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Histoire du consulat et de l'empire

Brusque arrivée de l'Empereur à Paris et dans son palais. — Surprise, embarras, stupeur de sa cour, de Mê dignitaires, de ses ministres. — Manière dégagée dont il s'explique sur sa campagne et sa retraite. — La colère qu'il témoigne à son ministre le duc de Rovigo est bientôt calmée. —Le préfet de la Seine, Frochot, expie seul sa faiblesse et sa crédulité lors de la conspiration de Malet. — Forte réaction qui s'annonce dans l'esprit pul^lic contre Napoléon. — Les fautes de la campagne de Russie sont amèrement relevées dans tous les entretiens. — La France se sent bu*» miliée d'être dépouillée de tous les droits conquis par sa Révolution. — Cependant le Sénat et le Corps législatif lui prêtent encore une obéissance muette dans Turgence des périls de la patrie. — Il excite imprudemment le ressentiment de Murât par le blâme qu'il VI i *^

Hlltdihl HB L*BlinilE.

lai inflige.— Nouvelles mesares qu'il preod pour la réorganisation de son armée. — Formation de nouveaux régiments sous le titre de gardes-d'hoflneilr .«^Visite ^ti^il fait au pape, son eaptif « à Fontaiileblefltai ^ U eA dbti«ht Ofl iiottveftu cOficordai ^ue celui-ci rétracte bientôt.

Tandis quo TÊâlpdreUr Vdlàit vers Paris ^ sans repos^ ni de jour ni de nuit^ dans une calèche délabrée et dans un sombre incognito, cette capitale était plongée dans un deuil profond et livrée aui pltii BStûux présages. Le vingt-neuvième bulletin, sinistre avant-coureur de l'arrivée de Napoléon, ne Tavait précédé que de deux jours, et déjà il constatait des pertes épouvantables Sived utie franchise forcée qui, pourtant, n'était pas un tableau complet de nos misères, car le désastre de Vilna, le seul qui blessât Thonneur^ n'était pas encore connu de TËmpereur. Les prévisions les plus cha* grines se trouvaient surpassées. Ces heureuses familles de cour, qui, depuis longtemps, ne rêvaient que de gloire et de fortune, connaissaient ou présumaient leurs pertôsi Los mères eroyaiétlt asâistêr àUl derniers nioments de leurs fils , qui , dans les horreurs de la faim et du fj^oid ) avaient encore prononcé leur nom avec tendresse et désespoir; celles qui savaient leurs fils prisonniers, se représentaient les

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tourmente d'une eaptirité eu Sibérie. Au mi-^ nistère de la guerre où venaient se prendre Uê ioformatiODB^ on entendait à chaque instant répéter cet lugubres mots : mort, prisonnier ou sort inconnu I Le sceau du silence imposé sur toutes les lèvres était rompu par cette vaste comniunauté de malheurs. Le fléau d'une in^ vasion se présentait à tous les esprits^' on pas« sait en soupirant devant des monuments mi^ gnifiques; ne pourraient-ils pas être dévastés ou détruits? A cette pensée, les âmes les plus fières s'exaltaient; on voyait bien que la race deft héros n'était pas éteinte j ce n'était pas pourtant l'effervescence tumultueuse^ effrénée, de 1792. La liberté perdue avait contenu ses transporta^ et Tordre fermement rétabli ne permettait plus des fureurs homicides* Le peuple -roi com*' prenait qu'il était déchu de sa souveraineté au dehors, et sentait plus le poids de sa servi** tude au dedans, lorsqu'elle n'était plus colorée parla victoire et par d'immenses conquêtes». La France n'avait plus que des représentants muets ou asservis. Silence i la tribune i silence dans les journaux ^ la discussion del bulletins se faisait dans les Cercles intimés avec une liberté que protégeait l'honneur. Gha« cun avait appris l'art de soulever les voiles ^ d6

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rectifier les mensonges des relations officielles* On restait Français par le don de la franchise, seulement les fonctionnaires disaient plus bas ce que les indépendants disaient plus haut. Plusieurs vétérans de nos assemblées publiques et surtout de l'assemblée constituante, des députés du corps législatif et même des sénateurs, raisonnaient sur ces calamités, sur leurs causes, avec force et profondeur. J'ai encore lesprit assez frappé de ces entretiens pour en présenter une esquisse nécessaire à l'histoire des événements ultérieurs. C'est de tels entretiens qu'est sortie notre liberté constitution* nelle qu'il serait afiEreux d'échanger contre la liberté révolutionnaire. «Quoi! disait-on, les Espagnols, engourdis par trois siècles de despo* tisme et d'abrutissement monacal, viennent de se remontrer comme un peuple généreux et souvent héroïque. Ils ont sonné pour toute l'Europe le tocsin de l'indépendance , et il vient de retentir de Cadix à Moscou. C'est trop pour nous que de survivre à notre gloire, après avoir survécu à notre liberté. Allons-nous tomber au dernier rang des peuples, nous qui nous en étions proclamé le premier , ou qui, du moins, ne reconnaissions qu'un seul peuple rival, l'Anglais? Quoi, la liberté va s'étendre et re-

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fleurir partout, et elle sera déracinée sur son sol natal ! Un peuple vaut mieux qu*un grand homme pour conserver ses droits et sa dignité. Il est beau de la faire briller au dehors, mais ce n'est plus qu'un froid mensonge, si on ne la conserve au dedans.

u Voilà donc où nous a conduits l'homme à qui nous avons livré nos destinées ! Nul n'en paraissait plus digne par l'éclat de ses victoires, par la hauteur et la fermeté de son génie; mais il ne nous a tirés d'un abîme que pour nous faire tomber dans un autre. L'anarchie nous dévorait, le despotisme nous écrase; c'est un gouvernement corrupteur et surtout pour celui qui l'exerce.

« Qu'est devenu ce législateur dont nous avions admiré le droit sens? C'est un vision* naire effréné de conquêtes; nous avions beau crier grâce, il voulait nous en accabler encore. Cette fièvre redouble pour lui, lorsque nous en éprouvons l'indéfinissable malaise. Sa diplomatie est aussi conquérante que ses armes. C'est un homme d'un autre siècle, d'une autre nation ; ce n'est pas un Français : c'est un Macédonien, un fils de Jupiter Ammon. A force de se croire supérieur au genre humain, il s'y rend étranger. Nous sommes le piédestaL sur

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lequel il veut toujours exhausser m statue i noua ne lui paraiseoua grauda que parce que noua relevons en pouvoir. 11 emploie ce qu'il eonaerve d'esprit positif à réaliaer dea chimères. C'est noua, cependant, nous-mêmes , disciples fidèles de Montesquieu y de Turgot et de Mirabeau, qu'il traite d'esprits chimériques. Et cependant, avons^nous entrepris de vaincre la nature , de soutenir la guerre contre les éléments? Seul, il a voulu cette guerre fatale contre la Russie, et, auparavant, cette guerre déloyale et déplorable contre TEspagne. Ses ministres sont ses commis, son conseil est son écho. Deux hommes d^État savaient encore lui donner quelques avertissements salutaires; il les a frappés de disgrâce. Il ne veut que des talents serviles; c'est se priver du secours des vrais talents. Une telle guerre eût-elle été entreprise, eût-elle été surtout portée jusqu'à jMoscou , si la nation avait eu de véritables re^ présentants? Entouré des plus grands hommes de guerre que nous ait encore montrés l'histoire, a<*t*il écouté leurs avis, leurs représentations, ou même interprété le chagrin qu'ils portaient dans leur obéissance? Lui seul, dans cette guerre, a délibéré, eux seuls ont agi; leur gloire approche trop de la sienne; ne pouvant

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réteufbri il oberobp à Tamoindrir. CoQ8ult«i; 69peud4ot nés propr^g )>oUotiQs; en dépit d^ Be9 effort» et de «e» restn^tipos, pla«ievr9 d4 8^9 gépéruu^, at IVey surtoutt y brillent plus que Ipiw^mômej eitnce U oe qu'on pouynit remar* quer dans ceni^ d'Aroole et de RivoUi daof aeux d'Ulm et d'Aust^rUtis? Qu'il tienne tou'* jpur8 le premier rang parmi sa» géuérani;i e'eat ee qu'on ne peut contester { c'est à lui à présider enepre au 8alut de la patrie que lui seul a ^n amener ai près de sa ruine« Ses ta^ lents sont immenses, ses prestiges sont infini^f 11 6$t encore adoré de cette armée qu'il a frap-^ pée d'un ii cruel désastre ^ et cartes i c'est un rare ewmple de patriotisme et de reipect pour une grande gloire» Mais est^il aussi prppre k ramener la paix qu'à donner un grand éclat h la guerre? Voilà le problème. Croit-on que la paix» après un désastre si nouveau dans rhlstoire, puisse être obtenue sans de grands sacrifices, et l'Empereur, dans son orgueil inworable, y consentira-v-il? Ne çourons-naus pas le risque de voir compromises» par ses délais et ses re^ fusr jusqu'aux conquêtes si importantes que la République française avait faites avant lui , et les seules qui spus soient indiquées par la nature même? Quand tout lui échappe, ne vpu*

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dra-t-il pas tout conserver? D'où vient qu il n'a point fait encore refluer, sur son armée réduite à n'être plus qu'une ombre d'elle-même, ses garnisons de Dantzick , de Thorn et de plusieurs forteresses prussiennes? D'où vient qu'il n^a point abandonné cette désastreuse Espagne où tout, dans les chaumières, est armé contre lui? 11 va combattre encore et sans doute avec vaillance et génie; mais il ne combattra qu'avec une fraction de ses forces , tandis qu'il faudrait en réunir tout l'ensemble pour résister au grand choc qui se prépare contre lui dans l'Europe tout entière. Ce choc sera bien autrement sérieux que celui des années 1 792, 1 793 et 1 794; car alors les rois ne s'avançaient qu'avec leurs soldats rendus automates à force de discipline, et maintenant ils s'y avanceront, sinon avec la masse, du moins avec l'élite de leurs peuples révoltés d'une longue oppression. »

C'étaient des hommes d'un ordre imposant et d'un nom historique qui présentaient de telles considérations* Il me suffit de citer Lafayette et Sieyès; je pourrais y joindre d'autres hommes autrefois séparés parleurs opinions, et maintenant réunis dans un sentiment commun, tels que Lanjuinais, Montlosier, les deux Lameth , l'abbé de Montesquieu , Dupont

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de Nemours, Garât, Laine, Raynouard, et le marquis de Jaucourt, qui vont bientôt se faire connaître comme hommes publics.

Tout restait morne dans le palais des Tuileries. Le vingt-neuvième bulletin y avait chassé le sommeil. Toutes les lumières étaient éteintes, lorsque le 1 8 décembre , à onze heures du soir, on sonne violemment à la grille; les gardes s'étonnent, interrogent, résistent; ne serait-ce pas ici l'entreprise d'un nouveau Malet? Enfin, l'Empereur est parvenu à se faire reconnaître; il monte vivement dans l'appartement de l'impératrice. Une femme de chambre veillait dans l'antichambre; elle recule effrayée à l'aspect de l'Empereur, et en voyant son étrange costume et ses épaisses fourrures, elle croit voir un général de l'armée russe , un chef de Cosaques. Mes lecteurs se rappellent la surprise plus brusque que galante que Napoléon fit à son auguste fiancée, arrivant de Vienne, lorsqu'il se précipita dans sa voiture; ici la surprise devait être plus effrayante encore. L'Empereur en rit et l'effroi se dissipa ; mais quel changement dans ces deux scènes ! quelle révolution, quel contraste dans ces deux fortunes ! Malgré tout le poids de ses revers, il éprouvait et ne pouvait dissimuler la joie de se

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voir déliyré da fotigues si atrooes et de périji reoouveléa sous toutes U^ formes. C'était m quatorze jours qu'il était revenu dç la sorobre Lithuanie à Parisr Dans son passe-port i il s'était présenté pomme un secrétaire de M* d^ CauUncourt, Après avoir échappée comme je l'ai dit» à un corps de Cosaques} il avait failli, aux environs de Dresde, être pris par des partisans prussiens* La nature physique reprenait enfin sur lui ses droits i et on le vit se récrier sur le bonheur de se trouver près d'un grand feu, pensée qui devait être suivie d'un cruel retour, lorsqu'il se peindrait les soiiffi*ances de son armée; mais il revoyait son épouse et son fils, et il pouvait encore bénir la Proviidence.

A neuf heures du matin, l'Empereur était prêt à recevoir ses ministres avertis dans la nuit de son arrivée et tout effarés encore de la lecture du funèbre bulletin, te maître et les seiv viteurs éprouvent un besoin réciproque de composer leur visage et leurs paroles. Cette gêne est peu de cboi^e pour celui qui copa^ mande; tout va se conformer au ton qu'il prendra; la joie de le revoir sera l'expression dominante, mais on se permettra quelques nuancée 4'un chagrin patriotique pour un si va^site deuiU

RëTOUU DK I^'cMPI^RSUR K PARIS (1813). 11

Qu8Dt à rSmpareur, il n'a plui qu'à répéter le thème qu'il a débité par saccadei à Yario^ vie. ce J'ai vaineu partout lea Ruiieei ; c'eut un peuple dégénéré; je a'ai plus reconnu leurs soldats d'Austarlit^i d'Sylau at de Friedland. Tout leur eourage a consisté dans un acte par*rioide et pour eux saorilége; ils ont brûlé leur ville sainte et ont livrée soit à Tincendie, soit à mes soldats» des richesses immenses» Dans la retraitai nous ne faisions plus guère de distinction entre leur9 troupes régulières et leurs Cosaques > tant ils étaient prompts à la fuite après leurs tumultueux hourras. J'ai laissé de fortes garnisons à Pant^icki à Thorn et dans la Prusse , qui me permettront de marcher sur Pétersbourgi suivant ma convenance j car la paix me parait préférable à des campagnes si lointaines, et je n'ai entrepris eelle»*ci qu'à mon corps défendant ^ parce que l'empereur Alexandre s'est laissé entraîner et dominer par une noblesse factieuse dont il n'est plus le maître. Nous n'avons eu vraiment h combattre que l'hiver, mais il a été aussi perfide que terrrible; car nous jouissions, à Moscou, de la plus douce température} une seule nuit, dans notre retraite, nous a. coûté plus que trois batailles. »

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L'Empereur, après plusieurs paroles de ce genre, prit un ton irrité, car il était pressé de se délivrer, par la colère, d'aveux embarrassés.

crMaisvous, messieurs, dit-il, qu*avez-vous fait pendant mon absence? Vous n'avez pas eu, à Paris, comme nous à l'armée, une nuit désastreuse, mais une nuit de honte qui fait tache dans mon Empire. Quoi! pendant quatre heures, Paris a été au pouvoir d'un misérable aventurier, d'un traître que ma bonté trop facile avait épargné. » L'Empereur, tout chaud encore de son ressentiment, s'en expliqua avec le prince Cambacérès. On sait que, dans cet entretien il se plaignit surtout de ce que personne, pendant ces quatre heures de vertige, n'avait paru songer ni à l'impératrice ni au roi de Rome* c( La grande plaie de la France, dit-il, c'est que la foi monarchique y est ébranlée. » Ces paroles tombaient peut-être par inadvertance sur ce prince qui, membre de la Convention et juge sévère de Louis XVI , avait contribué au plus cruel ébranlement de la foi monarchique. Ensuite, il parut se plaindre des fautes commises dans l'instruction et le jugement de Malet et de ses complices. « Comment, disait-il, a-t-on eu la maladresse de présenter commodes conspirçiteurs dangereux, desoffi-

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