‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 27 sur 93 · ET DU DÉPARTEMENT DU CALVADOS · texte numérisé non relu

ET DU DÉPARTEMENT DU CALVADOS

Tel est le titre d'un manuscrit qui existe depuis long- origine

de ce

temps à la bibliothèque de Bayeux, et sur lequel nous mémoire. croyons utile de donner d'abord quelques renseignements. Il comprend quatorze cahiers, de douze feuilles chacun, en petite écriture très-serrée. Il commence à l'épiscopat de Mer de Nesmond, et se termine à la mort de M. l'abbé Duchemin, second évêque constitutionnel du Calvados. Ce manuscrit ne porte pas de signature, mais la provenance en est bien établie. Il fut rédigé par M. l'abbé Bisson, troisième évêque constitutionnel. Après sa mort, il passa entre les mains de M. l'abbé Moulland, dont la famille l'a déposé à la bibliothèque de Bayeux. Pour l'histoire du diocèse, la valeur de ce document était donc du plus grand prix.

Avant d'aborder l'histoire du schisme constitutionnel,

Ce qu'il contient.

Comment

nous en avons eu

connaissance.

M. Bisson a donné la biographie des quatre derniers évêques institués sous l'ancien régime ; nous dirons tout-à-1'heure ce qu'il pense de leur épiscopat. Puis, l'abbé Fauchet succède à Mgr de Cheylus, et tandis que les brochures du temps se bornent à l'exalter comme un tribun démagogue, M. Bisson apprécie son administration et la critique quelquefois. Au moment où l'abbé Fauchet porta sa tête sur l'échafaud, la persécution décimait les prêtres j ureurs, aussi bien que les insermentés. Que devinrent alors, dans notre diocèse, les débris du culte constitutionnel ? Sollicité par M. Moulland, l'un des curés de Bayeux, M. G-ratien, métropolitain des côtes de la Manche (Rouen), essaie d'organiser à Bayeux un semblant d'église. Il fonde, sous le nom de presbytère, une administration à laquelle il confie le gouvernement du diocèse pendant l'interrègne. Viennent ensuite M. Duchemin, élu en 1799, et M. Bisson qui lui succéda la même année. Les renseignements que celui-ci nous a laissés sur cette partie de l'histoire diocésaine sont donc du plus haut intérêt : on les trouvera au commencement de notre troisième volume, après la mort de M>r de Cheylus.

A l'époque où nous publiâmes le premier volume de notre histoire , nous n'avions jamais eu entre les mains le manuscrit de M. Bisson ; la communication nous en avait été refusée. Quelques amis, plus heureux que nous, furent admis à le dépouiller, et voulurent bien nous en communiquer des extraits ; qu'ils reçoivent ici l'expression de notre plus vive reconnaissance.

Ce n'est pas d'hier que les pauvres compilateurs font la chasse aux manuscrits. Au commencement de leur cinquième volume, les Bollandistes se plaignent avec une certaine amertume des refus qu'ils essuyaient à chaque instant de la part des chapitres et des communautés. Une lettre très-curieuse, publiée par M. Léopold Delisle, dans

la Vie du Bienheureux Thomas Hèlie, nous représente l'infatigable P. du Monstier, l'auteur du Neustria Pia, éconduit par un religieux du monastère de Conches, sans avoir eu connaissance des ouvrages qu'il lui demandait. Certes, il se fût alors estimé bien heureux, s'il eût pu recevoir de seconde main quelques renseignements utiles, à la condition de ne point en ébruiter la source. C'est pré? cisément ce qui nous est arrivé, et voilà pourquoi, dans notre premier volume, nous avons quelquefois gardé le silence sur l'origine de nos citations ; aujourd'hui, le voile est déchiré ; le manuscrit est entre nos mains ; nous prions donc nos lecteurs de jeter avec nous un coup d'œil en arrière sur l'épiscopat de Mïï de Nesmond, et sur celui des trois autres prélats qui se succédèrent jusqu'à la révolution. Ceux qui, il y a vingt ans, nous donnèrent un vote de confiance , ont le droit de savoir que nous n'en avons point abusé.

« Quoiqu'il y ait un siècle que ce bon prélat n'existe m** de Nesmond. plus , dit M. Bisson , sa mémoire n'est pas éteinte. Peu d'évêques ont été plus que lui attachés à leurs devoirs , et aucune considération humaine n'eût été capable de les lui faire négliger. On le trouvait toujours disposé à adopter et à faire le bien qu'on lui indiquait, et, pour cet effet , il ne craignait ni fatigue ni dépense. C'était toujours avec un nouveau zèle qu'il visitait son diocèse, et ses visites, soutenues par son exemple et ses libéralités, produisaient les plus grands fruits. Ferme et décidé, quand il croyait devoir l'être, il ne craignait personne, et il était lui-même la terreur des méchants ; mais son zèle était sans passion et toujours dirigé par la charité. Il aimait les pécheurs et cherchait à les gagner par tous les

moyens qui étaient en son pouvoir. Ce n'était qu'aux vices et aux abus qu'il faisait une guerre implacable. Dès qu'on se corrigeait, il devenait un tendre ami et un père charitable. Comme il n'était ni orgueilleux ni flatteur, il ne cultivait pas les grands et ne faisait sa cour à personne. Il faisait asseoir et se couvrir devant lui les moindres du clergé, et retenait à dîner ceux qui venaient de la campagne. C'était surtout les bons curés qu'il chérissait ; en toute circonstance, il était leur consolation et leur appui. Sa table était hospitalière , mais frugale et sans faste ; ses ameublements étaient simples ; il n'accordait à sa dignité que ce qu'il ne croyait pas pouvoir lui refuser sans indécence. Son caractère était l'amour du bien , une bonté inépuisable , sur laquelle tout le monde avait des droits. Il était aussi bon citoyen qu'il était bon prêtre. Ce n'est pourtant pas qu'on le vît à Versailles faire une cour assidue ; il n'y paraissait que lorsque c'eût été une faute de ne pas y venir. » Il s'y présentait donc quelquefois, et Louis XIV, « qui connaissait les hommes , — dit notre manuscrit , — faisait de lui le plus grand cas. Quand les bouffons de sa cour railliaient le chétif équipage du pieux évêque, le roi leur imposait silence. » Il ne pouvait oublier que, pendant la guerre de la succession d'Espagne, Monsieur de Bayeux lui avait envoyé un régiment équipé à ses frais. L'aumône que le prélat sut faire noblement à son roi, il la répandait autour de lui avec une profusion inépuisable. « Il était vraiment le père des pauvres ; aucun sacrifice ne lui coûtait quand il s'agissait de les secourir. On le vit un jour vendre une partie de ses meubles pour leur en distribuer le prix. En mourant, il leur légua ses entrailles (1) avec une somme de cent mille livres. » Enfin , pour que rien ne manque à l'impartialité de ce jugement, M. Bisson avoue, comme il convient, que, sans doute, (1) Aux pauvres de l'hôpital de Bayeux.

« Mgr de Nesniond n'était pas sans défauts ; » mais il ajoute que « ses qualités et ses vertus les avaient complètement effacés. »

Ce résumé est à nos yeux une pièce capitale. Il reproduit tous les éloges que nous avons décernés à Mgr de Nesmond ; il va même au delà quelquefois ; mais, en tous cas, les jugements de l'auteur confirment les nôtres. Donc ils ont été puisés, de chaque côté, à une source véridique. Pour être certain que l'on a la vérité sous les yeux, il suffit qu'on la trouve exprimée d'une façon à peu près identique , par deux écrivains qui ne se sont pas connus , et qui , placés à des points de vue différents, peuvent mutuellement se servir de contrôle. Or, c'est précisément ce qui nous arrive aujourd'hui. Quand, par exemple, nous avons raconté la part que prit l'évêque de Bayeux aux affaires du jansénisme , nous avons dit que la bonté de son cœur ne dégénéra jamais en faiblesse, M. Bisson le constate comme nous, sans le lui reprocher ; et pourtant, s'il faut l'en croire , les affaires de la bulle se réduisaient aux proportions d'une querelle de parti ; les théologiens dissidents ont toutes ses préférences , et il n'est pas un seul point de cette mémorable controverse, sur lequel notre écrivain n'eût été censuré par Mgr de Nesmond. N'importe, quand il apprécie les actes de son épiscopat , il s'élève audessus de ses opinions personnelles. A ses yeux , Mgr de Nesmond était « un saint, » c'est l'expression dont il se sert, et il craindrait de toucher à son auréole.

A peine Mgr de Nesmond a-t-il disparu de la scène que M«r de Lorraine. M. Bisson se montre plus agressif. A l'entendre, si les discussions des écrivains catholiques avec les sectaires ont abouti à la violence, la faute en est aux jésuites qui passionnèrent le débat. Quant aux jugements que la cour de Rome a fulminés contre Mgr de Lorraine , il en parle

comme s'il ne leur attribuait aucune valeur. Toutefois , il

reconnaît que, en se plaçant à la tête du parti janséniste, M gr de Lorraine le rendit plus audacieux, et attira sur lui-même toutes les colères du « parti opposé. » Ainsi donc — questions d'école, — intrigues de parti, — c'est ainsi que M. Bisson résume la controverse. Est-il besoin d'ajouter que cette manière d'apprécier les hommes et les choses ne pouvait nous convenir ? Quand il s'agit de la doctrine de l'Eglise , nous ne connaissons pas de milieu entre la révolte et la soumission.

M*r de Luynes. Le successeur de Mgr de Lorraine n'a point trouvé grâce devant M. Bisson. Recueillons pourtant, çà et là, quelques traits à sa louange. « Mgr de Luynes, dit l'auteur, avait un extérieur aimable et prévenant , une élocution facile ; il séduisait au premier abord. Il fit parfois quelques concessions à l'esprit du "monde, mais il aima sincèrement la religion, et n'en négligea pas les pratiques. Quoiqu'il eût abandonné par dégoût l'état militaire, il en avait conservé l'esprit impérieux ; il voulait être obéi, à l'instant et sans réplique, en tout ce qui avait rapport à la constitution. » On le voit déjà, le ton de l'écrivain n'est pas toujours révérencieux; pourtant, la critique jusqu'ici n'a pas précisément le droit de le contredire. Il n'en est pas de même de ce qui va suivre. « Il [Mgr de Luynes] regardait les allants comme des ennemis personnels, dont la défaite était nécessaire à sa sûreté et à son bonheur. » Ici l'esprit de parti aveugle l'historien ; ce ne sont pas des actes qu'il incrimine ; ce sont les intentions qu'il noircit en les interprétant. Je le dis à regret, cette phrase n'est pas la seule à laquelle ce reproche soit applicable.

M. Bisson ne paraît pas prendre au sérieux le titre d'Académicien qu'avait obtenu Mgr de Luynes. Il reconnaît pourtant qu'il possédait des sciences « tout ce qu'il convient à un grand d'en avoir. Il en avait assez, dit-il, pour écouter les savants et même pour converser avec

eux. » S'il faut l'en croire, ce serait sous le patronage de l'un d'entre eux, attaché à son diocèse (1), qu'il aurait obtenu le titre d'Académicien.

Les reproches que M. Bisson adresse à Mgr de Luynes, à l'occasion de son nouveau bréviaire, n'eussent pas manqué de natter le prélat. Il les eût acceptés comme un brevet d'orthodoxie (2).

Il est un point sur lequel nous restons parfaitement d'accord avec l'auteur du manuscrit. Le jugement qu'il porte sur la prétendue possession de Mesdemoiselles de Leaupartie, est celui que nous avons adopté comme le plus exact (3). Il dit que Mgr de Luynes se conduisit d'abord avec circonspection et sagesse ; mais plus tard, quand l'imposture eut été reconnue, le prélat se sentit piqué au vif, et s'en prit à ceux qui avaient contribué à le jeter dans l'illusion. Cette dernière appréciation est conforme à la vérité.

Si l'on s'en rapportait à M. Bisson, Mgr de Luynes aurait joué dans sa vie un double personnage. A Sens, il se serait montré envers le jansénisme tout différent de ce qu'il avait été à Bayeux. « L'opinion, dit-il, avait changé, et le prélat n'était pas un homme à caractère. » Pour établir ce que l'auteur avance, il faudrait d'autres preuves que celles qu'il apporte. A Bayeux , Mgr de Luynes succédait à Mgr de Lorraine , qui avait mis le diocèse en combustion ; son successeur n'avait donc rien de mieux à faire que d'éteindre l'incendie. A Sens, au contraire, Mgr Languet, prédécesseur de Mgr de Luynes , et auparavant évêque de Soissons , avait déployé contre les dissidents la dialectique la plus vigoureuse. Il avait dit tout

(1) V. IIe vol., p. 39, l'abbé Outhier, Voyage au pôle nord.

(2) V. p. 62. « Ses préjugés ont rendu l'entreprise imparfaite. »

(3) V. Opinion du P. André sur Mesdemoiselles de Leaupartie. — Pièces justificatives, p. 17.

chouart.

ce qu'il y avait à dire. Eût-il été à propos de recommencer la lutte, au moment où la querelle commençait à s'assoupir ?

m^ de Roche- La croisade que Mgr de Luynes avait entreprise contre le jansénisme , fut continuée par son successeur. Aussi , tout en reconnaissant que Mgr de Rochechouart avait de la « religion, » M. Bisson a-t-il soin d'ajouter que cette religion n'était pas a éclairée. » Quant à son caractère, il en reproduit assez fidèlement les principaux traits. Irréprochable dans ses mœurs , il avait un cœur généreux ; il accomplissait fidèlement les devoirs de sa charge, « il en exerçait volontiers les fonctions. » Il ne lui en coûtait point de rappeler les privations qu'il avait essuyées « pendant sa première jeunesse , » et ce souvenir le rendait compatissant. D'un abord assez facile, il était néanmoins fier de sa naissance, ce II voulait que sa maison fût tenue comme celle d'un grand seigneur ; » il ne comptait pas avec lui-même , et ses dettes étaient devenues si considérables , que la vente de la seigneurie d'Isigny ne suffit pas pour les éteindre. Tous ces détails dont on ne conteste pas l'exactitude, sont dispersés ça et là dans les pages que nous avons sous les yeux.

Avant de raconter l'avènement de Mgr de Cheylus , M. Bisson a longuement insisté sur toutes les circonstances qui préparèrent, accompagnèrent et suivirent la démission de Mgr de Rochechouart. Il faut distinguer ici entre les faits qu'il rapporte et la manière dont il les interprète ; c'est le moyen de ne pas nous égarer.

Mgr de Rochechouart venait d'atteindre sa soixantedix-huitième année, quand la destitution du Conseil supérieur de Bayeux et la réinstallation du Parlement de Rouen lui causèrent la plus vive douleur (1). Il y avait alors dans le Chapitre de Bayeux un ecclésiastique distin-

(1) Voir p. 455.

gué, homme de grande naissance et qui pouvait prétendre à l'épiscopat. Il se nommait M. de Nicolaï. Mgr de Rochechouart conçut le projet d'abdiquer en sa faveur. Il pressentit à ce sujet quelques personnes influentes de la Cour ; ses démarches furent bien accueillies et il se crut un moment sur le point de réussir. Il renouvela donc les baux de ses fermiers, sans élever le prix des fermages ; mais il imposa — comme c'était l'usage — la condition d'un pot-de-vin (1), qui lui fat payé par les contractants.

Dans la pensée de Mgr de Rochechouart [M. Bisson lui-même en convient], ces arrangements avaient pour but de « liquider toutes ses dettes, et de mettre ses affaires au courant. » Il fit part de ce projet à M. de Nicolaï et celui-ci accueillit ses propositions « avec reconnaissance, » — c'est encore M. Bisson qui nous l'assure. — Les choses en étaient là, quand Mgr de Rochechouart apprit tout à coup que Mgr de Cheylus, évêque de Cahors, premier aumônier de Madame la Dauphine, venait d'être nommé à l'évêché de Bayeux, et que M. de Nicolaï le remplaçait à Cahors.

Msr de Rochechouart était généralement aimé dans m^ de cheylus. son diocèse, où, suivant l'expression de notre auteur, « il laissa beaucoup de regrets. » Aussi, à la nouvelle de l'élection qui ruinait ses espérances, on le plaignit sincèrement, comme s'il eût été le jouet d'une intrigue, et l'opinion publique se prononça contre Mgr de Cheylus. Ici nous nous arrêterons. M. Bisson a recueilli sur cette affaire une foule de mauvais bruits qui coururent alors , mais il n'en fournit pas la preuve ; disons plutôt que, à l'époque où se passèrent ces événements, la haine contre le haut clergé inventa plus d'une calomnie ; on s'expose à s'y laisser prendre quand on essaye de tout expliquer.

(1) Pot-de-vin, ce qui se donne par manière de présent, au delà d'un prix convenu pour un marché. — Diction, de l'Académie,

La temporalité de l'évêché de Bayeux allait donc changer de maître. Msr de Rochechouart fut assuré d'une pension que s'engagèrent à lui servir Msr de Cheylus et Mgr de Nicolaï. Restaient les arrangements que Msr de Rochechouart avait pris avec ses fermiers.

Sur ce point Mgr de Cheylus fat inflexible ; son iu tendant cassa les baux et les fit renouveler. Sans doute , en agissant de la sorte, Mgr de Cheylus; comme le reconnaît M. Bisson , usait d'un droit « incontestable ; » mais ce droit n'en était pas moins rigoureux (1). Nous avons déploré [p. 197] les malheurs qui suivirent, et dont le souvenir n'est pas encore effacé.

La suite des autres événements racontés par M. Bisson est fondue dans notre histoire. Nous aurons de temps en temps quelques réserves à faire contre ses appréciations et ses jugements.

Terminons cette revue par quelques renseignements relatifs à l'enfance et à la jeunesse de l'abbé Fauchet. Ces renseignements ne se trouvent dans aucune biographie que nous connaissions. M. G.-S. Trébutien lui-même semble les avoir ignorés.

Claude Fauchet , fils de Nicolas Fauchet et de Anne Legier, naquit à Dorne [département de la Nièvre] , le 22 septembre 1744, d'une famille patriarcale, qui comptait six enfants, trois garçons et trois filles ; un revenu de quatre mille livres lui permettait de vivre honorablement. — Les trois garçons mis au collège ; les trois filles élevées

(1) « Il faut savoir que les bénéfices à la nomination du roi rentraient libres dans ses mains, dès qu'ils changeaient de possesseur. Tous les baux étaient annulés, et celui que le roi nommait ensuite pouvait louer de nouveau toutes les terres ou biens qui en dépendaient. » [M. Bisson.]

dans des couvents. — Claude , celui qui promettait davantage, est envoyé chez les Jésuites de Moulins, où, chaque année, il obtient les premiers prix. Les Jésuites désirent le faire entrer dans leur compagnie. Son père s'y oppose, et l'envoie au séminaire de Bourges. Il en sort à seize ans , ayant fini ses cours , et prend l'habit ecclésiastique avant de rentrer dans la maison paternelle ; cette vocation s'était manifestée dès sa première enfance. Passionné pour l'étude , il trouve sous sa main quelques volumes de sermons, et essaie d'en composer lui-même. Son premier sermon est consacré à la sainte Vierge ; il le montre à un curé voisin ; celui-ci, désirant le lui faire prêcher dans son église , en demande la permission à M&r Tinseau , évêque de Nevers. L'évêque exige qu'on lui envoie d'abord le sermon et le prédicateur. Charmé de l'un et de l'autre , il accorde au jeune abbé la permission de paraître en chaire. Il fait plus , il le recommande au cardinal de Choiseul- Beaupré , archevêque de Besançon ; celui-ci le donne pour précepteur à l'un de ses neveux , et l'envoie avec lui à Paris au collège de Harcourt. — La mort frappe son élève. — Il revient à Besançon, chez son protecteur, y reste sept ans, chargé du soin de la bibliothèque. Ces sept années, il les passe dans la retraite et travaille à cultiver son esprit ; il n'avait alors d'autre passion que l'étude. — Envoyé de nouveau à Paris, avec un second élève dont il termine l'éducation , il perfectionne ses connaissances et ne tarde pas à se créer des relations. M. de Radonvilliers , son parent , sous-précepteur des Enfants de France, et membre de l'Académie, devient son protecteur et son guide. Il le fait entrer dans la communauté des prêtres de Saint- Roch, et là, le jeune abbé se livre tout entier à l'exercice de la prédication. — Il débute par le panégyrique de saint Augustin. Le bruit de son éloquence parvient à la cour ; le roi lui accorde une pension de douze cents livres. — Au

mois d'août 1774 [il était alors âgé de trente ans] , on l'invite à prêcher devant l'Académie le panégyrique de saint Louis. La beauté de sa prononciation, l'élégance de son style , le talent avec lequel il se fraya une route nouvelle en traitant un sujet si connu , lui conquirent tous les suffrages. Son panégyriqne fut imprimé ; le Journal des sciences & des oeaux-arts en fit le plus grand éloge. — Fauchet , à cette occasion, obtint du roi une seconde pension de douze cents livres. — En 1778, il prêche devant la Cour le jour de la Pentecôte ; il y soutient sa réputation; le roi lui demande la station de l'Avent, après laquelle il obtient le prieuré de Ploërmel.

En 1784, il prêche le Carême devant le roi et la reine. Cette fois, le roi lui donne l'abbaye de Montfort , en Bretagne ; en même temps , il reçoit de l'archevêque de Bourges des lettres de grand- vicaire. — Il jouissait alors de vingt mille livres de rentes , et menait un grand train à Paris, où il avait loué un hôtel.

Il importe d'ajouter que , d'après M. Bisson , sa charité pour les pauvres fut toujours exemplaire. Quand il avait vidé ses poches pour les soulager, il vendait jusqu'à ses meubles les plus précieux. La pension qu'il faisait à ses parents et à ses amis était toujours servie avec la plus grande exactitude.

Ces renseignements, extraits des mémoires de M. Bisson, pourraient servir d'avant-propos à une biographie de l'abbé Fauchet. Ensuite, il y aurait à distinguer sa vie politique de son épiscopat. Il est vrai que l'évêque disparaît trop souvent derrière l'homme politique. Cependant, nous avons essayé de les éclairer l'un par l'autre. Du reste, il ne faut pas oublier que notre livre n'est autre chose qu'une « Histoire de la religion, » destinée au clergé et aux fidèles du diocèse de Bayeux. On ne doit pas nous demander

davantage. — Enfin , indépendamment de l'évêqne et de l'homme politique , il y avait aussi à étudier l'orateur. Après l'avoir fait connaître sous ce rapport par de nombreuses citations , nous avons résumé , en quelques lignes, l'admiration et le dégoût que nous inspire ce beau talent dévoyé. Il a désavoué ses erreurs avant de mourir, il s'est incliné sous la main d'un bon prêtre ; il est donc permis d'espérer que le Souverain Juge de toutes choses lui aura fait miséricorde.

Les bibliophiles nous sauront gré, — nous l'espérons du moins, — de compléter ici le catalogue des ouvrages écrits par Fauchet avant sa nomination à l'évêché du Calvados. Il sera facile de les réunir à ceux dont nous avons parlé dans le texte de notre Histoire. Nous laissons de côté ses improvisations politiques dans les rues de Paris ou ailleurs, et ses discours à la tribune.

1782. Mémoire pour être présenté à M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères , en faveur des patriotes genevois. « Ce mémoire , dit Fauchet , exprime avec force et précision les vrais principes de la souveraineté du peuple. »

1786. Oraison funèbre du duc d'Orléans.

1788. Oraison funèbre de Phylippeaux-d'Herbaut, archevêque de Bourges , qui avait donné à l'abbé Fauchet des lettres de grand- vicaire.

6 août 1789. Oraison funèbre des citoyens morts à la prise de la Bastille, prononcée dans l'église Saint- Jacques de l'Hôpital.

1789. Discours sur la liberté , prononcé dans l'église Sainte-Marguerite.

27 septembre 1789 , à Notre-Dame de Paris : Discours

pour la bénédiction des drapeaux de la garde nationale, en présence de M>r de Juigné , archevêque de Paris , qui officiait à la cérémonie. — Ce ne fut point au prélat, mais au maire que Fauchet adressa la parole.

20 février 1790. Oraison funèbre de l'abbé de l'Épée, instituteur des sourds-muets , prononcée à Saint-Étienne du Mont, avec la permission de Mgr de Juigné.

Au mois d'avril, même année. Discours sur la réforme des spectacles. — Ce discours est surtout dirigé contre les spectacles forains , qui ne sont propres, dit l'orateur, qu'à corrompre le peuple.

21 juillet 1790. Eloge civique de Benjamin Franklin. L'orateur plaça ce grand homme dans le séjour des bienheureux. Sur ce point, l'abbé Bisson fait vertement la leçon à Fauchet, et lui reproche d'avoir oublié qu'il était prêtre et chrétien.

4 février 1791. Sermon sur l'accord de la Religion et de la Liberté, prêché dans la cathédrale de Paris, à l'occasion d'une solennité civique, ce en mémoire de ce que , à pareil jour, le roi était venu reconnaître, dans l'Assemblée nationale, la souveraineté du peuple. » Le club de Bayeux le fit réimprimer chez la veuve Nicolle à douze cents exemplaires.

14 juillet 1791. Discours prononcé par Claude Fauchet, évêque du Calvados, à l'autel de la Patrie , pendant la cérémonie de la Fédération générale du département , dans la plaine des « six-districts, » près de la ville de Caen.

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