‹ Histoire du diocèse de Bayeux (volume 2)Chapitre 68 sur 93 · XL. - Page · texte numérisé non relu

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Prêtres déportés.

Tous les prêtres qui furent condamnés à la déportation ne

la subirent pas. Par arrêt du 7 avril 1793, M. Dumont, ex-curé de Cambremer, est compris au nombre des déportés; il devait être conduit à Bordeaux de brigade en brigade. Cependant, nous le trouvons, en 1794, parmi les prêtres détenus à Caen, au couvent des Carmes , et il est de notoriété publique qu'il fut assassiné dans le cimetière de Moncy, en 1796 ; nous avons sous les yeux l'acte de son décès. %Nous lisons également sur une liste de déportation, rédigée le 5 septembre 1794 par le Directoire du département du Calvados , le nom de Jean Amiaud, ci-devant chanoine de Bayeux ; il devait être conduit à Rochefort. Un peu plus loin , 30 octobre 1794, il est rayé de la liste des déportés , parce qu'il a pu prouver qu'il était sexagénaire, et il continua d'être reclus à la maison des Carmes; il en est ainsi de beaucoup d'autres. Un conflit de juridiction qui s'éleva entre le tribunal criminel et l'administration départementale expliquerait peut-être quelques-unes de ces contradictions.

Le 7 vendémiaire [28 septembre 1794]. — Séance du Directoire du département. — Le 4e bureau dépose un rapport sur l'instruction faite par les juges du tribunal criminel du département, concernant les ci-devant prêtres reclus, qui doivent ou devaient être déportés aux termes de la loi. Le Directoire délibérant sur ledit rapport, arrête que toutes les pièces relatives à la déportation desdits prêtres , seront envoyées avec un Mémoire consultatif, à la commission de laquelle ressortissaient la police et les tribunaux, à l'effet de lui .demander si le tribunal criminel du département ne devait prononcer qu'en « résultance » des arrêtés du conseil général, ou s'il devait faire l'instruction par lui-même , sans tenir compte de l'opinion du conseil. — Évidemment le tribunal ne voulait pas être une machine à condamnation , et le Directoire n'entendait pas qu'il fût autre chose. — Nous ne saurions dire comment se termina le conflit; mais on comprend qu'à la faveur de ces tiraillements , quelques victimes durent échapper aux décrets qui étaient appliqués, avec plus ou moins de rigueur, par les deux juridictions.

Les agents du pouvoir ne cherchaient point à dissimuler cet état de choses ; au contraire , ils le prenaient pour point de départ de leurs règlements. Le comité de législation , dans une lettre adressée le 9 août 1795 au procureur-général-syndic du département du Calvados, — nous la donnons un peu plus loin, — l'avoue en propres termes. Le 14 février 1801,1e général Dugua, préfet du Calvados, écrivant au sous-préfet de Falaise , partageait en deux classes les ecclésiastiques qui étaient encore sujets à la déportation. « Les uns, disait-il, ne l'ont pas subie , parce qu'ils ont trouvé les moyens de s'y soustraire ; les autres , parce qu'ils n'ont pas été jugés capables de la supporter. » Ne venons-nous pas trop tard pour mettre chacun à sa place et faire des catégories ? En tout cas, il est évident que ceux qui essaient aujourd'hui de composer la liste des déportés, doivent chercher d'autres preuves que les arrêts des tribunaux qui les condamnent.

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