EN
Organisé par la Loi du 16 Th.
AN m.
Elle avait été exécutée par Bumarets, d'après le modèle du Citoyen Lemot, statuaire, qui fut chargé, à cette époque, de faire une copie en marbre de Y Apollon du Belvédère, pour une des salles de cette Bibliothèque.
Après un discours prononcé par le Ministre, la cérémonie fut terminée par un hymne à Apollon, paroles du Citoyen Framery, sur la musique du chœur A' Écho et Narcisse, de Gluck. Un concert suivit cet hymne : Kreutzer conduisait Torchestre, Garât chanta plusieurs fois; Baillot, Rode et Baudiot exécutèrent un trio, et Frédéric et Ozi différents morceaux.
Un banquet réunit ensuite les Membres du Conservatoire et les Élèves premiers prix, et, à neuf heures du soir, la salle du banquet fut transformée en salle de bal.
1801 10 (^oût (22 thermidor an IX). Concours pour des places de Professeurs. Un jury était nommé par le Ministre de l'Intérieur, et
lés Candidats subissaient trois examens, conformément aux termes de l'article IV (titre I") du Règlement.
l*» Lire sur toutes les clefs usitées des morceaux présentés par le Jury ;
2o exécuter sur l'instrument. un morceau au. choix du Candidat;
30 Répondre aux questions du Jury sur la marche des accords.
Le Professeur nommé recevait, au lieu de brevet ou d'expédition d'arrêté, une médaille en argent.
24 février (5 ventôse an X). Assemblée générale du Conser- 1802 vatoire dans laquelle le Directeur Sarrette, sachant que depuis longtemps on cherchait à attaquer un Établissement qui jouissait
de la bienveillance et de l'appui du Gouvernement, fit lecture d'Un écrit intitulé : Observations sur l'état de là musique en France. (Voir à la fm du volume. 1
Cet écrit avait pour objet : 1» de faire le tableau comparatif des diverses branches d'instruction en activité dans le Conservatoire et de celles qui existaient dans les anciennes Écoles; 2° de présenter les résultats de l'Enseignement depuis la fondation du Conservatoire; 3» -de donner un aperçu des dépenses qu'occasionnerait l'organisation complète de l'Enseignement de la Musique dans toute l'étendue de la République comparativement avec ce que coûtaient autrefois en France les Écoles de Musique dans les Établissements tenant au Culte.
Ces observations déjà communiquées par le citoyen Sarrette aU Comité d'Enseignement avaient été faites dans l'intention de soumettre au Gouvernement un système complet d'Enseignement musical. Les bases de ce travail avaient même été soumises dès l'an V à la Commission d'Instruction Publique du Corps Législatif et en fructidor, an ÎX, au Premier Consul.
Septembre (vendémiaire an XI). Le crédit affecté à l'Établisse- 1802 ment fut tout à coup réduit à 100,000 francs.
Le personnel dut être diminué en proportion; il se composa de :
1 Directeur.
1 Secrétaire.
2 Inspecteurs de l'Enseignement.
25 Professeurs.
300 Élèves des deux sexes, pris en nombre égal dans les départements, a<îmis à la suite d'examens, et dont l'éducation avait pour objet de propager le goût de l'art musical et de former des musi-
ciens pour TArmée et pour les orchestres. Des Artistes de premier ordre et des Professeurs réformés furent nommés Membres honoraires; les sommités de Fart musical dans les pays étrangers lurent nommées Membres correspondants.
Î80i 29 septembre (7 vendémiaire an XIII). Le Conservatoire vote, avec une lettre de remercîments , la médaille de Membre de cet Établissement à M. Giuglielmi, compositeur romain. Membre de l'Institut de France, pour la noble générosité avec laquelle il avait accueilli le jeune Androt, pensionnaire de la Fiépublique à Rome, qui y mourut le l^'" fructidor an XII.
17 octobre (vendémiaire an XIII). Le Conservatoire est autorisé par le Gouvernement à faire entendre annuellement des compositions de grands maîtres : le produit de la recette de ces auditions devait être consacré à secourir les familles des Artistes décédés Membres de cet Établissement.
La première exécution eut lieu dans l'église de Saint-Germain- TAuxerrois. On y fit entendre le Requiem de Mozart. 1805 2 février (13 pluviôse an XIII). Arrêté du Ministre de l'Intérieur qui autorise la création d'une Caisse de secours pour les Veuves et enfants des Professeurs, et approuve le Règlement de cette Caisse en date du 5 vendémiaire an XIII (27 septembre 1804).
Les fonds de cette Caisse provenaient des recettes des auditions dont il vient d'être question et du quart des recettes des Exercices des Élèves.
Elle reçut les sommes suivantes :
4r^ audition du Requiem fr. 4,857
2^ audition 4,252
Quart du produit des exercices en 1807 \ . . . 2,133
— en 1808 1,802
— en 1809 2,222
— en 1810 2,747
— en 1811 2,852
— en 1812 5,317
— en 1813. 3,570
— enl814 3,451
Cette Caisse a fourni des secours pendant onze ans; ils ont cessé
le 22 mars 1815.
Elle a servi des pensions à M"'" veuve Devienne, — à M"" veuve Tourette.
— h M'"' veuve Langlois.
— à M™* veuve Bugazon.
. Armand/ ^
— a , j Bugazon, mineurs.
— à M'"^ veuve Mèon.
9 février. Le Conservatoire, reçu en audience par YEmpereiir Napoléon, lui présente la collection des Ouvrages élémentaires composés pour l'Enseignement de toutes les parties de l'art miisical. Sa Majesté accueillit avec la plus grande bienveillance les Membres de l'Établissement et les assura de sa constante protection pour leur École.
24 février. Admission de Crescentini, premier chanteur de la Chambre de l'Empereur, au nombre des Membres honoraires.
8 mars. Admission, au nombre des Membres étrangers, de Zingarelli, résidant à Rome.
3 mars. Décret établissant un Pensionnat et une École de Béclamation dans le Conservatoire de Musique. En voici les principales dispositions :
Le Pensionnat était composé de douze Élèves (hommes) qui ne pouvaient être admis qu'après la mue de la voix; ^
Six Élèves (femmes) devaient être pensionnées chez leurs parents ou dans une pension particulière au choix du Ministre et venir prendre leurs leçons au Conservatoire;
Un crédit annuel de 1/100 fr. était alloué pour chaque Élèvehomme, et 900 fr. pour chaque Élève-femine;
Addition de trois classes do Déclamation à celle déjà instituée: sur ces quatre classes, deux sont consacrées à la Scène Lyrique et deux à la Scène Bramatique ;
Allocation de fonds: 1" pour frais de premier établissement du Pensionnat; 2*^ pour rétablissement d'un Théâtre pour l'exécution des Exercices dramatiques; 3» pour l'achèvement de la Bibliothèque.
MM. Monvel, Dazincourt et Lafond, nommés Professeurs de Déclamation, commencèrent leurs leçons au mois d'avril 1807, conjointement avec Bugazon, déjà en fonctions.
Un Hèglement du Ministre de l'Intérieur, rendu en 1807, détermina les conditions d'admission au Pensionnat.
12 juillet. Le Ministre de l'Instruction publique, Fourcuoy, adresse une Circulaire aux Préfets pour leur communiquer les principales (iisposiiious d'un Règlement du Ministre de l'inléiicur,
relatif à la création du Pensionnat. Ces Fonctionnaires devaient lui faire connaître :
io Les noms des jeunes gens de leur département qui aspiraient à des places de Pensionnaires j
2° Leur pays et la date de leur naissance;
3" La nature et le degré de leurs connaissances musicales;
4° Leur taille, le degré de leurs forces physiques ;
5° L'état et les facultés de leurs parents.
Le Ministre demandait la création dans chaque département d'une Commission composée de Professeurs ou d'Amateurs distingués pour examiner les dispositions des aspirants. Un Rapport détaillé de cette Commission devait être joint aux présentations du Préfet.
Le Pensionnat, d'après les termes de la Circulaire, n'avait pas uniquement pour objet de fournir des sujets distingués à la Chapelle de S. M. l'Empereur et Roi, et aux Théâtres de la Cour et de la Capitale; l'intention du Gouvernement était que tous les Théâtres lyriques de l'Empire participassent aux avantages de cette Institution. Le Ministre annonçait en même temps que les quatre classes de déclamation étaient confiées à des Professeurs distingués [MM. Motivel, Bugazon, Fleury, Bazincourt, Talma i et Lafoncl) et demandait aux Préfets si quelques jeunes gens de j leur département paraissaient avoir d'heureuses dispositions, de vouloir bien lui en donner avis.
joAo 14 octobre. Arrêté du Ministre de l'Intérieur^ Cretet^ portant Règlement du Conservatoire. L'Établissement comprend deux Écoles spéciales : l'une de Musique, l'autre de Bédamation. La première était destinée à l'enseignement de toutes les parties ^ de l'Art musical; la seconde, à celui de la Déclamation spéciale, tragique et comique, de la Déclamation des mêmes genres^ appli- I quée à la Scène lyrique, et de la Déclamation oratoire.
Chaque École avait un Comité chargé de la surveillance de l'enseignement et de l'inspection des Études, et dont les attributions devaient être déterminées par le Règlemient particulier de l'École.
Un Pensionnat avec 42 Élèves-hommes et 6 Élèves-femmes (pensionnées) ; 400 Élèves externes^ recevant gratuitement l'instruction musicale.
Les Élèves les plus avancés devaient remplir les fonctions de j Mpétiteurs ^ et pouvaient être appelés aux fonctions d'Adjoints I aux Professeurs.
Le personnel était composé de :
1 Directeur;
1 Secrétaire;
30 Professeurs;
5 Professeurs honoraires;
4 Correspondants étrangers;
1 Bibliothécaire;
4 Professeurs de déclamation ;
2 Professeurs honoraires ; 1 Professeur de danse;
i Surveillant du Pensionnat;
1 Professeur de langue française et italienne, littérature, his- \ toire et géographie.
Les Correspondants étrangers étaient à cette époque :
Paèsieîlo, à Naples;
Salieri, à Vienne;
Winter, h Munich ;
ZingarelU, à Rome.
Au. jnois d'août, Talma remplace Dazincourt comme Profes- 1809 seur de déclamation.
En novembre, Baptiste aîné succède à Dugazon comme Professeur de déclamation.
Décembre. Fleury^ professeur de déclamation, commence ses leçons.
L'antipathie de l'Empereur pour le talent de Larive Tempêcha toujours d'être nommé Professeur.
3 avril. M. Paër, Directeur de la musique de l'Empereur, est 1811 nommé membre correspondant du Conservatoire.
^, octobre. Décret daté de Moscou (titre Vlll), qui décide qu'il 1812 y aura au Conservatoire dix-huit Élèves pour le Théâtre-Français, neuf de chaque sexe ; qu'ils pourront étudier la Musique, mais qu'ils seront plus spécialement appliqués à l'art de la Déclamation ; deux Répétiteurs des classes de déclamation sont chargés de faire répéter et travailler ces Élèves en dehors des heures des classes. Ce Décret crée une Classe de grammaire, d'histoire et de mythologie appliquée à l'Art dramatique, spécialement destinée aux Élèves du Théâtre-Français, et stipule les conditions de débuts et d'admission au Théâtre de l'Odéon et au Théâtre-Français. La dépense de chaque Élève est arrêtée à 1,100 fr.
Le traitement du Professeur de grammaire est fixé à 3^000 fr. , et celui des Répétiteurs à 2,000 fr.
Une somme de 26,800 fr. est ajoutée au budget du Conservatoire pour ces nouvelles dépenses.
I/Empereur, voulant consacrer le souvenir de cette réorganisation du Conservatoire, donna Tordre de faire frapper une médaille en bronze représentant Apollon au milieu des attributs de la Tragédie et de la Comédie, avec cette inscription : Conservatoire Impérial de Musique et de Déclamation; et au-dessous de la figure du Dieu : xv octobre mdcccxu. Au revers, on lit : Fondé
EN MDCCLXXXIX. RÉORGANISÉ PAR LE DÉGUET ImPÉRIAL DU XV OCTOBRE MDCCCXn.
Le 11 décembre 1812, la Distribution des prix eut lieu en séance publique dans la nouvelle Salle des Exercices du Conservatoire. M. Baillot, Professeur, y lut une Notice fort intéressante sur les travaux de l'année. Il rappela l'objet de l'Institution du Conservatoire, « destiné à conserver et à ramener toutes les parties de » renseignement à des principes invariables, à accueillir et favo- » riser les découvertes qui peuvent tourner au profit de Tart et » enrichir une ration avide de tous les genres de gloire^ enfin » à donner aux études des Élèves une direction constante vers » cette perfection qui désespère les âmes timides, mais que le » vrai talent ne se lassera jamais de vouloir atteindre. »
Il fit connaître les résultats des Études dans les classes d'instruments, de composition, de chant et de scène lyrique, de déclamation et de déclamation lyrique, dont les succès difficiles, disaitil, à obtenir pour les Elèves ne devaient point les rebuter dans une carrière où on exigeait d'eux un talent égal, comme acteurs et comme chanteurs.
Il rendit compte de l'examen de divers instruments nouveaux soumis au Comité du Conservatoire par le Ministre de Tlntérieur pendant le CQurs de Tannée : l'orgue expressif de M. Grenié ; la nouvelle clarinette et la clarinette alto perfectionnée de M. Muller, déjà employée dans la Clémence de Titus et dans le Requiem de Mozart; le violon sans barre, de M. Baud, de Versailles (examen très-étendu et très-bien fait par le célèbre Professeur); le diapason : — le Comité d'enseignement de TÉcole s'était aperçu que Textrême élévation du ton adopté pour Texécution des concerts du Conservatoire gênait la voix des élèves et la mettait en danger d'être forcée, en les entraînant hors de leurs
moyens naturels^ et il avait jugé qu'il était indispensable de ramener le ton de Torchestre à un degré plus favorable à la conservation des voix. — On avait comparé le diapason des orchestres existants à Paris, et on avait pris un terme moyen entre celui de rOpéra, celui de l'Opéra Buffa, de la Chapelle et des Exercices du Conservatoire. Ce dernier diapason avait été préféré. — Le chronométre de M. Despreaux.
Il est fâcheux que ces Notices n'aient pas été continuées. Un compte rendu des Études fait, chaque année, par un des membres du Conservatoire, aurait permis de suivre les phases diverses de l'enseignement.
Conformément aux termes du Décret précité, M . Victorin Fabre, [ littérateur distingué, fut nommé Professeur de mythologie, d'his- | toire et de littérature, et MM. Saint-Fal et Mkhelot, Professeurs ^ de Déclamation.
Pendant les dernières années de l'Empire, il avait été décidé qu'un fonds de 600,000 fr. serait affecté à l'achèvement des Bâtiments et aux acquisitions nécessaires pour la Bibliothèque. — La Restauration ne permit pas de mettre ce projet à exécution.
Le 10 mai, l'Empereur de Russie, le Roi de Prusse et la Famille '1814 Royale assistèrent à un Exercice des Elèves, et témoignèrent toute leur satisfaction aux Professeurs.
28 mai. Ordonnance royale qui rétablit les Gentilshommes de la Chambre dans les attributions et honneurs de leurs Charges, et qui les nomme Ordonnateurs exclusifs du Théâtre-Français, de POpéra-Comique et de l'Hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, où était situé le Conservatoire.
Le 28 décembre, le Ministre de l'Intérieur écrit à M. Sarrette :
« Monsieur, je vous préviens que j'ai donné des ordres pour » que l'hôtel des Menus-Plaisirs et toutes ses dépendances soient » mis de suite à la disposition de M. le comte de Blacas, Ministre » de la Maison du Roi.
» Vous devrez, monsieur, quitter sans délai l'appartement que » vous occupez, et vous regarder, dès ce moment, comme n'ayant » plus la Direction du Conservatoire.
» Je suis, monsieur, très-parfaitement serviteur,
» L'abbé de Montesquiou. »
Le 23 mars, le Ministre de l'intérieur Carnot autorise M. Sar- 1815 rette à reprendre la Direction du Conservatoire.
Le 26 mars, Décret Impérial qui annule l'Ordonnance Royale
du 28 mai 1814, les ordres donnés le 28 décembre dernier (voir la lettre de l'abbé de Montesquiou) relatifs à la suppression du Conservatoire et aux Bâtiments qui y sont affectés, et qui rétablit dans leurs fonctions le Directeur^ les Administrateurs et Professeurs de cet Établissement.
Le 3 août, une Décision Ministérielle confirme M. Sarrette dans sa place jusqu'à nouvel ordre.
Le 17 novembre, le Ministre de Flntérieur enjoint à M. Sarrette de cesser ses fonctions à dater du l^'" novembre, en maintenant son traitement jusqu'au i^r janvier suivant.
Sarrette abandonna la Direction de cet Établissement après ravoir fondé, organisé et dirigé pendant vingt-six ans avec une habileté et une activité qu'on ne saurait trop louer. Les Cours furent interrompus et TÉtablissement fermé. Lors de l'organisation, Sarrette avait soumis au Gouvernement un projet complémentaire qui avait été accueilli avec faveur. Il demandait rétablissement en France de trente Écoles de musique de premier degré placées dans les Villes de quatrième ordre, avec chacune un Professeur et quinze Élèves et vingt-cinq 'Écoles d'un ordre plus élevé, placées surtout dans les Départements méridionaux.
Il évaluait la dépense du Conservatoire et de ces Etablissements à 500,000 francs.
2,650 Élèves devaient y recevoir Tinstruction musicale.
Il proposait, en outre, de placer dans les centres de population des Examinateurs, chargés de découvrir des voix et de confier ces fonctions aux Professeurs de musique.
Sous sa Direction, le Conservatoire publia une collection de 14 méthodes, rédigées dans yn même esprit pour toutes les études musicales. Chaque traité, préparé par des Professeurs spéciaux, était soumis à une Commission d'examen chargée de les coordonner pour former un ensemble didactique ; ils ont été traduits dans presque toutes les langues de l'Europe. Des littérateurs étaient réunis aux musiciens dans cette Commission : on y remarquait Ginguené, Lacépède, de Prony, Legendre, etc.
La méthode de chant contenait un chapitre {le septième) que nous croyons utile de reproduire ici :
DES CONNAISSANCES HARMONIQUES ET LITTÉRAIRES QU'UN CHANTEUR DOIT AVOIR.
« Il ne suffit pas, pouî être uh chanteur accompli, de posséder
» une superbe voix, cultivée par la meilleure méthode et d'avoir » des moyens étonnants d'exécution: il faut être instruit.
» L'instruction qui convient à un chanteur ne doit pas se borner » à savoir lire seulement la musique à la première vue, ce qui » suppose déjà une étude fort longue; il est essentiel qu'il ait une » connaissance assez étendue des accords, des lois de l'harmo- » nie et des modulations; de plus, qu'il sache pratiquer l'harmo- )) nie sur le forte piano, et il ne serait point inutile qu'il eût quel- » ques principes de composition.
» Ces connaissances sont nécessaires à un chanteur pour se con- » duire, en ornant le chant, de manière à n'employer jamais des » traits qui ne seraient pas d'accord avec l'harmonie, ni propres » à la nature et au caractère tant de la mélodie qu'ils doivent » orner que des accompagnements qui marchent avec elle.
» A l'égard des connaissances littéraires, il est indispensable y> qu'un chanteur sache parfaitement sa langue, afin de bien pro- )) noncer les mots, de les bien accentuer, de comprendre leur » signification précise, et de saisir toutes les finesses et toutes les » nuances du style.
» Si un chanteur se destine au théâtre, il faut que, outre sa » langue, il soit instruit dans la mythologie et dans l'histoire tant » ancienne que moderne.
)) Il faut qu'il lise les poètes, et cette lecture, jointe à celle de )) l'histoire, ornera sa mémoire, échaufi'era son imagination, et » tiendra son âme dans cette espèce d'état d'exaltation nécessaire )) pour bien exprimer les grandes passions dramatiques, pour » rendre fidèlement le caractère et les sentiments des personnages )) dont parle l'histoire ou la fable, et qu'il sera chargé de repré- » senter. »
C'est aussi sous la direction de Sarrette, en 1802, que furent organisés les Concerts sous le titre à' Exercices. Ils avaient pour objet de former les Élèves à l'exécution de la Musique ancienne et moderne, de former des Chefs d'orchestre et de faire entendre les œuvres des Lauréats. Le bénéfice, frais prélevés, était destiné à venir en aide aux Musiciens pauvres ou infirmes, à leurs veuves et orphelins : ils cessèrent en 1814.
Pendant cette première période, le Conservatoire et son Directeur furent souvent et violemment attaqués.
Des écrits, des brochures furent publiés. Lesueur^ l'un des
Inspecteurs généraux, critiqua très-\ivement les actes de la Direction dans une Jjettre en réponse à Guillard, sur la Mort cVAdam, opéra.
Parmi les plus remarquables écrits dont il est question, il faut citer :
Lettre à Paësiello ;
Réponse d la lettre écrite à M. Paësiello ;
Observations sur la diatribe appelée Béponse à la lettre de Paësiello (par Durieu) ;
Articles du Courrier des Spectacles;
Articles du Censeur des Théâtres ;
De V Opéra en l'an XII, par Bonet de Treiches, Directeur; . Le Russe à V Opéra;
La Fantasmagorie des menus de la lettre à M. Paësiello.
Les membres du ConservatoirCj réunis en Assemblée générale, décidèrent qu'une Commission composée de 21 membres préparerait un travail tendant à réfuter les calomnies dirigées contre le Conservatoire. Ce mémoire, rédigé par M. Baillot, fut imprimé sous le titre de ;
Recueil de pièces à opposer à divers libelles dirigés contre le Conservatoire de Musique, par les membres d'une Commission composée des principaux Professeurs et chargée de réfuter les calomnies insérées dans les libelles dirigés contre le Conservatoire.
Les Professeurs du Conservatoire, voulant témoigner au Directeur Sarrette leur reconnaissance pour la fondation de l'Établissement et pour son habile administration pendant les douze premières années , arrêtèrent ce qui suit, le 2 germinal an X (23 mars 4802) :
« Les Membres du Conservatoire de Musique, considérant que » c'est aux soins du citoyen Sarrette, Directeur du Conservatoire, » qu'ils doivent la formation et la conservation de l'Établissement » depuis les premiers instants de la réunion des Artistes qui le » composent; voulant établir d'une manière durable la preuve » des sentiments qui les animent, et transmettre aux Artistes qui, » par la suite, seront appelés à partager leurs travaux, les motifs » de la reconnaissance due à celui dont la sollicitude active a i^ opéré la fondation du Conservatoire,
» Arrêtent :
» Il sera élevé par le Conservatoire de Musique un Monument
» de la gratitude des Membres de cet Établissement envers le » citoyen Sarrette,
» Une Commission de cinq Membres sera nommée en Assemblée » générale pour s'occuper des moyens de remplir le vœu des » Membres du Conservatoire. »
Suivent 74 signatures des Membres du Conservatoire.
Cette honorable décision ne fut malheureusement pas mise à exécution, et M. Sarrette ne reçut pas ce témoignage public de la reconnaissance des Professeurs de TÉcole qu'il avait fondée.
Qu'il nous soit permis de payer un juste tribut d'admiration à la puissante et intelligente organisation du Conservatoire par son Fondateur.
A la tête de l'Établissement était placé un Conseil d'administration et un Commissaire chargé de l'organisation, homme de goût, amateur éclairé de musique.
Lasurveillancedetoutes les parties de l'Enseignement était conhée à cinq Inspecteurs nommés par l'Institut des sciences et des arts,
L'Enseignement réparti entre :
28 Professeurs de l""® classe.
54 — de2« —
28 — de3^ —
Les fonctions de l'Administration étaient parfaitement déterminées par l'art. XII du Règlement, conformément aux termes de l'art. VI delà Loi du 16 thermidor. La surveillance de l'Enseignement était une attribution spéciale des Inspecteurs de l'Enseignement.
Le Secrétariat se bornait à enregistrer toutes les affaires du ressort de l'Administration, et elles étaient renvoyées aux sections spéciales, qui se chargeaient de leur examen et de la suite à leur donner. Un Bureau de surveillance était chargé de la police intérieure de l'Établissement.
Le Comité des Inspecteurs de l'Enseignement délibérait sur :
io Le mode d'Enseignement; l'emploi des Professeurs;
2o L'admission des Élèves; leur classement;
3» L'exécution pour la célébration des Fêtes nationales;
4» La formation du Répertoire des Exercices du Conservatoire;
5» Le choix des ouvrages qui doivent y être exécutés ;
6» La désignation d'emploi des Artistes, Professeurs ou Élèves;
7» La Correspondance relative à l'art.
Lordre de l'Enseignement était établi en trois degrés :
ler DEGRÉ. — Pfmcipes élémentaires du solfège.
2^ DEGRÉ. ■ — Développement du solfège. Vocalisation. Chant simple et déclamé. Instruments en tous genres.
3^ DEGRÉ. — Pièpétition de scène chantée avec accompagne^ ment d'orchestre.
Accompjagnement.
Composition.
Suite de cours publics dans lesquels la théorie générale et T historique de l'art musical devaient être traités sous tous les rapports.
Ce Règlement d'organisation fut approuvé par le Directoire, sur la proposition du Ministre de l'Intérieur Benezech, qui, en le renvoyant au Commissaire chargé de l'organisalion, en prescrivait l'exéculion rigoureuse et demandait aux Inspecteurs de l'Enseignement et à l'Administration un grand zèle dans leur service et une fermeté de discipline seule capable de maintenir tout le personnel dans l'exercice régulier de ses devoirs.
L'activité et l'intelligence de M. Sarrette surent imprimer une heureuse direction à toutes les parties du service. Chacun remplissait avec une scrupuleuse exactitude les fonctions qui lui étaient confiées et la surveillance incessante de celui qui était placé à la tête de l'Établissement y maintint un ordre et une régularité qui produisirent les meilleurs résultats.
On ne saurait trop admirer la force de volonté et la haute capacité de cet homme qui sut fonder en France, non-seulement un Établissement aussi important et aussi bien organisé que le Conservatoire, mais qui constitua, pour ainsi dire, l'École musicale française, et qui sut y adjoindre, malgré des oppositions puissantes, l'Étude raisonaée de l'Art dramatique.
Tous nos Compositeurs, nos Professeurs les plus célèbres, sont sortis de cette École, dont la réputation est Européenne, et doivent leur talent et leur renommée à son Fondateur.
Décembre. M. de la Ferté soumet au Ministre de la Maison du Roi un projet d'organisation auquel avait coopéré Choron, et d'après lequel les dépenses ne devaient s'élever qu'à 38,000 francs.
5 décembre. Arrêté du Ministre de l'Intérieur qui nomme le
Marquis de la Rouzière Directeur des deux Écoles; c'était un
employé du haras de Nancy, qui ne resta que quelques mois en
fonctions.
1816 13 février. Rapport au Roi pour lui proposer de réunir l'École
de chant, dépendant du Ministère de la Maison du Roi, et le Conservatoire de Musique, placé dans les attributions du Ministère de rintérieur, et de mettre ces deux Écoles dans les attributions du Ministère de la Maison du Roi.
l^'' avril. Réouverture du Conservatoire d'après le second plan de Choron, alors Directeur de l'Opéra, et sous le titre de : École Royale de musique. (Ouverture des classes le 17 avril.)
Voici l'exposé du premier plan, qui ne fut pas adopté et qui était calqué sur celui des anciens Conservatoires d'Italie :
Deux professeurs titulaires, Tun de composition, l'autre de chant, ce dernier donnant leçon chaque jour à tous les Élèves. Les plus avancés, recevant directement la leçon du Maître qui exposait les règles, donnait les exemples, les faisait exécuter par les Élèves-maitres, indiquait les défauts et les moyens de les corriger; après la leçon principale, les Élèves se formaient en subdimsiom, dans lesquelles les El èv es-maître s faisaient répéter lu leçon qu'ils venaient de recevoir, sous la surveillance du professeur titulaire. L'Élève recevait ainsi deux heures de leçons par jour. Les Maîtres d'instruments venaient du dehors.
Plus un Pensionnat, formé d'après les mêmes principes et composé de 70 à 80 Clianteurs.
On croyait pouvoir subvenir aux dépenses de cette organisation avec une somme de 68,000 francs.
\ 5 avril. Rapport au Roi pour porter les dépenses de l'École Royale de Musique et de déclamation de 70,000 à 80,000 francs. {Ap'prouvé.)
Le budget fut ensuite réduit, l'établissement placé dans les attributions de l'Intendance des Menus Plaisirs du Roi, et régi, jusqu'en 1822, par M. Perne, avec le titre A' Inspecteur Général.
M. Perne était non-seulement un excellent musicien, mais encore un érudit et un écrivain remarquable. Il avait soumis en 1805 à l'Institut un Mémoire sur la Notation musicale des Grecs. Il avait été Professeur- Adjoint de Catel au Conservatoire, en 18ii. Il publia successivement un Cours élémentaire d'Harmonie fort estimé, des Méthodes de piano et une édition du Requiem de Mozart, arrangé par lui avec un accompagnement d'orgue ou de piano.
Lorsque M. Perne fut nommé Inspecteur Général du Conservatoire, le matériel était dans un état pitoyable; les traitements des Professeurs insuffisants. 11 n'y avait plus d'instruments pour
certaines classes, pas même de bois pour chauffer i'établissemeiitj et on fut obligé pendant la première année de brûler de vieux meubles et de vieux clavecins. Il fit augmenter les appointements, rétablit les concours et les examens semestriels (i).
4 octobre. Circulaire de Tlntendant Général des Menus Plaisirs qui désire établir une Correspondance avec les principales villes de France pour découvrir et conduire à TÉcole Royale les jeunes gens des deux sexes possédant une belle voix, un physique et des dispositions propres aux Théâtres lyriques.
Le Correspondant devait être musicien ou bon connaisseur en musique, avoir des rapports avec les artistes, et pouvoir en établir avec ceux des villes voisines.
Il devait annoncer la découverte de sujets remplissant les conditions déterminées dans' une note imprimée, que nous donnons à la page suivante.
L'admission d'un Élève à l'École donnait droit au Correspondant H une rétribution proportionnée à ses peines.
Cette Circulaire fut adressée à 60 Professeurs et Amateurs des départements.
Chaque Correspondant devait recevoir un Diplôme lui conférant le titre officiel de Correspondant de l'École Royale de Musique et de Déclamation.
Les premiers Élèves envoyés par ces Correspondants furent Fêréol, qui est devenu l'un des meilleurs artistes de l'Opéra-Comique; Valère qui a débuté à l'Opéra et chanté à l'Odéon , et Lnfeuillade, de l'Opéra-Comique.
1Sj7 23 avril. Arrêté portant création d'une École primaire de citant, et chargeant M. Choron, Professeur, de sa Direction.
(1) M. Castil-Biaze a inséré la note suivante dans V Annuaire musical de 1855 et dans son Histoire des Théâtres Lijriques de Paris :
« Perne ayant demandé sa retraite au mois de janvier 1822, Je Mi- » nistre de la Maison du Roi, Lauriston, me nomma Directeur de » l'École Royale. Des raisons que je ferai connaître m'empêchèrent » d'accepter ce titre infiniment honorable. M. de Lauriston exigeant » que je lui désignasse mon successeur, j'indiquai les six musiciens » membres de l'Institut, nommant d'abord Cherubini, leur chef et » doyen, que le Ministre choisit. »
« Le motif de son refus, dit le même auteur dans V Histoire du » Tliéâo^e Italien, c'est qu'il fallait renoncer à ses travaux de Jour- » nahate et de Traducteur, beaucoup plus lucratifs. »
MEJVVS-PLAISrPxS DU ROI.