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Le collège de Notre-Dame de Bayeux.
Maître Gervais Chrétien , dont nous avons déjà fait connaître les dignités et le mérite exceptionnel . avait fondé ce collège au xive siècle dans l'université de Paris. A cette époque , il existait à Paris deux autres collèges qu'il ne faut pas confondre avec celui de Me Gervais. Le premier, qui portait aussi le nom de Collège de Bayeux, avait été fondé en 1308, par M6r Guillaume Bouvet ou Bovet , l'un de nos évêques. Les étudiants que l'on y recevait devaient appartenir à la province du Maine ou à celle de l'Anjou. L'autre était le Collège de Justice, fondé en 1353, par Jean de Justice, grand-chantre de la cathédrale de Bayeux et chanoine de Paris. On y comptait douze boursiers, huit de l'évêché de Rouen et quatre de celui de Bayeux. Le collège de Mc Gervais, fondé spécialement pour des étudiants du diocèse de Bayeux , a joui longtemps d'une grande célébrité. Nous allons rapprocher ici la date des événements qui ont trait à l'origine, aux développements et à la suppression de ce collège.
1370. — Première fondation du collège de Notre-Dame de Bayeux, par un acte passé devant les notaires du Châtelet. Parmi les auteurs qui se sont occupés de ce collège, les uns
assignent pour date à sa fondation l'an 1370, les autres l'année 1376 ; il n'y a ici ni erreur ni contradiction. Les premiers prennent pour point de départ l'acte civil, qui constituait le collège; les seconds, l'acte de sa fondation canonique.
1376-1378.— Bulle de Grégoire XI (Pierre Roger, auparavant doyen du chapitre de Bayeux). Cette bulle donne pouvoir à l'évoque de Paris pour approuver les statuts du collège Gervais, et en ordonner l'observation, sous les peines tant spirituelles que temporelles qu'il jugera convenables au bien de l'établissement ; elle est datée d'Avignon , le 3e des kalendes de septembre, sixième année du pontificat de Grégoire XI ; l'approbation donnée par l'évêque de Paris, en vertu de la commission qu'il avait reçue du pape, est de 1378.
1378. — Le roi accepte le titre de fondateur du collège. Mc Gervais , dont la fondation ne comprenait d'abord que douze boursiers, en porte le nombre à vingt. — Quatre pour la théologie, deux pour la médecine, deux appelés boursiers du roi , enfin douze petits boursiers.
1381. — Me Gervais établit trois nouvelles bourses de théologie. Il avait déclaré dans ses statuts qu'il laissait à toute personne ecclésiastique ou laïque le droit d'ajouter de nouvelles fondations, pourvu qu'elles ne profitassent qu'à un sujet normand , et que le fondateur fût lui-même de Normandie. Cette condition est remplie par Guillaume Baron, chantre de Bayeux ; il fonde par testament une bourse en droit-canon , ce qui en élève le nombre à vingt-quatre.
La communauté des Artiens ou Artistes en possédait douze. On appelait ceux-ci petits boursiers. Six d'entre eux devaient être pris dans la paroisse de Vendes ; trois dans la ville de Bayeux, deux à Saint-Germain-d'Ectot, un dans la paroisse d'Allemagne. Après l'indication de chacune de ces localités, le texte ajoute: Vel de villis circumstantibus et propinquis. La volonté très-explicite du fondateur était que les bourses ne fussent accordées qu'à des étudiants pauvres.
La fondation ne désigne pas de lieux privilégiés pour les grands boursiers. Quand il se présentait une place vacante
dans la grande communauté, c'était un Artien qu'on choisissait pour la remplir, et il était remplacé conformément au programme. Parmi les grands boursiers, dont le nombre s'élevait pareillement à douze, on comptait sept théologiens, deux médecins, les deux boursiers du roi et le boursier en droit-canon. Le grand-aumônier était de plein droit proviseur du collège.
Depuis le xive jusqu'au xvne siècle, il y eut des variations dans le nombre et la valeur des bourses. Aussitôt que les circonstanceslepermettaient, on revenaitàl'exécutiondes statuts.
1674. — Le cardinal de Bouillon, grand aumônier, décida que la communauté des petits boursiers serait réunie à celle des grands, sous un seul Principal et un seul Procureur. Les petits boursiers n'avaient pas d'appartements convenables , leur salle et leur cuisine tombaient en ruines; le terrain qui leur appartenait avait été loué pour différents usages.
1745. — Le collège tout entier est rebâti à neuf; les dettes montaient à plus de 30,000 livres; on résolut cependant de rétablir la moitié de la fondation. Un arrêt du conseil d'État chargea le proviseur de préparer les nouveaux règlements, et des lettres-patentes du 7 septembre 1745, enregistrées le 23 mai 1746, rétablirent douze bourses, six grandes et six petites, savoir: quatre pour la théologie, une pour le droit, une pour la médecine , six pour le collège des Arts. Ces bourses se partageaient de la manière suivante. 11 y en avait six pour la paroisse de Vendes , trois pour Bayeux , une pour Saint- Germain-d'Ectot, une pour Varaville , une pour Allemagne.
1763. — Arrêt qui réunit les petits collèges de l'université , et en compose une seule et même communauté dans le collège de Louis-le-Grand. — Chacun de ces établissements conserve néanmoins la propriété de ses biens, ainsi que ses privilèges , en ce qui n'est pas contraire à l'arrêt d'union.
1764. — Accroissement considérable dans les revenus du collège Gervais. On reprend l'ancienne fondation dans son entier, c'est-à-dire avec les vingt-quatre bourses primitivement établies.
1778. — Le cardinal de Rohan obtient une Déclaration
du roi qui renverse la fondation. Cette Déclaration élève à quarante-huit le nombre des bourses. Sur les vingt-quatre bourses anciennes , le diocèse de Bayeux n'en conserve que douze , dont cinq seulement restent aux paroisses pour lesquelles Me Gervais avait établi sa fondation : trois pour Vendes au lieu de six, une pour Saint-Germaind'Ectot , une pour Varaville. La ville de Bayeux et la paroisse d'Allemagne sont entièrement dépossédées, et le choix des sept boursiers du diocèse est attribué au grand-aumônier. Le reste de la Normandie est mis en possession des douze autres bourses anciennes, dont une est affectée au diocèse de Coutances. Les vingt-quatre bourses nouvelles, prises sur le revenu des précédentes, forment deux séries, l'une destinée à tous les sujets du roi, l'autre réservée à la noblesse; toutes sont laissées à la nomination du grand-aumônier. Jusqu'alors, la publication des bourses avait été faite au prône, par trois reprises différentes, dans les lieux privilégiés; à partir de 1778, les semonces sont supprimées. Quelques temps après . on constate qu'un Allemand et un Italien sont compris parmi les boursiers; on ne tenait donc plus aucun compte des intentions du fondateur.
1780-1781. — Grande émotion dans tous les lieux atteints par cette mesure. Les parties intéressées essaient de réclamer. M. Moysant , professeur de rhétorique au collège du Mont, est envoyé à Paris pour obtenir que l'on revienne sur cette Déclaration; Mgr de Cheylus est au nombre des réclamants; les démarches n'aboutissent pas.
1785. La disgrâce du cardinal de Rohan et la mort des principaux opposants ouvrent la voie h de nouvelles négociations; elles duraient encore au mois d'août 1787, c'est la date que porte la dernière pièce conservée aux archives municipales de Caen; un grand nombre de ces documents, qui sont inédits , nous ont été communiqués par M. l'Archiviste , avec une gracieuse obligeance.
Tel est le point précis où était amenée cette affaire, lorsque s'ouvrirent les États-généraux.