LIVRE XXIX. — FÉV
Suède, par le motif que nous venons de dire, et aussi parce qu’il désirait compromettre irrévocablement la Russie dans son système. Une fois engagée contre les Suédois, elle ne pouvait manquer de l’étre contre les Anglais, et d’en venir à leur égard d’une simple déclaration d'hostilités à des hostilités réelles. Mais, chose singulière, il en coûtait aux Russes d’entreprendre la conquête de la Finlande, la plus utile pourtant de toutes celles qu’ils méditaient, et il leur semblait que c’était assez d’en avoir obtenu l'autorisation, sans se hâter de l’exécuter. C’est avec regret qu’ils détournaient une partie de leurs forces, soit de l’Orient, soit des provinces polonaises, fort agitées eu ce moment. Xéanmoins, poussés continuellement par Al. de Canluucourt, ils finirent par envahir la Finlande dans le courant de février, & l'époque même où sc discutait le plan de partage que nous avons rapporté.
Malgré tous ses etforls, l’empereur Alexandre n’avait pas pu réunir plus de 25 mille hommes sur la frontière de Finlande. Il en avait confié le commandement au général Ruxhoewden, le même qui avait sigualé son
le joug de leur* oppresseur* avec hardiesse, cl sont, dit-on, résolus de ne le reprendre jamais. Il paraît donc nécessaire, pour consolider la paîi, de songer à 1rs rendre indépendants des Turcs.
« La pais de Tdsit ne prononce rien à leur egard : leur propre vœu , exprimé vivement et plus d'une fois, les a portés à prier l’empereur Alexandre de les admettre au nombre de ses sujets; ce dévouement pour sa personne lui fait désirer qu’il* vivent heureux et satisfaits, sans vouloir étendre sur eux sa domination : Sa Majesté uc cherche pas de» acquisitions qui pourraient entraver la paix; clic fait avec plaisir ce sacrifice et tous ceux qui peuvent conduire à la rendre prompte et solide. Elle propose par conséquent d'ériger la Servie en royaume indépendant, de donner cette couronne à l'un des archiducs qui ne fût pas chef de quelque branche sourerainc et qui fût assez éloigné de U succession au trône d'Autriche : dans ce cas-ci , fou stipulerait même que jamais cc royaume ne pourrait être réuni A la masse des Etats de cette maison.
» Toute celte supposition de démembrement des provinces turques, telle qu’elle est énumérée ci-dessus, étant calquée d'après les engagements de Tilsil, n'a paru offrir aucune difficulté aux deux personnes que les deux empereurs ont changées de discuter entre elles quels étaient les moyens cf arriver aux fins que se proposent Leurs Majestés Impériales.
» L’empereur de Russie est prêt à prendre part à un traité entre les trois empereurs, qui fixerait les coudilions ci-dessus énoncées; mais, d'un autre côté, ayant jugé que la lettre qu'il venait de recevoir de la part de l'Empereur de* F nuirais semblait indiquer la résolution d'un beaucoup plus vaste démembrement de l'empire ottoman que celui qui avait été projeté entre eux A Tilsil, cc monarque, afin d'aller au-devant de ce qui pourrait convenir aux intérêts des trois cours impériales, et surtout afin de donner à l’Empereur, son allié , toutes les preuve* d'amitié et de déférence qui dépendent de lui , a annonce que, sans avoir besoin d’un plus grand affaiblissement de la Porte Ottomane, il y concourrait volontiers.
» Il a posé pour principe de son intérêt eu ci* plus grand partage , que sa part d'augmentation d’acquisition serait modérée en étendue ou extension, et qu'il conseillait A ce que la pari de son ullié surtout fut tracée sur une bien plus grande proportion. Sa Majesté u ajoute qu’« côté de ce principe de modération elle en plaçait un de sagesse , qui consistait à ce qu'elle ne se trouvât pas, par ce nouveau plan de partage, moins bicu placée qu’elle ne l'était aujourd'hui pour scs relations de limites et commerciales.
i Partant de ces deux principes, l'empereur Alexandre verrait non-seulement sans
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impéritie à Austerlitz, et qui là signala mieux encore dans la guerre contre la Suède. On lui avait donné d'excellentes troupes, de bons lieutenants, notamment l'héroïque et infatigable Hngrntion, qui, une guerre finie, en voulait commencer une autre. Napoléon les avait fort pressés d'agir pendant les gelées, afin qu’ils pussent traverser sans peine les eaux qui couvrent la Finlande, pays semé de lacs, de forêts, de roches granitiques tombées sur cette terre comme des aérolithes. l’n brave officier suédois, le général Klingsporr, avec 15 mille hommes de troupes régulières, solides comme les troupes suédoises, et \ ou 5 mille hommes de milice, défendait la contrée. Si le gouvernement suédois, moins insensible à tous les avis qu'il avait reçus, avait pris scs précautions, et dirigé toutes ses forces sur ce point, au lieu de menacer les Danois de tentatives ridicules, il aurait pu disputer avantageusement cette précieuse province. Mais il y avait laissé trop peu de troupes, et des troupes trop peu préparées pour opposer une résistance efficace. De. leur coté les Russes attaquèrent d'après un plan fort mal conçu, et qui attestait la profonde incapacité de leur général en chef.
jalousie, mais même avec plaisir, que l’empereur Napoléon acquière et réunisse à ses Etals, outre ce qui a été mentionné ci-dessus, toute» les îles de l'Archipel, Chypre, Rhodes, et même ce qui restera des échelles du Levant, la Syrie et l’Egypte.
* Dans le cas de ce plus vaste partage, l’empereur Alexandre changerait sa précédeate opinion sur le sort de la Servie; il désirerait, cherchant à faire une part honorable et très-avanluqeusc à la maison d'Autriche, que la Servie fût incorporée à U masse des Etals aulrichieus , et que l’on y ajoutât la Macédoine, à l’exception de la partie de la Macédoine que la France pourrait désirer pour fortifier sa frontière d’Albanie, de manière que la France puisse obtenir Sulnnique; cette ligne de la frontière autrichienne pourrait se tirer de Scopia sur Orphano, et ferait aboutir la puissance de la maison d’Autriche jusqu'à la mer.
* La Croatie pourrait appartenir à la France ou à l’Autriche, au grc de l'empereur Napoléon.
> L’empereur Alexandre ne dissimule pas h son allié que, trouvant une satisfaction particulière à tout ce qui a été dit k Tilsit, il place, d’après le conseil de l’Empereur son aini, ces possessions de la maison d’Autriche entre les leurs, afin d’éviter le point de coutact toujours si propre à refroidir l’amitié. •
■ Lu part de la Russie en ce nouvel et vaste partage eût été d’ajouter, k ce qui lui avait été adjugé dans le projet précédent, la possession de U ville de Constantiuoplo avec un rayon de quelques lieues en Asie, et en Europe une partie de la Romélie, de mauière que la frontière de la Russie, du côté de» nouvelles possessions de l’Autricbe, partit delà Bulgarie et suivit la frontière de la Servie jusque» un peu au delà de Solismick et de la chaîne de montagnes qui sc dirige depuis Solismick jusqu’à Trayonopol, y compris, et puis la rivière Moriza jusqu'à lu mer.
* Dan» la conversation qui a eu lieu sur ce second plan de partage, il y a eu cette différence d’opinion, que l’uue des deux persounes supposait que si la Russie possédait Constantinople, la France devuit posséder les Dardanelles ou nu moius s'approprier celle qui était sur la côte d’Asie : cette assertion a été combattue de l'autre part, par l'immense disproportion que l’on venait de proposer dans les parts de ce uouvcl et plus grand partage, et que l’occupation même du fort qui se trouvait sur la rive d'Asiu détruisait tout à fait le principe de l'empereur de Russie de ne pas se retrouver plus mal placé qu’il ne l’était maintenant relativement à ses relation» géographiques et commerciales.
* L'empereur Alexandre, mû par le. sentiment de son extrême amitié pour l'empereur Napoléon, a déclaré pour lever la difficulté : 1° qu’il conviendrait d'une route militaire