‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 97 sur 186 · LIVRE XXXIII. — NOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — NOV

Balmaseda, et avait porté en avant, jusqu’aux environs de Barcena, la division Villatte, qu’on lui avait prêtée pour quelques jours. De son côté le maréchal Victor, réprimandé pour avoir songé à s’éloigner de la Biscaye r était revenu par Orduna, Amurrio , Oquendo, sur Balmaseda, et, le 9, avait fait sa jonction auprès de cette ville avec le corps du maréchal Lefebvre, dédommagé de la nouvelle direction qui lui était donnée par l’avantage de recouvrer la division Villatte, et île pouvoir rencontrer et battre un ennemi déjà démoralisé. Il vit le maréchal Lefebvre dans la journée du 9, et promit de concerter sa marche avec la sienne. Mais, le lendemain 10, craignant un voisinage qui pourrait le priver encore de la division Villatte, il se hâta de pousser à outrance l’armée de Blake jusqu'à l’entrée des gorges de la Biscaye, les franchit à sa suite saus perdre un instant, et vers la seconde moitié du môme jour arriva de l’autre côté des monts, près d’Espinosa, petite ville qui était importante par sa position, car elle so trouvait placée au point d’intersection de toutes les routes de la plaine et de la montagne. (Voir la carte n° 43.) D'Espinosa, en effet, on peut se rendre par une grande route soit à Bilbao, soit à Santander, si on veut aller de la plaine à la montagne ; et si au contraire on veut descendre de la montagne dans la plaine , on peut encore se rendre par une grande route soit à Villarcayo t soit à Kcinosa, et gagner ainsi ou Burgos ou Léon. C'était donc la peine pour le général Blake de s’arrêter à ce point et de le disputer opiniàtrément. C’était aussi la peine pour le maréchal Victor d’y combattre afin de s’en emparer; il comptait d’ailleurs être rejoint, s’il en avait besoin, par le maréchal Lefebvre, quoiqu'il l’eut quitté sans le voir et sans le prévenir. Le maréchal Lefebvre l’avait suivi dans la môme vallée, tenant une route parallèle, mais un peu à gauche et en arrière, et fort blessé de ce que son collègue, parti à l’improviste, ne lui avait rien dit ni fait dire au sujet des opérations à exécuter en commun. Heureusement, un seul des deux corps français, lancés à la suite de Blake, suffisait pour l’accabler, tant étaient mal organisées les troupes espagnoles, et irrésistibles celles que Napoléon venait de faire entrer en Espagne.

Le maréchal Victor, arrivé devant Espinosa de los Monteros vers le milieu de la journée du 10, y trouva le général Blake en position sur des hauteurs d’un accès difficile, et que celui-ci avait occupées avec assez d’intelligence. Il lui restait environ 30 ou 32 mille hommes sur les 30 qu’il possédait en remarchant vers Balmaseda, et 0 pièces de canon qu’il avait, non pas amenées avec lui, mais reçues de Reinosa, car il était impossible d’en traîner dans ces montagnes. Aucune des deux armées n’en avait avec elle, et on se battait sans artillerie et sans cavalerie, avec la fusil et la baïonnette. A peine pouvait-on se faire suivre par quelques mulets afin de porter du biscuit et des cartouches.

Le général Blake avait à sa gauche des hauteurs escarpées et boisées,

SOMO-SIKRRA.

vers son centre un terrain accessible, mais couvort-de clôtures, à sa droite an plateau assez élevé; moins toutefois que les hauteurs de gauche, boisé aussi, et adossé de plus & une petite rivière, celle de la Trueba, qui, sortait des montagnes , longeait tout le derrière de cette position. La ville d'Espinosa, traversée par la Trueba, était justement placée derrière le centre de l'armée espagnole. Le but à atteindre était donc d’enlever l'une ou l’autre des ailes de l'armée espagnole, de la pousser sur son centre, cl de jeter le tout dans Espinosa, où un seul point ne suffirait pas au passage d’une armée en fuite. L'heure avancée et les courtes journées de no* vembre ne donnaient guère l’espérance d'exécuter tout cela en un jour.

Le général Villatte, qui tenait la tète du corps du maréchal Victor, débouchant par la route d'Edesa, aperçut l'armée espagnole dans celle redoutable position avec ses six bouches à feu au centre de sa ligne. Cette armée ne paraissait pas dépourvue d'assurance, quoique toujours vaincue depuis le commencement des opérations. Le général porta en avant la brigade Pacthod, composée du 27' léger et du 63' de ligne, ordonna au 27' léger de replier les Espagnols sur les hauteurs auxquelles s'appuyait leur gauche, et prescrivit au 63' de ligne de se présenter en bataille devant leur centre pour le contenir. Avec la seconde brigade, composée du 64' cl du 65' de ligne, et commandée par le général Pulhod, il aborda le plateau boisé auquel s'appuyait la droite des Espagnols. Il fallait s'avancer sans artillerie contre une armée qui en avait, quoiqu'elle en eut peu, cl enlever toutes les positions & coups de fusil ou de baïonnette. Heureusement, le terrain boisé qu'on avait devant soi ne se prêtait guère à l'emploi d'autres armes que celles dont disposaient en ce moment les Français. Les soldats, de La Homana, placés sur ce plateau, se défendirent assez vaillamment, et à la faveur des bois firent un feu meurtrier sur nos troupes. Mais le général Puthod avec le 64* et le 65' franchit tous les obstacles, envahit le plateau , pénétra dans les bois , et en délogea les Espagnols , dont il culbuta quelques-uns dans la Trueba. Les autres se replièrent sans trop de désordre sur leur centre, adossé à la ville d'Espinosa. Tandis que notre brigade de gauche soutenait ce combat très-vif contre la droite de l'ennemi, le 27* léger de la brigade de droite avait tiraillé toute la journée avec les Espagnols au pied des hauteurs de leur gauche, et le 63* avait eu besoin de charger plusieurs fois à la baïonnette pour contenir leur centre. Ce combat ne laissait pas d’étre difficile , et aurait pu être chanceux avec d'autres troupes; car six à sept mille hommes en combattaient plus de trente. Mais le maréchal Victor, arrivé avec les divisions Kuffin et Lapisse, s'était hâté d’appuyer à droite ot à gauche la division Villatte, et allait même engager la bataille à fond , lorsque le brouillard s'élevant vers cinq heures empêcha les deux armées de se voir, el les obligea de remettre au lendemain la fin de celte lutte. Les Espagnols, selon leur coutume, croyant

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