LA DESCENTE DE JÊSCS-GHBIST AUX ENFERS. 11 S
répondu que je n*a?ais pas le droit de déserter mon poste, les âmes auxquelles je puis et dois être utile, et que la seule con« dition indispensable c'est d'éviter toute équivoque, de crier sur les toits la vérité, de prévenir partout tous ceux à qoi Ton peut adresser la parole, que lire le Credo en chaire, c'est lire une page d'histoire et rien de plus.
Quant aux orthodoxes qui me dénient ce droit et me crient : Puisque vous ne croyez pas au Symbole des apôtres, sortez de l'Église », je réponds : « Sortez-en vous-mêmes, car vous aussi vous n'y croyez pas. N'essayez pas de me faire plier sous ce joug en refusant de le porter vous-mêmes. N'imposez pas à autrui , comme les scribes condamnés par Jésus, des fardeaux écrasants que vous ne voudriez pas remuer du bout du doigt (1). — En deux mots : si le Credo est une autorité dans TÉglise protestante, faites^vous catholiques : le Credo est catholique. Et s'il n'est pas une autorité parmi nous, en attendant qu'on en supprime la lecture comme l'ont fait déjà plusieurs de nos consistoires et de nos pasteurs les plus éclairés, n'en faites, je le répète, qu'une page remarquable de l'histoire de TÉglise, un monument qui a comme tout autre ses défauts et ses mérites; mais n'essayez pas de chasser vos frères avec une règle de foi à laquelle vous-mêmes ne croyez point et n'avez jamais cru. »
Je sais qu'en parlant ainsi je parais encore à quelques-uns d'entre vous trop modéré , trop conservateur. Bien des personnes seraient d'avis qu'il vaut mieux rompre avec une Église qui n'a pas rejeté le Credo, et en fonder une autre.
Je pourrais répondre simplement qu'en France, aujourd'hui, ne fonde pas une Église qui le veut , et cette seule réflexion devrait couvrir de honte les oppresseurs de la conscience. Mais il y a plus à dire : pour améliorer, soit l'Église, soit une institution quelconque , deux procédés sont possibles : le premier, que j'appellerai subversif^ consiste à tout abattre d'abord pour rebâtir après, si l'on peut. Le second, que je nomme progressif, consiste à améliorer , non ce qui n'est pas encore, mais ce qui est. Ce dernier procédé me semble seul légitime.
(1) Matth., xxiii^ H ; Luc,xi, 66.
au mSTOIRE DU CREDO.
C'est celui qu'autorise le ptus auguste des exemples : c*est celui de Jésus lui-même à Tégard de la religion des Juifs.
Ce procédé n*est pas seulement partout légitime; il est de droit dans TÉglise protestante, dans TÉglise dont la méthode est le libre examen, dont le nom historique est la Bé forme ^ dont Tavenir ne peut être que recul et déchéance si elle devient infidèle à son principe, ou progrès et vastes conquêtes si elle comprend ses devoirs sacrés envers le présent et Tavenir.
Nous demeurons donc dans TÉglise de nos pères pour Tamé* liorer, non pas révolutionnairement ou radicalement, mais progressivement et selon la loi même de son être. Nous ne trompons personne, nous repoussons avec mépris et horreur Téquivoque. Nous abolirons dès que nous le pourrons la lecture du Credo en chaire ; nous Tavons déjà fait en divers lieux, et tout en le lisant comme document d'histoire, en attendant qu'il soit partout supprimé, nous dirons à nos propres adversaires : Aidez-nous à le supprimer, puisque, comme nous, vous n*y croyez pas. Comme nous, comme Calvin et Bèze, vous niez tous, en fait, la descente de Jésus aux enfers (1).
(1) Nous lisons dans divers journaux protestants que, cette année, dans une fête religieuse célébrée avec éclat pour l'anniversaire séculaire de la fondation du collège de Gheshunt en Angleterre (séminaire créé par lady Huntingdon pour former des pasteurs orthodoxes, en dehors de l'Ëglise anglicane), on a remarqué avec surprise que dans la lecturesolennelle du Symbole des apôtres^ la descente aux enfers était à dessein omise (voyez le Record, du 13 juillet 1868, et le Lien du 18 juiUet 1868).
Dans certaines éditions américaines de la liturgie anglicane (Book of common prayer)^ à Tusage des épiscopaux des États-Unis, les mots : il est descendu aux enfers sont placés entre crochets pour indiquer qu'ils peuvent être supprimés à volonté {Unitarian Herald, July 31, 1838).
A Hambourg, le Protestantenverein (association protestante) s'est prononcé cette année pour la suppression de l'usage de ce symbole, par ce double motif que certaines assertions qui s'y trouvent ne peuvent être considérées comme l'expression des vérités de la religion chrétienne, et qu'il s'y trouve certaines paroles qu'il est inconvenant et dangereux d'expliquer aux enfants {Le Progrès religieux, Strasb., 20 juin 1868).]