‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 127 sur 186 · LIVRE XXXIII. — JANV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — JANV

pour roi, moi» qu'alors, n’ayanl aucune raison de les ménager, il leur appliquerait les lois de la guerre, et les traiterai! en pays conquis. Mus par celle crainte, et délivrés des influences hostiles qui les excitaient contre la nouvelle royauté, les habitants de Madrid avaient afflué dans leurs paroisses pour prêter sur les Evangiles serment de fidélité k Joseph. Celle formalité, remplie en décembre, ne leur avait pas encore procuré en janvier le roi qu'ils désiraient sans l'aimer. Napoléon consentit enfin à ce que Joseph fit son entrée dans la capilale de l'Espagne, et voulut auparavant recevoir à Valladolid même une députation qui lui apportait le registre des serments prêtés dans les paroisses. Il accueillit cette députation avec moins de sévérité qu'il n'avait accueilli celle que Madrid lui avait envoyée h ses portes en décembre, mais il lui déclara encore d'une manière fort nette que , si Joseph était une seconde fois obligé de quitter sa capitale , celle-ci subirait la plus cruelle et la plus terrible exécution militaire. Napoléon avait très -distinctement aperçu, dans le prétendu dévouement du peuple espagnol & la maison de Bourbon, les passions démagogiques qui l'agitaient , et qui pour se produire adoptaient cette forme étrange, car c'était de la démagogie la plus violente sous les apparences du plus pur royalisme. Ce peuple extrême avait en effet recommencé k égorger, pour se venger des revers des armées espagnoles. Depuis l'assassinat du malheureux marquis de Peralès à Madrid, de don Juan Benito à Talavcra , il avait massacré à Ciudad-Real dop Juan Duro, chanoine de Tolède et ami du prince de la Paix, et k Malagon l'ancien ministre des finances don Soler. Partout oii ne se trouvaient pas les armées françaises, les honnêtes gens tremblaient pour leurs biens et pour leurs personnes. Napoléon , voulant faire un exemple sévère des assassins, avait ordonné il Valladolid l’arrestation d'une douzaine de scélérats, connus pour avoir contribué à tous les massacres, notamment à celui du malheureux gouverneur de Ségovie, don Miguel Cevallos, et les avait fait exécuter, malgré les instances apparentes des principaux habitants de Valladolid — Il faut, avait-il écrit plusieurs fois k son frère , vous faire craindre d’abord , et

i Au roi (C Ksjtagne.

• Valladolid . le 12 janvier 1800, à midi.

i L'opération qu'a faite Belliard est excellente. J1 faut faire pendre une vingtaine de mauvais sujets. Demain j'en fais pendre ici sept, connus pour avoir commis tous les excès, et dont la présence affligeait les honnêtes gens qui les ont secrètement dénoncés, et qui rcprcnnènt courage depuis qu'ils s’en voient débarrassés. Il faut faire de même à Madrid. Si on uc s'y debarrasse pas d’une centaine de boute-feux et de brigands, on n'a rien fait. Sur ces cent , faites-en fusiller ou pendre douze ou quinze, et envoyez les autres en France aux galères. Je n’ai eu de tranquillité en France qu’en faisant arrêter 200 boule-feux, assassins de septembre et brigands que j'ai envoyés aux colonies. Depuis te temps l'esprit de la capitale a changé comme par un coup de sifflet. *

aimer ensuite. Ici on m’a demandé la grâce de quelques bandits qui ont égorgé et pillé, mais on a été charmé de ne pas l’obtenir, et depuis tout est rentré dans l’ordre. Soyez à la fois juste et fort, et autant l’un que l’autre, si vous voulez gouverner. — Napoléon avait exigé de plus que l’on arrêtât à Madrid une centaine d'égorgeurs , qui assassinaient les Français sous prétexte qu’ils étaient des étrangers, les Espagnols sons prétexte qu'ils étaient des traîtres, et il avait prescrit qu’on en fusillât quelques-uns ; voulant, de plus, que ces actes lui fussent imputés à lui seul, pour qu’audessus de la douceur eonnne du nouveau roi planât sur les scélérats la terreur inspirée par le vainqueur de l’Europe.

Ces ordres expédiés, Napoléon quitta Yalladolid , résolu de franchir la route de Yalladolid à Bayonne à franc étrier, afin de gagner du temps, ' tant il était pressé d’arriver à Paris. Son frère l’ayant félicité à l’occasion des tètes du premier de l’an, dans les termes suivants : « Je prie Votre \Ia- » jesté d’agréer mes vœux pour que dans le cours de cette année l’Europe r> pacifiée par vos soins rende justice à vos intentions il lui répondit: u Je vous remercie de ce que vous me dites relativement à la bonne année, w Je n’espère pas que l’Europe puisse être encore pacifiée cette année. Je » l’espère si peu que je viens de rendre un décret pour lever cent mille » hommes. La haine de l’Angleterre , les événements de Constantinople , a tout fait présager que l’heure du repos et de la tranquillité n’est pas « encore sonnée! « Les terribles journées d’Essling et de Wagram étaient comme annoncées dans ces rudes et mélancoliques paroles. Napoléon partit de Yalladolid le 17 janvier au matin avec quelques aides de camp, escorté par des piquets de la garde impériale, qui avaient été échelonnés de Valladolid à Bayonne. Il fit à cheval ce trajet tout entier. Il répandit partout qu’il reviendrait dans une vingtaine de jours , et il le- dit même à Joseph , lui promettant d’être de retour avant un mois s’il n'avait pas la guerre avec l’Autriche.

Au mi d'Espagne.

• Valladolid, 16 janvier ISO!).

« La cour des alcades de Madrid a acquitte ou seulement condamné k In prison les trente coquins que le général Bclliard avait Tait arrêter. Il faut les faire juger de nouveau par une commission militaire, et faire fusiller les coupables. Donnes ordre sur-le-champ que les membres de l'inquisition et ceux du conseil de Castille, qui sont détlnuirau Retire, soient transférés à Burgos, ainsi que les cent coquins que Bclliard a fait arrêter.

* Les cinq sixièmes de Madrid sont bons; mais les honnêtes gens ont besoin d'être en- . conrayés, et ils ne peuvent l'être qu’en maintenant la canaille. Ici ils ont fait l’impossible pour obtenir la grâce des bandits qu'on a condamnés ; j’ai refusé; j'ai fait pendre; et j'ai su depuis. que, dans le fond du cœur, on a été bicit aise de n'avoir pas été écouté. Je crois nécessaire que, surtout dans les premiers moments, votre gouvernement montre un peu de vigueur contre In canaille. La c-anaille n'aime et n'estime que ceux qu’elle craint , 4 et la crainte de la. canaille peut seule vous faire aimer et estimer de toute la nation. >

1 Lettres ‘de Joseph et de Napoléon déposées à lu Sccrétairerie d'Etat.

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