‹ Histoire du diocèse de BayeuxChapitre 127 sur 161 · XLIX.— page · texte numérisé non relu

XLIX.— page

Conférences ecclésiastiques.

« Pour l'ordre que l'on doit garder dans les conférences, il consiste en plusieurs articles, dont voici les principaux.

« En attendant que la compagnie soit tout-à-fait assemblée au lieu où l'on tient la conférence, un député de la compagnie pourra faire dans l'église la répétition de quelques cérémonies ecclésiastiques ; ce qui facilitera à tous l'usage des rubriques ; outre qu'on préviendra ainsi, sans trop de contrainte, la dissipation d'esprit qu'apporteroit la liberté de parler de choses profanes , et qui empècheroit souvent le fruit des

instructions que l'on vient prendre et se donner mutuellement.

«On commencera la conférence par les prières dressées exprès à cet effet. On lira d'abord quelque chose des règlements de la conférence, et cette lecture achevée, l'interprète expliquera l'évangile du dimanche ou quelqu'autre endroit de l'Écriture sainte, premièrement dans le sens littéral, et puis dans le sens moral et spirituel.

« Après cette interprétation , le répétiteur fera une briève récapitulation des choses principales qui auront été dites dans la conférence précédente , et cette répétition doit être fort succincte.

« Elle sera suivie du sujet de piété sur lequel on doit s'entretenir, et pour le faire avec ordre, Monsieur le directeur invitera d'abord le premier assistant à parler sur ce sujet : tous •y doivent être préparez, et le doivent faire d'une manière aisée et familière , sans rien perdre néanmoins de la bienséance et de la gravité convenable. On invite en second lieu le second assistant, et ensuite les particuliers de la compagnie, tantôt les uns, tantôt les autres; car il n'est pas toujours à propos de les faire parler de suite comme ils sont assis. Il faut seulement observer de prier d'ordinaire les plus jeunes de parler les premiers, parce qu'ils auroient moins de choses à dire et moins de liberté à s'exprimer, après avoir entendu ceux qui ont plus d'âge et plus d'habileté qu'eux. Le directeur termine le sujet spirituel en faisant faire réflexion sur quelques points de ce que l'on aura dit qui paroîtront les plus importants, ou en ajoutant quelque chose de nouveau, s'il le juge à propos.

« On vient ensuite au sujet des cas de conscience : on le prendra ordinairement dans Hinsfeld, comme dans le Livre qui en peu de paroles renferme le plus de choses, et en fournit le plus à dire. L'expositeur expliquera de la manière la plus plausible qu'il pourra le sentiment de cet auteur, et il ne doit point alors s'en écarter, de peur de confondre les idées sur cette explication.

« Le proposant proposera deux cas de conscience; il faut prendre garde extrêmement à choisir toujours des cas de pratique , et jamais ceux qui seroient trop subtils et trop métaphysiques, et qui pour l'ordinaire n'ont aucune utilité.

« Le directeur expliquera encore l'état de la question sous un autre jour, s'il est besoin, afin que tous l'entendent parfaitement , et il demandera ensuite le sentiment de plusieurs de la compagnie i'un après l'autre , et particulièrement de ceux qui auront été chargez d'étudier le traité où le cas se rapporte ; il recueillera ensuite les sentiments et s'attachera aux meilleures réponses et aux raisons les plus solides, pour en former une conclusion juste et précise.

« Quand on aura résolu de la sorte les deux premiers cas de conscience , il sera libre à chaque particulier de la compagnie d'en proposer d'autres sur quelque matière que ce soit, et on suivra la même méthode pour les éclaircir. La compagnie doit garder en cette occasion un grand ordre et un grand silence , et il n'y a absolument que le directeur, celuy qui propose, et celuy qui est nommément averti de dire son avis qui doivent parler; sans cette règle, il n'y auroit que de la confusion dans l'assemblée. Ce sera d'ailleurs un exercice de vertu très-exemplaire et très-méritoire de réprimer l'inclination naturelle que l'on a dans ces occasions de dire sa pensée tout haut , ou du moins à l'oreille de ceux auprès de qui l'on se rencontre.

« Quant à ceux qui proposent, ils ne doivent le faire qu'après avoir donné quelques marques de déférence , quoique sans affectation , aux autres qui paroîtroient avoir aussi quelque chose à proposer. Ils doivent aussi se contenter de faire une réplique ou deux au plus à la résolution que l'on aura apportée à leur difficulté ; le reste seroit argumenter et disputer, ce qui est plus le propre de l'école que d'une conférence , où il vaut mieux éclaircir moins les difficultez que d'échauffer trop les esprits.

« Il faut lire ensuite les noms de ceux qui composent la compagnie, et ceux qui seront absents auront soin de se faire excuser par quelqu'un de leurs confrères. Quoique ce règle-

ment paroisse avoir quelque chose de gênant et de petit, il est certain néanmoins que l'observation en est très-importante , par le témoignage qu'elle renferme de l'estime que Ton fait de l'assemblée et de la vénération qu'on a pour elle. »

( Vie de M. l'abbé du Val-Richer.)

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