LIVRE XXIX. — FEV
La Finlande, de Viborg à Aho, d’Abo à Uléaborg, forme un triangle, dont deux côtés sont baignés par les golfes de Finlande et de Bothnie, tandis que le troisième est bordé par la frontière russe. Le bon sens indiquait qu’il fallait opérer par le côté du triangle qui longeait la frontière russe, c’est-à-dire par le Savolax, parce que c’était la ligne la plus courte et la moins défendue. Les Suédois en effet occupaient les deux côtés qui forment le littoral des golfes de Finlande et de Bothnie; ils étaient répandus dans les ports, peuplés en général par des Suédois, anciens colons de la Finlande. Si, au lieu de parcourir pour les leur disputer les deux côtés maritimes du triangle, les Busses avaient suivi avec une colonne de quinze mille hommes le côté qui borde leur frontière de Viborg à Uléaborg, n’envoyant le long du littoral qu’une colonne de dix mille hommes, pour l’occuper à mesure que les Suédois l’évacueraient, et pour bloquer aussi les places, ils seraient arrivés avant les Suédois à Uléaborg, et auraient pris non-seulement la Finlande, mais le général Klingsporr avec la petite armée chargée de la défense du pays. Ils n’en firent rien, s’avancèrent le long du littoral en trois colonnes, commandées par les généraux Gortchakoff, Toutchkoff et Bagration, chassant devant eux les Suédois, qui se
pour la France, qui, traversant les nouvelles possessions de l’Autriche et de la Russie, lui ouvrirait une route continentale vers les échelles et la Syrie ; 4° que si l’empereur Xapoléon désirait posséder Smynic ou tel autre point sur la côte de Xutolic, depuis le point de cette côte qui est vis-à-vis de Mitylène jusqu’à celui qui se trouve placé vi!--à-vis de Rhodes, et y envoyait des troupes pour les conquérir, l’empereur Alexandre est prêt à l’assister dans cette entreprise, enjoignant à cet effet un corps de ses troupes aux troupes françaises; 3" que si Smyruc ou telle autre possession de la cèle de Xatolie, tels qu’ils viennent d'être indiqués, ayant passé sous la domination française, icnait ensuite à être attaqué, non-seulement par les Turcs, mais même par les Anglais en haine de ce traité, S- M. l’empereur de Russie se portera en ce cas au secours de sou allié toutes les fois qu’il en sera requis.
* 4° Sa Majesté pense que la maison d'Autriche pourrait sur le même pied assister la France en la prise de possession de Salonique, et se porter au secours de cette échelle toutes les fois qu’elle en sera requise.
« 5*’ L'empereur de Russie déclare qu’il ne désire pas acquérir la rive méridionale de la mer Xoire qui est en Asie, quoique dans la discussion il avait été pensé qu’elle pouvait être de sa convenance.
* 6" L'empereur de Russie a déclaré que , quels que fussent les succès de ses troupes dans l’Inde , il ne prétendait pas y rien posséder, et consentait volontiers à ce que la. France fit pour elle toutes les acquisitions territoriales dans flnde qu’elle jugerait à propos; qu’elle était également la maîtresse de céder nne parties des conquêtes qu'elle y ferait à ses alliés.
x Si les deux alliés conviennent entre eux d’une manière précise qu’ils adoptent l'un ou l'autre de ces deux projets de partage, S. M. l’empereur Alexandre trouvera un plaisir extrême à se rendre à l’eutrevuc personnelle qui lui a été proposée et qui peut-être pourrait avoir lieu à Krfurt II suppose qu’il serait avantageux que les bases des engagements que l'ou y doit prendre soient d’avance fixées avec une sorte de précision, afin que les deux empereurs n’aient ù ajouter à l’extrême satisfaction de se voir que celle de pouvoir signer sans retard le destin de cette partie du globe, et nécessiter par là, comme ils se le proposent, l’Angleterre à désirer In paix dont elle s’éloigne aujourd’hui à dessein et avec tant de jactance. *
ARANJUEZ
défendaient aussi vigoureusement qu'ils étaient attaqués, dans une suite de combats partiels. I.a colonne de gaucho parvenue à Svéaborg , tandis que les deux autres marchaient sur Tavastéhus, entreprit le blocus de cette grande forteresse maritime, qui consistait en plusieurs îles fortifiées, et qui était défendue par le vieil amiral Cronstedt avec 7 mille hommes. I.es colonnes du centre et de droite s'avancèrent de Tavastéhus jusqu’à Abo, après avoir parcouru le côté du triangle finlandais qui borde le golfe de Finlande. I-e général liagraiion fut laissé à Abo, et le général Toute hkoll' fut ensuite acheminé sur le côté qui borde le golfe, de Bothnie, montant droit au nord jusqu'à Uléaborg. line faible colonne avait élo dirigée sur la ligne essentielle, celle de Viborg à l léaborg. Aussi les Russes ne firent-ils que pousser devant eux l’ennemi, lui enlevant à peine quelques prisonniers, et amenant eux-mèmes la concentration des Suédois, qui auraient pu, en se jetant en masse sur la véritable ligne d'opération, d'Uléaborg à Viborg, par lcSavolax , leur faire expier une aussi fausse manière d’opérer. 11 y eut néanmoins de brillants combats de détail, qui prouvaient la bravoure des troupes des deux nations, l'expérience acquise par les officiers russes dans leurs guerres contre nous, maïs l’ignorance de leur état-major dans tout ce qui concernait la conduite générale des opérations. Ce n’est pas ainsi que les généraux français élevés à l'école de Napoléon auraient agi sur un pareil théâtre de guerre. Les Russes ayant envahi , mais non conquis le pays, entreprirent le siège des places du littoral, entre autres celui de Svéaborg, que la gelée devait singulièrement faciliter.
Un mois à peu près avait suffi à celle marche militaire, qui n’était que le début de la guerre de Finlande, mois employé par le cabinet russe à la discussion du partage de l’Orient. En apprenant l’invasion de ses Etals, le roi de Suède, pour se venger apparemment de la surprise que lui faisait son bean-frère, se permit un acte qui n’était plus guère d’usage, même en Turquie : il fit arrêter l’ambassadeur de Russie, M. d’Alopéus, au lieu du se borner à le renvoyer, ce qui excita une indignation générale dans tout le corps diplomatique résidant à Stockholm. Alexandre répondit avec la dignité convenable à cette étrange conduite ; il laissa partir avec des égards infinis M. de Steding, ambassadeur de Suède à Saint-Pétersbourg, vieillard respecté de tout le monde; mais il se vengea autrement, et plus habilement. Il profita de l'occasion , et prononça la réunion de la Finlande à l’empire russe. Cette conquête a été l’unique résultat des grands projets de Tilsil, mais seule elle suffit pour justifier la politique que suivait en ce moment l'empereur Alexandre, et elle est la preuve que la Russie ne peut conquérir qu'avec la complicité de la France.
Malgré le dédain que les Russes avaient affecté pour la conquête de la Finlande, le fait lui-même, qui semblait consommé quoiqu’il restât encore bien du sang à verser, loucha vivement lus esprits à Saint-Pétersbourg.