‹ Histoire du credoChapitre 5 sur 33 · PREMIÈRE CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONFÉRENCE

« Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fondement du Protestantisme. Les premiers réformateurs ne l'entendaient pas ainsi ; ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit humain au terme de leurs propres lumières; mais ils avaient tort d'espérer qu'on se soumettrait à leurs décisions comme infaillibles, eux qui rejetaient tonte autorité de ce genre dans la religion catholique. Le protestantisme devait donc suivre le développemeat et les progrès des lumières, tandis que le catholicisme se vantait d'être immuable au milieu des vagues du temps. >]

(M"* DE Stabl, L'Allemagnej 1. lY, c. u.)

350* anniversaire de la Réformation. — Nécessité de continuer la Réforme. — Est-ce une œuvre de démolition? — Liberté spirituelle.

— Sentiment de responsabilité. — Esprit de famille. — Esprit laïque.

— Méthode historique. — Inauthenticité du Credo. -^ Sa formation graduelle. — Il n'a jamais été reçu par tous les chrétiens. — U est essentiellement catholique. — Admis chez les protestants avec une signification arbitraire. — N'est point un minimum de la vérité. — Ses immenses lacunes.

Avant d'aborder mon sujet, avant d'en expliquer la portée et d'en motiver le choix, il me sera permis de me réjouir d'entreprendre cette étude en un jour comme celui où je parle (1).

(1) Le dimanche 3 novembre 1867, célébré en Allemagne, en France^ etc., comme le 350* anniversaire de la Réforme.

Il eût été îfDposâbie d'inaugarer nos réunions de cette année sons de pins heureux auspices que ceux de la fête à laquelle TOUS avez pris part aujourd'hui. Trois siècles et demi se sont écoulés depuis le jour de la Toussaint où la noble main de Luther alBcha sur la porte d'une église catholique, au milieu d'un vaste concours d'adorateurs de reliques et d'images^ ses thèses hardies et vraies, qui ont émancipé le christianisme, l'esprit humain, la science et la moitié du monde civilisé. Voilà donc sept fois cinquante ans accomplis depuis que se perpétue, en grandissant toujours, notre sainte et virile Réformation.

Ah I Vous avez eu raison de joindre aujourd'hui vos chants de louange et de bénédiction , vos actions de grâce , vos serments d'alliance renouvelée, à ceux de tous vos frères protestants de France, réformés, luthériens ou séparés de l'État, tous unanimes dans la joie et la gratitude que leur inspire cet auguste anniversaire. Vous avez eu raison de vous unir de cœur en ce grand jour à tous les protestants de l'AUemagne, de la Hollande et des États Scandinaves, de l'Angleterre, de l'Amérique et de l'Italie, à ceux de nos frères qui sont encore disséminés en Espagne et dans le monde entier.

Mais, pour de véritables ûls de la Réforme, ce n'est pas assez de remercier Dieu ni même de louer leurs libérateurs. Une fête protestante du progrès et de l'émancipation ne peut se borner à célébrer un progrès et une émancipation effectués il y a trois siècles et demi ; il faut qu'elle serve de point de départ à des progrès nouveaux, à un accroissement de foi^ de Tie et de liberté. Après avoir loué nos aïeux, nous sommes doublement tenus de leur ressembler et de continuer leur œuvre; après avoir glorifié la Réforme, ngus serions sans excuse de ne pas travailler à réformer encore le monde, l'Église et nous-mêmes.

L'œuvre en effet n'est point finie : non-seulement la chrétienté n'est pas toute libérée; non -seulement l'obstacle funeste aux progrès les plus nécessaires, l'irréconciliable ennemi de la science et de la pensée, l'absolutisme n'est pas encore vaincu ; mais les protestants eux-mêmes ne savent pas tous encore s'élever et se maintenir à la hauteur de leur propre principe ;

ilNTÎîODUClTÎON. 3

ce principe sacré est combaitu sous nos yeux par plusieurs de ceux qui en profitent. Il y a encore des ténèbres, des préjugés, des abus, des servitudes. Le monde et TÉglise ont besoin de îidtre zèle, de notre courage, de notre fidélité ; et tout ce que Tanniversaire glorieux de la Réforme a pu produire en nous d'édification , a pu éveiller d'émulation , de pieuse reconnaissance, doit servir à poursuivre Fœuvre des réformateurs, à l'étendre, à la rendre plus profonde et plus efficace.

Je crois entendre h ces mois quelque obscurantiste sincère (il y en a !), quelque champion de Tautorilé à tout prix, nous répondre avec un amer sourire : « Vous êtes bien les fils de celte Révolution du xvi^ siècle qui a tant démoli ! Incorrigibles démolisseurs, vous n'aurez donc de paix que quand il ne vous restera rien à détruire ? Voilà bien Tcsprit de la Réforme : poursuivre à outrance l'œuvre du renversement et de l'anarchie ! Allez ! suivez la trace cruelle de vos ancêtres ! Attaquez aujourd'hui le Credo, hier la lettre de l'Écriture, demain tous les dogmes qui auront échappé à vos attentats ! Abattez ce qui reste debout ! Mais tremblez que tant de ruines accumulées ne finissent par vous ensevelir, ou qu'il ne vous arrive (châliment trop juste et trop doux!) de périr étouffés, faute d'air respirable, dans le vide que vous aurez créé. »

Voilà bien, avec toute leur vivacité, les déclamations ordinaires de nos contradicteurs. Rien n'est si facile que de leur répondre. Oiseaux de funeste augure, ils ont accueilli des mêmes cris sinistres Luther, Calvin, Zwingle et avant eux Pierre Valdo, Jean Huss, Wicklyffe, Savonarole. Voilà trois siècles et demi qu'on nous crie : Arrêtez ! le sol va manquer sous vos pas î — mais depuis trois siècles et demi" ce même sol n'a cessé de s'affermir et de s'étendre devant nous, de s'élargir en tous sens, tandis que nos adversaires n'ont pas cessé un seul instant de perdre du terrain.

Il y a plus à dire. Il est faux, de toute fausseté, que l'œuvre des Réformateurs ait consisté à détruire. Il est faux, de toute fausseté, qu'en vous appelant à conlinuer la réforme, on ne vous invile qu'à détruire. Il est faux, de toute fausseté, qu'en vous proposant l'étude historique du Credo^ je ne vous demande en ce moment que de détruire. Il est faux, de toute

fausseté, que, le christianisme étant une certaine somme de dogmes et de faits, chaque réforme successive consiste à Tappauvrir, en retranchant quelques unités du total, en sorte que le résultat définitif de tant d'efforts risque de le réduire à néant.

Les Réformateurs ont fait une œuvre positive, ont affirmé, édifié^ fondé. Ce ne sont pas, quoi qu'on en dise, des démolisseurs, que vous avez aujourd'hui célébrés.

Ah ! sans doute, ils ont détruit, ils ont abattu ce qu'il était indispensable de renverser pour bâtir le temple de l'avenir. À mesure que le temps s'écoule, vous avez de nouvelles raisons pour bénir leur mémoire, pour louer Dieu de ce que votre Église est libre, de ce qu'elle n'a pas^de royaume fk défendre en ce monde, de ce qu'elle ne peut, sans se démentir elle-même, employer d'autres armes que la persuasion, la liberté, l'amour. Mais surtout vous avez aujourd'hui loué Dieu et célébré la Réforme parce qu'elle vous a donné la liberté spirituelle : Ne souffrez jamais qu'en votre présence on parle de celle liberté, Glle de Dieu, comme d'un bien purement négatif. La liberté religieuse est le droit positif, auguste, souverain , le droit sûr de lui-même, le droit divin par excellence, la conscience remise en possession d'elle-même, la pensée individuelle, la foi personnelle et vivante. Dieu cherché, Dieu trouvé. Dieu en nous.

Vous avez loué Dieu et célébré la Réforme parce qu'elle vous a donné le sentiment de votre propre et pleine responsabilité. homme, ne demande plus ce que croit, ce qu'ordonne un directeur, un confesseur, le prêtre de ta paroisse, l'évoque de ton diocèse, le pape de ton Église. Demande ce que Dieu aime, ce qu'il approuve, ce qu'il l'ordonne; et obéis sans attetidre de Rome ou d'ailleurs, ni commandement ni dispense. Ce que tu vois, tu n'as pas le droit de le nier en fermant les yeux à la lumière ; ce que tu as compris, tu n'as pas le droit de le méconnaître en fermant ton intelligence à la vérité; ce que tu sais être ton devoir, tu n'as pas le droit de l'omettre en fermant la conscience à la voix de Dieu qui veut y retentir. De ce principe est issu un immense, un magnifique accroissement de l'instruction , du goût pour la lecture, de la culture

INTRODOCTION. 5

la plus populaire et de la science la plus haute, de Tart de se gouverner soi-même, de se défendre et de se développer. Ni liberté, ni responsabilité, n*étonnent Tenfant de la Réforme ; elles ont grandi avec lui, elles l'ont formé; il est né, il a vécu avec ces deux redoutables puissances; ce sont elles qui ont fait de lui un homme. Ainsi, dans les îles de la Grèce, les fils de l'Archipel naissent au bruit des vents; leui*s premiers regards ont vu la mer houleuse ; la tempête les a bercés ; c'est pourquoi, à peine adolescents» ils gouvernent leur barque entre les récifs et les écueils, avec un sang-froid et une hardiesse qui ne leur coûtent rien.

Vous avez loué Dieu et célébré la Réforme parce qu'elle vous a inspiré à la place de l'esprit monacal l'esprit de famille. Luther , moine augustin , n'a jamais donné au monde un exemple plus nécessaire et plus saint qu'en épousant une religieuse, Catherine de Bora ; ni Calvin, ancien chapelain de la cathédrale de Noyon, qu'en devenant l'époux d'fdelctte de Bure; Calvin, dont je suis bien loin d'approuver tous les actes, Calvin, trop catholique hélas I le jour où il brûlait Servet, mais si austère et si pur dans ses mœurs, que lorsqu'on a osé l'accuser naguère de je ne sais quelle infâme polygamie, le monde s'est étonné d'apprendre que les plus fameux dignitaires de l'Église catholique de France en soient réduits dans leur ignorance, à ramasser étourdiment dans la boue de si viles calomnies (1). Grâce à la fidélité de nos réformateurs, tandis que l'idéal catholique est le moine ou l'ermite et la religieuse, qui regardent avec pitié ceux qui vivent dans la famille, Tidéal protestant c'est le père et la mère formant à toutes les vertus chrétiennes, à tous les devoirs de la société humaine, les enfants que Dieu a daigné leur donner.

Il n'y a plus deux moralités, deux saintetés, une de premier

(1) Monseigneur Dupanloup, évéque d'Orléans, membre de l'Académie française, a prononcé publiquement au Congrès de Malines, en 1867, les paroles suivantes: « Les prétendus réformés qui sont-ils? Un Luther avec la religieuse qu'il enlève à son cloître ; un Calvin avec deux ou trots compagnes de cette nature , etc. » Le fameux père Loriquet a-l-il jamais falsifié l'histoire avec plus d'ignorance ou d'audace?

6 HISTOIRE DU GAEDO.

ordre pour le couvent, l'autre au rabais et de pig aUer pour le inonde. Rien n'est plus pur et plus saint que ce que Dieu a voulu, et quand rbomme préteod monter plus haut, il tombe aussitôt dans Terreur et la présomption orgueilleuse, si ce n'est dans le désordre.

Enfin, vous avez loué Dieu et célébré la Réforme parce qu'à la place de l'esprit clérical, de l'esprit prêtre, de l'esprit de sacristie, envahisseur^ rusé et formaliste, elle a remis en honueur l'esprit laïque, franc et ouvert, simplement et réellement chrétien.

Aussi le génie des temps modernes reconnaît de plus en plus eu la foi réformée la religion dont il a besoin, la seule qu'il puisse adopter; aussi, depuis trois siècles et demi, la prépondérance des peuples protestants n'a cessé de s*accroitre ; le déclin des nations purement catholiques est devenu de. plus en plus rapide; il est irrémédiable tant qu'elles porteront le joug de l'obscurantisme; et quant aux peuples comme la France^ chez qui sont en présence et en lutte les deux esprits d'obscurantisme et de lumière, de théocratie et de piéié libre, de clé* ricalisme et de christianisme laïque, leurs destinées oscillent sans repos entre ces deux directions opposées; on les voit tour à tour tomber et rouler vers l'abîme ou se relever avec gloire et marcher en avant, selon que l'un ou l'autre l'emporte.

En un pareil pays et un pareil temps, éclairer, réformer, est un devoir plus urgent que partout ailleurs. Personne n'est trop petit ni trop grand pour y contribuer. Suivons donc l'exemple de ceux dont nous avons commémoré aujourd'hui la grande victoire. Enfants de la Réforme, à l'œuvre, et Dieu nous soit en aide I

I. — Entre toutes les méthodes d'investigation que peut choisir l'esprit humain, la plus sûre m'a toujours paru la méthode historique. Profitons des expériences de nos devanciers; sachons ce qu'ont appris nos prédécesseurs ; et de là, comme d'un point de départ éprouvé, allons plus avant.

La science historique ne se borne plus, de nos jours, à des récils de batailles ou des annales dynastiques; on s'est aperçu que les faits de l'ordre moral ont aussi leur histoire, plus utile à connaître que les vicissitudes d'un combat ou la date

d'un ODuroonoment. L'hûtoira des religions commence k oocuper parmi nous les esprits avides de lumière, aussi bien entre les incrédules que dans les rangs des croyants. Cependant l'histoire du chrktianisme est encore très-pea connue en France ; j'aimerais essayer de tous l'enseigner. Ne le pouvant» j'ai choisi un épisode ancien et utile de cette histoire, un document que vous connaissez tous, qui est usité dans un grand nombre d'églises catholiques et protestantes, mais qui, au fond, est très-peu compris de ceux mêmes qui l'admirent II n'est pas de la dignité d'un chrétien protestant de répéter ou d'entendre répéter chaque dimanche une longue formule, sans savoir ce qu'elle signifie, d'où elle vient, qui l'a faite, pourquoi on l'a adoptée, pourquoi on la maintient.

D'étranges erreurs, des légendes singulières et sans nui foiH dément ont cours au sujet du Credo^ de son origine, de sa prétendue universalité, de sa valeur; en outre, ce document> très*digne d'étude par son antiquité et par les vicissitudes singulières qu'il a éprouvées^ prend en ce moment une importance nouvelle et une actualité tonte particulière. Quelques personnes s'en servent au sein de nos églises pour tenter d'y faire prévaloir un demi-catholicisme ; il ne faut donc pas que personne soit pris par surprise; il faut que chacun sache ce qu'est le Credo.

Je commencerai par vous le relire, en vous priant seulement de vous demander à vous-mêmes, à mesure que vous l'en»tendrez, si vous êtes bien certains de savoir ce que signifie en réalité chacune des afiirmations dont 11 se compose, et de croire, pour votre propre compte, tout ce qui s^y trouve consigné ;

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie. Il a souflfert sous Ponce Pilate ; il a été crucifié ; il est mort ; il a été enseveli ; il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il est ressuscité des morts; il est monté au Ciel; il s'est assis à

la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; il viendra de là pour juger les vivants et les morts. Je crois au Saint- Esprit. Je crois la sainte Église catholique {ou universelle), la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Vous avez pu remarquer tout d'abord que je donne au docunient vénérable que vous venez d'entendre le nom qu'il porie vulgairement dans l'Église catholique, le titre latin de Credo et que j'évite avec soin de lui attribuer le nom français de Symbole des Apôtres. C'est que ce dernier titre est reconnu faux par tous les protestants sans distinction, et même par les savants catholiques les plus instruits (1). Tous les apôtres étaient morts depuis un siècle et demi, au moins, avant qu'eût commencé la formation du symbole qui porte leur nom. Il n'est donc pas permis de donner à ce document un titre mensonger et de continuer à accréditer une erreur grave. Elle a été ré-

(1) Tels furent en France le Père Noël Alexandre, dominicain, mort en 1724 (§ i«% vol. I", p. 490), Tillemont (Mém. pour rhist. ecclés. des six premiers siècles, t. I", 3« part,, p. 1175 et 1176), Ellies du Pin {Biblioth. ecclés,, vol. I, p. 25). Des Odoards Fantin {Dictionnaire du gouvernement^ des lois et de V Église, t. VI, p. 164) et le Père Le Brun {Explication de la messe, t. Ill^ p. 162 et suiv.), reconnaissent que certains articles ont été ajoutés au symbole pour combattre telle ou telle hérésie.

Maxime de Turin, étonné de trouver dans un document qu'il croyait émané des apôtres la réfutation d'hérésies qui de leur temps n'existaient pas encore, s'expliquait le fait en supposant que lés apôtres avaient prophétiquement pré^ii et condamné des erreurs encore à naître.

Beaucoup d'autres se sont occupés du Credo sans dire qu'il vienne des apôtres; il suffira de citer saint Cyrille, évéque de Jérusalem, saint Encher, évéque de Lyon et enfin saint Thomas d'Aquin. (Nicolas, p. 37, 158.) . ,

Bossuet (dans son Catéchisme de Meaux) pose la question : Pourquoi attribuez-vous le symbole aux apôtres? et répond : Parce qu'il lui est attribué par la commune tradition de toutes les Églises chrétiennes. — C'est esquiver la question et attester un fait manifestement faux.

futée avant la réforraation, dès les premières heures de ia renaissance des lettres, par Laurent Yaila et par Érasme, catholiques tous deux (1).

Il est généralement admis et reconnu que le symbole dit des apôtres n'est pas authentique, et tous les réformateurs ont accepté ce fait comme certain.

Nous constaterons, dans la suite de cette étude, que ce n*est pas en une fois, mais graduellement que le Credo a été composé ; nous le verrons apparaître très-court et incomplet encore, vers Tan 250 après J. G. C'est seulement cent ans après que nous Tcntcndrons désigner pour la première fois, par saint Âmbroise, évêqne de Milan, sous ce nom inexact qu'on lui donne trop souvent encore (2) ; nous assisterons en* suite à ses diverses flucluations. On y ajouta beaucoup d'articles pendant les siècles qui suivirent; puis on en retrancha quelques-uns qui n'y ont pas reparu. Enfin, vers 550, on le compléta par deux additions dernières et très- malheureusement inspirées : La descente de J. C» aux enfers et la communion des saints.

Mais avant même d'être ainsi terminé, le prétendu symbole des apôtres était repoussé par la moitié du monde chrétien, par l'Église entière d'Orient, qui, devenue l'Église grecque ou gréco- russe, ne l'a jamais repris et n'en fait aujourd'hui même aucun usage quelconque. Vous serez étonnés de voir par quels étranges moyens certaines Églises d'Occident furent contraintes à le recevoir, et la curieuse répugnance qu'il inspira en particulier dans notre propre patrie aux Églises frankes. Toute opposition fut enfin vaincue dans le monde latin, et ce document devint une loi, partout où le catholicisme prévalut.

Nous entendrons les réformateurs, tout en le déclarant postérieur de beaucoup aux apôtres, le garder, par des motifs

(1) Laurent VaUa, né à Rome en ldl5, y mourut en 1457. Ses œuvres ont paru à Bâie en 15d0 et à Venise en 1592.

Quant à Érasme, on peut consulter son Eocplicatio in Symbolum apostolorum et decalogum*

(2) n TappeUe « une clef pour ouvrir à la lumière du Christ les ténèbres du diable » .

bien connus et avouables; ce fut d'abord, parce qu'il ne leur était nullement suspect, puisqu'il ne paraissait en rien contraire à leurs dogmes essentiels; ôr c'est un principe naturel, en toute réforme^ de ne rien rejeter de ce qu'on peut garder avec sincérité. Ce fut ensuite parce que le Credo leur était trèscommode à retourner contre l'Église romaine qui le déclarait obligatoire et apostolique ; en effet, il n'y est pas dit un mot, ni du cuite de Marie, des reliques et des images, ni, chose plus grave, de la présence réelle, ni même de la papauté, et cela simplement parce que ces diverses erreurs, ces nouveautés, n'étaient pas adoptées encore dans la chrétienté, de Tan 250 à l'an 550, quand le Credo se forma peu à peu. Enfin, les réformateurs n'adhérèrent à cette règle de foi qu'en conservant à son égard, autant et plus qu'ailleurs, la plus entière liberté d'interprétation. Ils substituèrent ouvertement, hautement, au sens catholique de toutes les affirmations qui leur parurent contraires à la vérité, un autre sens qu'ils appelèrent biblique ou spiiituei.

Ainsi, nous reconnaîtrons que le symbole attribue à l'Église le droit de pardonner les péchés ; les réformateurs expliquèrent arbitrairement cet article en attribuant ce droit à Dieu seul et à Jésus-Christ. La descente aux enfers reçut de Calvin une signiOcation toute de fantaisie; il en fut ainsi pour bien d'autres dogmes.

Dans l'Église protestante, \e Credo n'a été maintenu q\i*en tant qu'il était conforme à l'Ecriture^ et chacun en mit sans scrupule, comme il put, les divers articles en conformité avec les livres saints. La liberté protestante d'interprétation est demeurée entière à cet égard. Cela était indispensable du moment que l'on conservait le symbole. Il y avait, il y a dans le Credo, pris à la lettre, de quoi rendre toute réforme impossible. Jamais en aucun temps, aucun protestant, ni un seul des réformateurs, ni un de nos pasteurs, ni un de nos laïques n'a pris le symbole dans son sens historique, primitif et tout catholique.. Ils usent tous, les orthodoxes comme les libéraux, de cette liberté. Ils en useront tous, même s'ils l'ignorent, même malgré eux, tant que ce symbole sera en usage dans leurs Églises : et puisque les orthodoxes l'interprètent selon leurs

INTRODDGTIOIf. 11

besoins, dans quatre ou cinq articles, fût-ce même en un seul, leurs frères libéraux ont le même droit pour quatre, cinq, dix articles, pour tons, si cela leur paraît nécessaire. Exclure, comme on a imaginé de le tenter, exclure ceux qui interprètent à leur manière telle ou telle partie de cet antique document, ce serait ou exclure tout le monde ou avoir deux poids et deux mesures; ce serait de l'arbitraire pur, sans raison d'être, sans prétexte plausible ; ce serait tout à la fols du despotisme et de Tanarchie.

Je n'examine pas encore si les interprétations de nos pères ou les nôtres sont ou ne sont pas fondées, si les réformateurs ont eu tort ou non d'agir comme ils Tout fait. J'en dirai toute ma pensée ; mais, pour le moment, j'affirme uniquement que l'interprétation la plus libre du symbole est et a été de tout temps admise et pratiquée dans notre Église. Ce droit, rien ne nous l'ôtera et il se résume en ce mot : le symbole a toute l'autorité de la vérité, si ce qu'il dit est vrai ; mais il n'en a absolument aucune^ s'il enseigne quoi que ce soit de contraire à la vérité.

Qu'enseigne-t-il donc? C'est ce que je vous propose de rechercher.

Je ne viens faire devant vous ni Tapologie du Credo^ comme devrait la faire un prêtre catholique, tenu d'approuver tout ce que l'Église a approuvé, ni une réfutation du Credo, comme s'il n'était qu'un ramas d'erreurs ou d'absurdités. Je ne viens pas faire non plus ce qui a été fait trop souvent, une interprétation arbitraire de chaque article, cherchant et trouvant tant bien que mal à chacun un sens acceptable et plausible. Je vous dirai les faits; je vous raconterai par qui, comment, pourquoi telle ou telle déclaration a été introduite dans le symbole. Ce sera à vous de juger. Sans perdre le temps en considérations générales et vagues, au sujet «de ce document, nous étudierons son origine, sa formation, sa propagation, les différentes significations qu'on lui a données.

J'aurai à évoquer devant vous des temps bien différents des nôtres, des systèmes oubliés , des sectes disparues , deg personnages peu connus; je vous demanderai peut-^tre parfois quelque effort d'attention, d'intelligence ou d'im«

partialité; mais lioos aurons l'avantage de marcher pas à pas dans le réel, le vrai, Thistorique, de ne croire qae les faits et les preuves, de juger en parfaite connaissance de cause et comme doivent le faire de sérieux prolestants.

IT. — ' Pour aujourd'hui, je me contente d'achever de vous montrer que cette étude ne peut être, ne sera pas une œuvre de démolition, mais bien plutôt d'édification et de restauration. J'espère vous le faire toucher au doigt par un argument qui semble au premier abord aboutir à un résultat contraire, en vous montrant que le Credo, non-seulement ne fait pas loi pour TOUS, mais qu'il n'est pas même un résumé exact, convenable, suffisant du christianisme.

Sans aucun doute, il y aurait des retranchements à opérer dans ce symbole , si on voulait le rendre entièrement et purement vrai^ et je n'en veux citer pour le moment qu'un seul exemple. Pas un seul protestant n'a jamais cru à la descente de J. C. aux enfers, dans le sens qu'avait ce d(^me vers 550, quand il fut inséré au symbole ; à cet égard il n'y a aucune différence entre orthodoxes et libéraux. Si le symbole fait autorité, tous les protestants sont hérétiques et hétérodoxes sur ce point, et un nombre immense de catholiques le sont aussi.

Mais quand on aurait émondé le symbole, en éloignant telle ou telle addition malencontreuse; quand on en aurait retranché tout ce qui peut soulever la moindre objection de la part du moins orthodoxe des croyants, pensez-vous qu'il nous contenterait? Pensez-vous que nous pourrions y voir un résumé du christianisme ? Non ; les lacunes étonnantes, immenses dont il abonde, nous révolteraient contre quiconque voudrait nous l'imposer comme l'abrégé de notre religion.

Je défie ceux qui le vantent et en veulent faire un instrument pour exclure leurs frères, de s*y renfermer, dans leur enseignement chrétien : il n'est pour eux qu'un cadre à demi vide où ils introduisent du dehors ce qu'ils ont de plus essentiel à dire. Je déclare qu'on peut croire mot à mot tout ce qu'il renferme sans avoir même l'idée de ce qu'est au fond et en réalité le christianisme.

Je crois en Dieu le Père fout-puissant, — Ce langage bibli-

INTRODDCTION. 1^

qac a de l'ampleur et de la majesté, mais peut-on s'arrêter là ? N'y a-t-ii rien de plus, rien d'essentiel à dire encore? Si c'est tout, que cela est sec et froid ! Il ne me suffit pas que Dieu soit, comme le Jupiter antique, père de tons; je demande qu'on m'enseigne le Dieu de Jésus-Christ qui est son père et notre père, son Dieu et notre Dieu, le Dieu esprit qui veut qu^on l'adore en esprit et en vérité , le Dieu que saint Jean a dé6ni d'un mot sublime : Dieu est amour ; le Dieu Providence qui Teille sur ses enfants et les appelle au bien et au vrai, qui les attire à lui, le Dieu de miséricorde qui pardonne et qui sauve.

Dire Dieu créateur et père de toutes choses, éternel et toutpuissant, c'est dire précisément ce qu'eût ditun prophète hébreu, un pieux Israélite; ce langage n'est pas spécial au christianisme, il est juif. Et encore l'idée de la sainteté, l'élément moral le plus élevé, ne faisait pas défaut à la notion de Dieu dans le judaïsme. Le Dieu de Moïse disait par la bouche du législateur à tout son peuple : Soyez saints, parce que je suis saint (Lévitique, 19,2). Les Juifs donnaient dans leur culte une grande place à la prière à côté des cérémonies et des sacrifices; ils auraient parlé ici du Dieu qui exauce, dont l'oreille est attentive aux supplications de son peuple^ et dont les entrailles s'émeuvent de pitié pour les siens. Le christianisme, en abolissant les sacrifices, a élargi le domaine déjh si vaste de la prière, et cependant, le Credo n'en dit pas même ce qu'en aurait dit la piété Israélite. Voilà un prétendu résumé de la religion de Jésus où la prière est oubliée.

Un musulman, tout fataliste qu'il est, m'édifie encore plus en appelant Allah clément et miséricordieux ^ que l'Ëglise universelle en enregistrant sèchement ces déclarations sans âme et sans charité. Je ne sais pas seulement si le Dieu du Credo m'aime et s'il m*est permis de l'aimer ! Il n'est mon père que parce qu'il est le créateur de tout ce qui existe, et je suis son enfant an même titre que la brute et le végétal.

Je crois en Jésus-Christ.,,. — Ici au moins va-t-on m'apprendre que Jésus appelait la religion créée par lui de ce nom trop négligé : le règne de Dieu? Qu'il a vécu et qu'il est mort pour fonder le royaume de Dieu dans les consciences et les

iU HISTOIRE DU CREDO.

cœurs? Daignera-t-on m'enseigner enfin qa'aimer Dieu et aimer les hommes^ c'est selon lui le sommaire de la loi, la seule chose nécessaire y le véritable et unique symbole de ses apôtres et de lui-même ? Développera-t-on sous mes yeux sa morale sublime et son sublime exemple ? Me rappeIlera-tH)n au moins son caractère, sa sainteté, son intrépidité contre les hypocrites et les dominateurs des âmes, son infinie compassion pour les petits, les enfants, les malades, les méprisés, pour des hommes déclassés mais repentants, pour les femmes déchues que régénérait sa parole? Mentionnera* t-on seulement la bonne nouvelle, l'Évangile qu'il apportait au monde, le pardon gratuit, non acheté par des expiations ou des oiîrandes, le pardon que reçoit de son père le fils prodigue? — Nullement; de tout cela pas une phrase, pas un mot, pas une lettre; à tout cela, pas une allusion, même éloignée; et cependant tout cela c'est le christianisme lui-même, dans son essence, dans son esprit, dans sa vie, dans son but, dans son éternelle vérité. L'idée du salut, les noms même dé Sauveur, de Rédempteur, de Libérateur, font défaut et rien ne les remplace.

Et au lieu de tout cela, au lieu de la charité et de la sainteté, au lieu du pardon, au lieu de tout ce qui sauve, que nous donne-t-on ? Une pauvre et pâle table des matières des récits du Nouveau Testament, un squelette sans forme et sans vie, un catalogue aussi minutieux que matériel. Pour le rendre complet, on y fait figurer par exemple le nom et le prénom d'un misérable chevalier romain, pour avoir eu la lâcheté, insignifiante dans sa carrière cruelle, de crucifier un Juif inno<cent par peur de se faire tort auprès de la cour et de l'empereur (1) . Pour être plus que complet, on intercale dans le

(i ) Le bon sens populaire a protesté dès longtemps contre ce singulier abus. Dans le même sentiment avec lequel la Fontaine a écrit dans une de ses fables les plus célèbres, ce mot devenu proverbe :

... On ne s'attendait giière^

A voir paraître Ulysse en cette affaire,

on a dit en Allemagne : Wie kommt Pilatus in's Credo ? Que vient faire Pilate dans le Credo ? ou mieux encore, à propos d'un nom propre in-

récit la pitoyable légende de la descente du Sauveur aux enfers, c'est-à-dire dans ce qu'on appelle les limbes des pères; et l'on ne s'aperçoit pas qu'à celte histoire, la plus belle de toutes, ainsi racontée, il manque l'essentiel, il manque tout l'Évangile, il manque toute Tâme de Jésus.

Quant au saint-esprit, il est nommé dans le Credo, mais sans un mot de plus. Du m® au vi^ siècle, on ne songeait nullement à l'esprit ; ne sachant qu'en faire, on ne vit en lui qu'une sorte de troisième dieu, inférieur et à peu près inutile. Ce point, sur lequel j'aurai à revenir, nous montre toute la profondeur de la décadence où l'Église était arrivée. Pour Jésus, l'esprit c'est Dieu, c'est toute sa religion ! Il a tout dit quand il a promis à ses apôtres l'esprit de sainteté, l'esprit de Dieu. Pour les auteurs du Credo, au contraire, l'esprit n'est guère qu'un nom divin consacré par l'usage; un titre qui serait périmé si l'éti^ quette n'interdisait de l'omettre, mais dont il suffit d'avoir fait mention. Oserai-je le dire? Absorbé, confondu avec tout le reste des dogmes , le saint-esprit n'est nommé là que pour mémoire, par obéissance à un antique usage, à peu près comme sur les monnaies de Louis XYIII et de Charles X, la Navarre^ qui n'était plus qu'un nom, se trouvait encore mentionnée après la France.

Quant à l'Église enfin, les articles qui la concernent dans le symbole sont en général peu compris, et les protestants les répètent sans se douter de ce que signifiaient originairement les mots qui passent par leur bouche. Je vous en dirai la véridique histoire, le sens non pas arbitraire et trouvé après coup, mais primitif et réel. Il me suffît aujourd'hui d'annoncer que ces paroles : «la rémission des péchés, la communion des saints, la résurrection de la chair et la vie éternelle» étaient destinées à

voqué hors de propos : Er ist dazu gekommen wie Pilatus irCs Credo . // arrive là comme Pilnte dam le Credo,

Le même proverbe parait avoir existé en français, mais peut-être avec ce sens différent : On ne parle d'un tel qu'à sa honte, comme de Pilate dans le Credo,

Voyei George Kastner : Parémiologie musicale de la langue fran^ çaisCj p. 199*

16 H[STOIBE DU CREDO.

rendre l'Église catholique arbitre, juge et maîtresse absolue du sort éternel des âmes.

Après de pareilles révélations, que pensez-vous de cette misérable défaite à laquelle sont forcés de recourir ceunc qui veu lent donner parmi nous au Credo force de loi; le Symbole des Apôtres, disent-ils, est le minimum de ce qu'il faut croire dans notre Église?

Rien n'est si contraire à la vérité. Un minimum !0a peut être chrétien, protestant, membre de l'Église réformée de France sans croire ni que Jésus-(]:hrist est descendu aune enfers Gû il n'est jamais allé et qui n'existent pas ; ni que la même chair dont nos os sont revêtus ressuscitera, ou même sans se rappeler qu'il y avait en Judée, quand Jésus fut crucifié, un procurateur romain qui s'appelait Pontius et qui était surnommé Pilatus.

Un minimum! On peut être protestant sans croire que l'Église romaine ou tout autre dispose de la rémission de nos péchés et de notre vie dans l'éternité entière.

Un minimum! Si le Credo est un minimum de votre christianisme, quel est donc ce christianisme, où manquent tout l'amour de Dieu pour ses enfants, tout l'amour que ses enfants lui doivent, tout l'amour qu'ils se doivent entre eux? Quel est ce christianisme sans la parole de Christ, sans son exemple, sans sa morale, sans devoirs et sans droits, sans repentance^ sans conversion, sans régénération, sans vie nouvelle? Je ne puis m'empêcher de demander aux orthodoxes qui parlent ainsi : Qu'avez-vous fait de votre orthodoxie, si c'est là tout ce qui en reste de plus essentiel ?

Ah ! je ne sois pas orthodoxe, j'aime peu la dogmatique du lendemain de la Réforme; mais au moins elle avait sa grandeur. Elle était sombre et dure, mais profondément sérieuse, ample et imposante. Votre minimum ne lui ressemble en rien. C'est le christianisme, c'est l'Évangile, c'est l'orthodoxie même, comme un squelette mutilé serait le minimum de l'homme vivant, comme un amas de cendres refroidies serait le minimum d'une ville incendiée et jadis prospère, comme une inscription à demi effacée, dont le sens est oublié, serait le minimum d'une liltéralure et d'une civilisation disparues. Mais si rien

n'a disparu, s*il s'agit, non d'une religion éteinte et ignorée, mais du christianisme rayonnant d'une jeunesse éternelle et possédant toute la plénitude de la vie, avons nous besoin qu'on nous impose aujourd'hui, sous prétexte de minimum, je ne sais quelle interprétation arbitraire de ce résidu des querelles religieuses du iv*, du v* et du vi* siècle ?

Croyez-moi ; ce sont les naufragés qui s'attachent avec l'énergie du désespoir à quelques débris informes, à quelque planche flottante et à demi submergée. Ceux qui voguent en sûreté et avec rapidité vers le port de l'avenir n'ont pas besoin de confier leur fortune aux épaves du passé. Le souffle de Dieu est dans leurs voiles; ils n'ont que faire, pour leur salut, des débris qu'ont laissés sur les flots les naufragés de tous les temps.

Ce langage vous blesse-t-il ? Est-ce h dire que je méprise les documents du passé, les leçons de l'hisloire, et que pour moi le Ci^edo du vi* siècle ait perdu toute espèce d'intérêt et ne renferme plus rien de vrai, d'instructif, d'édifiant 7 Vous serez témoins du contraire. Mais si l'on voulait nous imposer, parce qu'elle est ancienne, une forme imparfaite, je répéterais ce qu'écrivait il y a douze siècles un moine à un pape, tous deux canonisés, saint Colomban à saint Grégoire le Grand: « Si vous dites que les choses affermies par une haute antiquité ne peuvent être changées^ je réponds : il est certain que l'erreur est ancienne; mais la vérité, par laquelle l'erreur est condamnée, est toujours p'us ancienne qu'elle. »

A dire vrai, je ne m'étonne pas que saint Grégoire le Grand n'ait nullement profité de la leçon ; je m'étonnerais plutôt qu'un moine du vu® siècle la lui ait donnée; mais ce qui me surprend plus encore, c'est qu'il soit si nécessaire de la redire à des modernes, à des Français, hélas ! même à des protestants, trois cent cinquante ans après Luther.

18 HISTOIEB OU CiU^OO.

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