XV.— PAGE
Le P. André.
M8' de Luynes avait conçu pour le P. André une affection véritable. Il paraît môme qu'il lui avait offert de le protéger contre les tracasseries qu'il eut à subir de la part de sa corporation.
« Monseigneur, lui écrivait ce religieux, je suis très sensiblement obligé à V. G. de la protection qu'elle promet à Mae de Saint-Luc pour moi, envers et contre tous; mais, je m'en croirais tout-à-fait indigne, si j'étais capable de l'avoir sollicitée, par cette voie ou par quelque détour semblable. — Je ne veux point prendre de sûretés contre mes confrères; je les aime tous, et je dois croire qu'ils ne me haïssent pas. — Je laisse tout tomber pour conserver la tranquillité d'esprit qui m'est nécessaire dans mon emploi , que je regarde comme ma mission essentielle. — Tout le monde n'est pas appelé à faire du bruit dans l'Église. Que les docteurs disputent, je les laisse disputer; que les pasteurs décident, je m'y soumets. C'est ainsi, disait Ozanam , qu'un géomètre doit aller en paradis en ligne perpendiculaire. »
M6' de Luynes , archevêque de Sens , ayant reçu de l'abbé Guyot , aumônier du duc d'Orléans , les œuvres du P. André , qu'il avait éditées après sa mort , écrivit à l'éditeur la lettre suivante :
« Fontainebleau, 29 novembre 1765.
« J'ai reçu , Monsieur, avec un vrai plaisir, les ouvrages du P. André, que vous m'avez adressés; je l'estimais infiniment, parce que j'avais, reconnu en lui toutes les qualités qui pouvaient le rendre respectable dans son état, et tous les talents qui rendent célèbre dans le genre des sciences et dans celui de la littérature. 11 y joignait une simplicité et une modestie qui se trouvent rarement dans les savants , et une aménité dans
les mœurs dont les hommes appliqués comme il l'était aux sciences abstraites , ne sont pas ordinairement susceptibles. »
Le card. de Luynes.
Vers inspirés au P. André par un portrait de Msr de Luynes.
Fronte sedet virtus, crux pectore, gratia labris ; Totus in Alberto prsesule Ghristus adest.
Opinion du P. André sur Melles de Leaupartie.
Le P. André était un des théologiens qui furent désignés par Mgr de Luynes pour assister aux exorcismes de Melleï de Leaupartie; il rédigeait, jour par jour, ses observations sur l'état des malades, évitant toutefois de prendre une part directe aux cérémonies. Après avoir décrit les phénomènes constatés par l'assistance, il résume ainsi son opinion : « Tout le monde est convenu qu'il n'y avait rien eu de bien convaincant. Les trois marques de possession dans le rituel romain, 1° la divination, 2° l'intelligence des langues inconnues à la personne possédée , 3° une force de corps extraordinaire , manquent ici. » Plus loin, après avoir raconté les effets merveilleux du sel ammoniac qui fit cesser brusquement les syncopes, il s'écrie: « Folles évidemment; — parents imbécilles ; — tons à plaindre. — L'aînée, mélancolique , un air sage , beaucoup d'esprit ; elle en a même le fin et le tour, quelquefois même dans ses extravagances.— La seconde, hardie, esprit grossier, nul tour. — La petite, éveillée, air de condition, beaucoup d'esprit , mais esprit de contradiction , mémoire admirable : elle sait par cœur tous les exorcismes. — Grand Dieu, guérissez-les de leurs maux, de quelque nature qu'ils soient, de quelque part qu'ils viennent. 0 Jésus, leur sauveur, soyez leur médecin. Ayez pitié de nous, d'elles, de leurs parents, de votre Église qui en est désolée, et presque déshonorée. »