LA DESCENTE I>£ JÉSUS-CHRIST AUX ENFERS
« Un troisième réformateur enfin usa d'une ressource beaucoup plus simple : Théodore de Bèze entendit par la descente aux enfers la descente au tombeau et le séjour du corps du Christ dans le sépulcre. Ce sens, que Calvin rejeta en propres termes dans sou Imtùution chrétienne (1), a cependant été généralement admis. C'est le moyen dont se servent la plupart des protestants de France^ orthodoxes (2) et libéraux , qui espèrent donner au Credo un sens protestant. Il est très-vrai que la sépulture de Jésus est mentionnée dans le Credo , mais elle Test en ces mots qui précèdent immédiatement ceux qui nous occupent aujourd'hui : Il a été enseveli. Sa descente aux enfers ne peut être une simple répétition de la même idée, et il reste constaté pour nous que cet article du Credo n'a jamais eu d'autre signification que la signification légendaire, mythologique, purement catholique , dont j'ai essayé aujourd'hui de vous rendre compte.
La conséquence à tirer de ces faits est à mes yeux manifeste : nous devons travailler à supprimer dans notre culte protestant l'usage du Credo catholique.
C'est à quoi j'essaye de contribuer en ce moment pour ma
(2) Le grand prédicateur Saurin en est un elcemple. On lit dans VAbrégé de la théologie de J. Saurin, nouv. édit., Amsterd., 1724, p. 101 :
a D. Trouvez-vous qu'A y ait de la conformité entre la doctrine des apôtres et ce qui est dit dans le symbole, que Jésus-Christ, après avoir été enseveli, est descendu dans les enfers?
» R. Si Ton entendait par ces expressions, que l'âme de Jésus-Christ est descendue dans le lieu des damnés, comme son corps a été mis dans le tombeau, j'avoue que cette doctrine n'aurait point de conformité avec celle des apôlres ; mais les apôtres nous ont enseigné qu'un homme d'Ârimathée, nommé Joseph, enveloppa le corps de Jésus-Christ d'un linceul, avec des senteurs aromatiques et qu'il le mit ensuite dans un sépulcre. C'est peut-être dans ce sens-là que les auteurs du Symbole ont dit que Jésus -Christ après avoir été enseveli est descendu aux enfers ; du moins cette proposition ne peut être contestée, quand on la prend dans le sens que nous venons de dire* »
i\i HISTOIRE DU CREDO.
part. Mais, en attendant ce résultat, tant qu'on lit le Credo le>n chaire, il n'y a pas do milieu entre être catholique ou considérer le Symbole dit des apôtres comme un simple monument historique de ce que fut la théologie du catholicisme entre le Y® et le VI® siècle, document qui, pour des protestants, des penseurs, des esprits cultivés et instruits, n'a aucune espèce, aucune trace, aucune ombre d'autorité. S'il en a, reculez jusqu'au catholicisme de Juslinien et croyez à toute la mythologie demi-païenne, demi-chrétienne de son temps; pourquoi rejeter alors les détails purement païens du dogme, Jésus au Tartare, Hadès ou Pluton épouvanté. Cerbère aux trois têtes chassé du seuil, Caroii même et sa barque? Mythologie pour mythologie, celle d'Homère vaut souvent mieux que celle des moines d'Orient on des évêques courtisans de Constaniinople.
Mais si vous ne voulez pas de ces fables, si vous en croyez Jésus lui-même disant du haut de sa croix qu'il allait au ciel, si vous en croyez le bon seus^ n'essayez pas de donner une autorité de mauvais aloi à un document catholique qui, pour des protestants, n'eu peut et n'en doit avoir aucune.
Or^ voici en ce moment ce qui se passe dans l'Église réformée de France. Des protestants orthodoxes qui, pas plus que Calvin et Bèze, ne croient à la descente aux enfers, essayent cependant de se faire du Credo un moyen de fermer l'Égiise aux pasteurs qui disent franchement qu'ils ne donnent au Credo aucune autorité, et que ce monument historique, impar fait dans ce qu'il dit et plus encore par ce qu'il omet de dire, n'est pour eux qu'un document du passé. — Il s'est rencontré malheureusement, parmi nos pasteurs les plus éminents et les plus pieux, quelques hommes scrupuleux à l'excès qui, par ce motif, sont rentrés dans la vie privée, ont cessé de servir l'Église par leur ministère et ont ainsi retardé et entravé ses progrès. Moi aussi, je l'avoue, je me suis posé la question plus d'une fois, devant Dieu, et je me suis demandé si je ne devais pas quitter une Église qui fait lire le dimanche dans la plupart de ses chaires cette charte dogmatique du vieux catholicisme byzantin, d'après laquelle Jésus est descendu aux enfers. Par moments la tentation a été grande pour moi de rejeter ainsi le fardeau d'une lutte souvent bien cruelle. Ma conscience m'a