ET DE LITTÉRATURE
PAR m, SAraSON
PE LA COMÉDIE FnAKCAISB, PROFESSEUR
Messieurs,
En inaugurant aujourcrhui le nouvel enseignement qui m'a été confié par une haute bienveillance, dont je suis profondément reconnaissant, une pensée m'occupe et me domina. Je songe à tant d'esprits éminents, si dignes d'une telle mission par la supériorité de leur savoir et la nature de leurs travaux. Dans mon opinion, que vous partagez sans doute, l'honneur qui m'est fait s'adresse moins à celui qui le reçoit qu'à cette glorieuse école. J'y fus tour à tour élève et professeur : ce double titre a couvert mon insuffisance; et, si je puis parler ainsi, on a choisi en moi un enfant de la maison... un vieil enfant, il est vrai, mais qui se sent rajeunir au souvenir de sa jeunesse, de ces années toujours regrettées, toujours appelées les plus belles de notre vie, et dont j'ai vu une partie s'écouler paisiblement dans cette seconde demeure paternelle, qui m'est restée chère et sacrée. C'est ici, messieurs, que j'ai eu dix-huit ans : cet âge est un bonheur dont on se souvient toujours. Le Conservatoire, aujourd'hui justement orgueilleux de son illustre chef, qui a enrichi nos théâtres lyriques de tant de brillantes productions, toujours jeune comme son infatigable, son admirable talent, était alors dirigé par son honorable fondateur, le bon et digne Barrette, en qui un long âge n'a point refroidi la vieille affection qu'il porte à tous ses vieux élèves. Sous son appui tutélaire, sous l'habile professorat des maîtres qui régnaient alors sur la scène française, j'ai commencé ici une étude
difficile; je me suis essayé aux travaux de la périlleuse carrière que je parcours depuis quarante ans: ici j'ai obtenu des triomphes crécolier, j'ai entendu mes premiers applaudissements^ j'ai ressenti les premières craintes et les premières joies de l'artiste. Mes plus récentes impressions se retracent à ma mémoire avec moins de fidélité que ces émotions maintenant lointaines; toujours, en
me les rappelant, il me semble que je les éprouve Que dis-je?
elles se réveillent en moi dans cette circonstance solennelle, et le cœur du vieillard est heureux de palpiter aux lieux mêmes où le cœur du jeune homme a palpité jadis.
MessieuTs, l'institution de ce cours n'est point une complète innovation. En 1812, Victorin Fabre fut attaché au Conservatoire en qualité de professeur d'histoire et de littérature. Des malheurs domestiques amenèrent sa démission, et parmi les modifications introduites dans l'école, par suite des événements de 1814, il faut compter la suppression des études historiques et littéraires qui, on le voit, n'eurent qu'une très-courte durée. La réputation de Victorin Fabre avait commencé dans les concours académiques, oii il disputa et plus d'une fois enleva le prix à un rival jeune comme lui, Millevoye, qui sembla pressentir et chanter sa fin prochaine dans des vers empreints d'une mélancolie si touchante et si mélodieuse. J'ose à peine rappeler les talents et les succès de Victorin Fabre; ils ne serviraient qu'à mieux faire ressortir l'extrême infériorité de celui qui a l'honneur de lui succéder à un si long intervalle. Mais si le doute est permis sur le mérite du professeur actuel, il ne saurait l'être quant à l'utilité de l'enseignement. Convient-il, en effet, que des œuvres littéraires aient des interprètes illettrés? Les artifices d'une composition savante, les beautés du style, les fine.'^ses du langage, mille nuances délicates n'échapperont-elles point à des esprits sans culture, incapables dès lors de faire valoir tous ces précieux détails dont un goût sévère a droit de leur demander compte, et qui sont chers surtout à ces amateurs éclairés et passionnés qu'on peut appeler les dilettanti de notre vieille Comédie Française?
L'œuvre dramatiquea, pourse produire, deux formes destinctes: îe théâtre et le livre. Le théâtre met en relief l'action, l'intérêt, le mouvement. Est-ce à dire que la lecture enlève à un ouvrage justement applaudi ces qualités essentielles, légitimes éléments de son succès? Dépouillées du prestige scénique, elles n'en subsistent pas moins, et ne font que passer d'une bruyante admira-
tion aune approbation silencieuse. Pourquoi le mérite littéraire s'ensevelirait-il dans le livre? L'art de dire ne doit-il pas être le plus puissant auxiliaire de l'art d'écrire? L'ignorance de l'interprète risque parfois de n'en faire qu'un instrument insuffisant, qu'un écho trompeur et dangereux.
L'acteur met au service de l'écrivain sa figure, sa voix, ies fa- * cultes de son esprit et de son âme, en un mot, tout son être physique et moral. Par lui la pensée devient une action; elle revêt un corp?, s'anime d'une vie matérielle, et de cette transformation magique naît un des plaisirs les plus charmants et le plus complet peut-être que ies arts puissent donner à l'homme, puisqu'il saisit tout à la fois l'œil, l'oreille, l'intelligence et le cœur. Le devoir de l'acteur est d'étudier avec conscience, pour la rendre avec fidélité, cette pensée dont il est la représentation vivante. Il faut qu'il se l'assimile, et qu'elle soit, pour ainsi dire, incarnée en lui. A moins qu'il ne s'agisse d'un sujet de pure imagination ou d'un tableau de mœurs contemporaines, les événements et les héros du théâtre sont empruntés à l'histoire et à la poésie. Eh bien! les sources où l'auteur dramatique a puisé ses inspirations ne doivent-elles point féconder le talent de l'artiste? Grâce aux études littéraires de son jeune âge, les types qu'il lui faudra reproduire seront pour lui non des êtres nouveaux, étrangers, mais des figures déjà vues, observées, et avec lesquelles il n'aura, pour ainsi dire, qu'à renouveler connaissance. De quoi traitent, en général, les grands écrivains, dont nous devons faire, par la lecture et la méditation, les flambeaux de notre intelligence, sinon des caractères et des passions qui sont l'aliment éternel de la scène, et doivent être, par conséquent, l'éternelle élude de ceux qui lui consacrent leur plume ou leur personne ?
Si l'on prétendait que l'élément littéraire est suffisamment représenté par les lectures et les recherches faites au moment où la création d'un rôle peut les rendre nécessaires, je répondrais qu'une érudition improvisée est presque toujours insuffisante; qu'elle a ses dangers, car elle expose aux méprises et à l'erreur; que ce que nous savons nous sert à mieux apprendre ce que nous ignorons; qu'un esprit étranger à l'histoire et aux lettres, quand il a besoin d'y recourir pour s'en éclairer, ressemble au voyageur s'aventurent dans des contrées et sur des routes inconnues; et qu'enfin, à une époque où l'instruction tend de plus en plus à se propager et à s'étendre, l'artiste dramatique e?^ obligé de porter
partout avec lui un certain fonds de connaissances acquises, pour ne pas se montrer au-dessous du niveau général et sauvegarder sa dignité intellectuelle. Nous savons que des comédiens dépourvus d'instruction n'en sont pas moins parvenus au talent et a la renommée ; mais sommes-nous instruits, ont-ils osé nous informer des secrètes blessures de leur amour-propre, des frayeurs et des fautes auxquelles les a fréquemment condamnés leur malheureuse ignorance? Croit-on qu'ils n'en aient pas gémi souvent et rougi quelquefois?
L'instruction acquise par le comédien rend son concours plus précieux encore pour l'œuvre dont la destinée lui est confiée. Juge compétent des beautés et des défauts littéraires, il s'aidera de son art pour donner aux unes plus d'éclat, pour rejeter les autres dans l'ombre ; il saura glisser sur l'incorrection d'une phrase, sau^ er l'impropriété d'un terme^ animer, ennoblir une prose languissante ou vulgaire, et, par le prestige du débit, restituer à des vers l'harmonie dont ils seraient privés. Si, ressentant l'influence secrète, il aspire au renom d'auteur, à la palme poétique, il ne rencontrera pas dans son ignorance un obstacle, quelquefois invincible, à son penchant et à sa seconde vocation. Combien d'autres avantages, trop longs à énumérer, ne recueillera-t-il pas de l'étude des lettres, des lettres qu'un grand orateur de l'antiquité appelle la nourriture du jeune âge et le charme de la vieillesse!
C'est pour atténuer le tort, presque toujours involontaire, d'une éducation négligée, que Son Excellence M. le Ministre d'État a rétabli dans le Conservatoire le cours d'histoire et de littérature ; et nous voyons là un gage de sa sollicitude éclairée pour cet art dramatique, qui est une des gloires de notre pays. Les élèves sauront reconnaître un si important bienfait par l'assiduité à ces nouvelles leçons, par l'attention à la parole du professeur, et ils trouveront la récompense de leur zèle dans l'heureux développement de leur intelligence. Tout ce. qui concerne la grâce et l'aisance des mouvements, tout ce qu'on peut appeler la partie corporelle de l'art avait ici des classes spéciales. Quelque chose manquait à la partie intellectuelle. Notre grand Molière ne se bornait pas à enseigner des rôles à ce fameux Baron, qui, par un bizarre caprice, interrompit vingt-neuf ans sa brillante carrière, mais n'en fut pas moins, dans ses jeunes et ses plus vieilles années, une des splendeurs de la scène française : il s'occupait de son instruction, de ses études, dont plusieurs preuves ont été citées par Duclos, qui avait connu
Baron personnellement. Quelques anecdotes attestent que Molière complétait dignement Féducation de son iils adoptif en formant son cœur à la bienfaisance et son esprit à l'observation. L'observation^ messieurs^ est une des muses du théâtre: elle doit s'exercer non-seulement sur les vivants, mais aussi sur les morts par l'étude de l'histoire, de ce drame sans fin qui nous montre l'âme humaine sous les aspects les plus variés. Là, tout nous instruit, tout nous devient matière de réflexion, jusqu'aux opinions contradictoires exprimées par les historiens sur les mêmes faits et les mêmes personnages. Nous cherchons quel intérêt, quelle passion a dirigé leur plume; nous jugeons les juges, et c'est ainsi qu'éclairant notre esprit sans l'asservir, nous apprenons à penser par nous-mêmes. L'intellig,ence languit et s'éteint dans une honteuse oisiveté: il faut l'éveiller, la fortifier, la stimuler, la conduire, par tous les moyens, au plus haut point oii il lui soit donné d'atteindre, et, si je puis m'exprimer ainsi, lui faire rendre enfin tout ce qu'elle peut produire. Ne voyons-nous pas que le travail du corps en augmente la vigueur et la souplesse? La voix du chanteur n'acquiert-elle pas, par des exercices continuels, des qualités que la nature semblait lui avoir refusées? De même l'esprit s'épure et grandit par le travail intellectuel. Rien ne doit être négligé pour accroître et développer ses forces, afin que, toujours actives, toujours vivaces, elles profitent en même temps à l'artiste et à l'homme; car il ne faut pas séparer l'un de l'autre. L'âme doit se ressentir de la culture de l'esprit; gardez-la d'un isolement dangereux: elle a sa part dans le talent, et ses qualités et ses infirmités natives vont s'y refléter, aussi bien que les progrès ou les altérations apportées par l'action, tantôt bienfaisante, tantôt corruptrice du temps. Chez l'écrivain, le style, c'est l'homme : Buffon l'a dit, et lui-même, comparé à son œuvre, il le prouve. Chez le comédien le mieux doué, la puissance de la métamorphose n'est pas telle que les défauts de sa nature ne puissent s'échapper à travers les fictions de son art, que son masque couvre complètement sa figure, et que sa personnalité s'efface toujours sous son personnage.
Jeunes élèves, de pernicieuses doctrines retentiront à vos oreilles. Des esprits superficiels, qui, visant à la profondeur, n'arrivent qu'au paradoxe, chercheront à vous attirer dans une dangereuse Bohême qu'ils vous représenteront comme la riante patrie du talent sans travail et sans frein moral. Les poètes et les artistes, race brillante et privilégiée, ne sont pas faits, vous diront-ils, pour asservir
leur fougueuse indépendance à ces bienséances bourgeoises, à ces conventions bégueules qui régissent ou, pour mieux dire, qui garrottent la société. Pourquoi vous défendre contre les passions? C'est en les éprouvant qu'on apprend à les peindre. Cherchez les émotions; à tout prix il vous faut les connaître; Tart vous le commande. Elles entretiendront, elles exciteront cette sensibilité qui ne doit jamais sommeiller chez Tartiste dramatique; car elle est le poiflt de départ de sa puissance d'action : on la peut (Comparer à ce ressort souverain, dont le seul mouvement, se communiquant en môme temps à tous les rouages d'une vaste machine, leur donne une irrésistible et merveilleuse impulsion. Fuyez l'étude et le travail qui emprisonnent le talent dans une correction pédantesque, et que tout chez vous soit soudain, capricieux, inattendu... même de vous : c'est seulement aux éclairs de l'inspiration que le génie alimente sa flamme.
L'histoire du théâtre, messieurs, donne à chaque page un éclatant démenti à ce langage pompeux et vide, toujours admiré par les vanités paresseuses. Le caractère d un homme se juge non sur quelques faits isolés, mais sur l'ensemble de ses actes, sur sa vie tout entière. Ainsi, quand on veut soumettre une classe d'individus à une appréciation équitable, on n'arrête pas son choix sur quelques natures exceptionnelles; et je ne crains pas de l'affirmer, les annales dramatiques abondent en noms fameux, purs de ces liontes de la paresse et du désordre, dont on prétendrait faire l'indispensablecortége,le scandaleux attribut du talent etdu génie. Quel est, jeunes élèves, dans l'art qui fait ici l'objet de vos études, le plus grand nom que l'antiquité nous ait transmis? Roscius. Or, on sait quels liens d'amitié l'unissaient à Cicéron,et quelliommage public d'admiration et^d'estiine fut rendu au grand comédien par le grand orateur. Garrick, l'orgueil de l'Angleterre, est une des plus belles renommées du théâtre moderne : vivant, avec l'enthousiasme du public il conquit son estime; mort, il eut des obsèques d'une magnificence presque royale, et fut porté dans Westminster, ce panthéon des gloires britanniques. Iffland , un des plus grands acteurs de l'Allemagne, en fut un des hommes les plus respectables; et dans cette France, qui refusa si longtemps son estime à ceux qui arrachaient ses applaudissements, sur ce théâtre, objet de son orgueil et de son mépris, que de noms estimables ! que de gloires honnêtes! Je ne parlerai point de Molière ; les auteurs nous le disputeraient : il nous appartient cependant
nn peu, et nous aurions droit, il me semble, d'être fiers d'une si noble existence passée presque tout entière sur ces planches, flétries par les préjugés de ses contemporains, mais honorées par ses talents et par son caractère, et transformées par son génie en une impérissable tribune, jetant aux générations qui se accèdent «ne parole pleine d'enseignements, de verve, de puissance et de charme.
De son temps et après lui, que de comédiens chez qui les vertus privées ont rehaussé les talents de l'artiste! Un des premiers sujets de l'Hôtel de Bourgogne, quij dans les railleries lancées par Molière sur les renommées de ce théàtre> obtint les honneurs de l'omission, Floridor jouissait, dit-on, d'une telle estime auprès du public, qu'il nuisit involontairement au succès du Britannicus de Racine en y remplissant le rôle de Néron; on souffrait de voir un si honnête homme dans un si odieux personnage : singulier scrupule, qui ne s'est pas renouvelé, fort heureusement pour Tart diamalique! Floridor avait pour nom véritable Josias de Soûlas; il était d'origine noble, et digne de sa naissance par son caractère. Baron, qui le surpassa sur la scène, lui fut inférieur dans la vie privée. Cependant la mémoire de Baron n'est tachée d'aucune flétrissure, et l'élève de Molière dut être et fut un honnête homme. On l'accusa d'impertinence et de fatuité; mais, disait Beaumarchais, de ce que je suis un fat, s'ensuit-il que je sois un ogre ? Lorsque, invité par le duc de Roquelaure à lire un de ses ouvrages devant deux duchesses qui s'apprêtaient à jouer aux cartes pendant la lecture, il emporta son manuscrit en disant que sa pièce n'était pas faite pour des joueuses, il cédait à une susceptibilité d'auteur dont je n'ai pas le courage de le blâmer. On voit par là, du moins, qu'il n'était pas d'une humilité rampante avec les grands^'q^ui le recherchaient, et j^aime mieux, pour l'honneur de son caractère, avoir à lui reprocher une impertinence qu'une bassesse.
Lekain trouvait dans son âme la fierté des héros qu'il savait si bien représenter. Un vieil officier, un vieux chevalier de Saint- Louis, causant dans le foyer de la Comédie, se plaignait devant lui de la modicité de son traitement, et le comparant avec amertume à celui des sociétaires du Théâtre-Français, appliquait à ceux-ci une injurieuse épithète, toujours employée par ceux qui prétendaient les avilir. « Eh ! monsieur, » s'écria le tragédien tout frémissant d'irfdignation, u comptez-vous pour rien
le droit de me parler ainsi? » La réponse était belle; mais comprenons-nous aujourd'hui , messieurs , qu'un homme tel que Lekain se crut obligé de reconnaître ce droit de l'insulte et du mépris ?
Brizard, qui eut Thonneur dangereux de jouer à côté du g' and acteur^ et n'en laissa pas moins de brillants souvenirs dans les rôles de rois et de pères, auxquels rappelèrent, jeune encore, ses cheveux blanchis avant l'âge, la majesté de sa figure et la sensibilité de son âme^ Brizard fut l'ami du respectable Ducis, qui s'est plu à énumérer dans une longue épitaphe ses vertus d'honnête homme et de bon citoyen. La dernière fois qu'il parut sur la scène, un personnage d'un grand mérite alla le voir dans sa loge, accompagné de son fils, à qui il adressa ces mots : « Mon » fds, embrassez monsieur; nous perdons aujourd'hui un homme » dont les vertus ont surpassé les talents. »
Préville est peut-être le comique le plus parfait qu'ait possédé la scène française. Sa bonté était à la hauteur de son talent; un seul trait le prouve : me permettrez-vous de vous le raconter? Un père procureur du couvent des Chartreux, nommé dom iNépomucène, l'avait recueilli et, pour ainsi dire, adopté, quand une sévérité, qui dépassait toutes les bornes, l'avait forcé, dans son enfance, à fuir, avec ses frères, de la maison paternelle. La différence des positions, la rigueur des préjugés peut-être, avait interrompu les relations de ces deux hommes. Mais quand un décret de l'Assemblée nationale supprima les monastères, le comédien montra que chez lui la mémoire du cœur n'était pas moins lidèle que cette autre mémoire dont il avait fait sur la scène un long et brillant usage. Il part de Senlis, où il s'était retiré en quittant le théâtre, cherche et trouve, entre Belleville et les Prés-Saint- Gervais, une petite maison isolée dans laquidle il fait mettre un ameublement modeste; puis, courant au monastère que son ancien bienfaiteur habitait pour peu de temps encore : « Quand je man- » quais d'asile, » lui dit-il, « c'est par vous que j'en ai trouvé un; )) dans votre malheur, me priverez-vous du plaisir de rendre à votre » vieillesse ce que vous avez offert à mon enfance? » Dom Népomucène opposait des scrupules qui furent bientôt levés. Ce n'était point assez; les cœurs délicats songent à tout. Le grand artiste n'ignorait pas que la solitude est plus douce partagée avec un ami: par ses soins, un religieux du même couvent et du même âge vint peupler avec dom Népomucène cette heureuse Thébaïde où
les deux vieillards achevèrent paisiblement de vivre. Voilà^ messieurs, quel était Préville.
Parmi des souvenirs plus rapprochés, nous trouvons sur la première scène lyrique un artiste renommé, qui joignait à un beau talent un caractère aimable, un esprit cultivé, le ton d'un homme du monde et le cœur d'un homme de bien : ai-je besoin de nom mer Adolphe Nourrit, dont la mort si peu prévue fut presque une calamité publique?
Si j'avais à parler des femmes qui se consacrent à la scène, s'il me fallait traiter cette matière délicate, je les montrerais, dès leur entrée dans la carrière, trop souvent en butte à la pauvreté et à l'adulation, deux périls presque égaux pour leur faible jeunesse; et je rejetterais sur la position qui leur est faite, sur la honte des salaires offerts à leurs premiers travaux, sur les appuis intéressés dont il leur est si difficile de se garantir, sur tant de pièges qui se dressent devant elles, une grande partie des torts dont elles sont accusées. Au reste, je n'aurais pas besoin de remonter dans le passé pour livrer à vos applaudissements des noms justement estimés, des noms que vous connaissez bien, et qui sont à la fois l'honneur de leur sexe et l'orgueil du théâtre.
N'allez pas, messieurs^ chercher dans mes paroles une signification qui, trop favorable à la profession de comédien, donnerait à ma pensée une exagération contre laquelle je proteste d'avance. Que la carrière du théâtre soit semée d'écueils redoutables; que cette facilité à s'émouvoir, qui semble le partage obligé d'un interprète des passions; qu'une imagination sans cesse exaltée, surexcitée, pour ainsi dire, par le genre même de ses travaux et par ces triomphes de la scène, qui parfois produisent l'enivrement ^ que toutes ces causes, et d'autres encore, rendent plus faciles certains entraînements et certaines faiblesses, je ne le conteste pas, et il faut reconnaître que, non-seulement chez les comédiensmais chez les artistes en général, c'est parfois de la même source que coulent leurs talents et quelques-unes de leurs erreurs. Mais il y a loin de là au désordre et à la licence, ces deux corrupteurs de l'esprit, ces mortels poisons du talent.
J'ai vu, par le mépris de l'élude et du travail, décliner des inlelligences d'élite, qui ne recevaient plus qu'à titre de renommées le tribut d'une admiration opiniâtre. La vie de Talma fut une longue étude, et chez lui la méditation n'était jamais inactive il ajoutait des beautés à ses anciens rôles, il étoniiail dan> ses-
rôles nouveaux. A ceux qui lui reprocliaient d'être plus terribli que pathétique, il répondit par Charles VI : les larmes coulèrent de tous les yeuX;, et ce fat son dernier triomphe. Quoiqu'il nous semblât parvenu à Tapogée de son talent, on peut affirmer que la njort vint arrêter ses progrès: il se renouvelait dans sa vieillesse- Quelle profondeur et quelle finesse de conception! quelle habileté, quelle sûreté de goût dans Texécution! Avec les savantes théories de l'art, qui en a mieux connu les côtés pratiques? Quel autre a possédé comme Talma le mécanisme du débit, et les procédés matériels à l'aide desquels ou conduit la voix, on la ménage, on fait valoir tel passage, tel mot, on distribue sur un rôle la lumière et les ombres, on arrive aux plus puissants elîets avec facilité? Car il ne voulait pas que le jeu de l'acteur offrît la trace de l'effort, et lui-même, tout couvert des applaudissements de la foule, il se déclarait mécontent d'un succès qui lui avait coûté trop de fatigue. Cependant, j'en appelle à tous ceux qui ont eu comme moi le bonheui' de le voir et de 1 entendre, l'inspiration manqua-t-elle jamais à ce grand artiste si pur, si consciencieux? Elle le trouvait dans tous les moments préparé à la recevoir et habile à la retenir, à la fixer dans sa voix, son geste, sa [ihysionomie, pour la reproduire (Misuite sûrement et perpétuellement. Il disait qu'un rôle se compose d'effels combinés et d'eflets inspirés; que les effets combinés par l'acteur doivent toujours avoir l'apparence de l'inspiration, et les effets inspirés nous être toujours conservés par les combinaisons de l'acteur.
Mais pourquoi l'artiste courrait-il au-devant des passions et des erreurs? Partage inévitable delà faiblesse humaine, elles viennent à lui comme à tous, et les leçons qu'il en reçoit lui sont infligées malgré lui, comme toutes les leçons de l'expérience. Les passions, messieurs, on ne se les donne pas : on les subit; on est vaincu par elles. Ce n'était point pour une Iris en l'air que Pétrarque soupirait tant de vers amoureux, mais il ne s'était point fait amant de Laure pour devenir poëte. Les grandes épopées de Dante et de Milton se ressentent des passions politiques dont furent agitées ces deux âmes de poètes; mais ces passions étaient allumées par des événements auxquels il se mêlèrent, il est vrai, comme citoyens^ et qui les soumirent, à leur insu et pour leur gloire, à leur toutepuissante influence. Quand Molière osa braver, en se mariant, une périlleuse disproportion d'âge, quand il unit sa nature pensive et passionnée à une nature égoïste et frivule, il ne commit point
cette faute dans son doitble intérêt de poète et de comédien : il cherchait, il rêvait le bonheur; et ses chagrins domestiques, ses jalousies trop justifiées, cet amour d un grand homme pour un objet si peu digne, l'initièrent à des secrets, à des tourments de cœur, dont son Misnnthfope offrit là saisissante peinture. Renouvelant ce mystère de la maternité qui s'accomplit au milieu des douleurs les plus cruelles, son chef-d'œuvre, tout l'atteste, naquit de ses propres souffrances. C'est ainsi que nos fautes et nos maliieurs nous instruisent dans la science du théâtre comme dans celle de la vie.
Il faut plaindre ceux qui cherchent des émotions : ils sont apparemment sans patrie et sans famille ; apparemment ils n'ont au cœur ni un amour ni une amitié qui Tait jamais fait battre. Quant à ces émotions violentes, extraordinaires, dont quelques organisations soi-disant supérieures affectent le besoin continuel j elles émoussent peu à peu la sensibilité, et lame, blasée par elh-s, descend à un état d'indifférence et de dureté, dont elle n*a ni étonnement ni honte, et qu'elle semble même ignorer, tant s'est effacée graduellement, sous l'habitude des secousses qu'elle s'est volontairement données, cette délicatesse d'impression, dont la jterte est un des plus certains et des plus tristes indices de notre décadence morale.
Il est rare que la décadence du talent ne la suive pas de près, et c'est un honneur pour cet art du théâtre méconnu par des préventions injustes et compromis par des amitiés dangereuses. A des exemples mal compris, mal étudiés, faut-il opposer un exemple fameux et presque récent? Un acteur anglais qui a joué quelquefois à Paris, et que ses rares qualités appelaient, disait-on, à égaler, à surpasser peut-être le Roscius de la Grande-Bretagne, le célèbre Kean, grâce à une vie d'excès et de débauches, a laissé le souvenir d'un talent inégal, incomplet, et Garrick une renommée brillante d'un pur éclat ; Garrick qui, non content de représenter les productions des autres, joua aussi les siennes avec un grand succès, et que nous devons compter parmi les auteurs dramatiques. Plus d'un comédien, vous le savez, a mérité cet honneur : Iffland chez les Allemands comme Garrick chez les Anglais; chez les Italiens, les deux Riccoboni, Dominique, Romagnesi,que Paris applaudissait à un double titre sur l'ancien théâtre de la Comédie Italienne ; chez les Français, Raymond et Philippe Poisson^ Baron, Champmcslé, Hauteroche^ Dancourt, Legrand, Lanoue,
Deballoy, Desforges, Martelly.. Monvel, Patrat, Pigault-Lebriin plus connu comme romancier; Dumaniant, Picard^ Duval... je crois que j'en oublie. Il paraît certain que Destouches joua dans ^a jeunesse la comédie en province. 11 eut grand soin de caciier ce qui passait alors pour une flétrissure et Teut empêché d'arriver à des fonctions diplomatiques, clans lesquelles il eut pourtant un niallieu», celui de contribuer à faire décorer de Tépiscopat le favori du Régent. Grâce surtout à l'intervention de Destouches, Dubois devint archevêque de Cambrai. C'était un outrage a la pudeur publique, à la sainteté du sacerdoce, à la mémoire de Fénelon, et ce fut, à mon avis, la véritable, la seule tuch'e imprimée sur la vie, d'ailleurs honorable, de l'auteur du Glorieux.
Plusieurs acteurs ont écrit sur l'art dans lequel ils s'étaient illustrés, entre autres M*^^ Clairon, Préville, Dazincourt, Larive, d'Hannetaire. On a recueilli des fragments de mémoires et des remarques grammaticales de Lekain sur quelques tragédies, deux notices de Mole sur Lekain et W^^ Dangeville, notices lues par lui dans des séances publiques de l'Institut, dont il était membre; et Talma a inséré, dans la collection des mémoires dramatiques, une notice, en forme de préface, sur ce même Lekain, dont il fut le plus digne successeur. Les deux Riccoboni^ que j'ai déjà cilés> ont publié aussi des réflexions sur le jeu du comédien, et Riccoboni père a, en outre, composé un poëme en vers sur cette matière. La feunne de son lils, M^^ Riccoboni, plus heureuse comme auteur que comme actrice, s'est acquis par ses romans une ré- [lutation qui dure encore. A la tête de tous ces noms, dont quelques-uns ont brillé d'un vif éclat, il faut placer trois grands noms de comédiens-acteurs qui les dominent tous: Piaule, Shakspeare et Molière, radieuse trinité qui nous couvre de son glorieux patronage.
Dois-je mettre en oubli les éminents services que le théâtre a rendus à l'art oratoire ? Quand Démosthène désespéré fuyait les huées de la multitude, qui ranima son courage? qui lui enseigna la puissance de l'action, qu'il a proclamée depuis la première qualité de l'orateur? Ce fut Satyrus, célèbre acteur d'Athènes; et l'on sait qu'Esopus et Roscius furent les maîtres de Cicéron. Ainsi les deux voix les plus éloquentes de l'antiquité n'ont point dédaigné les conseils et l'assistance des grands comédiens de leur temps, et le théâtre a donné des leçons à la tribune. C'est là un fait remarquable, et dont notre profession peut encore se glorifier.
J'ajouterai que Roscius avait écrit un parallèle entre la mimique et l'éloquence, qui, malheureusement, ne nous est point parvenu.
Veuillez me pardonner, messieurs, la digression, un peu longue peut-être, où je vous ai entraînés : on aime à montrer ses litres de noblesse. J'ai youIu prouver, en m'appuvant sur des exemples nombreux, la nécessité pour les artistes dramatiques de la culture de l'esprit et de l'àme; et j'ai indiqué dans les études littéraires un but plus élevé que le développement de l'intelligence- On a dit : La littérature est l'expression de la société. Ne faut-il pas dire qu'elle doit être, avant tout, l'expression de la morale? Dans les œuvres où elle n'aspire point à l'enseigner, il lui est interdit de l'outrager, et sa mission est de conserver, avec les lois sacrées de la morale, celles de la langue, des bienséances et du goût. Eh ! que serait-ce, si on lui ôtait son but moral, que seraitce donc que la littérature, sinon une brillante, mais une futile récréation deVesprit, une espèce de hochet dont s'amuserait l'uilelligencc humaine?
Les grandes pensées viennent du cœur, s'il faut en croire Vauvenargues; et le cœur ne doit pas plus manquer à l'acteur qui les transmet avec sa voix qu'à l'écrivain qui les trace avec sa plume. La représentation des œuvres di'amaliques constitue une association entre le poète et le comédien, noble association des intelligences dont vous devez travailler de bonne heure à vous rendre dignes, jeunes gens sur qui reposent les futures destinées de la scène. Les grands hommes de notre littérature ont été des hommes de bien et des âmes d'élite. Contemplez le dix-septième siècle : ce n'est pas seulement l'éclat du talent et du génie qui lui a fait décerner le surnom de grand, il le doit encore à la grandeur morale dont toutes ses productions portent l'inetïaçabie empreinte. Voilà ce que ne pourront jamais lui ravir ni les querelles d'école, ni la fatigue d'une longue admiration, ni d'audacieuses révoltes contre les vieilles renommées dont la France avait l'habitude d'être fière. Les illustres écrivains de celte admirable époque forment à mes yeux une seule et belle famille, dont tous les membres, avec leurs différences d'esprit, de caractère, de position, leurs inégalités de mérite, ont un fonds commun de généreuse ressemblance, et restent à jamais unis entre eux par la respectable conformité des doctrines morales, par ce trip'e caractère de raison, d'honnêteté et de grandeur qui, de tant d'œuvres, célèbres à des litres si divers^ semble ne faire qu'une même œu-
vre, où la brillante variété des formes se joint à Tunité féconde de la pensée.
Je rappelle une mémorable époque et d'immortels souvenirs : qu'ils ne soient point perdus pour nos jeunes générations de poètes et d'artistes. Si^ pour les encourager^ il leur faut un récent exemple, que leurs regards se tournent vers l'Orient ! Elles y verront nos vaillantes légions, toujours fidèles aux traditions de la ])atrie, renouer le présent au passé. En elles Sébastopol a retrouvé les soldats d'Austerlitz : c'est toujours la Grande-Armée. Trop de révolutions ont remué notre sol et renouvelé nos institutions; mais^ quels que soient les événements qui passent sur elle, sous quelque drapeau qu'elle marche, la France n'interrompt jamais sa gloire. Dans le temps où ses armées trioiifphaient sons des cieux étrangers^, Paris étalait dans ses murs les pacifiques trophées de l'industrie et des arts, et là encore notre orgueil national pouvait compter plus d'une victoire. L'art dramatique participait à cet éclat général, et nos salles de spectacle avaient peine à contenir l'immense population envoyée de presque toutes les contrées de la terre dans notre capitale, devenue la capitale du monde. Plus tard, le théâtre aura des fêtes pour les vainqueurs de la Crimée, nous apportant la paix conquise par leurs exploits. Le théâtre est le plaisir des héros : j'en atteste la mémoire du grand Condé pleurant aux vers du grand Corneille. A défaut d'un Corneille, l'Empire a eu du moins un Talma. Le tragédien fut comblé des faveurs du monarque, de ce génie conquérant et organisateur qui dictait,, du vieux palais des czars, un décret d'administration pour la Comédie Française; ins^tuait dans le Conservatoire, par ce même décret, un pensionnat de déclamation à côté d'un pensionnat de chant, déjà créé par lui ; ajoutait aux classes de cette école un cours d'histoire et de littérature, rétabli maintenant après une suppression de plus de quarante années; qui, soigneux de toutes les gloires de la France, ne dédaignait pas de pourvoir à l'avenir de son théâtre au milieu des terribles préoccupations
de la guerre et des ruines de Moscou Moscou, nom glorieux
et fatal qui rappelle des jours de victoire que nous continuons, des jours de deuil que nous vengeons !
Nous ne prétendons pas initier nos étudiants dramatiques à la science complète de l'histoire et de la littérature : un pareil travail, devant les difficultés duquel le professeur eut peut-être recalé, exigerait d'eux un temps dont la plus grande partie est
réclamée par l'enseignement spécial qu'ils viennent chercher dans cette école. Nous nous attacherons principalement aux nations et aux époques pour ainsi dire privilégiées par l'éclat qu'elles ont jeté, par l'admiration et la curiosité qu'elles excitent parmi les hommes. Ainsi, dans l'étude de l'histoire ancienne, la Grèce attirera nos regards, cette Grèce qui a donné tant de grands hommes à la politique, à la guerre, aux lettres, aux arts, à la science? à la vertu; cette Grèce qui, subjuguée par les Romains, a comme imposé à ses vainqueurs les arts et la littérature des vaincus, et dont les doctrines et les exemples ont exercé une si universelle influence sur les arts et les littératures des peuples modernes. L'art dramatique, dont je dois entretenir mes auditeurs, n'est-il pas, d'ailleurs, un des plus beaux présents qu'ait faits jadis au monde le génie grec, si diversement poétique? Partout où nous apercevrons des traces de cet art, nous nous arrêterons pour les observer, remonter à ses origines, et en suivre avec attention la marche et le> progrès. Nous ferons connaître la littérature des peuples dont nous parlerons, par des analyses, des appréciations où une large part sera faite au théâtre. Quand notre mémoire nous offrira, dans les écrivains célèbres, des passages ayant trait aux choses qui nous occuperont, nous ne nous refuserons point les citations, plus ou moins longues, soit en prose, soit en vers ; elles pourront, en charmant l'esprit, contribuer à y mieux fixer les faits, et répandre un peu d'agrément sur nos leçons. C'est ainsi que, faisant marcher, autant qu'il se pourra, la littérature à côté de l'iiistoire, et cherchant avec avidité tout ce qui nous parle de l'art dramatique, considéré sous tous ses aspects, nous nous conformerons, dans la mesure de nos forces, au programme qui nous a été imposé.
Jeunes élèves, vous pouvez compter sur mon zèle; j'ose compter sur le vôtre. Pendant vingt années d'un autre enseignement, je crois avoir mérité quelque affection de ceux à qui mes leçons ont aplani les routes épineuses du théâtre. Je souhaite, j'espère trouver parmi mes nouveaux disciples un peu de cette sympathie qui m'était accordée dans la classe que j'ai quittée, et où je me vois aujourd'hui remplacé par un homme que désignaient au choix du pouvoir les applaudissements du public et la distinction de son esprit, dont la scène vient de nous offrir un heureux, un brillant témoignage.
N'oubliez pas, jeunes élèves, que de vous encore plus que de
moi dépendent vos progrès et le succès de mes efforts. Je m'appliquerai à empêcher que l'ennui ne se glisse parmi nous; mais si je n'y réussis pas toujours, ne me tenez pas rigueur : toutes les matières ne peuvent pas présenter un intérêt égal^ et qui veut s'instruire doit s'armer de patience et d'une courageuse obstination. J'ai besoin^ pour accomplir mon honorable tâche avec une ardeur qui ne se lasse point, de penser que je parle à de jeunes âmes avides d'un vrai talent et d'une renommée acquise par toutes les éludes qui complètent l'artiste dramatique et le rendent digne, non-seulement des triomphes de la scène, mais encore du commerce des esprits les plus éminents et de la considération publique. Justifiez, fortifiez en moi cette opinion^ et puissent ainsi nos devoirs réciproques nous devenir chaque jour plus faciles et plus chers ! Loin d'en être effrayés, envisagez ce surcroît de travail comme une noble et douce récréation offerte à votre intelligence, et regardez-vous comme tout simplement invités à une réunion de famille et à une causerie de vieillard.