PRÉFACE
«Un écrit doit s'expliquer d'après les idées du temps où il a été composé ; et c'est à quoi les anciens protestants n'ont pas song^é. »
(MiOBBL Nicolas.)
Quelques personnes ont cru trouver dans ces conférences une discussion approfondie sur chacun des dogmes dont le Credo fait mention. Ce serait là sans doute un cadre très-intéressant de recherches dogmatiques ; mais notre but dans ce volume est plus restreint. C'est Thistoire du Credo que nous avons voulu écrire ; nous nous sommes proposé de montrer où Ton a pris les divers articles dont il se compose; par quels motifs, dans quelle intention, par suite de quel ensemble de circonstances on a inséré dans le Symbole telle ou telle affirmation. Pour tout ce qu'où a emprunté au Nouveau Testament, je n'avais ici que deux choses à faire : d'abord renvoyer aux sources bien connues, au texte même; puis indiquer pourquoi l'on y a choisi
VI PRÉPACE.
telle ou telle idée plutôt que d'autres. Quelquesunes des questions qu'il aurait Fallu discuter, comme celles qui se rattachent à la naissance du Christ, n'étaient guère de nature à faire le sujet d'une conférence publique devant un auditoire où je voyais habituellement mes anciens catéchumènes des deux sexes et leurs familles confondus avec un public composé d'éléments très-divers.
Il a été écrit à maintes reprises, depuis les Catéchèses de saint Cyrille, évêque de Jérusalem au IV* siècle, jusqu'à nos jours, un grand nombre à' Explications et (ÏApolo(/ies du Credo. \
Depuis quelques années, dans les Églises protestantes de France, l'attention s'est portée de divers côtés sur ce Symbole attribué aux Apôtres. Déjeunes théologiens, MM. Bonnefon (1) et Grawitz (2), y ont trouvé la matière de thèses universitaires; la conférence des pasteurs du Gard a mis à son ordre du jour l'étude de ce document, et M. le pasteur Viguié (3), de Nîmes, a présenté à ce sujet un rapport fort intéressant. Enfin et surtout, M. Michel Nicolas, professeur à la Faculté de théologie de Montauban, a publié un volume d'Études critiques sur
(1) Étude historique sur la formation du Symbole des Apôtres,
(2) Étude historique sur le Symbole des Apôtres, Uoni^\\ieT,iS^à,
(3) Le Symbole des Apôtres^ rapport présenté à la conférence pastorale réunie à Ntmes le 1^' juin; Nîmes, 1864.
'^ PBÊPÂGE. VII
le Symbole (1), où il a pour la première fois appliqué à Texamen de son sujet toute la rigueur de la méthode et toutes les ressources de la science contemporaine.
Malgré le mérite dé ces différents écrits et la haute valeur du dernier, il nous a paru qu'il nous restait à faire, en profitant des recherches de tous nos devanciers, une œuvre différente et peut-être plus directement utile en ce moment.
Parmi les catholiques, il en est bien peu qui aient quelque idée de Torigine et des développements successifs de ce Credo imposé à tous par TÉglise romaine sous le nom des Apôtres, qui ne Tout jamais connu.
Chez les protestants eux-mêmes, surtout en France, il existe à cet égard des préjugés dont il importe de faire justice.
Nous avons d'ailleurs grande confiance en cette méthode historique qui, au lieu de se borner à enseigner ce que pense de tel ou tel dogme celui qui écrit, montre ce qu'en ont pensé ses prédécesseurs de tous les temps. Le lecteur assiste ainsi à la formation graduelle, aux accroissements, aux re-
(1) Le Symbole des Apôtres^ Essai historique. Paris, 1867. Quand je renvoie à cet important ouvrage, je le désigne , pour abréger^ par le seul nom de Tauteur; mais quand je cite d'autres écrits du même savant, j'en donne le titre.
yni PBÊFAGE.
tranchements, aux vicissitudes diverses à travers lesquelles est arrivé jusqu'à nous un document revêtu d'une autorité exagérée et illégitime.
Si notre but était atteint, l'exposition impartiale des faits devrait tout à la fois affranchir les esprits et les Églises d'un joug qui est devenu plus pesant chaque jour, et donner plus de vie, plus d'expansion à cette foi libre et profonde que mérite le christianisme vrai. Si l'on reconnaissait plus généralement combien la religion compliquée et despoliquement organisée, dont le Credo est la formule officielle, rappelle mal la religion simple, sublime, très-peu dogmatique, mais très-intime, très-vivante, que Jésus enseignait et pratiquait, un progrès considérable serait réalisé. Les adversaires de l'idée religieuse et les ennemis de la liberté chrétienne auraient beaucoup perdu ; une piété virile et indépendante serait beaucoup moins rare.
Ath. COQUEREL vus.