REPONSES
A QUELQUES QUESTIONS QUI NOUS ONT ÉTÉ ADRESSÉES DEPUIS LA PUBLICATION DU Ier VOLUME DE CETTE HISTOIRE.
VWWVWN.
I. Pourquoi, dans V Introduction, avons-nous passé sous silence certaines chapelles de l'ancien diocèse de Bayeux ?
Pour arriver au dénombrement complet des moindres chapelles qui, à différentes époques, ont servi au culte catholique, dans le diocèse de Bayeux, il faudrait d'abord inventorier dans chaque canton les ruines de tous les édifices consacrés par de pieux souvenirs, puis, compulser dans les bureaux de chaque mairie, ou dans les archives et les bibliothèques, les fondations et les titres. Le travail qu'on nous reproche de n'avoir pas entrepris , pour le diocèse de Bayeux, Huet, à l'époque où il publia les Origines de Caen , regardait comme impossible de l'entreprendre pour sa ville natale. « Le nombre des chapelles de la ville et des fauxbourgs de Caen, dit-il, a été si grand, et plusieurs si peu considérables (sic), que l'on a été peu soigneux de conserver la mémoire de leur fondation. Ce serait donc en vain qu'on voudrait en faire une histoire exacte ; il faut se contenter de parler des principales, et même assez superficiellement ; laissant la recherche du surplus à ceux qui, dans un grand loisir, ont
la commodité d'aller puiser aux sources , et de consulter les titres originaux dans les anciens chartriers. » Un dénombrement exact des chapelles de l'ancien diocèse est donc quelque chose d'idéal, et c'eût été de notre part une folie d'y prétendre ; nous n'insisterons pas sur ce point. Laissant de côté l'énumération des chapelles, nous nous sommes efforcé de reproduire aussi exactement que possible la physionomie de l'ancien diocèse. Nous l'avons divisé en archidiaconés , doyennés et paroisses, prieurés simples et prieurés-cures, etc. Quant aux chapellenies , nous avons fait remarquer que les unes étaient soumises à la taxe et couchées sur le rôle des décimes, comme on disait alors, tandis que les autres en étaient exemptes ; et c'est précisément cette seconde catégorie que nous ne voulions pas, que nous ne pouvions pas épuiser. On nous objectera le Pouillè de M. Delamare, qui a essayé le dénombrement des chapelles. Mais, M. Delamare, quelque respectable que soit son autorité , manquait lui-même de certains renseignements , c'est lui qui nous l'apprend , et il demande à ses lecteurs « de lui venir en aide. » Il existe un autre Pouillé beaucoup plus court que celui de M. Delamare, mais également manuscrit. Il fut rédigé, peu d'années avant la révolution, par M. Vautier « notaire royal et apostolique à Bayeux. » Il porte à la première page les armes de Mgr de Cheylus ; celui-ci peut donc être regardé comme le plus authentique. Nous ne le connaissions pas quand nous avons rédigé notre Introduction, et nous nous trouvons d'accord avec lui pour la suppression de certaines chapelles, que la critique de quelques-uns nous reproche d'avoir omises. On nous reproche également d'avoir dit que le prieuré du Mesnil-Hamel appartenait à l'abbaye de Saint-Etienne de Caen ; on prétend que nous aurions dû l'attribuer au prieuré de Saint- Vigor. La vérité est qu'il fut tantôt desservi par les religieux de Saint-
Vigor, tantôt par les religieux de Saint-Etienne. Au commencement du xviii8 siècle,' on le trouve parmi les bénéfices que possédait la grande abbaye. Or, c'est précisément cette époque que vise le Pouillé, où nous avons pris ce renseignement ; ce seul mot nous justifie. De même, la chapelle de Saint-Ortaire , que nous avons indiquée en passant , n'est inscrite nulle part au rang des bénéfices. Ceci ne nous a pas empêché de parler de saint Ortaire, à propos de l'abbaye de Barbery [p. 83 du IIe vol.] et du grand concours de pèlerins que le culte du bienheureux attirait à la chapelle de Tuepot [Ier vol., Notes, p. 21]. Quant à Sainte-Barbe de Littry, son érection ne remonte qu'à 1803 ; cette chapelle eût donc été très-déplacée dans le pouillé de l'ancien diocèse. — Qu'on nous permette une dernière réflexion : en dépeçant ainsi, outre mesure, l'ouvrage auquel nous travaillons, on part d'un faux principe. On confond ce que doit être une « Histoire du Diocèse » avec une Monographie de chaque doyenné, de chaque paroisse , de chaque chapelle , de chaque monastère. Ce n'est pas là ce que nous nous sommes proposé d'écrire. Il faut que notre contradicteur en prenne son parti ; ses reproches ne sont pas équitables, et si notre travail était à recommencer, nous nous garderions bien de suivre ses indications.
IL Sainte Basille, dont V Église célèbre la mémoire le 20 mai, doit-elle être distinguée de la sainte du même nom dont les reliques reposent à V Hôtel - Dieu de Bayeux ? Laquelle de ces deux saintes était autrefois la patronne de Couvert, maintenant réuni à Juaye-Mondaye ?
Une Vie des Saints, publiée à Paris en 1866, par M. l'abbé Paul Guérin, et qui a pour titre : Les petits Bollandistes, contient, dans le Ve volume, une vie de
sainte Basille [20 mai]. L'auteur la confond avec celle dont les reliques reposent à l'Hôtel-Dieu de Bayeux ; il la distingue d'une autre Basille, qui aurait été martyrisée à Couvert, et serait devenue la patronne de cette paroisse. S'appuyant sur une lettre de M. l'abbé Michel, vicaire général du diocèse de Bayeux, en date du 22 novembre 1858, M. l'abbé Guérin ne voit aucun inconvénient à croire que la sainte dont il raconte la vie, — la petite fille de l'empereur, — est celle qui fut trouvée, en 1654, dans le cimetière de Sainte-Cyriaque, où elle avait pu, dit-il, être transportée , après avoir souffert le martyre sur la voie du Sel, Nous répondons :
1° Que la sainte, honorée dans l'Église le 20 mai, ne fut jamais inhumée dans le cimetière de Sainte-Cyriaque, mais bien dans celui qui porte son nom (S. Basillœ), et que , suivant une ancienne tradition , elle avait fait construire sur sa propriété ; qu'elle fut exhumée en 820, et transportée de ce cimetière dans l'église de Sainte- Praxède, par le pape Pascal Ier. Il y avait donc huit cents ans que sainte Basille [du 20 mai] n'était plus dans les catacombes, quand on exhuma de Sainte-Cyriaque, en 1654, celle qui repose à l'Hôtel-Dieu de Bayeux. Le « nom propre » de celle-ci était gravé sur sa tombe, avec une colombe, une palme et un de ces vases, dont on cherche encore aujourd'hui la véritable signification. Donc, malgré les suppositions plus ou moins aventureuses du Révérend Père Aprest, il est impossible de confondre les deux saintes (1).
2° Plusieurs pièces , qui reposent dans les archives de Bayeux, établissent jusqu'à l'évidence que la paroisse de Couvert avait pour patronne celle des saintes Basille dont
(1) V. Étude sur sainte Basille de l'Hôtel-Dieu de Bayeux et sainte Basille de Couvert, par l'abbé J. Laffetay. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie; Caen, Leblanc-Hardel, 1860.
le nom est célèbre dans l'histoire de l'Église, et non pas cette jeune fille tout à fait inconnue , dont on vénère les reliques, depuis deux siècles, dans la ville épiscopale.
3° Reste donc cette légende villageoise, dont on a recueilli les débris à Couvert, et qui peut se résumer ainsi : — Du temps où le général Pompée, lieutenant de César, occupait militairement le pays des Bajocasses, il fit comparaître devant lui une jeune fille nommée Basille, qu'une grâce particulière avait rendue chrétienne, un demi-siècle avant Jésus-Christ. Basille ayant professé courageusement sa croyance, Pompée ordonna qu'on lui coupât la tête. Cette tête bondit sept fois sur le sol, et fit jaillir sept sources d'eau limpide, au milieu des roseaux. — Le nom de Pompée, comme on le voit, joue un grand rôle dans la légende ; gardons-nous bien de nous en plaindre, car c'est grâce à lui que l'on peut, malgré les anachronismes dont elle fourmille, rattacher cette légende à l'histoire. Pompée, en effet, est le nom historique que portait le dénonciateur de la véritable Basille; il est cité par Surius. Dès-lors, tout s'explique, et l'on comprend à merveille comment, en y ajoutant quelques traits de couleur locale, les habitants de Couvert avaient remanié la légende de leur patronne, et lui avaient substitué une sainte de leur pays.
III. En quelle année les Eudistes furent-ils rappelés au séminaire de Oaenpar M<Jr Servien ? Est-ce en 1652 ou en 1657?
Huet et l'abbé de La Rue ont écrit que Mgr Servien avait rétabli , en 1652 , le séminaire des Eudistes, fermé en 1650 par M»p Mole. Nous avons, par inadvertance, transcrit cette erreur dans notre premier volume. En 1652, M&r Servien n'était pas encore évêque de Bayeux,
et il ne rétablit qu'en 1657 la congrégation du P. Eudes. Pour comprendre ces lenteurs, il faut savoir qu'entre Mgr Mole et Mgr Servien, il y eut une espèce d'interrègne. Le roi avait nommé évêque de Bayeux l'abbé de Sainte- Croix, frère de Mgr Mole. L'abbé de Sainte-Croix fit révoquer par l'official de Bayeux l'interdit porté contre la chapelle des Eudistes ; elle fut rendue au culte le 10 mai 1653. Bientôt après, l'abbé de Sainte-Croix remit entre les mains du roi le brevet de sa nomination. Les adversaires des Eudistes travaillèrent alors à prévenir contre eux l'esprit de Mgr Servien, son successeur. Mgr Servien attendit, pour se prononcer, qu'il les vît à l'œuvre. Enfin, en 1657, il leur rendit le séminaire destiné aux retraites ecclésiastiques et à l'instruction des ordinands.
IV. Est-ce de Condê-sur-Sarthe (département de l'Orne) ou de Gondè-sur-Noireau qu'Etienne Le Court était curé ?
Nous avons posé cette question dans notre premier volume [p. 67], sans pouvoir la résoudre. M. le comte de La Ferrière nous a fait écrire, par un de nos amis, qu'Etienne Lecourt, supplicié à Rouen pour fait d'hérésie, était curé de Condé-sur-Sarthe , près Alençon. Les registres du chapitre de Rouen en font foi, et M. de La Ferrière a bien voulu nous attester qu'il en avait une copie sous les yeux.
V. On comptait autrefois à Bayeux vingt Prébendes fondées pour autant de lépreux, par Ouillaume-le- Conquérant. Dans quel établissement le duc de Normandie avait-il fondé ces Prébendes? Etait-ce à VMpital de Saint-Gratien ou à la léproserie de Saint-Nicolas?
Cette double question a été longuement étudiée dans notre premier volume [p. 142 et suivantes], et la solution
que nous avons proposée a été généralement admise, même par des érudits, qui avaient jusque là professé une opinion contraire à la nôtre. Il faut pourtant excepter l'auteur de la Nouvelle Histoire de Bayeux. Avec des ménagements dont nous lui savons un gré infini, il a repris la question en sous-œuvre et l'a décidée contre nous. La difficulté est tout entière dans l'interprétation d'une charte; nous ne croyons pas qu'il soit impossible de la résoudre.
Vers l'an 1166 [suivant l'abbé De La Rue], une charte fat donnée à Bures-le-Roi par Henri II, duc de Normandie, arrière-petit-fils de Guillaume-le-Conquérant. Elle confirme une donation de vingt prébendes, faite pour autant de lépreux par le duc Guillaume. On demande où ces prébendes avaient été fondées ? Était-ce, comme nous l'affirmons, au monastère de Saint-Nicolas de Bayeux, ou, comme le prétend notre contradicteur, à l'hôpital de Saint-Gratien, lequel fut, au xvue siècle, enclavé par Mgr de Nesmond dans l'hôpital général ?
Pour bien comprendre la charte de Henri II, commençons par détacher de la phrase principale une phrase incidente qui la coupe vers le milieu ; nous ferons connaître ensuite l'interprétation qu'il faut donner à chacune.
« Sciatis me concessisse à dédisse & presenti cartâ confirmasse in perpétuant ellemosinam XX preoendas — quas Willelmus illustris rex Anglorum proavus meus stabilivit de redditions suis in civitate Bajocensi — confratrious leprosis in monasterio Sancti Nicolai Bajocensis sub reïigione viventious. »
Cette phrase incidente, qui commence au mot quas et finit à Bajocensi, embarrassait l'auteur. Pour la traduire, il la déplace et la rejette à la fin, de cette manière: « Fâchez que j'ai concédé, donné et, par la présente charte, confirmé en perpétuelle aumône, aux confrères lépreux, vivant en religion dans le monastère de tëaint-
Nicolas pr es Bayeux, les vingt pro vendes que Guillaume, l'illustre roi des Anglais, mon bisaïeul, fonda de ses deniers, dans la ville de Bayeux. »
L'auteur a, comme on le voit, interverti l'ordre des deux phrases ; essayons maintenant de traduire le texte sans déplacer un seul mot.
ce Sachez que j'ai concédé, donné et, par la présente charte, confirmé en perpétuelle aumône, vingt prébendes que Guillaume, illustre roi des Anglais, mon bisaïeul, a fondées — sur ses revenus dans la ville de Bayeux — pour les confrères lépreux qui vivent en religion au monastère de Saint-Nicolas de Bayeux. »
Deux points sont à remarquer. La charte dit que Henri II confirma la donation faite à Saint-Nicolas par son bisaïeul. L'auteur que nous réfutons prétend qu'il l'a transférée de Saint-Gratien à Saint-Nicolas : comment soutenir que ce transférer » soit synonyme de « confirmer ? » De plus, est-il permis d'admettre que, quand on enrichit un établissement au détriment d'un autre, on ne désigne même pas celui que l'on dépouille.
Peut-être, l'auteur s'est-il laissé séduire par les mots in civitah Bajocensi. Ce sont eux sans doute qui l'auront déterminé à remplacer la ladrerie de Saint-Nicolas par l'hôpital de Saint-Gratien. Le texte même de la charte répond à cette difficulté. D'abord , il est certain que le monastère de Saint-Nicolas, quoiqu'il ne fût pas situé dans l'enceinte de la ville, était considéré comme appartenant à son territoire. Le rédacteur de la charte qui nous occupe l'appelle Saint-Nicolas de Bayeux — Sancti Nicolai Bajocensis — et non pas : « Saint-Nicolas près Bayeux » comme le traducteur voudrait l'insinuer. En second lieu , quand le poète Wace — que nous avons à tort appelé Robert Wace dans notre premier volume — parle de l'hospice de Saint-Nicolas , il dit aussi qu'il fut
establi à Baieaes. Ce n'est donc pas exclusivement dans l'enceinte de la ville, mais encore dans le territoire qui en dépendait, qu'il faut chercher le monastère auquel Guillaume accorda ses largesses. Enfin, malgré la force de ces raisons, craignant de nous abuser nous-même, nous avons soumis la difficulté à un savant professeur de l'Académie de Oaen, aussi habile à dépouiller les chartes du moyen âge qu'à expliquer la langue des trouvères (1). Yoici ce qu'il nous a répondu. Remarquez, nous dit-il, que l'auteur de la Nouvelle Histoire de Bayeux traduit comme s'il y avait simplement : — quas Willelmus stabilivit in civitate Bajocensi, — « que Guillaume fonda dans la ville de Bayeux ; » mais pour arriver à cette interprétation , il faudrait supprimer deux mots essentiels, — de redditibus suis. — Ce sont les revenus de Guillaume [et non pas les vingt prébendes] , dont il est dit : qu'ils se trouvaient sur le territoire de Bayeux. « L'hypothèse d'une fondation dans la ville même ne peut donc plus se tirer du texte. » Cette explication dissipera tous les doutes ; nous sommes plus heureux de la présenter à nos lecteurs que si nous l'avions trouvée nous-même.
VI. Est-ce à tort, est-ce avec raiso)i, que les Bénédictins du Gallia christiana ont attribué à Gosselin de La Pommeraye [1125] la fondation de Vabbaye connue sous le nom de Notre- Dame-du-Val (doyenné de Cinglais) ?
Ce renseignement fourni par les Bénédictins, que nous avons suivis dans notre Introduction, est contesté par l'auteur de Y Essai sur V Abbaye de Notre- Dame-du-Val. Il reconnaît que , malgré de patientes recherches , il n'a rencontré sur son chemin aucun personnage historique, aucune charte, aucune ordonnance à laquelle on poisse rattacher l'origine de l'abbaye. De son aveu « la première
(1) M. Joly, doyen de la Faculté des lettres de Caen,
fondation lni est inconnue [p. 3]; » et Guillaume, le premier abbé dont il cite le nom, ne remonte qu'à la seconde moitié du XIIe siècle. Il cite, il est vrai, une ordonnance de Henri Ier, roi de France [1031], confirmant « quelques legs » faits à l'abbaye ; mais ce qu'il appelle ce la première fondation , » il est forcé de la passer sous silence, et pourtant, il ne laisse d'autre titre à Gosselin de La Pommeraye que celui de « principal bienfaiteur. »
Nous avions toujours pensé qu'avant de dépouiller ainsi un personnage historique d'une gloire qui lui est attribuée depuis des siècles, il fallait au moins instruire son procès; opposer un nom à un nom, une date à une autre date, citer des faits en opposition avec d'autres faits. Ici l'auteur n'affirme rien, ne précise rien, sinon que l'abbaye existait sous le règne de Henri Ier, ce que nous ne contestons pas. Ne lui demandez pas le nom du fondateur ; il vous laisse le droit de le choisir parmi les rois de France ou les ducs de Normandie [p. 4]. Il avoue qu'il manque de documents pour résoudre ces questions, et il ajoute — ce qui surprendra peut-être — « que ces questions ont peu d'importance. »
Ce n'est pas ainsi qu'ont procédé les Bénédictins. Ce titre de fondateur qu'ils attribuent à Gosselin de La Pommeraye, ils ne l'ont point imaginé, ils l'ont copié dans les chartes de Bayeux — qui fundator dicitur in chartis Bajocensibus. » — Avant eux, le rédacteur du Neustria pia s'est expliqué à peu près de la même manière : Ex schedis Ecclesiœ Bajocensis Gosselinus de La Pommeraye fundator dicitur.
Que, dans l'espoir de couler à fond cette question, on fasse des réserves, nous ne nous y opposons pas. Mais, quant à présent, qu'on nous interdise de désigner Gosselin de La Pommeraye comme le fondateur de Notre-Dame-du-Val, nous ne pouvons y consentir. Jusqu'à plus ample informé,
comme on dirait au Palais , nous maintenons ses droits et son titre. Ses droits, ils sont fondés sur l'importance de ses dons. Pour apprécier à sa juste valeur le titre de fondateur qu'on lui conteste, il serait intéressant de savoir en quoi consistait, avant l'année 1125, la ce temporalité » de l'abbaye ; c'est un point sur lequel l'auteur ne s'explique pas. Toujours est-il qu'à partir de cette époque, tout change : ce ne sont plus seulement ce quelques legs, » comme ceux qu'approuvait Henri Ier, dans le siècle précédent ; ce sont des trésors que le fondateur accumule au profit des religieux. C'est une église, — l'église de Sainte- Marie-du-Val, — qu'il leur donne en propriété. A cette église, il en ajoute dix autres, sept en France, trois en Angleterre; et, parmi ces églises, il en est une, celle de Saint- Orner, qui contient, dans ses appartenances, ce soixante acres de terre, avec des bois taillis et les prés d'un moulin. » Ce n'est pas tout encore : qu'on jette les yeux sur la charte ; on verra qu'elle est confirmée par Eichard, évêque de Bayeux, et qu'elle commence par une invocation à la sainte Trinité. On trouverait difficilement une autre fondation qui s'appuie sur des titres plus respectables.
Ce qui doit rester de cette discussion, c'est que la première fondation de Notre-Dame-du-Val n'est constatée par aucun cartulaire ; du moins on n'en cite aucune trace. La seconde, au contraire, c'est-à-dire la véritable, repose sur un document que rien ne peut ébranler. Donc, provisoirement, il faut suivre les Bénédictins et s'en tenir à Gosselin de La Pommeraye. Demandez aux hommes les plus compétents, quelle distinction ils établissent entre Y origine et la fondation d'un monastère, et ils vous diront : Le véritable fondateur d'un monastère n'est pas toujours celui qui réunit, le premier, dans une maison commune, quelques religieux vivant d'aumônes. Le véritable fonda-
teur d'un monastère est celui qui , le premier, assure son existence, lui crée un domaine temporel, et lui en garantit la propriété.
VII. Pourquoi avons-nous passé sous silence, dans notre premier volume, l'édition du bréviaire de Bayeux, publiée par ordre de M'jr d'Angennes ?
Parce que nous ne la connaissions pas, et qu'on avait refusé de nous la faire connaître. Plus tard, il nous fut permis d'y jeter un regard à la dérobée ; et nous pûmes constater que , pour la distribution des fêtes et l'arrangement des offices, elle ne s'éloignait pas beaucoup de l'édition incunable. lies légendes y ont conservé leur saveur primitive ; on sent en les lisant qu'on est encore loin des réformes adoptées par Mgr de Nesmond.
Puisque le nom du saint prélat reparaît encore une fois sous notre plume , profitons-en pour dire que , à l'époque où il publia son bréviaire , le retour des Protestants à l'Eglise Romaine était une de ses grandes préoccupations. Pour ébranler le culte des Saints et en dégoûter les fidèles, les Protestants attaquaient avec vivacité l'authenticité de nos légendes. Msr de Nesmond fit la part du feu. Il permit à la critique de retrancher certains récits dont l'exactitude était plus ou moins contestée , et , dans le mandement qui porte la date de 1665, il s'exprima sur ce point avec une entière franchise. — Dubias narrationes ab Ecclesiâ esse eliminandas. — C'est ainsi qu'a toujours procédé l'Eglise catholique ; chez elle, le respect des traditions ne saurait prévaloir contre les droits de la vérité. A l'époque où, sous l'autorité bien-aimée de Msr Didiot, le diocèse de Bayeux est rentré dans l'unité liturgique , Pie IX a réformé en plusieurs points les légendes de M>1' de Nesmond et celles de Msr de Luynes.
ORET PRO SERVULO