‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 108 sur 191 · I. — HISTOIRE · texte numérisé non relu

I. — HISTOIRE

La cathédrale de Coutances, un des monuments les plus remarquables de France, et qui serait richement décoré, s'il avait été construit à Paris plutôt qu'en un lieu ignoré d'une province lointaine, est l'œuvre de deux architectes qui ont vécu à peu d'années d'intervalle ou, si l'on veut, de deux évéques qui se sont succédés immédiatement, Robert et Geoffroi de Montbray. A celui-ci et à ses parents, les conquérants-fondateurs du royaume de Naples et Sicile, revient l'honneur de la seconde partie, qui est la principale ; on ne sait quelle part l'évéque Robert prit à l'œuvre accompli de son temps, ni même s'il y concourut. On ne sait pas davantage le nom du maitre-ès-œuvres de Geoffroi de Montbray; mais personne n'ignore que ce fut un moine de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, connu dans les traditions populaires sous le nom de saint Jouvin, qui éleva la première partie de l'édifice, c'est-à-dire la nef.

Afin qu'on ne pût l'ignorer, il s'y est représenté lui-oiéme au chapiteau du second pilier du bas-côté méridional, en tiers avec la duchesse Gonorre, fondatrice, d'un côté, et de l'autre, le duc Robert-le-Magnifique, son petit-fils, alors régnant ^^K Et afin qu'on ne pût méconnaître Gonorre, il a représenté au chapiteau du pilier suivant l'aventure de chasse à laquelle elle dut l'honneur de devenir duchesse de Normandie ^^K

L'évéque Robert siégea de 4027 à 4048. Geoffroi de Montbray, qui fit construire les deux clochers, le transept avec sa lanterne magnifique et le

(1) Oa peut-être Ricbard I, si cette fondation avait été imposée à titre d'expiation, ce qui était dans les mœurs du temps.

(2) Le duc Richard I" fit la connaissance de Gonorre en une partie de chasse dans la forêt d'Arqués. On peut voir le récit très-naif et aussi peu édifiant dans Guillaume de Jumiéges, lib. YUl, cap. xxxvi.

Les têtes couronnées de la duchesse et de son petit-flls, faites ressemblantes à dessein, sont bien conservées ; il manque un trèfle à chaque couronne. Le moine n'a plus sa tête, ni le petit modèle de monument qull dut porter dans ses mains.

A l'autre chapiteau» le gibier sur lequel le chasseur décoche une flèche* parait être un aigle» mais il est mutilé. La belle jeune fille qui regarde en tapinois, porte une haute coiffe qiron ne désavouerait pas encore au pays de Gaux.

T. II. 3o

chœur, de 10i8 à 1093. La chapelle du rond-point est l'œuvre de Tévêque Sylvestre de laJCervelle, qui siégea de 1371 à 1386. Nous parlerons en leur lieu des chapelles de la nef.

Le Linre-Noir, qui nous entretient des constructions des évêques Robert et Geoffroi deMontbray, est, en ce point, une autorité d'une certitude absolue ^^\

L'auteur du récit dont se compose la première partie du volume appelé Livre-Noir, avait été témoin oculaire de ce qu'il rapporte, à titre d'employé clerc à la cathédrale. « Pierre (le camérier), dit-il, avait soin de remettre tous les mois et à chacune des fêtes de Noël, l'Epiphanie, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte et l'Assomption, au premier custos , il y en avait six, tous ecclésiastiques, une provision d'encens, qu'il fallait éplucher grain à grain, afin de n'employer au service de l'autel que ce qui était blanc et pur, on rejetait le reste. Nous l'avons vu et fait ; quod vidimus et fecimus.

Ce témoin, placé dans des conditions où une honorable probité est nécessaire, a assiste à la bâtisse du chœur, du transept et des clochers ; quant à la nef, c'était déjà fait, quoique depuis peu; aussi, n'en dit-il que quelques mots. Après avoir parlé brièvement et en assez mauvais termes de l'évéque Robert, il ajoute : € C'est cependant de son temps que l'église de Coutances fut commencée et une partie construite, de la fondation et au moyen des largesses de la comtesse Gonorre, avec l'aide aussi des chanoines, qui cédèrent temporairement à l'œuvre la moitié des revenus de l'autel, et le concours de barons et de diocésains fidèles , comme on le voit jusqu'à maintenant par les noms de plusieurs d'entre eux, qui sont gravés sur la pierre aux arceaux de l'église <«\ »

La comtesse ou duchesse Gonorre ^^*, ces deux titres sont l'équivalent l'un de l'autre sous la plume de nos anciens historiens , avait été femme du duc Richard P' et mère de Richard II; c'était son petit-fils, Robert-le-Magnifique, qui gouvernait, lorsqu'elle entreprit la fondation de la cathédrale. On ne saurait dire quel lien rattachait au diocèse de Coutances cette princesse, d'une naissance obscure , la jouissance douairière, peut-être , de quelque propriété domaniale ; mais la fondation d'une belle cathédrale de la part de la grand'mère était tout-à-fait dans les goûts du petit-fils.

Quelle est cette partie du bel édifice qui fut construite (consîructa) du temps de l'évéque Robert? ce n'est pas le chœur, ce n'est pas le transept, ce ne sont pas les clochers, car tout ceci est l'œuvre de GeolTroi de Monlbray , dit notre auteur, et il assista à la construction; c'est donc la nef.

Cette nef est en effet une œuvre spéciale, différente de tout le reste, semblable à elle-même d'un bout à l'autre et de la base au sommet, du plus beau et du plus pur roman, de petit appareil, d'un goût exquis, d'une maind'œuvre accomplie et que celle des autres parties de l'édifice est loin d'égaler.

Que la forme ogivale des arcades ne scandalise personne; la base des co-

(1) L'autographo est égaré, mais la partie historique du volume* contenant l'histoire des deu\ ëvèques Robert et Geoffroi deMontbray, est imprimée dans la Gallia Christiana, XPvol., art. Instrumenta Errlesiœ Constantiensit.

(2) Hujiis tamen lemporibus incœpta et ex parte constructa est Constanciensis ecclesia, fundante et coadjuvante Gonorra comitissa, auxiliantibus etiam canonicis, reditibus medietatig altaris ad tcmpus operi concciisis , cooperantibus quoque baronibus et fiarochianis fidelibus» quod usque hodie contestantur aliquot ipsorum nomina insculpta lapidibus in ecclesiae arcubus.

(3) Guillaume de Jumiégcs dit Gonnora> notre auteur dit Gonorra.

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