LIVRE XXXIII. — JAXV
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Toujours plus sollicité par l'urgence des événements d'Autriche cl de Turquie, qui lui révélaient une nouvelle guerre générale, il se décida même à partir de Valladolid pour se rendre à Paris, laissant les affuiies d’Espagne dans un état qui lui permettait d’espérer bientôt l’entière soumission de la Péninsule. Les Anglais, en effet, étaient rejetés dans l'Océan , les Français occupaient tout le nord de l’Espagne jusqu'à Madrid, le siège de Saragosse se poursuivait activement, le général Saint-Cyr était victorieux en Catalogne. Napoléon avait le projet d’envoyer le maréchal Soult en Portugal avec le 2e corps, dans lequel venait d’ètre fondu le corps du général Junot, en laissant le maréchal Ncy dans les montagnes de la Galice et des Asturies, pour réduire définitivement à l'obéissance ces contrées si difficiles et si obstinées; d’établir le maréchal Bessières avec beaucoup de cavalerie dans les plaines des deux Castilles, et, tandis quo le maréchal Soult marcherait sur Lisbonne, d’acheminer le maréchal Victor avec trois divisions et doute régiments de cavalerie sur Séville par l'Estrémadure. Le maréchal Soult, une fois maître de Lisbonne, pouvait par Elvas expédier l’une de scs divisions au maréchal Victor, pour l’aider à soumettre l'Andalousie. Saragosse conquise, les troupes de l’ancien corps de M once y, qui exécutaient ce siège, pourraient prendre la route de Valence, et terminer de leur côté la conquête du midi de l’Espagne. Pendant ccs mouvements savamment combinés, Joseph, placé à Madrid avec la division de Dessolcs (troisième de Xoy, rentrée à Madrid ), avec le corps du maréchal Lefebvre, comprenant une division allemande, une division polonaise, et
a dû être à Beluni. Les Anglais paraissent vouloir ■ embarquer à U Corognc. Ils ont déjà perdu 3 mille hommes faits prisonniers, une vingtaine de pièces de canon, 5 i fiOU voitures de bagages et de munitions, une partir de leur trésor et 3 mille ehevanx, qu'ils ont eux-méme» abattus, selon leur bizarre coutume. Tout me porte & espérer qu’lis seront atteints avant leur embarquement et qu’on les battra. J'ai quelquefois regret de n'y tiroir fuis ètè moi-même , mais il y a d'ici plus de cent lieues ; ce qui , arec les retards que font éprourer aux courriers les brigands qui infestent toujours les derrières d'une armée, tn aurait mis A vingt jours de Paris; cela ma effrayé surtout à l'approche de la belle saison , qui fait craindre de nouveaux mouvements sur le continent. Le duc d'Kichiogrn est en seconde ligne derrière le duc de Dulruatie; la force des Anglais est de 18 mille hommes. On peut compter qu’en hommes fatigués, mnlades, prisonniers et pendus par lc> Espagnols, l'armée anglnise est diminuée d'un tiers ; et si à ce tiers on ajoute les chevaux tués qui rendent inutiles les hommes de caialeric, je ne pense pas que le» Anglais puissent présenter 15 mille hommes bien portants, et plus de 1,500 chevaux. Cela est bien loin des 30 mille hommes qu'avait celle armée. *
Au roi d' Espagne.
i Valladolid. Il janvier <809.
» Je suis obligé de me tenir à Valladolid pour recevoir mes estafettes de Paris eu
rinq jours. I.c* événements de Constantinople, la situation actuelle de l'Europe, la nouvelle formation de nos armées d'Italie, de Turquie et du Rhin, exigent que je ne m'éloigne pas davantage Ce nest quarte regret que fai été forcé de quitter istorga.
» Il y a à Madrid un millier d’hommes de ma garde, envoyeideHnoi. »
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SOMO-S 1 KRR A.
la division française Sébastian!, aurait une réserve considérable, pour se faire respecter de la capitale, et pour se porter partout où besoin serait. D’après ces vues, et en deux mois d’opérations, si l'intervention de l’Europe ne modifiait pas cette situation, la Péninsule tout eutière, Espagne et Portugal compris, devait être soumise sans y employer un soldat de plus.
Mais pour le moment Xapoléon voulait que sou armée se reposât tout un mois, du milieu de janvier au milieu de février. C’était la durée qu’il supposait encore au siège de Saragosse. Pendant ce mois le maréchal Soult rallierait ses troupes, y réunirait les portions du corps de Junot qui ne l’avaient pas encore rejoint, et préparerait son artillerie; les divisions Dessoles et Lapisse ramenées vers Madrid auraient le temps d'y arriver et de s'y reposer; la cavalerie refaite se trouverait en état de marcher, et on serait ainsi complètement en mesure d’agir vers le midi de la Pèuinsule. La seule opération que Xapoléon eût prescrite immédiatement, consistait à pousser le maréchal Victor avec les divisions Ruffin et Villatle sur Cuença, pour y culbuter les débris de l’armée de Caslanos, qui semblaient méditer quelque tentative. Les ordres de Xapoléon furent donnés conformément à ces vues. 11 achemina vers le maréchal Soult les restes du corps de Junot; il fit préparer un petit parc d’artillerie de siège pour le maréchal Victor, afin de pouvoir forcer les portes de Séville, si cette capitale résistait; il ordonna des dépôts de chevaux pour remonter l’artillerie, et fit partir de Bayonne, en bataillons de marche, les conscrits destinés à recruter les corps, pendant le mois de repos qui leur était accordé. Trouvant que le général Junot, qui avait remplacé le maréchal Monccy dans le commandement du 3* corps, et le maréchal Mortier à la tète du 5* ne concouraient pas assez activement au siège de Saragosse, il envoya le maréchal I«annes, remis de sa chute, prendre la direction supérieure de ces deux corps, afin qu’il y eûl à la fois plus de vigueur el plus d’ensemble dans la conduite de ce siège, qui devenait une opération de guerre aussi singulière que terrible.
Enfin Xapoléon s’occupa de préparer l’entrée de Joseph dans Madrid. Ce prince était resté jusqu’ici au Pardo , très-impatient de rentrer enfin dans sa capitale, ne l’osant pas toutefois sans l’autorisation de son frère, quoique instamment appelé à y venir par la population tout entière, qui trouvait dans son retour le gage assuré d'un régime plus doux, et la certitude que le pouvoir civil remplacerai! bientôt le pouvoir militaire. Napoléon, en effet, dans ses profonds calculs, avait voulu faire désirer son frère, et avait exigé qn’on lui produisit, sur le registre des paroisses de Madrid, la preuve du serment de fidélité prêté par tous les chefs de famille, disant, pour motiver cette exigence, qu’il no prétendait pas imposer son frère il l’Espagne, que les Espagnols étaient bien libres de ne pas l’acrepler