‹ Histoire du culte des divinités d'Alexandrie. Sérapis, Isis, Harpocrate et Anubis, hors de l'Égypte depuis les origines jusqu'à la naissance, de l'école néo-platonicienneChapitre 1 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Quoique les savants soient encore loin de s’entendre sur tout ce qui touche à la religion égyptienne, ils s’accordent à reconnaître qu’elle a cédé, au moins dans une certaine période de son développement , à une tendance monothéiste (1). Osiris est le nom sous lequel les Egyptiens adoraient le plus généralement « le Souverain Maître (2). » Un mythe exprime l’idée qu’ils s’étaient faite de son essence et de ses rapports avec la nature et avec l’homme. Osiris est un dieu en trois personnes; il est lui-même la première, Isis est la seconde. Sous ces deux formes, il a la faculté de se reproduire éternellement , et il échappe à l’action de Set, principe de la destruction. Set a mis les membres d’Osiris en pièces et les a dispersés; Isis , femme et sœur de la victime, les réunit et les rappelle à la vie ; elle en forme la troisième personne qui prend le nom d’Horos. Ainsi Dieu n’a ni commencement ni fin et il se perpétue par un effet de sa propre puissance ; en lui le père et le fils ne se distinguent pas , et ils sont identiques tous deux à la mère qui les fait revivre l’un par l’autre.

La manifestation de Dieu dans la nature, c’est le soleil ; comme

(1) De Rougé, Monuments égyptiens du Louvre, p. 118 et 120, en bas; Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, ch. I, üe la religion égyptienne; Tiele, Manuel de l’histoire des religions, trad. Vernes, p. 46-47.

(2) Pierret, Dictionnaire d’archéologie égyptienne : Osiris, « le Seigneur audessus de tout. »

6 LES DIVINITÉS D’ALEXANDRIE HORS DE l’ÉGYPTE.

Osiris, l’astre disparaît pour renaître; cette résurrection se renouvelle chaque jour lorsqu’il triomphe des ténèbres do la nuit. Isis est l’espace céleste qui, le matin, reçoit de nouveau son époux ressuscité sous le nom d’Horos.

Enfin Dieu esta la fois, pour l’homme, un créateur, un témoin et un juge. Il lui communique une parcelle de l’essence divine en lui donnant une âme ; caché sous la forme du bœuf Hapi , il surveille de près toutes ses actions , et il lui en demande compte au delà de son existence terrestre. L’homme lui-même, rendant à Dieu ce qu’il a reçu, devient un Osiris. En un mot, il n’y a en toutes choses que deux principes , le Bien et le Mal , la Yie et la Mort ; ils se combattent sans cesse , mais le premier finit par l’emporter. Cette lutte et ce triomphe , qui sont toujours les mêmes en Dieu , dans la nature et dans l’homme , ont pour expression un seul mythe, à la fois métaphysique, naturaliste et moral. Osiris, Isis et Horos résument en eux un système religieux, aussi simple que complet, auquel les Egyptiens ont accordé, dans leurs croyances, sinon un enîpire absolu, au moins la place d’honneur.

Les Grecs en avaient-ils découvert le principe, lorsque les Ptolémées fondèrent à Alexandrie une dynastie nouvelle ? On n’en peut douter, si l’on étudie la formation des légendes qui se développèrent autour du mythe égyptien, dans un espace de trois siècles , depuis l’an 600 av. J.-C. environ jusqu’à l’an 300. Ni Homère , ni Hésiode , ni Eschyle ne connaissent les dieux de la Triade; il n’en est pas question davantage dans les historiens qui ont précédé Hérodote. Lorsque celui-ci visita l’Egypte, vers 450, il y avait deux siècles qu’elle avait été ouverte aux Grecs, et il y en avait un qu’ils avaient peuplé les villes de Naucratis et d’Abydos (1). C’est donc à une époque relativement basse que la légende hellénique est née, et l’on peut sans peine en suivre dans les auteurs les diverses étapes. Elle devait être de fraîche date lorsque Hérodote entreprit son voyage. Isis est la divinité que les Grecs appellent Déméter (2) , Osiris est leur Dionysos (3) ; il a eu d’Isis un fils nommé Horos, qui n’est autre qu’Apollon (4), et une fille, Bubastis ou Artémis (5). Typhon cherche les deux enfants pour

(1) Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l’Orient, p. 491-492 et 526-527.

(2) Hérodote, II, 59.

(3) ld., II, 42.

(4) ld., II, 144.

(5) ld., II, 156.

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