‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 2 sur 186 · LIVRE XXIX. — XüV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — XüV

pots composés d'un commandant de place, de plusieurs employés d'administration, el d’un détachement , pour y recueillir les hommes fatigués ou malades, et les acheminer plus tard à la suite de l'armée en groupes assez nombreux pour se défendre. L’ordre de marcher sans relâche ayant trouvé l'armée à Salamanque, elle quitta cette ville le 1 2 novembre, formée en trois divisions. Elle avait à traverser, pour se rendre de Ciudad-Rodrigo k Alcantara, la chaîne de montagnes qui sépare la vallée du Douro de celle du Tagc, et qui est le prolongement du Guadarrama. De Salamanque à Alcantara, il fallait faire cinquante lieues, par un pays pauvre, montagneux, hoisé, habité seulement par des pâtres, qui avaient l'habitude d'y conduire leurs troupeaux deux fois l'an, en automne quand ils se rendaient de la Vieille -Castille en Kstramadure, et au printemps quand ils revenaient de l'Estramadure dans la Vieille-Castille. Bien que les autorités espagnoles eussent promis de préparer des vivres, on ne trouva presque rien à San Munos, point intermédiaire qui partageait en deux la distance de Salamanque à Ciudad -Rodrigo. Les troupes parcoururent donc dixneuf lieues en deux jours, sans manger autre chose qu’un peu de viande de chèvre, qu’elles se procuraient en saisissant les troupeaux rencontrés sur leur route. A Ciudad- Rodrigo, ville assez considérable, et place forte de grande importance, on trouva un gouverneur très-mal disposé, qui pour s’excuser allégua l’ignorance où on l’avait laissé du passage de l’armée française, et qui ne se donna aucune peine pour suppléer anx préparatifs qu’on avait négligé de faire. On recueillit cependant quelques vivres, assez pour fournir demi-ration aux soldats; on organisa un nouveau dépôt pour y recueillir les traînards, dont le nombre s’accroissait à chaque pas, et on s'achemina vers les montagnes, pour passer du bassin du Douro dans celui du Tage. Iæ temps était tout à coup devenu affreux, ainsi qu’il arrive dans ces contrées méridionales, où la nature, extrême comme les habitants, passe avec une singulière violence de la température la plus douce k la plus rigoureuse. La pluie, la neige se succédaient sans relâche* Les sentiers que suivaient les diverses colonnes étaient entièrement défoncés, cl disparaissaient même sous les pas des hommes et des chevaux. Trompées par des guides & demi sauvages, qui se trompaient souvent eux -mêmes, faute d'avoir jamais franchi les limites de leur village, plusieurs colonnes s’égarèrent, et arrivèrent près des crêtes de la chaîne, au village de Pefia Tarda, épuisées par la fatigue et la faim, laissant sur la route une partie de leur monde. 11 fallait, pour vivre, aller coucher à la Aloraleja, sur le revers des montagnes. Une tempête affreuse survint. En un instant tous les torrents furent débordés, et, au milieu du mugissement des vents, du bruit des eaux , nos soldats inexpérimentés, n’ayant presque pas mangé depuis plusieurs jours , n'espérant pas de gîtes meilleurs pour les jours suivants, furent saisis de l’une de ces démoralisations subites, qui sur-

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