MI RE XXXIV. — J A X V
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le consulter, était venu se placer à Andrinoplo à la tète d'une armée dévouée. De là il avait paru gouverner l’empire, car tous les pachas lui avaient adressé des députés, ou s’étaient rendus auprès de lui en personne, pour s'informer de ses volontés, et le nouveau sultan lui-même, Mustapha, avait envoyé des ambassadeurs à son camp, comme pour se mettre à sa discrétion. Ainsi, sous prétexte de conférer sur le sort de l’empire, Muslapha-Baraictar en disposait. Bientôt il était.venu camper sous les murs de Constantinople, et un jour enfin il avait marché sur le sérail pour replacer sur le trône Sélini, qui vivait enfermé avec les femmes et gardé par les eunuques. Mais, au moment où il allait exécuter ce projet, on avait jeté à ses pieds la télé de son maître infortuné, prince le meilleur qui depuis longtemps eut régné à Constantinople, Baraïctar, pour venger Séfim, avait déposé Mustapha après un règne de courte durée. A défaut d’autre, il avait é(é obligé de prendre le frère de Mustapha lui-même, Mahmoud, âgé de vingt-quatre ans, prince qui ne manquait pas de qualités, et qui avait contracté auprès de Sélim prisonnier le goût de la civilisation européenne. Cette révolution opérée, Mustapha-Baraictar avait gouverné l’empire pendant quelques mois, avec une autorité absolue, sous le nom du jeune sultan. Mais une nouvelle révolte de janissaires avait fait cesser ce despotisme en ajoutant catastrophes sur catastrophes. Baraldar, surpris par les janissaires avant qu’il eût pu regagner le sérail, s’était caché dans un souterrain de son palais en flammes, et il y avait péri sous les cendres et lés ruines. .
Mahmoud, qui joignait à de Tesprit quelque hardiesse, une certaine astuce, n’avait pas été étranger à cette dernière révolution. Délivré d’un maille insolent, il avait entrepris de gouverner lui -même son empire chancelant, et il l’essayait au moment mémo où la France et l’Autriche allaient se mesurer encore une fois sur les bords du Danube. Attirer les Turcs à elle pour en disposer à sa convenance, était, comme nous venons de le dire, d’une grande importance pour l’ Autriche; car elle pouvait ou jeter un ennemi de pins sur les bras des Russes si ceux-ci continuaient à rester alliés de la France, ou les débarrasser de cet epnemi incommode s’ils consentaient à s’unir à ce qu’on appelait la cause européenne.
La chose devenait facile depuis la nouvelle position de ta France à l’égard des Turcs. Il lui était en effet impossible, unie comme clin l'était avec la Russie, de rester en confiance avec eux. Pour colorer le changement survenu après Tilsit, -elle avait d’abord pris pour excuse la chute de son excellent ami Sélini. A cela le sultan Mustapha avait répondu que ee changement ne devait en rien refroidir )a Franco, car la Porte restait sa meilleure amie. Napoléon avait alors répliqué que, puisqu’il en était ainsi, il s'occuperait do ménager une bonne paix entre -les Russes et les Turcs, niAis il n’avait pas osé parler «les conditions. Pourtant les Russes insistant,
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soit avant, soit après Erfurt, pour qu’on terminât avec les Turcs, et qu’on leur demandé! les provinces du Danube ; les Turcs, de leur coté, se plaignant auprès do la France de ce qu’elle ne leur procurait point la paix promise, Napoléon, toujours courant de Bayonne à Paris, de Paris k Kriurt, d’Erfurt à Madrid, avait, pour occuper un peu les uns et les autres, fini par insinuer aux Turcs, avec les démonstrations du regret le plus vif, qu'ils n’étaient plus capables de défendre la Valacbie et la Moldavie, qu’ils feraient bien d'y renoncer, de s’assurer à ce prix une paix solide, et de concentrer toutes leurs ressources dans les provinces qui tenaient fortement à l’empire; que si à ce prix ils voulaient terminer une guerre qui menaçait do leur devenir funeste, il promettait dateur procurer un arrangement immédiat, et de garantir au nom de la France l'intégrité de l’empire ottoman. Rien ne peut donner une idée de la révolution qui se fil dans les esprits il celte ouverture de la diplomatie française. Bien qu’on y eût mis de grands ménagements, et qu’on n'eùl dit que ce qu’on no pouvait pas s'empêcher de dire après les engagements contractés avec la Russie, le courroux du sultan Mahmoud, du divan, des ulémas, des janissaires, fut au comble, et celte simple insinuation avait agité si fort le . ministère turc, que l'émotion se communiqua comme l’éclair à la nation tout entière. Sur-le-champ on parla d’armer 300 mille hommes, de lever même le peuple ottoman en masse, et de sacrifier jusqu'au dernier disciple du prophète plutôt que de céder. On ne voulut point voir dans la France une amie, qui , à son cœur défendant, faisait connaître à des alliés qu elle aimait une nécessité douloureuse; on s'obstina à ne voir en elle qu:une amie perfide qui trahissait ses anciens alliés pour les livrer à un voisin insatiable. L’Autriche, qui assistait au spectacle de ces vicissitudes avec une extrême impatience d'en profiler, l’Autriche, ayant interprété l'entrevue d'Erfurt comme elle devait l'être, affirma aux Turcs que le secret de cette fameuse entrevue n’était autre que le sacrifice des bouches du Danube, promis nux Russes par les Français; que pour s’assurer l'indulgence de la Russie dans les affaires d'Espagne, la France lui livrait la Porte, et qu'ainsi, après avoir trahi ses amis les Espagnols, elle cherchait à sale faire pardonner en trahissant ses amis les Turcs, et se lirait d’embarras en accumulant trahison sur trahison. A ces noires peintures l'Autriche ajouta le récit fort inexact de ce qui se passait en Espagne, y montra les Français battus par des paysans insurgés, surtout par les armées de l’Angleterre ; et comme les musulmans ont pour la victoire un respect superstitieux , elle produisit sur eux la plus décisive des impressions en représentant Napoléon jugé par le résultat, c’esl-à-dire condamné par Dieu même. De toutes ces allégations l'Autriche tira auprès des Turcs la conclusion que la Porte devait s'éloigner de la France, se rapprocher de l’Angleterre, effacer lé souvenir du passage récent des Dardanelles par l’amiral Dnrk-
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worth, s’appuyer enfin sur les armées autrichiennes el anglaises pour résister & l'ambition d’un voisin formidable et à la trahison d’un ami perfide.
Ces discours adressés à des cœurs exaspérés y pénétrèrent avec une incroyable promptitude, et en peu de temps on amena & Constantinople une révolution dans la politique extérieure, tout aussi étrange que celles qui avaient eu lieu dans la politique intérieure. Tandis qu'un an auparavant les Turcs, entourant les Français de leurs acclamations, élevaient sous leur direction de formidables batteries contre les Anglais, et lançaient k ces derniers des boulets rouges et des cris de haine, on les voyait maintenant prodiguer l’outrage aux Français, au point que ceux-ci ne pouvaient se montrer dans les rues de Constantinople sans y être insultés , et que lés Anglais y étaient appelés par les vœux de la population entière. L’Autriche, attentive à tous ces mouvements d’un peuple ardent et fanatique, avertit les Anglais du succès de ses menées, et fit venir M. Adair aux Dardanelles, il y mouilla sur une frégate anglaise, et n'eut pas longtemps à attendre la permission de paraître à Constantinople. L’invitation de s’y rendre lui ayant été adressée sur les instances de la diplomatie autrichienne, il y vint; el, après quelques pourparlers, la paix conclue avec l'Angleterre fut signée dans les premiers jours de janvier 180!). Dès cet instant la Porte fut à la disposition de la nouvelle coalition, prèle à faire tout ce que lui inspireraient pour leur cause commune l'Autriche et l’Angleterre.
Les menéesde l’Autriche n’étaient pas moins actives è Saint-Pétersbourg qu'à Constantinople, mais elles ne pouvaient pas y avoir le même succès. La cour de Vienne avait choisi pour la représenter en cette circonstance le prince de Schwarzenberg, brave militaire, peu exercé aux finesses de la diplomatie, mais capable d'imposer par sa loyauté, et de donner le change sur les -véritables intentions de sa cour, qui lui étaient à peine connues. Il avait mission d'affirmer que les intentions de l’Autriche étaient droites et désintéressées, qu elle ne voulait rien entreprendre, que son unique préoccupation au contraire était de se défendre contre des entreprises semblables à celles de Bayonne; que si l'empereur Alexandre voulait révenir à une meilleure appréciation des intérêts européens et russes, il trouverait en elle une amie sure, nullement jalouse, et ne prétendant lui disputer aucun agrandissement compatible avec l'équilibre du monde. M. de Schwarzenberg était chargé surtout de faire valoir le grand argument du moment, la perfidie commise envers l’Espagne, laquelle ne permettait plus à personne de rester allié du cabinet français sans un vrai déshonneur. A cet égard, SI. de Schwarzenberg, qui était un parfait honnête homme , devait chercher à éveiller tout ce qu’il y avait d'honorable susceptibilité dans le cœur de l’empereur Alexandre. Enfin , s’il parvenait à se faire écouter, il devait, assure-t-on1, offrir la main de l’héritier de l’em-
* La mission (ta prince de Srhaai-z. iihrr;; , qai eut à cette époque «ne grande iropor-
RATISBONXE.
pire d’Autriche polir la grande-duchesse Anne, ce qui ne pouvait rencontrer aucun obstacle de la part de l'impératrice mère, et ce qui aurait rétabli l’intimité entre les deux cours impériales.
L’empereur Alexandre, à cette époque, n’était déjà plus sincère dans ses relations avec Napoléon, bien qu’il l'eût été dans les premiers temps, lorsque l'enthousiasme de projets chimériques le portait à tout approuver chez son allié. Alors il avait sincèrement admiré le génie et la personne de Napoléon, qui valaient Ja peine- d’être admirés, et l’intérêt aidant l’enthousiasme, il était devenu un allié tout à fait cordial. L’illusion des grands projets avait disparu depuis qu'il ne s’agissait plus de Constantinople, mais seulement de Bocharest et de Jassy. C’était sans doute un intérêt bien suffisant pour la Russie que la conquête des provinces du Danube , laquelle n’est pas même encore accomplie aujourd’hui ; toutefois cet intérêt plus positif, moins éblouissant, laissait Alexandre plus calme, et le rendait soucieux sur les' moyens d’exécution. Il avait semblé dans l’origine qu’il suffirait du consentement de Napoléon pour obtenir les provinces du Danube; niais au moment de réaliser ce vœu, les difficultés pratiques se montraient beaucoup plus sérieuses qu’on ne l’avait imaginé d’abord. Si Napoléon soumèttant rapidement l’Espagne , faisant subir aux Anglais quelque éclatant désastre, avait empêché l’Autriche de concevoir même une pensée dé résistance ; si les Turcs dès lors n’avaient eu qu’à souscrire à ce qu’on aurait décidé de leur» provinces, l’empereur Alexandre aurait pu conserver, à défaut de l’enthousiasme inspiré par ses, premiers projets , la- ferveur d’une alliance qui lui rapportait de si surs et si prompts avantages. Mais quelque grand que fut le génie de Napoléon, quelque grandes que fussent ses ressources, il s’était créé de telles difficultés, qu’il avait fait naître chez ses ennemis .de toute sorte le courage de ,1’attaquer de nouveau. De son côté la Russie n’avait pas eu en Finlande tous les succès sur lesquels on avait compté, tant à Saint-Pétersbourg qu’à Paris. Ce vaste empire, dont l’avenir est immense, mais dont le présent est loin d’égaler l’avenir, véritable Hercule au berceau, n’avait jamais pu envoyer plus d’une quarantaine de mille hommes effectifs en Finlande, pendant la campagne d’été, et/il avait employé la Mie saison à y faire contre les' Suédois un genre de guerre qui convenait peu à sa grandeur. Cetteguerrc de Suède, en un mot, pas plus morale dans son principe que celle d’Espagne, n’avait pas eu de succès plus décisifs, et les deux empereurs, quoique fort supérieurs à leurs ennemis, n’avaient cependant pas obtenu de la fortune de faveurs enivrantes. Aussi l’empereur Alexandre n’était— il nullement enivré. I) trouvait que ce que Napoléon lui abandonnait il fallait encore le conquérir par de pénibles efforts, et le désenchantement toujours si prompt chez lui le gagnait déjà
taüce, fut entièrement connue du cabinet français par les confidences de l'empereur Alexandre à M. de Caulaincourt.
sensiblement. Il jugeait Napoléon encore assez puissant pour qu'il n'y eût aucune sûreté à se brouiller avec lui ; mais H ne le jugeait plus assez victorieux pour qu'il y eut le même avantage à être son allié, ni surtout assez pur pour qu'il y eût le même honneur. Et comme d'ailleurs il n’aurait probablement pas obtenu de l' Au triche et de l'Angleterre les conquêtes qui continuaient à être sa passion dominante, c'est-à-dire les provinces du Danube, comme une nouvelle révolution dans ses amitiés l’aurait déshonoré, il était résolu à persister dans l'alliance française, mais en tirant de cette alliance le plus grand profit payé par le moindre retour possible*.
Dans une telle disposition Cette guerre de la France avec l'Autriche devait être pour Alexandre la circonstance la plus inopportune et la plus inquiétante, car elle allait rendre plus difficile la conquête des provinces turques, exiger un effort coûteux s’il fallait aider Napoléon par l'envoi d'une armée en GalÜcie , ajouter une nouvelle guerre aox quatre qu’on avait déjà, contre les Suédois, les Anglais, les Persans, les Turcs. Cette guerre allait en outre placer la Russie en contradiction encore plus choquante avec ses antécédents, car elle pouvait l'expôser à combattre, dans les champs d'Austerlitz, pour les Français contre les Autrichiens, et fournir de nouveaux griefs à l'aristocratie russe qui blâmait l'intimité avec la France. Eufin , heureuse ou malheureuse, elle devait amener un résultat également fâcheux : car heureuse, elle pouvait inspirer à Napoléon la funeste pensée de détruire l’Autriche, et de supprimer ainsi toute puissance intermédiaire entre le Rhin et le Niémen ; malheureuse, elle devajt rendre ridicule, dangereuse, et infructueuse au moins, l'alliance contractée avec la France, au grand scandale de toute la vieille Europe. Il n’y a pas de pire position que celle de ne pouvoir souhaiter ni le succès ni l'insuccès d’une guerre, et eo qu’on a de mieux & faire alors c’êst de. chercher à l’empêcher. C’était en etfet ce qu’ Alexandre était résolu à essayer par tous les moyens imaginables. ■
M. de Romanzoff était revenu à Saint-Pétersbourg séduit par les procédés de Napoléon, autant que M. de Caulaincourt l’était par ceux d'Alexan-
1 Ceux qui onl dépeint Alexandre comme toujours faux avec Napoléon , se sont trompai autant que eeux qui l’ont représenté comme toujours sincère. Il fut sincère tant que durèrent son engouement et la fortune prodigieuse de Napoléon. Il le fut moins quand à la conquête de l'empire turc succéda dans ses rêves la conquête de la VaUchic et de U Moldavie, quand surtout Napoléon lui apparut moins irrésistible et moins constamment heureux. La calcul remplaça alors l'enthousiasme . pour faire place plhs tard à un sentiment pire encore. Mais , il faut l’avuuer, Napoléon •'était attiré ce changement , et il est difficile de prononcer une condamnation morale contre l'uu ou contre l'antre. Les entretiens secrets d’Alexandre avec M. de Caulaineonrt, que celui-ci mettait une scrupuleuse exactitude h rapporter, révèlent ces changements successifs avec une vérité .frappante , mime k travers toutes les Huileries dont Alexandre accompagnait ses discours. Le changement se produisait avec une naïveté qui prouve que l'homme le plus fin (cl Alcxuudre l'était beaucoup) a bien de la peine à cacher U vérité. Napoléon lui-même, quoique de loin, ne pouvait pas s’y tromper, et tout prouve en effet qu'il ne s'y trompa guère.
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dre. Mais les deux souverains liaient assez supérieurs à leurs ministres pour échapper aux séductions qui trompaient ces derniers. Alexandre se laissa raconter les merveilles de Paris cl les attentions dont Xapoléon avait comblé M. de Komanzolf, tout rommo Xapoléon so laissait raconter les aimables prévenances dont M. de Caulaincourt était chaque jour l'objet; mais il no dévia d’aucune de scs résolutions. Il arrêta d'accord avec M. de Komanzolf son langage et sa conduite envers la France, et eut avec M. de ('.aulaincourt plusieurs entretiens fort importants. Il ne bii dissimula presque rien de ce qu'il pensait de la situation ; il en parla impartialement pour Xapoléon, modestement pour lui-même. Il convint que la guerre de la Finlande n’avail pas été bien conduite, mais il exprima le regret que Xapoléon de son côté n'eût pas obtenu contre les Anglais de succès plus décisifs ; il parut même penser que les Anglais après tout avaient seuls gagné quelque chose à l’entreprise sur l'Espagne, puisqu'ils allaient avoir les colonies espagnoles à leur disposition : ce qui valait bien la conquête, fort douteuse du reste, de Lisbonne et de Cadix pour les Français. Il exprima tou) le chagrin qu’il éprouverait d'avoir à combattre les anciens alliés à coté desquels il se trouvait à Austerlitz, les embarras que cotte singulière situation lui causerait à Saint-Pétersbourg, dans la haute société et même dans la nation ; il avoua la difficulté qu’il aurait de réunir, outre une nouvelle armée en Finlande, des troupes d’observation 4e long de la Baltique, une grande armée 'conquérante contre la Turquie, et une armée auxiliaire des Français contre l'Autriche, difficulté non-seulement militaire mais surtout financière. Il alla enfin dans ses confidences jusqu’à déclarer que le succès même de la nouvelle guerre lui inspirait dessoude, car il verrait avec alarme disparaître l'Autriche, et ne se prêterait pas à ce qu’on la remplaçât par une Pologne. Il déclara que la paix lui était nécessaire à lui, mais qu’il la croyait nécessaire aussi à Xapoléon ; car, disait-il, *il ne lui échappait pas que la France commençait à la désirer, et à changer de sentiment envers son glorieux souverain. G’élaient là tout autant de raisons pour qu’on le laissât agir en liberté envers l’Autriche, cl faire tout ce qu’il pourrait pour empérher une guerre dont la pensée seule lui était souverainement désagréable. Malheureusement, ajoutait-il, il était loin de croire avec Xapoléon qu'il sulfit de menacer, de remettre des ultimatum au nom des deux plus grandes puissances de l’univers, pour arrêter des gens effarés, dominés par la haine et la terreur, chez lesquels il y avait, avec beaucoup d’exagération de langage, une part de erainte sincère dont il fallait tenir compte. En conséquence il demandait qu'on lui permit de les rassurer et de les intimider tout à la fois, de les rassurer en niant péremptoirement le projet prétendu de les traiter comme l'Espagne, de les intimider en leur montrant les suites funestes qu'enlrainerait pour eux une nouvelle guerre. Alexandre se refusa en outre à confier, comme l'aurait voulu Xa-
poléon, la conduite de cette affaire aux deux ministres de Russie et de France à Vienne. Napoléon , tout en souhaitant la paix , croyait que ces deux ministres seraient plus péremptoires , et dés lors plus écoutés. Alexandre au contraire croyait qu'ils iraient droit à la guerre. — Nos ministres brouilleront tout, dit-il à M. de Caulaincourt. Qu'on me laisse agir et parler, et si la guerre peut être évitée, je l’éviterai ; si elle ne le peut pas, j'agirai quand elle sera devenue inévitable, loyalement et franchement. —
J1 n’y avait donc qu’à le laisser agir, puisqu’on définitive ses vues étant toutes pacifiques, concordaient exactement avec celles de Napoléon, qui désirait ardemment éviter la guerre. Il le désirait à tel point qu’il avait secrètement autorisé Alexandre à promettre non-seulement la double garantie de la Russie et de la France pour l’intégrité des États autrichiens , mais Tévacuation complète du territoire dé la Confédération du Rhin; ce qui signifiait qu’il n’y aurait plus un soldat français en Allemagne.
• Alexandre > tenant sa parole, s’exprima avec la plus entière franchise devant M. de Schuarzenherg. Peu maître de son embarras quand le ministre autrichien 1 lui reprocha de se faire le complice de l’indigne conduite tenue à Bayonne, il ne se laissa point toucher par l'appel fait à ses sentiments en faveur de la cause européenne, et opposant à la politique autrichienne tous les mensonges, toutes les dissimulations dont elle s’était rendue coupable depuis deux ans, car elle n'avait cessé de parler de paix quand elle préparait la guerre, il finit par déclarer qu’il avait des engagements formels, pris dans le seul intérêt de son empire, et auxquels il n’entendait pas manquer; que si on avait la folie de rompre on serait écrasé par Napoléon , mais qu'on obligerait aussi la Russie à intervenir , parce que Payant promis, elle tiendrait parole, et unirait ses troupes aux troupes françaises; que cet affranchissement de l’Europe dpnt on parlait sans cesse, on ne l’amènerait pas ; qu’on ne ferait en déterminant un nouvel effort de celui qu'on appelait un colosse écrasant, que de le rendre plus écrasant encore; quo l’unique résultat qu’on obtiendrait serait de donner à l’Angleterre, autre colosse écrasant sur Jcs mers, le moyen d’éloigner la paix dont on avait un si urgent besoin ; que quant à lui la paix était tout ce qu'il voulait (les provinces danubiennes comprises , aurait-il pu ajouter) ; qu’il fallait enfin qu’on y arrivât ; qu’il tiendrait pour ennemi quiconque en éloignerait le moment, et qu’il emploierait contre celui-là, quel qu’il fut, toutes les forces de son empire. Alexandre écarla toute insinuation relativement à une alliance de famille avec l'Autriche , car if n’aurait pas com-
1 lf< de Schwarzcnherg se vantait d’avoir fait baisser les yeux à Alexandre lorsqu’il lui avait rappelé qu’il se rendait le complice d'ime odieuse spoliation en secondant l'auteur de la guerre d'Espagne.
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mis l'inconvenance do donner à un archiduc une princesse qu’il avait presque promise à Napoléon.
Le ministre autrichien fut atterré par ces franches déclarations. La société de Saint-Pétersbourg, moins ardente assurément que celle de Vienne, lui avait cependant fait espérer un autre résultat. Il avait trouvé tout le monde du parti européen contre la France, bien qu'on n'osât point parler ouvertement , par crainte de contrarier l’empereur, il avait de plus acquis la certitude que dans la famille impériale on éprouvait les mêmes sentiments, et il s’était flatté de rencontrer un meilleur accueil auprès de l’empereur. Un ambassadeur plus expérimenté aurait vu que sous des sentiments très-réels, partagés à un certain degré par Alexandre lui-même, il y avait les intérêts, qui étaient liés en ce moment à ceux du la France ; que si l’aristocratie russe et la famille impériale pouvaient obéir à leur caprice en te permettant le langage qui allait le mieux k leurs préjugés, l'empereur et son cabinet avaient une autre conduite à tenir, et que s’ils pouvaient acquérir un beau territoire tandis que Napoléon détruirait les Bourbons, leur rôle était naturellement indiqué, c'était dé laisser dire les gens de cour et les femmes, et de faire les affaires de l'empire, en tâchant de gagner dans ce bouleversement les bords si désirés du Danube.
• L'excellent prince de Schwarzenhcrg, ne comprenant rien à ces contradictions apparentes, remplissait Saint-Pétersbourg de ses lamentations. Il écrivit à sa cour des dépêches qui auraient dû la retenir , si elle avait pu être arrêtée encore sur la pente qui l'entraînait. Alexandre, voyant qu’il avait produit une certaine impression sur le représentant de l’Autriche, se plut à espérer qae celui-ci gagnerait peut-être quelque chose auprès de sa cour, mais sans toutefois y compter, et il fit ses préparatifs pour une guerre prochaine. Il avait à. cœur de terminer au plus tôt la guerre de Finlande. Il envoya un renfort qui portait à 60 mille hommes environ les forces agissantes dans cétte province. Il ordonna de marcher sur le centre de la Suède k travers la mer gelée. Lue colonne devait contourner le golfe de Bothnie pour se diriger par Üleaborg sur Tornea et Umea. Une seconde devait. traverser sur la glace le golfe de Bothnie , en partant de U'asa pour donner la main à la première sous Umea. La troisième , qui était la principale, devait cheminer aussi sur la glace , et marcher par les îles d’Aland sur Stockholm. La garde et deux divisions étaient destinées à rester enfre Saint-Pétersbourg, Revel et Riga, pour y veiller aux tentatives des Anglais contre le littoral de la Baltique. Quatre divisions d’infanterie et une de cavalerie , formant tJO mille hommes., avaient mission d’entrer en Gallicie pour y tenir la balance des événements, bien plus-que pour y seconder les armées françaises. Enfin il était naturel que les plus grands efforts de la Russie se dirigeassent vers la Turquie, car si Alexandre voulait être modérateur en -Occident, il voulait être conquérant en Orient, et il avait envoyé
huit divisions sur le bas Danube, dont une de réserve formée de troisièmes bataillons. Celle-ci devait suivre une direction moyenne entré la Transylvanie et la Valacbic’, de façon à pouvoir, ou seconder l'armée d'invasion qui marchait contre les Turcs, ou se rabattre sur l’armée de (îallicle, afin d’y concourir d’une manière quelconque au* événements qui surgiraient de ce côte. Cette division était comptée à M. de Caulaincourt comme une de celles qui étaient consacrées au service de l'alliance. L’ensemble des troupes agissant dans cette direction s'élevait à 120 mille hommes environ. Ainsi, terminer la conquête de la Finlande, tenir tête aux Anglais, conquérir les bouches du Danube, modérer les événements d'Allemagne, furent les divers emplois auxquels Alexandre consacra les 280 mille hommes de troupes actives dont il pouvait disposer. S’il ne faisait pas davantage, il l’imputait à ses finances, de l’état desquelles il se plaignait constamment à M. de Caulaincourt, parlant sans cesse des cinq guerres qu'il allait avoir sur les bras, et quoique toujours fier dans son attitude, devenant presque humble quand il s’agissait d'argent, et demandant qu’on l’aidât à con* tracter des emprunts soit en France, soit en Hollande.
La conduite de la Russie déconcerta beaucoup le cabinet de V ienne, qui s’était attendu à la trouver moins contraire à se* vues, parce qu’il avait jugé du cabinet par le Langage de la noblesse russe dans les cercles de Saint-Pétersbourg. Toutefois, bien qu'il regardât la mission du prince de Schvrarzenberg comme avortée, il se flatta que ce cabinet ne résisterait pas longtemps à l’opinion de la nation, et surtout à un premier succès des armées autrichiennes; il sc persuada que ce premier succès qui devait, disait-on, entraîner l’Allemagne, entraînerait aussi le continent tout entier, et qu’il suffirait de donner le signal, de le donner heureusement, pom être suivi. Les 60 mille hommes destinés à la Gallicie furent considérés comme un simple corps d’observation, auquel il suffirait d'opposer des forces trèsinférieures, chargées également d’observer plujôl que d'agir. On ne prit donc ni le langage, ni les démonstrations armées de la Russie comme un argument contre la guerre, et on se décida au contraire à tout précipiter, de manière à remporter sur les troupes françaises, encore disséminées de Magdebourg à Uïm, ce premier succès qui devait entraîner toutes les puissances. On était dans une de ces situations oh, ne pouvant plus reculer, on prend chaque circonstance, même décourageante, pour une raison d’avancer.
Les préparatifs de guerre, les allées et venues de la diplomatie, ayant rempli le mois de février et une partie du omis de mars, on voulait être sur le théâtre des opérations au commencement d’avril, c’est-à-dire aux premiers jours oh la guerre est possible en Autriche, car c’esl à peine s’H devait y avoir alors de l’herbe sur le sol. On se fixa donc à Vienne sur le plan de campagne à adopter. D’abord il fut établi qu’on ne ferai! agir vers
JIATISBONXE.
l'Italie et vers la Galiicie que les moindres forces dé l'empire. On résolut d’envoyer sous l'archiduc Jean une cinquantaine de mille hommes pour seconder l'insurrection du Tyrol,' et occuper par leur présence les forces des Français en Italie. On y ajouta huit & dix mille hommes pour batailler avec le général Marmont en Dalmatie. On destina l’archiduc Ferdinand avec 40 mille hommes à contenir l'armée saxo-polonaise, réunie sous Varsovie , et à observer les Russes qui s’avançaient en Galiicie,
La principale niasse, celle qui contenait les troupes les meilleures, les plus nombreuses, devait agir en Allemagne, par le haut Danube , et tenter l’entreprise hardie de surprendre les Français avant leur concentration. C'était l’archiduc Charles qui devait la commander comme généralissime, et qui l'avait organisée comme ministre de la guerre. Il n’y avait par conséquent rien négligé. Elle était d'environ 200 mille hommes, forte surtout en infanterie, que l'archiduc s’était appliqué à rendre excellente, forte aussi en artillerie, qui avait toujours été1 très-bonne en Autriche, mais moins bien pourvue en cavalerie , que l'archiduc Charles n’avait point augmentée j et qui au surplus sans être nombreuse était aussi brave que bien exercée. Elle était divisée en six corps d’armée et en deux corps de réserve, répartis en Bohême et Haute-Autriche. C’était un total de .100 mille hommes do troupes actives, en y comprenant les troupes destinées à opérer en Italie et en Galiicie. Derrière cette masse principale, la réserve et l’insurrection hongroise devaient couvrir Vienne, et Vienne perdue, s'enfoncer en Hongrie, pour y "recueillir les restes de l’armée active, et y prolonger la guerre. Cette seconde portion, forte de plus de 200 mille hommes de milices peu aguerries, mais déjà passablement instruites, portait au delà de #00 mille hommes les ressources de l’Autriche , qui n’avait jamais fait un pareil déploiement de forces.
11 S’agissait de savoir comment on emploierait lès 200 mille hommes, composant la masse principale, destinés à agir en Allemagne, cl à frap>per les premier^ coups. Iæ Conseil aulique, réputé, la cause ordinaire des revers de l'Autriche, parce qu’il paralysait, disait-on, l’autorité des géné- " taux, avait été privé de son influence an profit du généralissime, sans qu'il dût en résulter beaucoup plus d'unité dans le commandement, car il n'y a d’unité que là oh règne une volonté énergique dirigée" par un esprit ferme. L’archiduc, quoique prince sage, éclairé, brave, et le meilleur capitaine de l’Autriche , n’avait pas la force d'espril et de carartèrc nécessaire pour assurer l’anité du commandement; et le tiraillement qui n’allait plus se trouver dans le Conseil auliqne devait se produire autour de lui, entre les officiers influents de son élht-major. Restait, il est vrai, l’avantage d’établir ce tiraillement, quel qu’il fut, plus prés du champ de bataille, et Cet avantage n’était certainement pas à dédaigner.
Deux avis partageaient en ce moment l’état-major de l’archiduc Charles
au sujet du meilleur plan & suivre. L'ün consistait à prendre la Bohême pour point de départ (voir la carte n° 28), et, supposant les Français encore dispersés en Saxe, en Franeonie, dans le llaut-Palatinat, à déboucher sur Bayreuth , c'est-à-dire sur le centre de l'Allemagne, à les battre en détail, et à soulever les populations germaniques par cette apparition subite et ce prompt succès. Ce plan hardi, qui conduisait les Autrichiens par Bayreuth et U urxbourg jusqu’aux portes même de Mayence, avait l’avantage de les mener sur le Rhin par la route la plus courte, de porter le désordre dans les cantonnements des Français, et la plus vive émotion en Allemagne. Mais par cela même qu'il était hardi, il supposait dans l’exécution un caractère que n'ont en général que les capitaines supérieurs, ordinairement heureux, et conGants parce qu'ils sont heureux. Il n’y en avait alors aucun de ce genre ni en Allemagne, ni ailleurs,- excepté en France. Ce plan supposait en outre un degré d’avancement dans les préparatifs militaires de l'Autriche, que son administration, plus laborieuse qu’expéditive, n'était pas encore parvenue à leur donner. C’est tout au plus si les corps qui devaient se rassembler eh Bohême, y. étaient concentrés dans les premiers jours de mars. Les troisièmes bataillons manquaient à beaucoup de régiments, et les charrois d’artillerie n'étaient point arrivés. Ce plan, destiné à surprendre les Français, eut été bon sans doute si on les eût surpris en effet, et SI la hardiesse d'exécution eût répondu à la hardiesse de conception ; mais dans le cas où on ne les aurait pas surpris assez complètement, il pouvait devenir funeste : car s'ils avaient eu le temps de se transporter de l'Elbe au Danube, de se rassembler entre Llm et Ratisbonne, l'armée autrichienne était exposée à les avoir dans son flanc gauche, gagnaut Vienne par le Danube, dispersant tous les détachements qu'elle avait laissés en Bavière, et peut-être même coupant sa ligne d’opération. Avec un général si fécond en manœuvres imprévues que l'était Napoléon, cette dernière chance était fort à redouter.
Le second plan, plus modeste, plus sur, consistait, à prendre la route ordinaire, celle du Danube, par laquelle les Français devaient naturellement arriver, à cause de la facilité des communications le long de ce grand fleuve, à leur faire face sur cette route avec la masse énorme de deux cent mille hommes, et à profiter de ce qu’on était plus préparé qu'eux, non pour les surprendre, mais pour les battre, avant qu'ils fussent en nombre suffisant pour disputer la victoire. Ce plan ne donnait lieu à aucune de ces combinaisons soudaines de Napoléon, qui ordinairement déjouaient tous les calculs, et n'exposait à aucune chance que celle du champ de bataille, toujours assez périlleuse contre un tel capitaine et de tels soldats.
Les deux plans dont il s'agit furent longtemps débattus entre deux officiers de l’état major de l'archiduc Charles, le général Meyer et le général
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Grûnn, et divisèrent les militaires les plus éclairés de l’Autriche. Mais, comme il advient toujours en pareille circonstance, on laissas l'évènement le soin de décider la question, et on prit son parti quand les espions répandus au milieu des troupes françaises curent révélé la marche du général Oudinot sur Ulm, du maréchal Davout sur Wurzbourg. On comprit alors qu'on arriverait trop tard pour que la bonne Chance se réalisé! au lieu de la mauvaise, et qu’en débouchant par la Bohême sur Uayreuth on aurait les Français dans son flanc gauche,' gagnant Vienne par le Danube. On prit donc brusquement la résolution de reporter vers la Haute-Autriche les corps qui devaient dans l'origine se réunir eu Bohème. Seulement, on Gt encore ce qu'on fait quand la direction est médiocre , on conserva quelque chose du premier plan, et le second ne fut adopté qu'en réduisant la masse principale des forces qui aurait dû être consacrée à son -exécution. Ainsi une cinquantaine de mille hommes fut laissée en Bohème sous les généraux Bellegarde et Kollovvrath, et environ 150 mille furent portés en Haute-Autriche, pour être dirigés à travers la Bavière sur Ratisbonnc, à la rencontre des Français. I,e premier de ces rassemblements devait déboucher par le Haut-Palatinat sur Bamberg, en étendant sa gauche vers Ratishonne. (Voir la carte n“ 28.) Le second devait envahir la Bavière, remonter le Danube en étendant sa droite sur Ratishonne, de manière qne les deux masses, mises en communication le long du fleuve, pussent sé réunir au besoin, mais avec beaucoup de chances aussi d'échouer danS celle réunion. On s'avança de la sorte à cheval sur le Danube, suspehdu pour ainsi dire entre deux plans, toujours avec l'espérance d'agir avant les Français, et de se garantir contre leur iparche de flanc par le versement d'une partie des forces autrichiennes de la Bohème dans la Bavière. Le général Meyer, qui pvait, dit-on, soutenu le premier plan, fut envoyé de l’état-major de l'archiduc Charles & celui de l'archiduc Jean, pour y employer en Italie les talents dont on n’avait pas voulu en Allemagne, et le général Griinn, qui avait soutenu le second, resta seul auprès de l’archiduc Charles, comme son principal conseiller. ' ■
En conséquence de ce nouveau système, le premier corps qui s'était formé à Saatz sous le lieutenant général Bellegarde , le second corps qui s’était formé à l'ilsen sous le général d'artillerie Kollovrrath, conservèrent les mêmes points de rassemblement, et eurent ordre de déboucher avec cinquante mille hommes par l’extrême frontière delà Bohême sur Bayreulh, vers les premiers jours d’avril. (Voir la carto u" 14.) Les corps de Hohenzollem, de Rosenberg, de l’archiduc Louis, qui s'étaient formés à' Prague, Piseck, Budueis, le premier corps de. réserve du prince Jean de Liechtenstein qui s’était formé à Iglau, et qui était composé de grenadiers et de cuirassiers, reçurent ordre de passer de Bohême en Autriche, par la route de Budwçis h Liptz, de franchir le Danube sur le pont de cette der-
niêre ville, el d'être rendus devant llnn, frontière de la Bavière, vers les premiers jours d'avril. Ils devaient s'y trouver réunis nu corps du lieutenant général Hiller, formé à Web sur la Traun , et au second corps de réserve du général Kienmnycr, formé à F.nns sur l'Ens. Ces six corps devaient marcher ensemble sur la Bavière, la droite au Danube, tendant ainsi à rencontrer vers Hatisbonne la gauche de Bellegarde et de Kollowrath. Le signal des premières hostilités était également donné pour le commencement d'avril en Italie et en Pologne, aussi bien qu'en Bavière et en Bohème.
Toutefois on ne pouvait pas, sans pousser la dissimulation Tort au delà des bornes permises , continuer à parler de paix lorsqu’on mettait les armées en marche, et qu’op leur expédiait l’ordre de franchir les frontières sous une quinzaine de jours. C'eut été trop imiter sur terre la conduite des Anglais sur mer, lesquels enlevaient ordinairement le commerce de l'ennemi sans aucune déclaration préalable. D’ailleurs on n'était pas tellement assuré de la victoire qu'on osât transgresser ainsi les règles du droit des gens, dans l'espérance de les violer impunément. En conséquence, on ordonna à U. de Metternich de faire au cabinet français une déclaration préalable, qui servit de transition entre, le langage de la paix et le fait même de la guerre. ■ •
I« 2 mars, effectivement, II. de Metternich se présenta à Paris chez le mipistro des affaires étrangères, M. de Champagny, et lui déclara au nom de sa cour, que l’arrivée subite de l'empereur Napoléon à Paris, l'invitation adressée aux princes de la Confédération de réunir leurs confingents, certains articles de journaux, divers mouvements des troupes françaises, la décidaient à faire aortir ses armées du pied de paix où elles avaient été tenues jusque-là, mais qu’elle n'adoptait cette résolution que parco qu'elle y était forcée par la conduite du gouvernement français, et que du reste elle prenait ces précautions indispensables sans sc départir encore de ses intentions pacifiques.
II. de Champagny répondit à cette communication avec froideur et incrédulité, disant que ce passage du pied de paix au pied de guerre datait de six mois, que depuis six mois en cifet on se préparait en Autriche pour de prochaines hostilités, que l'empereur Napoléon ne s’y était pas trompé, et que de son côté il s'était mis en mesure; que les alarmes qu’on affectait aujourd'hui ne pouvaient être sincères, car lorsque les Français occupaient la Silésie avec des armées formidables, l’Autriche ne s’était pas crue menacée, tandis qu’à présent que la plus grande partie des troupes françaises avaient passé en Espagne , elle affectait les plus vives inquiétudes; que ce ne pouvait être là un langage de bonne foi ; qu' évidemment la politique anglaise l avait emporté à Vienne; qu'on s'y croyait prêt , el qu’on agissait parce qu’on supposait le moment favorable pour agir, mais qu'Ou ne surprendrait pas la France;' et qu'un u aurait à imputer qu'à soi
RATISBOKNE.
les conséquences de la guerre , si ces conséquences étaient désastreuses.
M. de Metternich, amené à s'expliquer davantage, se plaignit alors et du silence observé à son égard par l'empereur Xapoléon, et de l’ignorance dans laquelle on avait laissé l'Autriche pendant les négociations d'Ërbirt 11 sembla attribuer uniquement à un défaut d'explications amicales le malentendu qui menaçait d'aboutir 6 la guerre. U. de Champagny répliqua avec haoteur que l'Empereur ne parlait plus à un ambassadeur que la- cour d'Autriche trompait, ou qui trompait la cour do France, .car rien de ce qu'il avait promis n'avait été tenu, ni la suspension des préparatifs militaires, ni Ja reconnaissance du roi Joseph, ni le retour & des dispositions pacifiques; que les explications étaient donc inutiles avec le représentant d’une cour sur les paroles de laquelle on ne pouvait plus compter; que ce n’était pas la personne de M. do Metternich qu'on traitait aussi froidement, nçais le représentant d'un gouvernement infidèle à toutes scs promesses; que l’Autriche avait sauvé les Anglais en passant l'Inn en 1805, lorsque Xapoléon s'apprêtait à franchir le détroit de Calais; qu’elle venait de les sauver encore une fois en empêchant Xapoléon de les poursuivre en personne jusqu'à la Corogne; qu’elle avait ainsi à deux reprises empêché le triomphe de la France sur sa rivale , et le rétablissement d’une paix solide, nécessaire à l'univers ; qu'elle en porterait la peine, et qu’elle ne trouverait cette fois Xapoléon ni moins prompt, ni moins prépayé, ni moins terrible . que jadis. . ., . •
Après quelques antres plaintes de la même nature, les deux ministres se quittèrent sans aucune ouverture qui permit d'espérer une chance de paix, M. de Metteruich paraissant déplorer la guerre, car son esprit lui en faisait prévoir les conséquences funestes, et sa situation à Paris lui faisait regretter le séjour de cette capitale; M. de Champagny ne paraissant pas craindre une nouvelle lutte, montrant de plus l'irritation d'un sujet dévoué 'qui ne trouvait jamais aucun tort à son maitre
Xapoléon , quoique porté à croire à la paix par le désir qu’il avait de la conserver, ne put désormais plus y croire après la communication que M. de Mctlcrnieh venait de faire au ministre des relations extérieures. Aussi fut-il saisi de cette ardeur extraordinaire qui s'emparait de lui quand les événements s’aggravaient, et dans les journées des 3 cl 4 mars ir donna set ordres avec une activité sans égale. Le désir et l'espérance de la paix n'avaient point agi sur lui comme, sur les âme» faibles, et ne l'avaient point induit à ralentir ou à négliger ses préparatifs. Il s'était comporté au contraire comme les âmes forles, qui tout en sc livrant au plaisir d’espérer co-qui leur plaît, se conduisent en vue de ce qui leur déplaît. Dans la per*
1 Ou n'est point sansdea documenta positifs que uoui retraçons vrt entretien, cor il fut transcrit à finslant même sous f&rme de demandes et réponses par M. de Champagny, et cpmmuniqiié à t Empereur. Il existe aux archives des affaires étrangères.
suasion.où il était d'abord que l'Autriche ne pourrait pas agir avant la 611 d’avril ou le commencement de mai , il avait assigné comme points de rassemblement : Augsbourg pour le général Oudinot, Mets pour les divisions Carra Saint-Cyr et I-egrand, Strasbourg pour les divisions Boude! et Molitor, Wurzbourg pour le maréchal Davout. U avait choisi ces poiuls parce qnc dans ses profondes combinaisons ils convenaient mieux pour la réunion de tous les éléments qui devaient concourir à scs nouvelles créations. Sur-le-champ il en choisit d'autres plus rapprochés de l'ennemi, cl il accéléra tous les envois d’hommes et de matériel vers ces nouveaux points. Mm fut désigné pour le rassemblement des quatre divisions Boudct, ' Molitor, Carra Saint-Cyr et Legrand. Les deux premières ,- déjà en route de Lyon sur Strasbourg, curent ordre de se détourner vers Béfort, et de se rçndre droit à Mm , en traversant la forêt Noire par la route la plus courte. Les divisions Carra Saint-Cyr et Legrand eurent ordre de ne point s'arrêter à Metz, et de marcher par Strasbourg à Mm , sans perdre un instant. Les renforts, les envois de matériel, furent immédiatement dirigés sur la ligne qu’elles devaient suivre, de manière à les joindre en roule, et à les compléter chemin faisant. Très-hcurcusemcnt ces troupes étaient assez vieilles pour que leur organisation n'eût pas & souffrir d'une semblable précipitation. Le corps d'Oudinot, en marche déjà sur Augsbourg, n’était pas dans des conditions aussi bonnes. D’une réunion accidentelle de greuadiers et de voltigeurs, il avait dû passer à une formation de quatrièmes bataillons. L’Empereur fit partir dix jours plus tût les grenadiers et voltigeurs sortis de la garde pour fournir les deux compagnies d’élite de ces quatrièmes bataillons, et les fusiliers tirés des dépôts pour cil fournir les quatre compagnies du centre. Mais c’est tout au plus si on pouvait espérer qu’à l'ouverture des hostilités ce corps aurait scs bataillons à quatre compagnies au lieu de six, qu’il serait de deux divisions au lieu de trois, de 20 mille hommes au lieu de 30 mille. De plûs il devait se former presque en présence de l’ennemi. Mais l’esprit militaire du temps, l'expérience des officiers, des soldats, des généraux, la chaleur qui animait et soutenait tout le monde devaient suppléer à ce qui manquait, x Pour le corps du maréchal Davout, appelé encore armée du Rhin , Napoléon ne changea pas le point de rassemblement. Il y dirigea en toute hâte les renforts destinés à compléter les trois premiers bataillons de guerre, et les détachements qui devaient servir de premiers éléments à la composition des quatrièmes balaillons. Chacune des divisions de cavalerie et d’in-, fanterie ayant à passer par Wurzbourg devait y trouver le matériel et le personnel qui lui appartenaient. Il ordonna seulement au maréchal Davout , dont le quarlicr général était à Wurzbourg, de porter sur-le-champ scs divisions dans le Hiiul-Palalinat , de manière à en avoir bientôt une à Bayreutk, une à Bamberg, une à Nuremberg, une à Ratisbonne, afin de
RATISBQXNB.
faire face aux troupes autrichiennes de Bohème. Napoléon était si pressé que pour hâter le départ des recrues, il eut recours à une mesure fort irrégulière, et qui, sous une autre administration que la sienne, aurait eu de graves inconvénients, et amené de singulières confusions. Certains dépôts abondaient en conscrits instruits et habillés, tandis que d'autres en manquaient. Il ordonna de faire partir les conscrits déjà prêts pour les régiments qui en avaient besoin, qu'ils appartinssent ou non à ces régiments. On devait seulement avoir soin quand ils seraient arrivés au corps de changer les boutons de leurs habits, pour qu’ils portassent les numéros des régiments dans lesquels on les versait. Napoléon employa en outre la précaution de ne pas faire connaître aux chefs des dépôts la destination des conscrits qu'on leur demandait, de peur que, ne s’intéressant plus à eux, Ils ne leur donnassent des équipements de rebut. H prescrivit la même disposition pour la cavalerie légère. Il Ht partir tout ce qu'il y avait de chasseurs et de hussards déjà formés, sans s'inquiéter davantage de les envoyer aux régiments auxquels ils appartenaient , ordonnant seulement d'observer le plus possible dans l'incorporation les ressemblances d'uniforme. Cependant comme on ne pouvait pas mêler des hussards à dès chasseurs, à cause de l'extrême différence de l’équipement, et qu'il y avait plus de hussards qu'on ne pouvait en. employer, il en composa dés escadrons de guides, destinés à servir dans l'état-major de chaque corps d’armée, afin d'épargner à la cavalerie légère le service des escortes , qui la condamne à de nombreux détachements et à une fàchense dissémination.
Nous donnons ces détails dans l'intenlion de faire comprendre à quels expédients Napoléon était réduit pour avoir envoyé ses principales ressources en Espagne. Après avoir vaqué à ces divers soins, il s'occupa d'organiser les cinquièmes bataillons. Il destinait ces derniers , comme nous l'avons dit , outre leur rôle naturel de dépôts , à former des réserves , soit •pour garantir les côtes des tentatives de.l'Anglcterre , soit pour rendre disponibles un certain nombre de quatrièmes bataillons actuellement employés au camp de Boulogne , soit enfin pour parer aux diverses éventualités de la guerre. Ayant déjà demandé 80 mille hommes sur la conscription de 1810, il en voulut lever encore 30 mille, pour porter l’effectif des cin quièmes bataillons à 1,200 hommes au moins, et de plus il résolut de prendre sur les conscriptions passées, malgré les appels réitérés qu’on venait de leur faire, 10 mille hommes robustes pour sa garde, il prescrivit que ceux des cinquièmes bataillons qui seraient formés les premiers fussent réunis en demi-brigades provisoires, de deux, trois ou quatre bataillons chacune, à Ponfivy, Paris, Boulogne, Gand, Metz, Mayence, Strasbourg', Milan. Quant aux 10 mille conscrits appelés sur les classes antérieures,.il Voulu! Jes employer à donner un développement tout nouveau à la gardé impériale. Il avait aux régiments de grenadiers et de chasseurs
composant lu vieille garde, ajouté en 1807 deux régiments de fusiliers, qui avaient très-bien servi. Il venait d'imaginer les tirailleurs, il imagina encore les conscrits, en variant les noms suivant les circonstances de chaque création. Il se décida donc à créer quatre régiments de tirailleurs, quatre de conscrits, ce qui devait porter à 20 mille hommes an moins l'infanterie de la garde, et k 25 mille le corps tout entier, en y comprenant sa magnifique cavalerie, et son artillerie accrue de 48 bouches k feu. Bientôt les jeunes soldats devaient y égaler les viens en esprit militaire, et avoir de plus la supériorité de la force physique, apanage ordinaire, de la jeu-' nesse. Aucune conception n'attestait mieux la profonde connaissance que Napoléon avait des armées, et l'inépuisable fécondité. de son génie organisateur. En outre il disposa tout pour faire venir en poste la vieille garde de Bayonne à Paris, de Paris k Strasbourg. -
Il n'avait adressé qu'un avis aux princes de la Confédération du Rhin. A partir du 2 mars il leur intima des ordres, comme chef de celte Confédération. Il demanda k la Bavière 40 mille hommes, afin d'en avoir 30 mille, qu’il plaça sous le commandement du vieux maréchal Lefebvre, qui savait, l'allemand , et qui au feu était toujours digne de la grande armée. Le roi de Bavière, aurait désiré que son fils ' Commandé! les troupes bavaroises, Napoléon ne le voulut pas. — Il faut, lui dit-il, que votre armée se batte sérieusement dans cette campagne, car il s’agit de conserver et d'étendre même les agrandissements que la Bavière a reçua. Votre fils, quand il aura fait avec nous six nu sept campagnes, pourra commander. En attendant, qu'il vienne é mon état-major ; il y sera accueilli avec tous les égards qui lui sont dus, cl il y apprendra notre métier. — Par transaction, Napoléon accorda k ce jeune prince le commandement de l'uno des divisions bavaroises. Napoléon fixa Munich, Landshut, Straubing, comme points de rassemblement de ces trois divisions, assez en arrière de l'Inn pour qu'elles ne fassent pas surprises par les Autrichiens , assez en avant du Lech et du Danube pour couvrir nos rassemblements. (Voir la carte n° 1 4.) Il demanda au. roi de Wurtemberg 12 mille hommes, qui devaient se réunir à Ncresbeim, et servir sous les ordres du général Vandamme, au choix duquel le roi do Wurtemberg résistait, mais que Napoléon lui imposa en écrivant ces propres paroles : — Je connais les défaut» du général Vandamme, mais c’est un véritable homme de guerre, et dans ce difficile métier il faut savoir pardonner beaucoup aux grandes qualités. — Napoléon réclama du grand-duc de lladcn ane division de 8 à 10 mille hommes, et une de pareille forco du duc de liesse-Darmstadt. Elles devaient se réunir vers la fin de mars à Pforzheim et k Mergcntheim. Quant aux moindres princes, les ducs de
1 Celui que noua avons vu roi de nos jours, cl amené. par les événements A abdiquer la couronne poor se vouer an culte des arts, auxquels il a rendu dans son paya de graudx aeerteaa, j
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RATISBONNE
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IVursbonrg, de Nassau , de SaVe , il en exigea nne division composée de leurs contingents agglomérés , laquelle «levait rejoindre il Wuribourg le quartier général du maréchal Davout. Il demanda au roi de Saxe 20 mille Saxons en avant de Dresde, 25 mille Polonais en avant de Varsovie. Ces contingents Tonnaient ensemble 1 10 à 115 mille hommes, en réalité 100, dont 80 mille Allemands et 20 mille Polonais. Le maréchal Bernadoltc , venant des villes anséatiques avec la division française Dupas, était chargé de prendre les Saxons sous son commandement, et de rejoindre ensuite la grande armée sur le Danube. I-cs Polonais couverts par le voisinage des • Russes suffisaient pour garder Varsovie. Les événements de la guerre pouvant amener l’abandon momentané de Dresde et de Munich, Napoléon Gt dire aux deux souverains qui régnaient dans ces deux capitales, de se tenir prêts à quitter leur résidence , pour se porter au centre de la Confédération , leur offrant , si un court voyage en France leur plaisait, de mettre & leur disposition toutes 1rs habitations impériales magnifiquement desservies.
Il fit ordonner en ontre à son frère Jérôme de réunir 20 mille Hessois, et à son frère Louis 20 mille Hollandais , double force sur laquelle il comp- ' tait peu , parce que le premier administrait sans économie son nouveau royaume , et que le second au contraire administrait le sien avec toute la parcimonie hollandaise. ' . .
Ces forces ainsi préparées, voici l’organisation que leur donna Napoléon. Il n’avait sous la main qu’une partie de ses maréchaux, puisque quatre d’entre eux, Ney, Soult, Victor, Mortier, servaient en Espagne. Parmi ceux dont il pouvait disposer, il y en avait trois qu’il appréciait plus que tous les autres, c’étaient les maréchaux Davout, Lannes, M assena.
Il résolut de partager entre eux la masse de l’armée française, en agrandissant leur rôle et leur commandement, et en leur conGant cinquante mille hommes à chacun. Massèna avait déjà commandé des forces plus considérables , mais Davout et Lannes n’avaient pas encore eu cet honneur, dont ils étaient d’ailleurs fort dignes. Le maréchal Davout dut conserver de l’arméodu Rhin ses trois anciennes divisions, Morand, Friant, Gudin, les Cuirassiers Saint-Sulpicc, une division de cavalerie légère, une quatrième division d’infanterie sons le général Demont, composée des quatrièmes bataillons de ce corps, le tout formant cinquante mille soldats aguerris, les premiers, sans aucune comparaison, que possédât ]a France à Celte époque. Ce corps placé entre Bayreuth, Amherg, Ratisbonne, avait cette dernière ville pour point de réunion. La division Saint-Hilaire, détachée de l’armée du Rhin , avec nne portion de cavalerie légère et les cuirassiers du général Espagne, jointe aux trois divisions d’Oudinot, devait composer un autre corps d’une cinquantaine de mille hommes, sous l’illustre maréchal Lannes, et se concentrer à Augsbourg. Napoléon y ajouta une brigade de 1,500 à 2 mille Portugais, choisis dans ce qu’il y avait de mieux
parmi le» troupes de cette nation cantonnée» en France, ennuyée» de ne rien taire, et mieux placées à l'armée que dan» l'intérieur. Il y joignit aussi le» chasseurs corses et les chasseurs du Pô, troupe, brave et éprouvée. Les quatre divisions Carré Saint-Cyr, Legrand, Boude!, Molitor, avec une belle division de cavalerie légère , avec les Hessois, los Badois, devaient composer un autro corps de même force, et se réunir àl'lm sous l'héroïque M, asséna. Les cuirassiers et les carabiniers sous le général Nansouly, une nombreuse division de cavalerie légère , les dragons organisés comme nous l’avons dit ailleurs, devaient composer sous le marèrhal Bessières, en l'absence de Murat, une réserve de H à 15 mille cavaliers. La garde, forte d'une vingtaine de mille hommes, devait porter à 190 mille Français, les parcs compris, cette masse principale concentrée entre Ulm', Augsbourg et Ratisbonne. Les Bavarois, sous le maréchal Lefebvre, formaient en avant un excellent corps auxiliaire d’une trentaine de mille hommes. Le maréchal Augercau en formait un en arrière avèc les Würtembergeois, les Badois et les Hessois. Enfin, plus en arrière, le prince- Bernadotlc, comme on l'a vu, devait commander les Saxons. C'étaient, par conséquent, cinq corps français, dont deux de réserve, ayant un corps auxiliaire en avant, deux en arrière, le tout mêlé do vieux et jeunes soldats, animés du souffle de Napoléon, ne laissant rien à désirer sous le rapport de la bravoure, laissant beaucoup à désirer sous le rapport de l’expérience et de l'àgc , mais, tels quel», parfaitement propres à maintenir à sa hauteur présente la gloire de la France. Le prince Berthier fut nommé major général , et M. Daru intendant de celte armée. Napoléon s'en constitua le commandant en chef. Elle reçut le titre d'nrmée d'Allemagne, et non plus celui de grande armée, la grande armée malheurensement n’étant plus en Allemagne ni en Italie, mais en Espagne.
Le projet de Napoléon était de marcher droit de Ratisbonne sur Vienne, par la grande route du Danube, et de confier & ce fleuve son matériel , scs malades , ses écloppéa , toute la partie pesante enfin de son armée , ce qui supposait dès le début quelque terrible coup porté aux Autrichiens. C'ést dans cette vue qu’il avait fuit acheter quantité de bateaux sur tous les fleuves de la Bavière , pour les faire successivement descendre dans le Danube, h mesure qu'il franchirait les affluents de ce grand fleuve. C'est encore dans cette vue qu'il avait tiré de Boulogne 1 ,200 des meilleurs marins de la flottille , pour les ajouter à la garde.
C'était donc à Ratisbonne qu'il avait l'intention de concentrer se» forces , en négligeant le Tyrol et laissant les Autrichiens s'y engager tant qu'il leur plairait, certain de les envelopper et de les prendre entre son armée d’Allemagne et celle d'Italie, s’ils ne se hâtaient pas de rétrograder. (Voir la carte a* IA.) Toutefois il avait ordonné d’exécuter des travaux A Augshourg , de creuser et de remplir d'eau le» fossés , de palissadcr l’enceinte ,
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