LIVRE XXXIII. — NOV
être victorieux , parce qu’ils n’avaient pas été entièrement vaincus, allumèrent des feux en poussant des cris de joie, et en proclamant leur victoire. Leur satisfaction devait être de courte durée.
Le maréchal Victor, le lendemain 11, dès la pointe du jour , recommença la bataille pour la rendre cette fois décisive. Il comptait dans ses trois divisions dix-scpt ou dix-huit mille hommes d'infanterie présents sous les armes, et c’était plus qu’il ne lui en fallait contre les trente et quelques mille Espagnols qui lui étaient opposés. Dès la veille il avait fait remplacer les 94* et 95* de ligne, qui s'étaient battus toute la journée, par le 9e léger et le 24* de ligne de la division Ruffin, appuyés en arrière par le 96e de ligne. Ces trois régiments du général Ruffin , remplaçant la brigade Puthod , devaient achever la victoire à notre gauche sur le plateau adossé à la Trueba. Le général en chef avait chargé la première brigade de la division Lapisse, commandée par le général Maison, l’un des officiers les plus intrépides et les plus intelligents de l’armée française, d’appuyer à notre droite le 27', de déloger les Espagnols des hauteurs escarpées et boisées sur lesquelles était établie leur gauche , et de les en précipiter sur Espinosa, où il ne leur resterait pour fuir que le pont de cette ville. Au centre il avait fait soutenir le 63* du général Villatte par le 8e de ligne, de la division Lapisse. Il avait gardé en réserve le 54*, dernier régiment de la division Lapisse, pour le porter oii besoin serait.
Dès la pointe du jour, le général Maison se mettant en marche à la tête du 16* léger, qui rivalisait d’ardeur avec le 27* léger du général Villatte, gravit sous un feu plongeant les hauteurs qui étaient & notre droite, les emporta à la baïonnette, tua aux Espagnols plusieurs généraux, un grand nombre d’officiers et de soldats, et, secondé par le 45*, les eut bientôt culbutés sur leur centre , c’est-à-dire sur Espinosa. Au même instant le 63*, que commandait le brave Mouton-Duvernet , et le 8* poussaient les Espagnols de clôture en clôture, sur le terrain abaissé et étendu qur formait lo centre de la position. \os soldats, enlevant un mur de jardin après l’autre, acculèrent enfin les Espagnols sur Espinosa, au moment où le général Maison les avait déjà refoulés sur le même point, et leur prirent leurs six pièces de canon. La brigade de gauche, conduite par le général Labruyère, avait également achevé sa tâche, et resserré dans un enfoncement de la Trueba la droite des Espagnols, où celle-ci s’était accumulée en une masse profonde, qui présentait la forme d’un carré plein , apparemment pour mieux résister au choc de nos troupes. L'ennemi , repoussé de tous les points à la fois sur Espinosa, finit par tomber dans une affreuse confusion, fuyant en désordre dans tous les sens, ici s'accumulant au pont d'Espinosa pour le passer, là se précipitant dans le lit de la Trueba pour la franchir à gué. Alors, au lieu d’une retraite, on vit une déroute inouïe de trente mille hommes, épouvantés, se pressant les uns sur les autres, et