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Description de la cassette d'ivoire qui renferme la chasuble de saint Regnobert , par M. Théophile Gautier.
« Une surprise nous attendait à la salle capitulaire. D'une chemise de vieux damas , on nous sortit une cassette renfermant la chasuble de saint Regnobert, — une cassette d'ivoire avec des coins, des ferrures et des incrustations d'argent ! un chef-d'œuvre , une merveille venant du trésor d'Haroun-al- Raschild pour le moins ! — Des paons adossés , affrontés , déployant leur queue ocellée à travers des feuillages mats ou brunis formaient le système de l'ornementation ; les plaques d'ivoire, d'une grandeur extraordinaire, avaient dû être sciées en spirale dans les défenses des plus gros éléphants. Toute la richesse du goût oriental le plus pur brillait dans ce joyau, écrin d'une relique. En l'examinant de plus près , nous découvrîmes sur la garde de la serrure une inscription arabe
où nous reconnûmes le nom d'Allah. « Au nom du Dieu clément et miséricordieux , bénédiction complète et grâce générale ; » tel est le sens de la légende, qui ne messied pas à la pieuse destination du coffre. Comment cette cassette de calife est-elle venue à Bayeux servir de reliquaire? Les croisades expliquent ce long voyage ; une tradition veut qu'elle ait été donnée à l'église par la reine Mathilde. »
Ce n'est pas à ia reine Mathilde . mais à la reine Hermentrude que la tradition rapporte le coffre d'ivoire où est renfermée la chasuble de saint Regnobert. (V. le P. de Tournemine.)
Le même voyageur rend hommage, dans les termes suivants, à la tapisserie de la reine Mathilde , qui fut longtemps la propriété de la Cathédrale, et que l'on y exposait autrefois à certains jours de fête. On sait que ce monument fut sauvé du pillage par M. Le Forestier, administrateur du district de Bayeux, en 1792 (V. M. Pezet , Bayeux a la fin du xvme siècle). Aujourd'hui on le conserve à la bibliothèque de la ville.
« L'on a souvent décrit, souvent dessiné la tapisserie de la reine Mathilde ; nous avons parcouru les livres , regardé les dessins, et nous nous figurions, nous ne savons pourquoi, voir une tapisserie de haute ou basse lisse, comme beaucoup de tapisseries du moyen-âge parvenues jusqu'à nous. La tapisserie de la reine Mathilde est, à proprement parler, une broderie faite avec des laines de couleur sur une bande de toile blanche, longue de soixante-dix mètres trente-quatre centimètres, sur cinquante centimètres de hauteur.
« Cette interminable bandelette est exposée sous verre, dans une montre dont elle couvre les deux côtés en se reployant sur elle-même , arrangement ingénieux qui permet de suivre pas à pas la procession des sujets historiques qu'elle représente. C'est un monument très-original que cette sorte de frise, de panathénée à l'aiguille, tracée par la reine, femme du héros qui changea son nom de Guillaume-le-Bâtard contre celui de Guillaume-le-Conquérant , à peu près comme Hélène
traçait sur le canevas les exploits des Grecs et des Troyens sous les murs d'IIion.
« Des inscriptions latines accompagnent chaque action , nomment chaque personnage et ne laissent aucun doute.
« Le style du dessin a quelque chose de primitif et d'étrusque ; ces figurines anglo-normandes, hautes de quatre ou cinq pouces , ressemblent parfois aux héros des vases grecs; les chevaux , rouges , verts , bleus , ont l'aspect le plus étrange, et nous en avons vu de pareils sur les peaux de bison où les loways peignaient des combats avec les couleurs de leur tatouage.
« Quelle chose singulière, lorsque tant d'édifices si solides se sont écroulés , que cette frêle bande de toile soit parvenue à nous intacte, à travers les siècles , les révolutions et les vicissitudes de toute sorte ! — Un bout de canevas a duré huit cents ans!