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Extraits d'un manuscrit intitulé: Observations historiques sur l'origine de V abbaye de Troarn et sur son état actuel, présentées le 13 juillet 1767, par les prieur et religieux de la dite abbaye, a Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Pierre- Jules-César de Rochechouart , évêque de Bayeux, leur supérieur-majeur.
« En 1618, messire Jacques du Bouchet de Sourches, pourvu de l'abbaye en commende , fut beaucoup plus jaloux d'en recueillir les revenus que de faire travailler à la reconstruction des lieux réguliers. Attaqué d'ailleurs par plusieurs seigneurs formidables, qui, ayant connaissance que les titres de l'abbaye avaient été pillés, se proposaient en conséquence d'envahir ses possessions , ses droits et ses privilèges , il ne fut occupé que du soin de se défendre contre leurs entreprises, et non de celui de reconstruire les lieux réguliers.
« En 1677, messire Jean-Louis du Bouchet de Sourches, évêque de Dol , son neveu et son successeur dans la commende, ne put non plus parvenir à rétablir la conventualité dans l'abbaye de Troarn. Obligé de soutenir aussi les procès qu'on avait intentés à son prédécesseur, et forcé de faire les réparations les plus urgentes , il ne pensa à rien moins qu'à faire reconstruire le réfectoire ; il jouissait cependant alors de tous les revenus de l'abbaye, et ne faisait que de modiques pensions à ses religieux.
« Ceux-ci, en 1697, firent la demande de leur tiers, et il leur fut accordé par un arrêt du parlement de Rouen , rendu le 26 janvier 1699; mais cet arrêt ayant aigri M. l'abbé, il obtint à son tour (en récrimination sans doute) un nouvel arrêt le 7 septembre 1709, ordonnant entre autres que la vie commune serait à l'avenir exactement observée dans l'abbaye de Troarn, et que les religieux seraient tenus d'y manger au réfectoire.
« Quoique les religieux de l'abbaye de Troarn , en militant
sous la règle de saint Benoît, eussent long-temps vécu en leur particulier, ils se soumirent cà cet arrêt, et demandèrent à leur abbé un réfectoire, avec tous les ameublements de cuisine nécessaires. Gomme il n'y en avait point , et qu'il eût été trèsdispendieux d'en faire bâtir un, il leur désigna seulement une espèce de cave ou souterrain auquel on donna le nom de réfectoire ; mais ils n'y purent tenir, et ne mangèrent là en commun que très-peu de temps. Un déluge de maux accablant à la fois les religieux et leurs domestiques, les uns et les autres furent bientôt contraints d'abandonner aux vipères, aux lézards, aux mourons, aux crapauds et cà tous les reptiles venimeux, ce prétendu réfectoire.
« Les médecins attribuèrent au mauvais air qu'on y respirait, les maladies opiniâtres et cruelles sur lesquelles ils étaient sans cesse consultés.
« Ces considérations, en apparence, ont engagé depuis messires du Bouchet, évêque de Dol, et de Saint-Cyr, aumônier de feue Mrae la dauphine et conseiller d'État, abbé postérieur au susdit arrêt, et les seigneurs de Luynes et de Rochechouart, successivement supérieurs -majeurs de l'abbaye de Troarn , convaincus d'ailleurs de la vérité des inconvénients et des obstacles ci-énoncés , à permettre aux religieux de Troarn de vivre et manger chacun dans leurs maisons ou offices, à l'exemple des chanoines.
« Ainsi, on doit autant attribuer l'abandon du réfectoire et de la vie commune dans l'abbaye de Troarn à sa mauvaise exposition, aux influences dangereuses des brouillards et des vapeurs qu'on y respire, qu'aux événements malheureux ci-dessus rapportés, étant située au bas d'une montagne et au bord d'un marais infect , source ordinaire de fièvres et des différentes maladies dont les religieux y sont attaqués. »