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Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]

Expédition de Portugal. — Composition de l’armée destinée à cette expédition. — Première entrée des Français en Espagne. — Marche de Ciudad-Rodrigo à Alcnntara. — • Horribles souffrances. — Le général Juuot, pressé d’arriver à Lisbonne , suit la droite du Tagc, par le revers des montagnes du Beyra. — Arrivée de l’armée française à Abrutîtes, dans l’état le plus alTreux. — Le général Junot se décide & marcher sur Lisbonne avec les compagnies d'élite. — En oppreuant l’arrivée des Français, le prince régent de Portugal prend le parti de s’enfuir au Brésil. — Embarquement précipité de la cour et des principales familles portugaises. — Occupation de Lisbonne par le général Junot. — Suite des événements de l’Eseurial. — Situation de la cour d’Espagne depuis ('arrestation du prince des Astnries, et le pardon humiliant qui lui a été accordé.

— Continuation des poursuites contre ses complices. — Méfiances et terreurs qui commencent k s’emparer de la cour. — L'idée de fuir en Amérique , k l’exemple de U maison de Bragance, sc présente à l’esprit de la reine ol du prince de la Paix. — Résistance de Charles IV à ce projet. — Avant de recourir k celte ressource extrême, on cherche à se concilier Napoléon, et on renouvelle au nom du roi la demande que Ferdinand avait faite d’une princesse française. — On ajoute à celte demande de vires instaures pour la publicatiou du traité de Fontainebleau. — Ces propositions ne peuvent rejoindre N’apoléon qu’en Italie. — Arrivée de celni-ci à Milan. — Travaux d’utilité publique ordonnés partout où il passe. — Voyage à Venise. — Réunion de princes cl de souverains dans cette ville. — Projets de Napoléon pour rendre à Venise son antique prospérité commerciale. — Course à l'dinc , à Palma-Xova , à Osopo. — Retour à Milan par Lcgnago et Mantoue. — Entrevue à Manloiie arec Lucien Bonaparte. — Séjour à Milan. — Nouveaux ordres militaires relativement à l’Espagne, et ajournement des réponses à faire k Charles IV. — Affaires politiques du royaume d'Italie. — Adoption d’Eugcne Beauharnais, et transmission assurée à sa descendance de la couronne d’Italie. — Décrets de Milan opposés aux nouvelles ordonnances maritimes de l’Angleterre. — Départ de Napoléou pour Turin. — Travaux ordonnés pour lier Cènes au Piémont, le Piémoot à la France. — Retour k Paris le irr janvier 1808.

— Napoléon ne peut pas différer plus longtemps sa réponse à Charles IV, et l’adoption d’une résolution définitive i l'égard de l’Espagne. — Trois partis se présentent : un mariage, un démembrement de territoire, un changement de dynastie. — Entrainement irrésistible de Napoléon vers le changement de dynastie. — Fixé sur le but, Napoléon ne l’est pas sur les moyens, et en attendant il ajoute au nombre de» troupes qu’il a déjà dans la Péninsule, et répond d’une manière évasive à Charles IV. — Levée de la conscription de 1809. — Forces colossales de la France à celle époque. — Système d’organisation militaire suggéré à Napoléon par la dislocation de ses régiments,

2 LIVRE XXIX. — XOV. 1807.

(jui ont des bataillons ni Allemagne, en Italie, en Espagne. — Xupoléon veut terminer cette fois toutes les affaires du midi de l'Europe. — ■ Aggravation de ses démêlé* avec le Pape. — Le général Miollis chargé d'otreuper les Etats romains. — Le mouvement des troupes anglaises vers la Péninsule dégarnit la Sicile, et fournit l'occasion, depuis longtemps attendue, d’une expédition contre cette Ile. — Réunion des flottes françaises dans la Méditerranée. — Tentative pour porter seize mille hommes en Sicile, et un immense approvisionnement à Corfou. — Suite des événements d’Espagne. — Conclusion du procès de i’Escurial. — Charles IV, en recevant les réponses évasives de Xapoléou, lui udresse une nouvelle lettre pleine de tristesse et de trouble, cl lui demande une explication sur f accumulation des troupes françaises ver» les Pyrénéen.

— Prenne de questions, .Napoléon sent la nécessité d’en finir. — Il arrête enfin ne* moyens d’exécution, et ne propose, en effrayant la cour d’Espagne, de l’amener à fuir comme la maison de Bragance. — Cette grave entreprise lui rcud l'alliance russe plus nécessaire que jamais. — Attitude de AI. de Tolstoy à Paris. — Ses rapports inquiétants à la cour de Russie. — Explication d’Alrxainlre avec AI. de Caiilnincourt. — Averti par celui-ci du danger qui menace l'alliance, Napoléon écrit h Alexandre, et consent à mettre en discussion le partage de l’empire d’Orient. — Joie d’Alexandre et de AI. de RoinniizofT. . — Divers plans de partage. — Première pensée d'une entrevue k Erfuri. — Invasion de la Eiulande. — Satisfaction à Saint-Pétersbourg. — Napoléon, rassuré sur l'alliance russe, fait scs dispositions pour amener un dénomment ru Espagne dans le courant du mois de mars. — Divers ordres donnés «lu 20 au 25 février dans le but d'intimider la cour d’Espagne et de la disposer A In fuite. — Choix de Murat pour commander l’année française. — Ignorance dans laquelle Napoléon le laisse relativement & ses projets politiques. — Instruction sur !n mardi e des troupes. — Ordre de surprendre Saint-Sébastien, Pampelune et Barcelone. — Le plan adopté mettant en danger les colonies espagnoles , Napoléon pare à ec danger par un ordre extraordinaire expédié à l’amiral Hosily. — Entrée de Alurat en Espagne. — Accueil qu’il reçoit dans les provinces basques cl la Castille. — Caractère de ces provinces. — Entrée- à Viltoria et & Burgos. — Etat des troupes françaises. — Leur jeunesse, leur denènient, leurs maladies. — Embarras de Alurat résultant de l'ignorance oh il est loudiuiil le but politique de Napoléon. — Surprise de Barcelone, de Pampelune et de Saint-Sebastien.

— Fâcheux effet produit par l'enlèvement de ces places. — Alarmes conçues & Madrid en recevant les dernières nouvelles de Paris. — Projet définitif de se retirer en Amérique. — Opposition du ministre Caballero A ce plan. — Malgré son opposition, le projet de départ est arrêté. — Ébiuiitement des préparatifs de voyage. — Emotion extraordinaire dans la population de .Madrid rt d'Aranjuez. — Le prinre des Asfurirs, son oncle don Antonio, contraires h tonte idée de s’éloigner. - — Le départ de la cour fixé au 15 ou 16 mars. — La population d’Aranjuez et des environs, attirée par la curiosité, U colère et de sourdes menées, s'accumule autour de la résidence royale, et devient effrayante par ses manifestations. * — La cour est obligée de publier le 16 une proclamation pour démentir les bruits de voyage. — Elle n'en continue pas moins SC» préparatifs. — Révolution d'Aranjuez dans In nuit du 17 an 18 mars. — Le peuple envahit le palais du prince de la Paix, le ruine de fond en comble, et cherche le prince tui-méme pour l'égorger. — Le roi est obligé de dépouiller Emmanuel liodny de toutes ses dignités. — On continue à rechercher le prince lui-même. — Après avoir été caché trente-six heures sous des nattes de jonc, il est découvert an moment où il sortait de celle retraite. — Quelques gardes du corps parviennent & l’arracher à la fureur du peuple, et le conduisent à leur caserne, atteint de plusieurs blessure*. — Le prince des Asturies réussit à dissiper la multitude en promettant la mise rn jugement du prince de la Paix. — Le roi et la reine, effrayés de trois jours de soulèvement, et croyant sauver leur vie et celle du fuvori en abdiquant, signent leur abdication dans la journée du 19 mars. — Caractère de la révolution d'Aranjuez.

Tandis que Napoléon, résolu quant au but qu’il poursuivait en Espagne, incertain quant aux moyens, se rendait en Italie, plein au reste de con-

A R AN J t KZ

fiance dans l'immensité dosa puissance, les armées françaises s'avancaient dans la Péninsule, et allaient y faire une première épreuve des difficultés qui les attendaient sur cette terre inhospitalière.

L'armée appelée à y entrer d’abord était celle du général Junot. Sa mission, comme on l’a vu, consistait à s’emparer du Portugal. Elle était composée d’environ 26 mille hommes, dont 23 raille présents sons les armes, et suivie de 3 à t mille hommes de renfort tirés des dépôts. Elle était distribuée en trois divisions bous 1rs généraux Delabordc, Loison, Travot. Elle avait pour priucipal officier d'état-major le général Thiéhault, et pour commandant en chef le brave Junot, aide de camp dévoué de Napoléon, un moment ambassadeur en Portugal, officier intelligent, courageux jusqu’à la témérité, n’ayant d’autre défaut qu’une ardeur naturelle de caractère, qui devait aboutir un jour à une maladie mentale. L'armée était formée de jeunes soldats de la conscription de 1807, levés en 1806, mais enfermes dans de vieux cadres et suffisamment instruits. Ils étaient très-capables de se bien comporter au feu, mais malheureusement peu rompus aux fatigues, qui allaient devenir cependant leur principale épreuve. Napoléon, qui voulait qu’on entrât promptement à Lisbonne, pour y surprendre non pas la famille royale dont il se souciait peu, mais la flotte portugaise et les immenses richesses appartenant aux négociants anglais, avait donné ordre au général Junot de redoubler de célérité, de n’épargner à ses soldats ni fatigues ni privations, afin d'arriver à temps. Junot, dans son ardeur, n’était pas homme à corriger par un sage discernement ce que cet ordre pouvait avoir de dangereux dans les pays qu'on allait traverser.

Le 17 octobre, l’armée entra en Espagne sur plusieurs colonnes, afin de subsister plus aisément. Elle se dirigea sur Valladolid, par Tolosa, Viltoria et Burgos. Malgré les promesses du prince de la Paix, presque rien n’était préparé sur la route, et le soir on était obligé de réunir quelques vivres à la hâle pour nourrir les troupes exténuées des fatigues de la journée. Les gîtes étaient détestables, remplis de vermine, et si repoussants que nos soldats préféraient concher dans les champs ou dans les rues, plutôt que d’accepter les tristes abris qu'on leur offrait. La population les accueillait avec la curiosité naturelle à un peuple vif, amoureux de spectacles, cl à qui son inerte gouvernement n’en procurait guère depuis un siècle. IiCs classes élevées recevaient bien nos troupes, mais déjà le bas peuple montrait à leur égard sa sombre haine de l'étranger. Sur la route de Salamanque , quelques coups de couteau furent donnés à des soldats isolés, bien qu’ils se conduisissent partout avec la plus sage retenue.

I/arméc, en arrivant à Salamanque, où elle fit une courte halte, avait déjà beaucoup souffert des fatigues, et laissé un certain nombre d'hommes en arrière. Le général Jnnot, qui avait un chef d’état-major prévoyant, établit à Valladolid, à Salamanque, et en avant à Ciudad-Kodrigo, des dé-

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