LIVRE XXXIII. — KOV
pour Pari*. — Plan pour conquérir le midi de l'Eapagnc , après un nfbis de repos accorde k l'armée. — Mouvement du maréchal Victor sur Euença, afin de délivrer définitivement le centre de l'Espagne de la présence des insurgés. — Bataille d’L’clès, et prise de la plus grande partie de l'armée du duc de l’infantado , autrefois armée de Caslaùos. — Sous l'influence de ces événements heureux, Joseph entre enfin & Madrid, avec le consentement de Napoléon, et y est bien reçu. — L’Espagne semble disposée à se soumettre. — Saragosse présente seule un point de résistance dans le nord et le centre de l'Espagne. — Nature des difficultés qu'on rencontre devant cette ville importante. — Le maréchal Lamies envoyé pour accélérer les opérations du siège. — Vicissitudes et horreurs de ce siège mémorable. — Héroïsme des Espagnols et des Français.
— Reddition de Saragosse. — Caractère et fin de cette secoude campagne des Prauçais ’ en Espagne. — Chances d'établissement pour la nouvelle royauté.
Xapoléon , parti en toute hâte pour Bayonne , trouva les routes entièrement dégradées par la saison et' la grande quantité des charrois militaires, les chevaux de poste épuisés par les nombreux passages, s’irrita fort contre les administrations chargées de ces différents services, et, parvenu à Montde-Marsan , monta à cheval pour traverser les Landes à franc étrier II arriva le 3 novembre à Bayonne à deux heures du matin.. 11 manda sur-lechamp le prince Berthier pour savoir où en étaicut toutes choses, et se faire rendre compte de l’exécution de scs ordres. Bien ne s’était exécuté comme il l'avait voulu, ni surtout aussi vite, quoiqu'il fut le plus prévoyant, le plus absolu, le plus obéi des administrateurs.
Il avait demandé que vingt mille conscrits des classes arriéfées , choisis ■* dans le Midi, et destinés à former le fond des quatrièmes bataillons dans les régiments servant en Espagne *, fussent réunis à Bayonne. Ii y en avait cinq. mille au plus d’arrivés. Il comptait sur 50 mille capotes, sur 129 mille paires de souliers, sur une masse proportionnée de vêtements, le reste devant venir au fur et à mesure des besoins. H trouva 7 mille capotes, et 15 mille paires de souliers. Or ce qu’il appréciait le plus, comme nous l’avons dit ailleurs, surtout dans les campagnes d’hiver, c'était la chaussure et la capote : il fut donc singulièrement mécontent. Tandis que l’approvisionnement en vêtements était aussi peu avancé, l’approvisionnement en vivres était considérable, ce qui était un vrai contre-sens, car les Castilles regorgent de vivres; les céréales et le bétail y abondent. Il est inutile de parler du vin, qui forme le plus riche produit des coteaux de la Péninsule. lies mulets, dont Xapolcon avait ordonné de nombreux achats, choisis, faute d'autres, à quatre ans et demi , étaient trop jcuues pour fournil un bon service; ce qui n’était pas moins regrettable que tout le reste, car les charrois étaient justement ce dont on manquait le plus en Espagne, à
1 Ou a va dans le livre précédent que Napoléon avait porté tous les régiments à cinq bataillons; que pour ceux qui étaient en Allemagne, il en voulait quatre à l'année, le cinquième ou dépAt sur le Rhin; que pour ceux qui servaient en Espagne, il en voulait trois au delà des Pyrénées, le quatrième à Bayonne comme premier dépAl,’ et le cinquième dans l'intérieur de là France comme second déjuM.
cause de l'état des routes et du mode des transports, qui se font presque tous à dos de mulet. En outre Napoléon avait prescrit que les troupes venant d’Allemagne fussent concentrées entre Bayonne et l'ittoria, qu'aucune opération ne fut commencée, qu'on permit même aux insurgés de nous déborder à droite et à gauche, car il entrait dans son plan de laisser les généraux espagnols, dans leur ridicule prétention de l'envelopper, s’engager fort avant sur ses ailes. Or les belles troupes tirées de la Grande Armée avaient été dispersées précipitamment sur tous les points où la timidité de l'état-major de Joseph avait cru apercevoir un péril. Enfin le maréchal Lefebvre, commandant le 1BT corps, séduit par l'occasion de combattre les Espagnols à Durango, les avait défaits; avantage de nulle valeur pour Napoléon, qui avait le goût, et, dans sa position actuelle, le besoin de résultats extraordinaires.
Quelque grandes que fussent les contrariétés qu’il éprouvait, Napoléon ne pouvait s’en prendre ni à son imprévoyance, ni à l'indocilité de ses agents, mais à la nature des choses, qui commençait à être violentée dans ce qu’il entreprenait depuis quelque temps. Il avait, en effet, donné deux mois tout au plus pour faire sur les Pyrénées les préparatifs. d’une immense guerre. Or, si deux mois eussent suffi peut-être sur le Khin et sur les Alpes, où n’avaient cessé d’affluer pendant plusieurs années toutes les ressources de l’Empire, ces deux mois étaient loin de suffire sur les Pyrénées, où depuis 1795, c’est-à-dire depuis treize années, aucune partie de nos ressources militaires n’avait été dirigée, la France à dater de cette époque ayant toujours été en paix avec l’Espagne. Les agents de l’administration d’ailleurs, ne connaissant pas encore la nature et les besoins de ce nouveau théâtre de guerre, envoyaient des vivres, par exemple, où il aurait fallu des vêtements. De plus, les quantités de toutes choses venaient de changer si subitement, depuis que de (>0 ou 80 mille conscrits on s'était élevé à 250 mille hommes , que toutes les prévisions étaient dépassées. D’autre part, si les troupes, au lieu d’être concentrées-à Vittoria, étaient dispersées dans diverses directions, c’est qu’un état-major où ne figuraient pas encore les lieutenants vigoureux que Napoléon avait formés à son école, se troublait à la première apparence de danger, et envoyait les corps au moment même de leur arrivée, partout où l'ennemi se montrait. Enfin le maréchal Lefebvre lui-même n’avait cédé au désir intempestif de combattre, que parce que là où Napoléon n'était pas, le commandement sc relâchait, et devenait faible et incertain*.
1 Je elle à cet égard une lettre curieuse du maréchal Jourdan , chof d'état-major île Joseph, et chargé dé commander quand Borthier et Napoléon n’y étaieut pas.
• Le maréchal Jourdan au général Belliard.
■ Vittoria, le 30 octobre 18 JS.
» Mon cher gcuéral, malgré le peu de lionne volonté d'un chacun, te général Morin t