‹ Histoire du credoChapitre 28 sur 33 · PROPAGATION Ï)V CREDO · texte numérisé non relu

PROPAGATION Ï)V CREDO

Credo passa avec le reste, sans être distingué ni par un mot d'éloge, ni par une attaque spéciale, instrument inerte et partiel de la domination pontificale.

Une me reste qu'une question à poser.

Est-ce bien sérieusement qu'au xix"^ siècle, et entre pro* testants, on impose à ses frères comme autorité indispensable en matière de foi, ce document étrange par ses lacunes, où manque tout le côté pratique, c'est-à-dire le plus essentiel du christianisme, toute la morale de Jésus, toute la charité^ l'a- . mour des hommes, l'amour de Dieu et la prière elle-même ? Est-ce sérieusement qu'on impose à des protestants comme une autorité en matière de foi ce document qui contient ou suppose nécessairement des erreurs aussi manifestes, aussi énormes que celles-ci : Hors de l'Église, point de salut, la chair des morts ressuscitera, Jésus est descendu aux limbes pour en tirer les justes israélites, le trésor des vertus superflues des saints est ouvert par l'Église aux ûdèies ? Est-ce sérieusement qu'on nous impose comme autorité en matière de foi un document puisé à des sources si diverses, ici l'Évangile, là les traditions, les controverses gnostiques, la lutte contre les docètes et les donatistes, les rêveries à demi juives du vi® siècle sur le Gheol ?

Est-ce sérieusement qu'on nous impose comme autorité indispensable et universelle en matière de foi ce document dont tout l'Orient chrétien s'est toujours passé, que nos pères eu -France même sous Gharlemagne, ont eu tant de peine à accepter, contre lequel le preux chevalier don Juan Ruiz de Matanza rompit une lance à Tolède et qu'un moine mitre, aidé d'une reine dévote, firent prévaloir, après l'épreuve manquée du feu^ à force d'intrigues de cour et d'abus de pouvoir? En sommes-nous donc là, et la barbarie du moyen âge sera-t-elle bientôt à l'ordre du jour parmi nous? Avons-nous reculé jusqu'au xr siècle, ou plutôt, protestants français, accepterons-nous bénévolement, pour nous l'infliger les uns aux autres, un joug que l'Espagne catholique du xi'^ siècle, plus éclairée, ne subit que par force?

La vraie place du Credo est dans le grand et utile musée de l'histoire, avec les capitulaires de Gharlemagne que nul ne pense à rétablir, avec la magna ckarla des barons anglais^ souvent

iSft HISTOIRE OU GREDO.

célébrée, mais nuHemeot applicable k la vie actuelle de la GraQde-Bretagiie, avec notre confession de foi de la Rochelle dont lout le monde a entendu parler parmi nous, mais que personne de nous ne jure, ne signe, ne lit, ne croit.

A qui fera-t-on penser que nous pouvons nourrir nos âmes d'un formulaire compliqué et abstrait dont Rome, au xi" siècle, était éprise ? Je ne puis pas plus me nourrir moralement et intellectuellement du Credo, que je ne pourrais me défeadre contre les fusils à aiguille au moyen de Tarmure de chevalier avec laquelle don Juan Ruiz Ta combattu.

C'est un jeu puéril que de vouloir nous revêtir, malgré nous, de la dépouille de nos trisaîeux. C'est un manque absolu de sens pratique, c'est une défaillance du sens vraiment religieux et chrétien, que ce culte des vieilles formes, devenues impossibles à force d'être surannées. Au fond, ce n'est pas là ce qu'on veut ; le Credo n'est qu'une arme de guerre, qu'un prétexte contre nous, une forme qu'on croit commode, un épouvautaii, avec lequel on fait peur de nous à ceux qui u*ont rien appris. Au fond, personne, au moins parmi les protestants, ne croit à la descente aux enfers, à la communion des saints, à la résurrection de la chair. Persoime ne s'en soude. On n'espère plus que le Credo puisse faire du bien aux orthodoxes en les édifiant; on espère seulement qu'il fera du tort aux libéraux en les faisant passer pour des incrédules et des impies. Toute l'agitation dont il est le prétexte n'est donc qu'un jeu sans dignité et sans sérieux.

Ah! ne jouons pas avec les besoins religieux des consciences I avec les aspirations chrétiennes de notre époque I Nous vivons dans un siècle qui a essuyé bien des tempêtes et vu tomber bien des ruines. Les âmes ont soif, non de ce qui est fictif et de convention, mais de ce qui est solide et sérieux ; les esprits demandent avidement la vérité vraie. Le temps des fictions est passé. Donnez-nous, à nous tous, hommes nés, hélas ! pour craindre et espérer, pour lutter et pour souffrir, pour mourir enfin, donnez-nous des convictions saines, fortes, rationnelles et efiScaces, de grandes et fermes espérances. Mettez-nous en présence et en possession de ce qui dure, de ce qui soutient, de ce qui élève. Laissez aux savants de pro-

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