XLVI.— page
Séminaire de Caen. — Monastère de la Charité.
Nous devons à l'obi iceance de M. le vicomte L. d'Osseville U
pièce suivante, dont il nous garantit la parfaite authenticité: « Au non de Nostre Seigneur Jésus Christ et de sa très divine mère.
« Je Anne Le Haguays, veuve de feu Jacques Blouet sieur de Camilly mon très cher et très honoré mari , desclare par set escrit que je désire fere en forme de testament que quand il plera à Dieu mapeler a luy, je le suplie de me fere miséricorde, je lui donne mon àme, je suplie la très sacrée Vierje de la luy présenter et tout se qui mapartient. Je donne mon cœur à mais bonne seurs les religieuses de Nostre-Dame de la Charité qui me lont demandé avec grande instanse et amitié me faisant la grasse de me regarder comme leur fondatrisse avec feu Madame de Langrie, et je désire que mon cors soit innumé dans l'église des prestres missionnères de la congrégation du Cœur adorable de Jésus et Marie tantparse qu'il a plu a Nostre Seigneur me donner une dévotion particulière au très adorable Cœur de Jésus et Marie a l'honneur desquels la dite esglise doit estre consacrée, et d'autant que les dits prestres missionnères nous ont tousiours regardés feu Monsieur de Camilli mon très cher mari et moy comme leurs fondateurs après feu Monsieur de Than mon neveu prestre missionnère de la dite congrégation, et que je set que feu Monsieur de Camilli aurait voullu pareillement choisir sa sépulture dans la dite esglise si lors de son dessais elle eust esté en lestât ou elle est maintenant, veu spesiallement qu'il avait se droit ayant la calité de fondateur, se qui me fet espérer que quelques uns de mes enfans vousdront semblablement estre enterrés dans la dite esglise. Mais quoy que sen soit, je désire y avoir ma sépulture. J'ay cru qu'il estait bon que quelqu'un des nostres prenne posession de se droit que le bon Dieu nous a donné, enfin sest issi ma dernière volonté à la quelle je prie mais enfans de ni aporter point denpeschement aucun mais de l'exsecuter tidellement et sans nulle seremonie. Fet à Caen se samedi catorse daoust veille de la feste de la glorieuse Asomption de la divine mère de Dieu mil sis sens soissante et disset.
Anne Le 1/agiays. »
XLVÏL- PAGE 21.
Avènement de Louis XIV— Bataille de Rocroi.
Extrait du discours prononcé par Gilles Buhot dans l'église Cathédrale de Bayeux, le 15 juin 1643. à l'occasion du joyeux avènement de Louis XIV et de la bataille de Rocroi.
« Nos ennemis qui sçauent que la France est inuincible à toutes autres armes qu'aux siennes, et qu'elle ne se peut destruire que par ses propres diuisions, s'imaginèrent que nostre grand Lovis le Iuste estant mort , toutes choses estaient tombées dans la confusion , ou si elles n'y estaient entièrement , qu'il leur serait facile d'acheuer de les y porter par la moindre terreur. Ils pensèrent que la discorde se jetteroit entre nos princes, que les dissensions sélèueroient entre les grands, que le trouble saisiroit la milice , l'espouuante les peuples, et qu'ainsi il ne leur seroit pas tant besoin de combattre la France, comme de luy prester la main afin d'auancer sa ruine. Mais ils n'avoient pas veu ni les cœurs de nos princes, qui en ignoroient l'union, ni ceux de tous les bons François, qui les croyoient si peu affectionnés envers leur roy, et surtout ils n'auoient pas considéré ni la prudence et la piété de nostre grande reyne, qui la rendent aimable à tous ses fidelles sujets, ni la protection singulière que Dieu a tousiours prise de cette monarchie. Ils se préparent donc sur ces folles imaginations à en venir aux mains, présentent la bataille, et au lieu quils pensent trouuer des soldats effrayez , trouuent des hommes inuincibles qui les taillent en pièces, et qui en font une si horrible boucherie, qu'elle a osté à leur nation , non-seulement la hardiesse de nous attaquer, mais le pouuoir de se deffendre. Or à quelle main particulièrement attribueronsnous cette grande victoire , laquelle , si on avait égard à la multitude des hommes, estoit deuë à nos ennemis? Car celte question mérite qu'on L'agite, afin qu'on juge par la cause,
PIÈCES .HST1FICATIVES. 33
que ce n'est pas tant un bonheur que nous avons reçeu, qu'un présage de ceux que nous douons attendre. Certes, après la diuine bonté, nous ne la pouuons rapporter qu'à la protection de la très-sainte Vierge, qui, ayant mis la couronne sur la teste de ce jeune prince , ne peut qu'elle ne l'y maintienne. Elle l'a donné à la France, comment souffrirait-elle que la France luy fust rauie, et luy fust ostée à luy mesme? On dit que Démosthène fist graver dessus son bouclier cette devise (/.yuO-n Tv%o, la bonne fortune: ce qui n'empescha pas qu'il ne fust obligé de le laisser en un combat , et de prendre la fuite: pour ce que ce bouclier ne contenoit en sa deuise que le désir d'un homme et non pas le présent du ciel. Mais la reyne de l'uniiiers et la mère du Tout-Puissant n'a peu métré le sceptre à la droite de nostre prince, qu'elle ne luy ait mis quant et quant un bouclier à la gauche, qui porte la mesme devise, uyctOn Tv/jn, la bonne fortune; qui sera autant inséparable de ce sacré monarque, que la main qui la luy présente est constante et inuariable. 0 prince bienheureux, que vous avez juste raison de la recognoistre toute vostre vie pour vostre saincte protectrice et de lui crier après Dieu, spes mea ab uberibus inatris meœ, vous estes mon espérance dès la mammelle de ma mère.Ouy je sucçois encorle lait, par manière de dire, tant mon aage esloit foible , que vous combatiez pour moy les ennemis de mon estât, et que vous preniez ma défense.
« Et afin que l'on voye que c'estoit la fortune de nostre jeune Lovis, qui surmontoit en ce combat, Dieu a permis que ce fût un autre Lovis qui en eust la conduite. l'entends ce prince magnanime qui s'y est signalé par tant de valeureux exploicts : car il y a représenté de tout poinct ce grand roy; il y a dis-je représenté son nom, par le moyen du sien : son enfance, par sa jeunesse: les commencemens de son règne, par ceux de ses combats, et ce qui luy est plus glorieux, les très-éminentes vertus qui orneront son âme, par les illustres témoignages qu'il a donné des siennes. Apprenez donc, ennemis de cette monarchie, qu'elle est trop affermie, pour estre si facilement destruite ou démembrée. Apprenez qu'ayant
subsisté par 1 estenduë de tant de siècles , ses racines sont trop profondes pour estre arrachées en un instant. Apprenez qu'vn monarque que la saincte Vierge a élevé dessus le throne de son père, n'en peut estre tiré, ny mesme son throne esbranlé par toutes les puissances du monde. »
XLYIIL— fage22.
Messes célébrées à la Délivrande.
Gilles Buhot, dans les comptes qu'il présenta au chapitre pour justifier son administration, porte à deux cent vingt pots la quantité de vin employée chaque année à la Délivrande pour la célébration du saint sacrifice; puis il ajoute : « et afin qu'on n'estime pas que ce soit trop de deux cent vingt pots, il sera observé qu'il se dit en la dite chapelle environ dix-huit mille messes , savoir : treize à quatorze mille par les prêtres habitués, et le reste, par d'autres prêtres à leur dévotion. » Ce nombre, quoique inférieur à celui que Nicolas Buhot a consigné dans ses mémoires, est encore très-considérable.