Histoire du diocèse de Bayeux
Il est donc enfin terminé le deuxième volume de notre Histoire diocésaine , et nous ne voulons pas le laisser paraître sans exprimer notre juste reconnaissance à tous ceux qui l'ont aidé à voir le jour. Plus nous approchions de la fin du xviue siècle , plus aussi les difficultés étaient sérieuses. Il fallait d'abord découvrir les sources, frapper à la porte des bibliothèques, interroger les archives, collectionner les brochures innombrables que se renvoyaient l'un à l'autre les différents partis, sous la République et le Directoire ; enfin , recueillir les témoignages isolés de la tradition orale , qui jettent quelquefois une vive lumière sur des souvenirs déjà lointains. Qu'on nous permette d'en faire la remarque, ce ne sont pas seulement les historiens du premier ordre qui sentent le poids de cette lourde tâche, les écrivains les plus obscurs ont aussi leurs épreuves. Leur cadre est plus restreint , n'importe ; il n'en sera que plus difficile à remplir. La susceptibilité des familles veille autour d'eux. On craint la vérité ; on leur dérobera, si l'on peut , les renseignements les plus indispensables ; on contestera les faits les plus certains.
Laissons de côté les périls auxquels , grâces à Dieu , nous avons échappé ; nous aimons mieux parler des secours que nous a ménagés sa Providence. Comment oublier le zèle vraiment fraternel avec lequel le clergé du Diocèse nous a donné son concours , l'empressement de toutes les administrations à nous ouvrir leurs trésors, la sollicitude de nos amis qui ont toujours répondu avec une extrême bienveillance à nos importunités ! Les uns nous ont soutenu , éclairé de leurs conseils ; d'autres ont dirigé nos recherches ; la plupart nous ont enrichi de précieuses communications.
Quand parut notre premier volume , quelques-uns nous exprimèrent le regret de n'y avoir pas trouvé les faits , rangés dans l'ordre chronologique. Nous leur répondrons ici, comme nous le fîmes alors : ce ne sont pas des Annales que nous écrivons ; il faut donc qu'on nous permette ce qu'on permet à tous les historiens , tantôt de revenir en arrière , quelquefois d'anticiper certains événements ; en un mot de grouper ensemble tout ce qui se rapporte à un certain ordre d'idées ; il est une foule de détails qu'on ne pourrait désagréger, sans nuire à la clarté autant qu'à l'intérêt.
Plusieurs questions nous ont été adressées sur les matières traitées dans le premier volume ; plusieurs difficultés nous ont été soumises ; nous avons essayé d'y répondre. La recherche de la vérité coûte quelquefois de grands efforts ; nous avons fait sur ce point tout ce qu'il était possible de faire.
Un de nos amis a bien voulu nous permettre de dépouiller un curieux manuscrit , rédigé à la prison de Bayeux, en 1793 et 1794, par M. de Montai, frère aîné de M. d'Albignac. L'analyse que nous en avons faite se trouve à la fin de notre volume sous le titre d'Appendice.
On l'a dit avant nous : aucune histoire n'est rigoureu-
sèment complète. Voici ce que Huet, il y a longtemps déjà, répondait à ce reproche, qu'on n'épargne pas aux historiens. Consolez-vous , leur disait-il : « Vous ne pouvez tout savoir ; ce n'est pas une raison pour tout omettre; vous ne connaissez qu'une partie ; cela vaut mieux que de tout ignorer. » Scientia partis melior est totius ignorantiâ. — Nous réclamons humblement pour nous le bénéfice de cette sentence.
L'ouvrage que nous préparons, depuis si longtemps, est un de ceux qui seraient menacés de rester en portefeuille, si Ton attendait pour les produire que l'on ne pût y souhaiter aucun amendement. Il faut des bornes à tout , même à la prudence. La vieillesse nous menace , et nous sentons le besoin de nous hâter. Nous avons maintenant sous la main tous les matériaux dont se composera notre troisième volume ; il ne tardera pas à paraître , si l'on daigne accueillir celui-ci avec l'indulgence qu'il réclame. — Voici l'ordre que nous y suivrons :
On y trouvera la mission si difficile et si glorieuse que remplirent les prêtres cachés pendant la terreur. — La situation et les travaux de leurs confrères exilés en Angleterre pour refus de serment. — La mort de M&r de Cheylus. — L'administration de MM. les vicaires capitulaires. — Quelques notes pleines d'intérêt sur les communautés religieuses qui ont traversé la révolution , et sur quelques autres qu'elle a fait disparaître. — L'établissement du Presbytère à Bayeux ; les vains efforts qu'il tenta pour raviver le schisme constitutionnel. — La restauration du culte catholique. — L'avènement de Msr Brault. - Les grands faits qui signalèrent son épiscopat. — Enfin, l'histoire de deux sectes religieuses , confondues sous le nom de Petite Eglise, et qui durent leur origine, l'une à l'abbé Blanchard, du diocèse de Lisieux [Blanchardisme], l'autre à l'abbé Bondel, de Tallevende-le-Grand [Rondelisme].
Il y a vingt ans , M. l'abbé Michel , vicaire général , a bien voulu consigner par écrit ses nombreux souvenirs sur cette époque mémorable, et il nous en a fait dépositaire.
Viendront ensuite les biographies de NN. SS. les évêques qui ont succédé à Msr Brault sur le siège de saint Exupère. Tel est le croquis des événements que nous étudions avec amour depuis tant d'années , et que , avec la grâce de Dieu , nous allons bientôt publier. Nous supplions tous ceux qui posséderaient quelques documents relatifs à cette période, de nous les adresser au plus tôt.
Nous n'avons pas oublié que nous avons promis d'offrir gratuitement à nos souscripteurs la Carte de l'ancien Diocèse de Bayeux , dédiée à Msr Didiot, en 1859, par MM. A.-G. Lavalley-Duperroux et G. Mancel. Ils peuvent la réclamer chez MM. Grobon & Payan, nos imprimeurs.
15 août 1877.
J. LAFFETAY.
Inipr. II. Grobou et 0. Payan.
^TB'YTrTryTrTTrTrTrTTTrTvy'irTTrTTTnnnrTinrTrYTrînr^