CHAPITRE I
Le parleiDCOt informé de la mort du roi. — Le comle de Soissons gouverneur de la NormaQdie. — Agitation dans le Colenlin. — La reine gouvernante de la Normandie. — États généraux de 161 A. — Seconde prise d*armes des princes.^ Les gens de guerre dans le Coientin. — États provinciaux de 1617. — La gabelle; la tangue; la navigation sur la Vire; les paluds et marais. — Détresse du Coleulin. — Meni^cs du gouverneur, le duc de Longuevillf*. — Siège et réduclion du château de Cacn. - La BasbC- Normandie paciGée. — 1610-1620.
La nouvelle de la mort du roi était parvenue en Normandie avec une rapidité extrême. Le parlement en avait été informé dès le lendemain, 15 mai^ à quatre heures du
matin, par cette dépêche laconique : « Le Roy est mort , il « fut le jour d'hier frappé à mort dans son carosse (1). » Le sentiment de stupeur fut général. Chacun comprit que la France était subitement rejetée dans les soml)res incertitudes de Tavenir. Au premier moment, les partis semblèrent s'associer dans un commun désir de conciliation et de paix ; ils laissèrent la reine prendre la régence. Les gouverneurs^ lieutenants généraux et capitaines des principales villes, qui étaient venus à Paris, à l'occasion de son sacre, furent immédiatement renvoyés dans leurs commandements respectifs. Le maréchal de Fervaques retourna à Rouen; MM. deMontbazon et de Brissac reprirent le chemin de la Basse-Normandie et de la Bretagne (2).
Le calme n'était qu'à la surface. La guerre implacable des intérêts, des ambitions et des haines était prête à éclater au premier signal et sous le plus futile prétexte. « Chacun, suivant l'expression de l'un des principaux « acteurs de ce temps (3), chacun songea à ses affaires: « La reine à établir son autorité; les ministres d'État à « maintenir la leur, en appuyant la sienne, comme la plus a facile et autorisée, à cause de l'absence du premier » prince du sang (Condé) ; de l'imbécillité du deuxième u*(Gonti) et de la mauvaise intelligence du troisième (le « comte de Soissons), avec eux; et les autres grands, à se « relever de l'abaissement auquel le règne précédent les « avait soumis. » Tous s'élancèrent à la curée. La régente crut les apaiser en leur donnant de grosses pensions, et en les nommant aux charges de l'État. Rien ne les satisfit (4).
(1) Reg. seer., t. XVIIÎ, f" 25.
(2) Mém, de Pontcharlrain (édil. Micbaud), p. 298).
(3) Mém. du duc de Rohan (même édit.), p. 693.
(4) Mém, de Pontcharlrain^ p. 929.
Les protestanls, de leur côté, ne songèrent qu*à reconquérir le terrain qu'ils avaient perdu, au moyen de la confusion où le pays allait retomber. On les autorisa à se réunir à Saumur. Ils n'en furent pas mieux disposés.
Le comte de Soissons exigea le gouvernement de la Normandie, le plus important de tous par sa situation et sa richesse (1). Le prince y avait de nombreux partisans ; il comptait marier sa allé aînée au duc de Longueville, qui possédait, dans le Gotentin, d'immenses domaines. 11 s'imaginait aussi que, maître de Quillebœuf et de Pont-de- TÂrche, il aurait Paris à sa discrétion (2).
Le nouveau gouverneur fit son entrée officielle dans sa ville capitale, le 10 décembre lôlO, au milieu d'un grand concours de peuple (3) ; son ambition s'en accrut. Persuadé que la cour n'oserait lui rien refuser, il demanda que le maréchal de Fervaques lui remît, sur l'heure, la place de Quillebœuf. Le maréchal, déjà très-mécontent qu'on lui eût enlevé la lieutenance générale, s'y refusa.
Cette querelle troubla moins la Basse-Normandie que celle gui, l'année suivante, éclata en Bretagne entre le duc de Retz et le maréchal de Brissac. Il se ût des assemblées dans le Gotentin. Les gentilshommes convoquèrent leurs hommes; ils se disposèrent à passer dans la province voisine, et à s'y mettre au service de l'un ou de l'autre des adversaires (4). Ge fut comme un prélude des troubles qui remplirent les premières années du règne de Louis XIII. Les populations du littoral saisirent cette occasion de revenir à la piraterie. Avec la connivence des
(i) Henri IV ne voulant pas donner le gouvernemeiil de la province à Tun des princes, y avait nomniC* son Ois le Daupiiiii, devenu Louis XIII, avec Fenraques pour lieutenant.
(2) Mém, de Fonienay-HareuU (cdit. Michaud), p. 39.
(8) Beg. Bec, t XVilf, f"* 39, àO et àà.
(&} Mém, de Ponleharlrain^ p. 316,
juges et des officiers de rarairauté, « elles trafiquèrent du a produit des prises, déprédations et voleries sur mer au <i préjudice de l'honneur de la province » et au mépris des règlements qui avaient été arrêtés par l'Angleterre, la Hollande et d'autres puissances maritimes. Le scandale fut si patent, que les députés des États provinciaux le dénoncèrent dans leur cahier (1).
La cour était un foyer d'intrigues et de rivalités aussi ardentes dans leurs manifestations que méprisables dans leur but. Le duc de Rohan, à la tête des huguenots, commença le mouvement dans la Guyenne et laSaintonge. Le comte de Soissons revint à la charge, et réclama impérieusement Quillebœuf. On négocia. — Fervaques consentit à résigner son commandement ; mais on le donna à M. de Fouques. Le prince eut un accès de colère ; il fut pris d'une fièvre violente qui l'emporta, en peu de jours , au mois de novembre 1612. Cette fois , la régente se nomma elle-même gouvernante de la Normandie, avec Fervaques , en qualité de lieutenant-général (2).
Nous n'avons pas à entrer dans le récit des faits qui appartiennent à l'histoire générale. Bientôt , on le sait, le prince de Condô, le duc de Bouillon et le duc de Longueville se retirèrent de la cour et prirent les armes. Concini, déjà marquis d'Ancre, devint maréchal de France (1613). La reine espéra que la déclaration de majorité de son fils, qui avait 13 ans, et la convocation des États généraux, lui aideraient à surmonter les difiîcultés du moment.
Au nombre des 4(34 députés qui s'assemblèrent, à Paris, le l'i octobre IGM, figuraient comme représentants du Cotenlin : rêvèque dWvranches , François de Péricard ,
;i) Cahiers tUs États tUî 1611, l. I, p. 218.
(5) 1/rwi. (le t'onteHoti'Mtir»^ p. 61. l*"cTvaqucs mourut «u mois d'octobre 4613 et fui remplacé par le duc de Moblbazoïi.
pour le clergé; Messire Henri Anquetil , chevalier de St- Vaast, pour la noblesse; et Jacques-Germain d'Arcanville, sîeur de La Conté, avocat à Carentan, pour le tiers-état (1).
Ces États furent les derniers, si Ton ne compte pas ceux qui, 175 ans plus tard, conduisirent les funérailles de la monarchie. Ils furent tout aussi inutiles que les autres (2). Dans la longue analyse que nous a transmise Florimon de Rapine, il n*est mentionné, parmi les députés du Gotentin, que Tévêque d'Avranehes, qui, le 31 octobre, vint, assisté de quatre ecclésiastiques, prononcer, devant le tiers-état , un sermon sur la préparation à la communion (3).
Le cahier présenté par la Normandie n'était que la reproduction des articles que les États provinciaux inséraient chaque année. Nous rappellerons, plus loin, ceux qui intéressaient le Cotentin (4).
La session était à peine close (24 mars 1615), que l'agitation recommença: — à Paris, par les remontrances du parlement; — et , en province, par une seconde prise d'armes, que les princes provoquèrent, après avoir, au mois de mai, de nouveau quitté la cour.
On vit alors reparaître ces bandes de prétendus hommes de guerre, qui ne vivaient que de vols et de maraude, et
(1) Le bailliage de Caeti fut représenté par Tévéquc de Bayeiix, messire Jacques crÂngeDiiés; Jean de Longaunay, seigneur de Dan:igny, gouverneur de Carenian; Guill. Vauquelin de La Fresnayc, président au siège prêsidial, et M* Abel Olif ier, sieur de La Fontaine, Tun des syndics de Falaise (Masse- ▼ille. t. VJ, p. 78).
(2) DesÊtats gén,^exc,, L\\]f p. 407. Le jour de la réunion générale (37 octobre), il y eat une si grande conrusion, que les députés mécontents disaient: ■ que la France étoit incapable d^ordre i> (îd. liiid., p.OO).
(3) Des Étals, L XVI et XVH.
{h) Recueil de pièces concernant CHist, de Louis Xlllj par Le Coinlei t. I, p. 136 et suiv. { Paris, 1716 ).
qui trouvaient facilement, parmi les gentilshommes campagnards^ des chefs et des complices. Les levées assez importantes faites, au nom du roi, en Basse-Nornandie, n'en diminuèrent pas sensiblement le nombre (1). On ne put convoquer les États de la province. Le parlement s'en émut. Vers la fin du mois d'août 1615. il rendit un arrêt qui enjoignait aux officiers du parquet d'empêcher les enrôlements non autorisés par commission royale ; — de signaler les noms et prénoms des hommes qui auraient pris les armes malgré cette défense, et d'indiquer les capitaines sous lesquels ces hommes se seraient engagés (2). Le duc de Montbazon se rendît au palais ; le premier président lui communiqua les plaintes qui lui étaient arrivées de toutes paris sur les excès commis par ces perturbateurs de la paix publique. Le duc répondit que le roi lui ayant donné pleins pouvoirs, il avait, depuis plus de trois semaines, pris les mesures convenables et qu'il priait la cour de ne pas « entrer en délibération sur <c ce qui dépendoit de ses attributions (3), »
11 n'était que trop évident que le lieutenant-général, même avec l'aide du grand prévôt et de ses archers, avait été impuissant à réprimer les exactions et les meurtres qui se commettaient sur presque tous les points de la province. C'était du côté de la Bretagne que les habitants avaient le plus à souffrir.
Un mémoire, adressé du comté de Mortaîn au parle-
(1) Un seul capitaine, nommé des Portes, usant de Tiofluence de sa sœur, abbessede Sie-Trinité de Cacn, avait pu lever dans ie pays douze cents hommes • fort lestes », qu^il emmena en Picardie (Ment, de Fontenay^ p. 90). Trois compagnies de gendarmes appartenant à MM. de Bellefonds, fils du gon* vemeur de Caeii, d^Ëscoville et du Ponl-Hérouvillc, partirent aussi au mois de septembre 1615 {Journ» de Simon Lemarchand, ms., P 53 ).
(2) Reg, sec, t. XVIII, f*»» 272.
(3} Ib'ut., ibid., P 282 et suiv.
ment, entrait dans les détails les plus précis. Un sieur de La Selle, capitaine de cent carabins, s'était associé avec de Pierrepont , Le Cygne , le baron de Larchamp , La Vayrie et plusieurs autres. Ils avaient formé une troupe de quatre à cinq cents bandits, avec lesquels ils exploitaient le Tilleul , Husson et St-Cyr. Ils se moquaient des sauvegardes, disant que le roi avait assez de peine à se défendre lui-même, et s'avouant de M. de Vendôme, qui leur avait donné département, c'est à dire licence de traiter le Cotentin en pays conquis. La direction paraissait leur venir d'un capitaine de La Forest, qui résidait à Pontorson. Mongommery protestait de ses sentiments de fidélité ; mais ces hobereaux, huguenots pour la plupart, n'y croyaient guère, et se vantaient d'appartenir à un seigneur dont le bras était plus long que le sien. Il était facile de deviner qu'ils entendaient parler du prince de Ck)ndé (1).
L'Avranchin n'était pas plus épargné que le comté. A Cuves, un capitaine Vimont Bras-de-Fer s'était établi avec cent vingt hommes : il prétendait aussi appartenir au comte de Montgommery. De Pierrepont était revenu & St-Georges-de-Livoye, avec ses quatre compagnons, et coniisquait, partout où il passait, l'aident du roi et les biens des particuliers (2).
On attribuait à Montgommery le dessein de s'emparer du château de Mortain; dessein qui se rattachait probablement aux projets du duc de Vendôme sur la Bretagne. Le baron de Poiley, quoique fils du bailli du lieu, n'agissait pas mieux que les autres. On le soupçonnait d'être en parfait accord avec le seigneur de Ducey. Un mémoire
(1) Arch. de la Manche, luvenl. som,, séiie A, m'^SO?. — Ann. 1G15 et
tS) Ibid., iMi/.,n«597.
spécial dévoilait ses méfaits et en sollicitait le châtiment: outrages , meurtres , viols , blasphèmes, rien n'y manquait (1).
C'était en vain que les procédures commencées depuis plusieurs années multipliaient leurs actes pour arriver à la démolition des châteaux et maisons fortifiés pendant les guerres (2). Personne n'obéissait aux mandements de justice. L'anarchie était complète. Le traité de Loudun (6 mai 1616), pe la fit pas cesser; il encouragea plutôt la minorité protestante, qui se mettait au service de la turbulence séditieuse des princes et en profitait. De part et d'autre, les intrigues et les armements continuèrent.
Il n'y avait aucune sécurité dans les campagnes. Les deniers publics ne pouvaient être transportés sur les routes sans des escortes d'archers. Nous voyons dans les registres du Bureau des finances (année 1616), des ordres fréquents donnés à l'effet d'apporter à la recette générale, à Gaen, le produit des impôts des élections de Mortain, Avranches, Vire, Coutances, Valognes, Carentan et Sl- Lo (3). Le « visbailli » (4) de Caen, suivi de son greflierou d'un commis aux tailles, et accompagné du nombre de soldats qu'il jugeait nécessaire, allait de ville en ville, et recueillait, en passant, les sommes encaissées par les receveurs particuliers. Ce mode de procéder, qui, d'ailleurs, était général et avait été réglépar un arrêté du conseil pris
(1) Archives He In Afaiicbo, Invcnt, 50m., série À, 11' 599.
(2) Id., f&iU,ii"65i &659.
(3) Reg. du ^ur , etc., année 1616, t" 36, AO, 142, iih, etc.
(&) Les visbaillift, depuis Tédît de mars 1605, avaient remplacé le prévôt provincial. l\ y en avait un par chacun des sept bailliages ; ils étaient lieutenants de robe courte, et avaient, sous leurs ordres, vingt-huit archers attachés k leur personne, plus huit ou dix par bailliage, et sept qui n^avaient pas de gages {Cah, des Étais sous HenrilV^ f. II, p. 371 cl 374).
à Bordeaux , le 13 octobre 1615 (1) , entraînait le trésor dans des frais considérables. Ainsi, pour une tournée de ce genre, faite, aux mois de février et mars 1616, dans les élections de Carentan et de Bayeux> les salaires du visbailli, du greffier et des archers, s'étaient élevés à la somme de Sd4 livres (2).
Aucune des villes de la province ne s'était encore déclarée contre le roi. En Basse*Normandie, tout semblait dépendre du parti que prendrait la ville de Gaen. Ses habitants n'étaient point sans quelque inquiétude. Au mois de février 1616, ils avaient obtenu de M. de Matignon (3), l'autorisation de construire, de leurs deniers, au Faubourgl'Abbé, un mur et une barrière, qui les garantiraient de toute surprise du côté des Ghamps-St-Michel (4), car les alertes étaient fréquentes.
Au mois de mars, une bande nombreuse de soldats, répandus dans les environs de Gondé, pillait et brûlait les maisons des pauvres paysans et menaçait de pénétrer dans la ville. Le baron de Fiers, châtelain de Gondé, s'empressa d'avertir et d'appeler à son secours le comte de Torîgny ♦ lieutenant général ; le marquis de Beuvron , gouverneur de Falaise; M. de Bellefonds, gouverneur de Gaen, et les gouverneurs de Bayeux et de Vire. Le 17 du dit mois, M. de Bellefonds sortit de Gaen avec deux mille bourgeois bien armés. « un bon équipage de noblesse » et quelques riches habitants à cheval. Ils se réunirent à six cents hommes de Bayeux, venus à Torigny, où M. de Matignon avait amené ses deux compagnies: l'une de deux cents chevau-légers. et Tautre de cent hommes de
(i) Beg. du 6ur., etc., f* &0 Terso.
(2) lifid,, r* se, verso.
(9) Charles de Mniignon, déjà lieutenant du Cotentiii, avait été nommé bailli de Gaen, le 8 janvier 16 U {Cahier det Étatfi, t. I, p. 801, ù la note). (&) Htff. du bur,^ 1616, M S verso.
10 LES PBBMIBRS STUÂRTS
piecL *- Falaise avait fourni huit cents hommes et Vire quatre cents. Cette petite armée alla coucher au bourg d'Aulnay. Le lendemain, parvenue à Campandré, elle apprit que la bande s'était enfuie et dispersée pendant la nuit. M. de Bellefonds ramena ses gens, les remercia de leur zèle et les congédia. « Après, un chacun se retira en tt sa maison (1). <•
Goncini attachait beaucoup d'importance à être maître de la Normandie. Il en obtint la lieutenance générale, qui fut enlevée au duc de Montbazon (2), et reçut la promesse d'être nommé prochainement au commandement du château de Gaen, à la place de M. de Bellefonds, « parce qu'il « pensoit à des choses plus grandes, quand il auroit (( changé tout le conseil et seroit maistre de tout (3). » Les circonstances favorisèrent d'abord ses rêves de grandeur. Menacé par le prince de Gondé, qui alors était devenu le chef du gouvernement, il s'était retiré en Normandie, et avait fait, pendant Thiver de 1616, plusieurs voyages à Gaen. Il prit le commandement du château de cette ville, au mois de juillet ; il renvoya, au vif regret des bourgeois, M. de Bellefonds à Valognes. Il fit son entrée officielle le jeudi 25 août. Son lieutenant fut d'abord M. du Thier, puis le vicomte de Béthencourt (4). Ge fut à ce moment qu'il entraîna la reine à un acte de vigueur: Gondé fut arrêté et conduit à la Bastille, le 1" septembre. Les ducs de Vendôme, de Longueville, de Mayenne et de Bouillon s'étaient enfuis de Paris. Le maréchal d'Ancre y revint et reconquit son ascendant. Il
(1) Journ, de Simon Le Marchand, ms., f^ 56.
(2; 26 juillet 1616. L'enregistrement des lettres au parlement, est du 23 sept. {Reg.sec, t. XIX, r>26).
(S) Mém. de Fontenay, p. 102.
(Â) Ms, de Quens (n"113}, Journ. de Simon Le Marchand, f* 60.
BT RICHELIEU. 11
crut que rien ne pouvait plus désormais arrêter sa for* tune. Il avait compté sans les révolutions de palais et sans le guet-apens du Louvre, du 24 avril 1617.
Le favori du roi s'enrichit aussitôt des dépouilles du favori de la reine. Le duc de Luynes eut, à son tour, la lieutenance générale de la Normandie. Le chevalier de Vendôme, frère puîné du duc et grand prieur de France, eut le gouvernement des ville et château de Gaen, d'où M. de Béthencourt fut invité de sortir, par un exempt des gardes envoyé par le roi (i). Il n'y eut aucun changement dans le Gotentin (2).
Le nouveau lieutenant présida les États provinciaux , qui s'ouvrirent à Rouen, le 24 novembre 1617. A côté des remontrances d'un intérêt général, nous croyons devoir en signaler quatre qui concernaient particulièrement le Gotentin. Elles étaient relatives: l^" à la gabelle ; 2^ à l'exploitation de la tangue; S"" à la navigation de la Vire et à la répression de la piraterie; et, 4'* aux droits d'usage et de pâture dans les paluds et marais, qui s'étendaient sur une vaste superficie, dans les bailliages de Gaen et du Gotentin. Ghaque année, depuis longtemps, ces remontrances étaient présentées par le tiers-état, sans que jusque là il y eût été fait droit.
Sur le premier point, les députés ne demandaient pas Tabolition de la gabelle ; l'état des finances la rendait impossible ; mais ils suppliaient le roi d'adoucir, au moins, les rigueurs intolérables qui en accompagnaient la per-
(1) Joum, de Sim, Le Marchand, ^ 68.
(3) Les lettres pateules sont du 27 a?ril i6 il {Rtg, du ^ur., ann. 1617, f» 7& )• M. de Bellefonds, resté gouverneur de Valognes, fut établi comme lieuteDant du chevalier de Vendôme jusqu'au mois de février ou mars iOiS. A celte époque, H fut remplacé par le sieur Parisot {Reg, du bur.t su p. cit., f«8 et 33 verso) qui représentait le sieur Prudent (ms. n* i03 in-f de la Bîbl. de Caen ).
ception : 1® en supprimant les archers du sel, « gens de « sac et de corde, qui volent, pillent et ravagent le plat « pays et y font plus de mal que des ennemis en pleine « guerre (1) » ; et 2^ en permettant d'employer, à la salaison des poissons de mer, le sel blanc, — le seul qui fût en usage dans la contrée (2).
Sur le second point, les cahiers réclamaient, en faveur des habitants du littoral, la liberté de « lever la tangue », qui n*est autre chose que du • sable propre à engresser et fumer a les terres n, sans être astreints à payer « certaine somme « que, depuis peu, quelques ungs, de leur authorité privée « et soubs prétexte de leurs flefs, s'efforcent d'extor- « quer (3). »
On sait quelle est encore aujourd'hui, pour Tagriculture, dans le Gotentin, Tiniportance de l'engrais de mer dont il s'agit ici. Son emploi remonte à une époque trèsreculée, puisqu'on le trouve déjà mentionné dans les chartes des XI' et XII® siècles (4). En 1617, on prétendait que « la nature l'avoit fait commun à tous », au même titre que la mer elle-même. Les commissaires du roi furent de cet avis, et l'article fut accordé. — Cette solution,
(1) Cahiers dot Étals, etc., t. T, p. 9, 38, 76, 426, etc.
(2) Ibid,, t. I, p. 160. Un arrêté du conseil, du 81 janvier 1606, n'autorisait IVmploi du sel blanc que pour la salaison du beurre et da fromage. La viando préparée avec du sel de celte qualité était saisie et confisquée. Or, dans le bailliage du Colenlin, la vicomlé de Vire, les sergcotcrics d'Isigny, de St-Clair-les-Vès et de Torigny, Tusngc du sel blanc était seul permis. Nous avons dit, ailleurs, que ce. sel était fabriqué à peu près exclusivement dans Télection d^Avranches ( voy. DicL universel de commerce, par Savary des Bruslons, \^ Gabelles, — Cah, des Etats sovs Henri IV, t. Il, p. 336 ).
(3) md„ t. I, p. 4 59.
(4) Du domaine maritime sur le littoral normand et spécialement dans ta baie deLessay, par C.-L.-J. Botlin, juge de paix du canton de Carentan. -^ St-Lo, 1S67. — Broch. in-S» de 127 pages.
équitable en fait, était, en droit, absolument contraire aux usages consacrés par les actes les plus authentiques. Il était incontestable que, de temps immémorial, les grèves étaient considérées comme une dépendance < du petit « domaine i> de Tétat, et avaient pu être concédées aux seigneurs et aux abbayes du pays, qui prélevaient une dime sur les sables « levés » dans les limites de leurs domaines. Il est certain, d'autre part, que, malgré Tavis des commissaires, ce droit continua, pendant longtemps encore, d'être perçu dans les baies du Mont-St-Michel» de Lessay, des Veys, etc. (1).
Sur le troisième point, les états se plaignaient des entraves apportées à la libre navigation de la Vire par les riverains, qui élevaient des barrages ou qui exigeaient un tribut des bateaux qui transportaient, par cette voie, des marchandises ou des engrais de mer. Cette question se rattachait à celle du commerce de la presqu'île avec Gàen, Le Havre, Rouen et Paris, et touchait aussi à celle de la navigation et de la pêche maritimes. On rappelait au roi que « la grandeur de son royaume ne consistoit pas seule* « ment en la terre ; mais aussi par toute l'étendue de la « grande mer Océane ; » que les lois faites par ses prédécesseurs, en vue de la protection des marins et navigateurs, étaient mal gardées; que la piraterie était préférée au loyal trafic, et que tant d'abus se commettaient le long des côtes, que Tindustrie de la pêche, qui était le seul moyen d'existence d'une foule de personnes, serait bientôt anéantie (2). Il était avéré que les pirates barbaresques, encouragés par les Hollandais, venaient de Tunis,
(4) Du domaine marit*, €te,t p. A &. — Accord passé, le 2 juin 1539, et renouvelé, le i6 août 4673, entre les paroissiens de Sl-Seuveur de l'ierrepont cl Cau ville et l'abbaye de Lessay, qui percevait un bobseau d^avoiue par an sur chaque cbarrelle levant de h tangue.
(2) Cah, des États, t. I, p. d6, 33, 37, hG, 86 etiSO.
14 LES PREMIERS STUÂRTS
d'Alger et de Salle (1), jusque dans la Manche, exercer leurs déprédations (2).
Le quatrième et dernier grief, articulé au nom du Cotentin, avait son origine dans la cession consentie, par Henri IV, au comte de Soissons, des vastes paluds et marais qui s'étendent, à travers la presqu'île, depuis les Veys jusqu'au littoral opposé. Une commission avait été chargée par les héritiers du prince de vendre ces terres. Il résultait de là qu'un grand nombre de paroisses étaient exposées à perdre leurs droits de pacage, de pêche et de chasse, qui étaient leurs principales ressources. Les réclamations furent pressantes. Le gouvernement parut y faire droit. En 1617, il nonlma sept députés des trois ordres qui eurent mandat de négocier une transaction « au profit « du public le mieux qu'il seroit possible et à meilleur a marché que faire se pourroit (3). Rien cependant n'était encore arrêté plusieurs années après. La commission fut maintenue par le conseil, sous la condition que les inféodations n'auraient lieu qu'au fur et à mesure du dessèche-
(1) Chellah ou Sebilah, la Sella des Romains, ville du Maroc ( Cah, des États, U I,p. 56).
(S) Au commencement de 1620, plusieurs navires turcs, entrés dans la Manche, furent assaillis par une tempête ; Tun d*eux fut poussé sur les eûtes du Cotenlin, au liavre d'Omonville, et fut pris par les habitants. L*équipage fut conduit dans In prison de Vaiognes et le capitaine condamné à être pendu. Il porta appel devant le parlement qui, sur Tordre du roi, rendit un arrêt de sursis ( lUg. secr., L XIX, ^ 130 ). Les pères Mathurins réclamèrent tes captirs pour les échanger contre des chrétiens. Un récit de cet événement fut imprimé sous ce titre : « Histoire véritable des vingt et trois c Turcs qui ont eiti pris sur mer en Basse-Normandie, voUans, pillans c plusieurs navires et sont prisonniers à Vallognts, A Paris, chez la veuvfve « du Carroy, rue des Carmes, à C enseigne de la Trinité, M DC XX avec permission, • Plaquette de 8 p. in-S» ( Biblioth. nat. I^éserve).
(S) Cah. des États, 1. 1, p. 67, 99, 189 et 165. Le texte de la procuration donnée par les États se trouve à la page 823 du même volume*
ment despaluds et marais, ëq attendant Texécution de ce grand travail, les habitants des paroisses intéressées furent autorisés, en 1620, à offrir au comte de Soissons et à sa mère, « une honnête récompense », en échange de leur renonciation au projet qui avait causé dans le pays une si profonde et si longue émotion (1).
Le temps, il faut le reconnaître, n*était guère favorable à la solution de ces questions économiques. Les « brouillons », selon le mot de Louis XllI, occupaient la scène politique et paralysaient les forces vives de la France. Le gouvernement, livré à un favori aussi avide et aussi incapable que celui qu'il remplaçait, voyait se perpétuer les mêmes intrigues et les mêmes désordres. C'étaient aussi les mêmes cris de détresse dans les provinces épuisées par les impôts , éprouvées par de mauvaises récoltes et des maladies contagieuses , et incessamment parcourues par des troupes armées.
Au mois de janvier 1619, la ville d'Avranches, en considération de son extrême appauvrissement, sollicitait la décharge d*une contribution dont elle avait été frappée (2). Coutances présentait la même requête, fondée sur ce que la population de la ville n'était composée que de « gens « manouvriers » , qui gagnaient leur vie « à la peine de « leurs bras », et sur les ravages causés par un incendie qui, dans le courant de Tannée précédente, avait consumé plus de deux cents maisons (3). La paroisse des Biards, de l'élection de Mortain, dénonçait les exactions des agents
(4) Cah, des États , 1. 1, p. i92, et t. II, p. 16. La somme à verser, par les paroisses intéressées, à la comlcsse de SoissoDS, fbt Gxée à 150,000 livres, payables par quart, eu quatre années. Le dernier quart parait n*avoir été payé qu'en 4638 {Reg, du bur,, ann. 1626, P> 56 ; — 1630, P» 8 ; — 1631, ^ 89 ; — 1686, P ùO , 62, 65 et 115 ; — 163Â, C 65).
(3) Reg. dubur., ann. 1619, ^ 1.
(3) JW., ^ 3, janvier 1619.
du ûisc qui, « par animosité el appétit de vengeance », la surchargeait, depuis vingt ans, d'impôts toujours croissants, alors que plus des deux tiers des héritages et une quantité d'habitants étaient exempts de la taille (1).
Le duc de Luynes n'avait pas conservé longtemps la lieutenance générale; il s'en était démis, au mois de juin 1618, et avait été remplacé, au mois de novembre suivant, par le colonel des Suisses, Jean-Baptiste d*Ornano, marquis de MonUor, etc., qui présida les États ouverts à ce moment (2).
A la suite de son exil à Blois, de sa fuite à Ângoulôme et de sa réconciliation éphémère avec son fils, Marie de Médicîs renonça définitivement au gouvernement delà Normandie. Il fut donné à l'un de ses partisans, Henri d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville (3). C'était livrer la province qu'il importait le plus de maintenir dans le devoir. Déjà, nous l'avons vu, le château de Gaen, la clef de la Basse-Normandie, était entre les mains du grand prieur de Vendôme «i dont la reine faisoit tout ce « qu'elle vouloit (4). »
Les conséquences de ces choix, évidemment imposés au duc de Luynes, apparurent bientôt. — Très-influent dans le Gotentin, où sa famille possédait, depuis plusieurs siècles, les opulents domaines de Bricquebec et de Hambie (5), lié avec la plupart des gentilshommes, par les rapports fréquents de voisinage, le duc de Longueville
0) Rcg. du bur., 1619, n> 103; — 30 déc 1619.
(2) Les lettres patentes de iiomiiiatioa sont du il nov., et renregistremeot est du 20 [Reg, du Our,, ann. 1618, f^ 96 verso).
(3) Les lettres patentes furent délivrées au mois de déc. 1619. Le duc prit séance au parlemi/nt, le 10 janvier suivant [Reg, seCf ms. t. XIX, P 128).
{à) <l/êm. de Fontenay, p. ihà*
(5] Les anciens chdieaux (op. Mcm, des antiq,, 1834, p. 246).
Et RICHELIEU. 17
s'efforça, par ses « pratiques et ses menées (1) », de les engager dans le parti des princes alors réunis à Angers. « En Normandie, tout branloit pour la reine (2). » Le Gotentin n'était pas la partie la moins troublée de* la province « qui s'en alloit entièrement perdue (3). »
Le comte de Torigny, lieutenant général du bailliage, en même temps que capitaine des villes et châteaux de Cherbourg et de Granville, était cousin du duc gouverneur. Montgommery tenait toujours Pontorson. M. de Bellefonds était à peu près le seul qui se fût ouvertement déclaré pour le roi. Il avait, à ses frais, réparé le château de Valognes, dont il avait le commandement, et qui n'était plus habitable (4). Les gens des campagnes, effrayés des menaces de guerre civile qui se dressaient devant eux, abandonnaient leurs villages et ne payaient plus la taille. Les sergents étaient tellement (c travaillés par les élus », qu'ils refusaient de se charger du recouvrement de cet impôt (5). Des troupes de pillards reparurent dans les environs de Mortain. On signala, à ce moment, un sieur de Chevreville, qui avait rançonné St-Hilaire-du-Harcouet et les paroisses environnantes, avec 50 à 60 bandits (6).
Tout cela décida le conseil à commencer par la réduction de la Basse-Normandie, afin de ne rien laisser derrière Paris, pendant que l'armée marcherait sur la Loire.
La ville de Caen, très-heureusement, était loin d'être
(1) Mém* de Pontchartrainf p. hih*
(2) âiinu de Rohan, p. 516.
(3) Déclaration da roi du 38 juillet 1630 (ap. Rec, de pièces^ i. II, p. 263). {à) Reg. du bur.y 1620, P>« 30 et &6. La dépense s'était élevée à 9,i66 liv.
qui forent remboursées au capitaine (Arcli. Calv., InvenU iom,^ sér. C, n* 1699).
(5) Reg, du bur,, 1626, f»* 78 et 98. Reqnêlcs des recev. des tailles de Carentan et Alençon des 7 août et 31 oct. 1630.
(6) Ardi* de la Manclie, /nv« somm^^ sér. A, a* 601*
18 LES PRAMIERS STUÂBTS
hostile au jeune roi. Elle était prête à lui ouvrir ses portes , mais elle était tenue en respect par les canons du château. Le chevalier de Vendôme en avait confié la garde à son ancien précepteur^ nommé Prudent, « plus accou- (< turhé^ comme fils d'un maçon, à ouïr le bruit des mar- « teaux que celui des canons (1) ^ , et qui << vivoit en « mauvais ménage avec les bourgeois et les menaçoit de « la ruine (2). »
La présence de Louis XIII amena vite la reddition de la forteresse (17 juillet 1620) (3). Le marquis de Mauny remplaça le Grand prieur et porta la garnison à 250 hommes, tant français que suisses (4).
Ce succès arrêta tout mouvement dans le Cotentin. Plusieurs des gentilshommes, dont on suspectait, non sans quelques motifs, les dispositions secrètes, s'empres* sèrent d'accourir à Gaen, et d'assurer le vainqueur de leur fidélité. De Matignon, les deux de Bricqueville, de La Luzerne, de Beuvron, de Montgommery, furent de ce nombre. Toutes les yiUes de la presqu'île, ou pays bas, suivirent leur exemple (5). Le sieur Dumesnil fut chargé
(I; Mém. de Richelieu, p. 2S3.
{%) Journ^ île h^moreUnné, ms. MOI*
(3j Le récit dëUillé deoot 4piM>Uo, avec pièces fk Toppui, a étô publia par M. L. Puiscux dans les Métn^ de la Soc, des Antiq, de [form, (t, XXII, p. 27 et suiv.)* Aux documents cités, on peut ojouter : Le Narré du voyage du Roy en Normandie (ap. Atém, de il/. Alotât L I, p. 237) ; — Ventrée de Louis XII l à Caen, 4630 ; — Copie ms. d^une plaquette tréarrare publiée à Paris, en 1620, clicz Fleury-Bourriquant et intitulée : Le voyagé du Roy en Normandie et la réduciiQn du Chasteau de Caen à Cohéisêûncê âe S. M* (Bibliolh. de Caen, ms. in-As Q"* 3fia), et le récit du Mesrcwe françots, t VI, 2* part., p. 270 et SUIT.
{h) Reg, du bur,, 1620, ^ 77. Le château était en si mauvais état que les 250 hommes purent à peine y être logés*
(5) Mém» de Fonienay, p. iA8. — 'Moisevill^ t. VI, p. i09, Journal de Lemarchandf mSt f> 107*
ET RICHBLIËU. 19
de la surveillance des côtes de la mer (1). — L'armée royale put ainsi marcher jusqu'à la Loire sans rencontrer de résistance.
Avant de quitter la Basse-Normandie, le Conseil d'état jugea, cependant, utile de prendre deux arrêtés : — le premier, portant défense à tous les comptables « de payer « aucune somme pour gages, rentes, pensions, entrete- «c nements de garnisons ou autres deniers de quelque « nature qu'ils fussent, à ceux qui s'étoient élevés contre « Sa Majesté ; » — et, le second, ordonnant aux receveurs de recevoir, comme argent comptant, les quittances délivrées par les trésoriers de l'épargne et de l'extraordinaire des guerres, et maintenant les honoraires accordés par les ordonnances antérieures pour le transport, avec escorte, des deniers publics (2).
Le calme n'était point tellement assuré qu'on pût négliger les précautions qui avaient été prises jusque-là, et qui le furent encore pendant longtemps. Dans le mois qui suivit la soumission du château de Caen, nous voyons que l'escorte qui avait accompagné le transport des recettes des élections de Valognes, Carentan et Avranches, n'avait pas coûté moins de 283 liv. 10 sous (3).
(1) La commission est h la date da 20 juillet (IVfss. de M. de Ciianterc^ne, ap. Oitt, de* guerres, etc., p. 214 )•
(2) Reg, du 6iir., 18 jaillet 4630, f* 76. La reine, aux dates des 1 et 27 juillet, doDoa commission de lever des gens de guerre et des deniers (lUc. ée piècêê^ U H, p. 29& et 317).
(3) Reg.dHbur.^ ilaoC^t 1636, f> 70. L'ollicier cliargé des deniers était IMyé 6 Jîr., son grcflier, à iiv. 10 sons, et ciiaquc arclicr, 9 sous par jour. — Le Toyage avait duré neuf jours.
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