières contenues dans les Lois et Ordonnances précédentes»
1854 iO juin. Arrêté de M. le Ministre d'État qui rétablit les fonctions d'Administrateur et les confie à M. Lassabathie, ancien Chef du Bureau des Théâtres, au Ministère de l'Intérieur.
22 décembre. Arrêté de M. le Ministre d'État qui crée de nouveau une Classe d'Histoire et de Littérature au point de vue de l'Art et du Théâtre, et réalise le vœu exprimé par la Commission dans son Rapport du 18 juillet 1848.
Elle est confiée à M. Samson, qui en fait l'ouverture, le 9 décembre 1855, par un discours aussi remarquable par Télégance du style que par le choix des faits qu'il rappelle, et parles conseils qu'il donne aux Élèves.
« L'institution de ce Cours, disait M. Samson, n'est point une » complète innovation. En 1812, Yictorin Fabre fut attaché au » Conservatoire en qualité de Professeur d'Histoire et de Littéra- » ture. Des malheurs domestiques am enèrent sa démission; et » parmi les modifications introduites dans l'École, par suite des » événements de 1814, il faut compter la suppression des études » historiques et littéraires, qui, on le voit, n'eurent qu'une très- » courte durée. La réputation de Yictorin Fabre avait commencé » dans les concours académiques, oi^i il disputa et plus d'une fois » enleva le prix à un rival, jeune comme lui, Millevoye, qui » sembla pressentir et chanter sa fin prochaine dans des vers em- » preints d'une mélancolie si touchante et si mélodieuse. »
1855 29 avril. Arrêté ministériel qui institue une quatrième Classe de déclamation dramatique avec M"^ Rachel pour Professeur.
L'état de santé de cette grande Tragédienne ne lui permit pas de commencer ses leçons. Elle est morte sans avoir pu faire l'ouverture de sa Classe.
Elle a été remplacée par M'^^ Augustine Brohan, Sociétaire du Théâtre-Français.
6 octobre. Arrêté du Ministre d'État portant que tous les
ÉlèveSj par le fait même de leur entrée au Conservatoire, contractent l'obligation de se tenir pendant deux mois, à la fin de leurs études, à la disposition du Ministre, dans le cas où leur service serait réclamé par l'un des Théâtres Impériaux. Ils peuvent alors être engagés aux conditions suivantes :
Ire 2e 3e