LIVRE XXVIII. — J A XV
do tristesse. Toutefois, on prit des précautions pour se défendre dans la Corogne, en attendant l’apparition de la flotte. Une rivière large et marécageuse à son embouchure coulait entre la Corognc et les hauteurs par lesquelles on y arrivait : c'était la rivière de Mero. Un pont, celui de Burgo, servait à la traverser. On le fil sauter. On fit sauter également, avec un fracas effroyable qui agita le golfe comme un coup de vent, une masse immense de poudre que les Anglais avaient réunie dans une poudrière située à quelque distance des murs. On prit onfin position avec les meilleures troupes sur le cercle des hauteurs qui environnent la Corogne. La première ligne de ces hauteurs, fort élevée et fort avantageuse à défendre, mais trop éloignée de la ville, pouvait, par ce motif, être tournée. On la laissa aux Français qui accouraient. On se posta sur des hauteurs plus rapprochées et moins dominantes, qui s'appuyaient à la Corogne même. On réunit sur le rivage tous les malades, les blessés, les écloppés, le matériel, pour les embarquer immédiatement sur quelques vaisseaux de guerre et de transport mouillés antérieurement dans le golfe. Le général Moore attendit de la sorte, et dans de cruelles perplexités, le changement des vents, sans lequel il allait être réduit à capituler.
Ce n'était qu'une avant-garde qui, le 1 1 an soir, avait suivi les Anglais au pont de Burgo sur le Mero, et qui en avait vu sauter les débris dans fés airs. Le lendemain 12 seulement, parurent d’abord la division Merle, puis successivement les divisions Mermet et Laborde. Le maréchal Soult, arrêté devant le Moro, expédia au loin sur sa gauche la cavalerie de Franceschi pour chercher des passages, qu’elle parvint à découvrir, mais dont aucun n'était propre à l’artillerie. Il fit vers sa droite border la mer par des détachements, léchant de disposer des batteries qui pussent envoyer des boulets au fond du golfe, jusqu’aux quais de la Corogne ; ce qui était très-difficile à la distance où l'on était placé.
Obligé de réparer le pont de Burgo, le maréchal Soult y employa les journées du 12 et du 13, opération qui devait donner aux trainards et au matériel le temps de rejoindre. Le 14, ayant réussi à rendre praticable le pont d,e Burgo, il fit passer une pai*tie de ses troupes au delà du Mero, franchit la ligne des hauteurs dominantes qu’on lui avait abandonnées, et vint s’établir sur leur versant, vis-à-vis des hauteurs moins élevées et plus j approchées de la Corogne, qu’occupaient les Anglais. La division Mermet formait l’extrême gaucho, la division Merle lé centre, la division Laborde la droite, contre le golfe même de la Corognc. Il fut possible à cette distance de dresser quelques batteries qui avaient un eommencement d'action sur le golfe.
Cependant, ne se sentant pas assex fort, car ilromptait au plus dix-huit mille hommes, tandis que les Anglais, même après tout ce qu’ils avaient perdu, détaché ou déyà embarqué, étaient encore 17 ou 18 mille en ba-
Smm-SIKRRA.
taille, le maréchal Soull voulut attendre que ses rangs se remplissent des hommes restés en arrière, et surtout que toute son artillerie fut amenée en ligne. Les Anglais attendaient de leur côté l’apparition du convoi qui tardait toujours à se montrer, et ils étaient plongés dans les plus cruelles angoisses. Les principaux officiers de leur armée proposèrent même à sir John Moore d’ouvrir une négociation qui leur permit, comme celle de Cintra l’avait permis aux Français, de se retirer honorablement. N’ayant toutefois aucune chance de se sauver si les transports ne paraissaient pas très-promptement, il était douteux qu’ils obtinssent des conditions satisfaisantes pour eux. Aussi le général Moore repoussa-t-il toute idée de traiter, et résolut-jl de se fier à la fortune, qui, en effet, lui accorda, comme on va le voir, le salut de son armée, mais non de sa personne, et lui donna la gloire au prix de la vie.
Les 14, 15, 16 janvier, les vents ayant varié, plusieurs centaines de voiles parurent successivement dans le golfe, et vinrent s’accumuler sur les quais de la Corogne, hors de la portée des boulets français. On pouvait les apercevoir des hauteurs que nous occupions, et à cet aspect l'ardeur de nos soldats devint extrême. Ils demandèrent à grands cris qu’on profitât pour combattre du temps qui restait, car l’armée anglaise allait leur échapper. Le maréchal Soult, arrivé en présence de l’ennemi dès le 12, avait employé les journées du 13, du 14 et du 15 à rectifier sa position, à attendre ses derniers retardataires, et surtout à placer vers son extrême gauche, sur un point des plus avantageux, une batterie de douze pièces, qui, prenant par le travers la ligne anglaise, l’enfilait tout entière.
Lé, 16 au matin , ayant définitivement reconnu la position des Anglais, il résolut de faire une tentative, de manière à déborder leur ligne et à la tourner. Un petit village, celui d'Elvina, situé k notre extrême gauche et à l’extrême droite des Anglais, dans le terrain creux qui séparait les deux armées, était gardé par beaucoup de tirailleurs de la division de sir David Haird. Vers le milieu de la journée du 16, la division française Mermet, s’ébranlant sur l’ordre du maréchal Soult, marcha vers le village d’Elvina, pendant que notre batterie de gauche, tirant par derrière nos soldats, causait le plus grand ravage sur toute l’étendue de la ligne ennemie. lia division Mermet, vigoureusement conduite, enleva aux Anglais le village d’Elvina, et les obligea à rétrograder. Dans ce moment, le général Moore, accouru sur le champ de bataille avee la résolution de combattre énergiquement avant de se rembarquer, porta le centre de sa ligne, composé de la division Hopc, sur le village d’Elvina, afin de secourir sir David llaird, et détacha vers son extrême droite une partie de la division Fraser, pour empêcher la cavalerie française de tourner sa position.
La division Mermet, ayant affaire ainsi à des forces supérieures, Int ramenée. Alors le général Merle, qui formait notre centre, entra en action