LA CATHÉDRALE DE COUTANGES
lonnes, les colonnes, les chapiteaux, les contre-forts, les colonnettes, les sujets et le genre de la sculpture tout est roman et d'un bon goût qui ne se rencontre dans aucun monument gothique. D'ailleurs, le gothique n'a que faire de pareils détails. Une belle église romane est une coquette qui tire sa beauté de sa parure.
Ces murailles si hautes, si minces, si légères, percées de grandes baies et tellement évidées qu'il faudrait autant de pierres pour les remplir, qu'il en a fallu pour les bâtir, n'étaient pas destinées à porter des voûtes '* . Quand il leur en fut imposé, à une époque indéterminée, probablement au commencement du xv*' siècle, elles s'écartèrent. La fuite est de vingt centimètres d'un côté de vingt-six de Tautre en dehors du point de base; il n'y a pas encore de surplomb à l'extérieur^ mais le fruit est perdu.
C'est pour arrêter la ruine, que l'on construisit à la hâte avec des pierres de toute provenance et de toute dimension, les arcs-boutants qui les maintiennent. La preuve qu'ils ont été faits après coup, c'est qu'ils deviendraient trop courts, si les murailles reprenaient leur premier aplomb.
C'est aussi, selon toute apparence, pour donner du poids et de la solidité au point d'où partait Técartement, qu'on remplit les baies du triforium des épaisses et laides murailles qu'on y voit. Si on n'avait voulu que les aveugler, il aurait sufli d'une cloison. Et c'est comme contre-poids qu'on établit à l'intérieur, en hors-d'œuvre, ces grosses et lourdes galeries en quatre feuilles, dont les corniches de support empâtent le pied des colonnettes du triforium.
L'aspect est changé et la grâce perdue. Mais enlevez par la pensée ces disgracieuses galeries, et celles du haut, qui sont aussi surajoutées, rendez aux baies ogivales et aux colonnettes du triforium leur élancement, et vous aurez un des plus légers et des plus gracieux monuments qui se puissent imaginer.
L'auteur de cette merveille s'appelle populairement saint Jouvin. Partout ailleurs, c'est l'Ascension qui est la fête des maçons. A Coutance% , c'est monseigneur saint Jouvin qui est leur patron ^^K Pour les écrivains, c'est à un moine de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes que l'honneur revient, avons-nous dit, et la raison est facile à trouver.
Saint Pair avait fondé un grand nombre de monastères .dans les diocèses de Coutances et d'Avranches; or, saint Pair était un moine fugitif de l'abbaye d'Enesse {Eïiessio et Enixio) au diocèse de Poitiers. Lorsque sa retraite au bord de la forêt de Sciscy fut découverte, son abbé, saint Généreux, vint le remettre sous l'obédience. L'abbaye de Saint-Pair et ses filles ressortirent donc à celle d'Enesse.
Or, les chanoines d'Enesse tombèrent dans un tel relâchement, que Charlesle-Chauve établit en leur place, en 864, les Bénédictins de Saint-Martin-de- Vertou, près Nantes, chassés de leur monastère par les Normands, à condition qu'Enesse demeurerait chef d'ordre, que Saint-Martin-de-Vertou lui
(1) UéglÎEe de Mortain n*a pas de voûte. L'église de Lessay n'ao avait pas. Celle qui existe fat commeDcée probablement par Pierre Le Roy , qui devint abbé du Mont-Saint-Michel en 1S86. Les églises bysantines n'ont pas de voûtes.
(9) On lit 8ur un des piliers de réglise SaintpPierre de Coutances : «« Les maistres massons de ceste ville ont fonde a perpétuité en Téglise de céans deux messes a note a diacre et soubs diacre et coeuriers en p-cedant it, icelles leau beniste départir et p-cession p-dehors sil nest dimanche lune le jour de la Somption n-re dame et laultre le p-mier jour de S-gnor S JOUUIN a Iheure de huict a neuf heures retiutees a trente coups de la grosse cloche et trente avant le vol la Séquence et libéra jouxte le c- tract du xxviii' jour de décembre 1 58i.
240 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTANGES ET AYRAflGHES.
serait subordonné, s'il venait à se relever, ce qui advint, et que ceux des chanoines d*Enesse qui voudraient embrasser la règle de Saint-Benott, resteraient dans leur maison.
A partir de ce moment, l'abbaye d'Enesse n'apparaît plus sous ce nom, elle s'appelle Saint-Jouvin, ou Saint-Jouin-lez-Marnes.
La ville de Saint-Lo n'étant tombée au pouvoir des Normands qu'en 890 et par suite le reste du pays, y compris Coutançes et Avranches. Les moines de Saint-Jouvin eurent le temps de prendre possession des propriétés de l'abbaye de Saint-Pair. Il leur fut loisible d'y revenir après la conversion de RoUon, et mieux encore après la bataille du Mont-aux-Malades. Aussi, le Conquérant, son frère, le comte Robert de Mortain, et son neveu, le comte Guillaume, rencontraient-ils partout où ils voulaient fonder un établissement, à Mortain, à Saint-Hilaire, à Saint-James, à Saint-Benoît-de-Beuvron, des Bénédictins qui réclamaient un droit de propriété.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'il se soit trouvé un moine de Saint- Jouvin, disposé à mettre ses talents en architecture au service de la duchesse Gonorre.
Son confrère du Mont-Saint-Michel, l'abbé Hildebert II, venait de construire en ogives les quatre belles cryptes qui devaient supporter l'église de l'abbaye. Deux existent. L'ogive n'était donc plus à trouver. Hildebert avait besoin de donner de la force à son édifice; il l'exagéra. Celui-ci devait songer à l'élégance; il exagéra la légèreté. '
Il emprunta aux jardins et aux champs du voisinage la faune sculptée sur les corbeilles de ses chapiteaux et dans ses rosaces : c'est la feuille d'artichaut, lelaiteron, le panicault, diverses fougères, l'armoise, divers chardons, des trèfles et des quintefeuilles, la buglosse, le lotier, la scabieuse maritime, la grande éclaire, etc.
Cette partie de l'édifice, maintenant bas de l'église, était par destination le chœur d'une église à cinq nefs. Les deux énormes pilastres qui la terminent, et qui supportent un côté de la tour centrale, usage pour lequel ils sont beaucoup trop gros, devaient servir de supports et d'entrée à une abside magistrale, qui aurait probablement en profondeur toute la longueur du rayon et en hauteur le double de la hauteur de la nef. C'est ainsi que, dans une pensée mystique, on reportait au chevet le pinacle que Salomon avait placé à l'entrée de son temple.
Les deux premières nefs latérales devaient-elles se terminer en absidionst il ne le semble pas ; la disproportion aurait été grande , et il ne reste nulles traces de pierres d'attente. Les deux basses nefs, celles qui ont été transformées en chapelles , se terminaient par deux massifs de maçonnerie, de l'épaisseur des gros piliers de l'entrée de l'abside, pour la régularité de l'œuvre; mais au centre desquels avaient été ménagés des puits d'escaliers, pour la communication avec les galeries^'-.
Le cordon longitudinal qui recevait le bord supérieur de la couverture des basses nefs avant leur exhaussement et leur transformation en chapelles.
(I) Le puits ou cage d'escalier du côté du nord a été chaogé en un passage qui s'est appelé Thuis- froid, et pour réclairer, une fenêtre d'intérieur a été ouverte sur le transept Celui du midi a été transformé temporairement en une chapelle, et pour donner plus de largeur à la chapelle, on a démoli le mur du côté du transept et on Ta remplacé par une plaquette de l'épaisseur des deux mains, du plus mauvais goût et d'une architecture impossible.
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existe soas les dalles qui les recouvrent maintenant à piat, et démontre qu'il y eat à la nef trois étages de couvertures comme au chœur ; ou plutôt c'est le chœur qui fut élevé en conformité des dimensions de la nef ^'^
La nef, avec le style, le genre d'architecture, l'appareil et la main-d'œuvre qui lui sont propres, supporte à l'orient le côté occidental de la tour centrale, qui est d'un genre différent, et à l'occident, le côté oriental des clochers, du même faire que la tour centrale ; donc la nef a été faite la première, et elle était conduite à l'état de perfection où nous la voyons, quand Geoffroi de Montbray entreprit d'achever l'œuvre.
Cette conclusion, qui ressort avec évidence de l'aspect du monument, est d'ailleurs conforme aux récits du Livre-Noir, qui nous apprend que Geoffroi éleva le chœur, le transept et les clochers, sans parler de la nef, ainsi que nous venons de le dire.
Si cette nef, qui devait être un chœur, avait été prolongée à l'occident de la longueur prévue dans le plan primitif, ce serait encore une cathédrale remarquable parmi les plus belles ; mais le nouvel architecte, adoptant un autre genre, préféra mettre ses clochers à la place où le transept aurait été ; son transept avec la sublime tour centrale, à la place de l'abside, et le chœur au delà ; de cette sorte, les deux gros piliers d'entrée de l'abside, qu'il fallut pourtant élargir encore, servirent à masquer le point de jonction. C'est plus beau ; c'est incomparable ; mais il n'en résulte pas moins deux fautes considérables, la première en architecture, parce que les deux grosses colonnes sont beaucoup trop fortes pour la fonction qu'elles remplissent et hors de proportion avec celles qui les accompagnent ; la seconde, contre Testhétique, qui veut que la nef d'une église soit plus forte et plus simple, et le chœur plus ouvré et plus riche de détails. Symboliquement, la nef appartient au Père , qui est la puissance ; le chœur, au Fils , qui est l'opérateur ; le sanctuaire, à T Esprit-Saint, qui est l'illuminateur.
Arrivons à l'œuvre de Geoffroi de Montbray.
Le grand évéque fut promu au siège de Coutances en 1048. L'achèvement de son église cathédrale fut le premier objet de ses préoccupations ; il y rêvait jour et nuit ; il la voulait belle entre toutes ; il fallait qu on en parlAt ; ut eamdem ecclesiam celebrem gloriosamqtie restitueret. (Lib.-Nig.)
Le moyen auquel il s'arrêta, fut « de se rendre sans retard en Pouille et en Calabre, et de demander des secours à Robert, surnommé Guichard, son diocésain, et aux autres barons, ceux-ci ses parents, ceux-là de sa connaissance ou de son rang. Il en rapporta de grandes sommes en or et en argent, de grandes valeurs en pierres précieuses, étoffes de prix et dons de diverses natures ; notamment trois fioles de baume pur, sans compter les autres richesses, ce qui l'aida puissamment à embellir son église dehors et dedans, et dans la construction du grand crucifix, qui demanda tant de temps et coûta de si grandes sommes ^*K »
Cl) La portion surajoutée est de moindre épaisseur; on craignait, à bon droit, la surcharge.
(s) Ad œdificationem et incrementum ecclesiœ suœ omni nisu et voluntate per noctem erat et perdiem, qui ut eamdem celebrem gloriosamque restitueret, in Apuliam et Calabriam adïre Booertum cognomiue Guischardum parochianum suum, aliosque barooes oonsanguioeos suos, et alumnos. et noto^ peregre profectus, muUum in auro, et argento* et gemmis, et paUiis yariisque divitiarum donanis acquisivit, tresque asporta?it phialas plenas puro opobalsamo, ahaque preciosissima qui bus postea prœfatam ecclesiam intus et extus locupletavit, majoremque crucifixum largis sumtibus et tempore longo construxit.
« Il se fit à lui-même ud palais avec ses dépendances Il éleva le chevet
et le rond-point qui terminent le vaisseau de Téglise et les deux chevets plus vastes et plus grandioses de droite et de gauche. De même les deux tours du bas de l'église depuis les fondements, et cette troisième qui surmonte le chœur d'une sublime façon ; il les dota d'une sonnerie harmonieuse et de grand prix, et couvrit l'édifice de lames de plomb ^*K »
« Il ne faut pas croire que ces grandes dépenses étaient soldées au moyen des richesses conquises en Angleterre, car il célébra très-somptueusement la dédicace de cette même église en présence du duc Guillaume, de l'archevêque, des évêques de la province, des abbés, des grands seigneurs de la Normandie et de plusieurs de ceux de la Bretagne Tan de l'Incarnation du Seigneur 1056, X'' indiction, et l'expédition d'Angleterre n'eut lieu que neuf ans plus tard ^^K »
La cathédrale, ainsi dédiée neuf ans avant l'invasion en Angleterre, n'était pas achevée; les trésors apportés d'Italie n^avaient pas suffi; l'évêque s'était réduit au plus strict nécessaire ; les gens de sa maison vivaient de pain bis (secundo pane vescebantur). Mais les richesses conquises donnèrent enfin le surplus nécessaire. Geoffroi envoyait de temps en temps à Pierre, son camérier et son grand vicaire, « des ornements précieux, des broderies, des orfrois, des perles, des pierreries. Pendant le temps de son séjour à l'étranger, les revenus de l'évêché étaient consacrés à l'entretien de nouveaux ouvriers, tels que sculpteurs, vitriers, plafonneurs, orfèvres et autres ^"\ )>
Quand eniintout fut parachevé, le placement du grand crucifix de la nef inaugura dans toute sa plénitude l'exercice du culte chrétien. Maître Lambert réleva et l'assujettit avec bonheur et promptitude sur sa perche transversale ^*K
Arrivé à ce terme suprême de ses travaux, le bon Geoffroi, dans l'entraînement de son bonheur, donna au chapitre le manoir de Winterbourne, en Angleterre , qui fut le principe de la commune capilulaire.
Deux siècles plus tard, la belle cathédrale de la duchesse Gonorre et de l'évêque Geoffroi de Montbray recevra un nouvel embellissement par la
(I) Postea vero epîscopalem aulam et reliquas offlcinas construxit... capitium p&vîs ecclesiœ cum area, et hinc et iode duo majora capitia nobiliora et ampliora construxit. Duas turres posteriores à fundamentis, tertiamque supra chorum opère spectabiii sublimavit, in quibui classicum consonans et pretiosum Imposuit, et haec omnia plumbo cooperuit.
(il Venerabilis quidem et memoraudus episcopus non, ut aliqui piitant, de copîosa abundautia Anglican superfluitatis omnia hsc operabatur... ante beUum anglicum... celebrem dedi* cationem ecclesise magnis multisque sumtibus celebravit, prssente Guillelmo Noritoannoram duce, et archiepiscopo, et coepiscopin, et abbatibus, etprincipibus Normannia?, et aliis quibuadam Britanniœ, anno IncarnatioDis Doinii.icœ MLVI, indictioneX... anglicum beiium aclum est noDO sequenti anno, id est ab Incarnatione Domini MLXVl. (Lib.-Nig. apud Gali. Christ. XI» Instrum. col. 2l«.
(3) Cum in Anglia pluries moraretur, animus tamen et amor ad œdificationem ecclesiae désudabal : iilic ornamenta pretiosa, et brodaturas, et aurifrisas cum smaragdis et gemmis parabat. Redditus episcopi necessitatibus et operibus ecclesis, scilicet scriptoribus (sculptaribus?), vitrariis. cœroentariis, aurifabris etceteris omnibus quibus opuserat, per manum dicti camerarii abundanter expendebat
(4) Eo si quidem die quo crucifixum quem magistrante Lamberto multo sumptu fecerat, fesiine levavit, dédit canonicis in commune quoddam manerium nomine Wiitrebornam 15 sterlingorum in Anglia, scilicet in Dorster. situm.
Si ce maitre Lambert est l'orfèvre du même nom qui fit pour Suppon, abbé du Mont-Saint- Michel (1033-1048), la belle coupe d*argent, ou calice a deux anses, pesant trente-deux marcs, avec une soucoupe pesant neuf marcs et quatre onces , la croix ue Tarobon , asaex belle pour être mentionnée au livre-Noir , devait être de style byzantin , c'est-à-dire recouverte d'émaux et enrichie de pierreries.
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transformation des bas côtés de la nef en chapelles gothiques, séparées par des refends à grandes claires-voies; disposition peut-être unique et trèsadmirée. Ce sont trois styles différents dans un même édifice à ogives ; mais comme ils sont chacun à leur place, ils ne forment point de disparate et constitaent un tout harmonieux. Peu de monuments dans leurs retouches ont eu des chances aussi favorables.
Mais à quelle époque et par qui furent construites ces deux belles lignes de chapelles?
Le nom de Tévêque Jean d'Essey est inscrit quatre fois dans celles de la ligne du nord, mais seulement à titre de dotation : Jean d*Essey, évêque de Coutances, a doté cette chapelle ; dotavit hanc capellam. S'il avait fait plus, il y aurait fundavit; le mot doter n'est pas équivoque. Le style paraît un peu avancé pourKépoque et récriture aussi, peut-être de vingt ou de trente ans; mais comme il n'y a jamais eu de loi qui ait prescrit à un architecte la forme à donner à ses jambages, ni à un calligraphe une manière d'écrire, comme d'ailleurs en toutes choses il y a commencement, nous pensons qu'il ne faut pas faire des dates un lit de Procuste, au-delà duquel on tranche ce qui dépasse. Il est vrai qu'une inscription peut se transférer d'un lieu à un autre, mais encore faut-il des preuves du fait.
Nous croyons que les six chapelles du nord ont été mises en l'état par le chapitre au temps de Jean d'Essey (1248-1274), et que l'évêque en dota quatre, pour ne pas rester étranger à l'œuvre. Le registre des délibérations capitulaires de l'époque n'existe plus; il a dû périr avec la maison du chanoine trésorier lors du siège de la cathédrale.
Le chapitre ayant contribué à la fondation, se considéra toujours comme copropriétaire; aussi ne se désintéressa-t-il jamais de l'entretien ni des réparations. Après le siège commandé par Geoffroi d'Harcourt, c'est le chapitre qui, malgré l'état de pénurie auquel il était réduit, commença l'œuvre de la restauration. Lorsque l'évêque Geffroi Herbert conçut la déplorable pensée de couronner la tour centrale d'une pyramide à l'instar des deux autres, le chapitre l'arrêta , en lui demandant caution. Lorsqu'une tempête eut causé de» dégâts au temps de Claude Auvry, le chapitre fit sa part des réparations, et intenta procès à l'évêque, qui ne faisait pas la sienne dans les conditions voulues. La ligne des chapelles du midi a été ouvrée d'une façon moins heureuse; la pose laisse tout à désirer, les raccordements sont mal exécutés ; ce ne sont plus que des doucines et des baguettes assez mal filées; les gorges sont & peine évidées. Il est probable que c'est l'évêque Euslache (1274-1291), qui commença celle-ci, en disposant le haut de la nef en forme de chapelle, pour s'y préparer une sépulture. Si elles avaient été construites ensemble, elles seraient égales ; or, la première est de plus petite mesure.
La belle cathédrale a trois fâcheux appendices, qui la gâtent par dehors et par dedans : le vestiaire, au nord, la chapelle de la Vierge, au levant, et la chapelle du Sépulcre, au midi. Ces hors-d'œuvre rompent au dehors les belle» lignes architecturales du monument; ils sont d'un autre style, grossièrement exécutés, et grossièrement appuyés par de proéminents contre-forts de style gothique. Au dedans, ils ont nécessité la suppression de quatre belles fenêtres géminées, qui éclairaient les bras de la croix et ornaient le pied de deux hautes murailles devenues si tristement nues et en contraste avec le reste de l'édifice.
Nous avons dit comment s'y prit Sylvestre de la Cervelle pour élever la chapelle du chevet, dite chapelle synodale, chapelle de la Cerclée et chapelle des Enfants de chœur.
La chapelle du Sépulcre fut construite en 1439, des deniers du noble homme Jean Le Cointe, écuyer, bourgeois deCoutances, et de son épouse, dame Tiphagne Le Frestel, avec TautorisatioA de noble homme Bernard Le Cointe, écuyer, seigneur de Tourville, frère germain de Jean, et la permission du chapitre, en Tabsence notoire du seigneur Philebert de Mon^eu, évêque de Coutances ^^K
Quant au vestiaire, un emplacement de quarante-cinq pieds de long sur quinze pieds de large fut donné au chapitre, en 1 341 , par Tévôque Guillaume de Thieuville en vue de sa construction ; puis l'espace s'étant trouvé trop exigu, le même évêque acheta des frères GeofTroi, Richard et Graffard Le Fèvre, une cour et une maison pour l'augmenter. Quelques années plus tard, les chanoines, se trouvant encore trop à l'étroit dans le local, firent construire^ à l'usage de leurs réunions, la chambre qui est au-dessus, dite chambre du chapitre et chambre du trésor.
Mais, pour y accéder, il fallut un escalier, lequel rendit nécessaire une nouvelle construction, plus affreuse encore que la première par dehors, et déboucha dans la cathédrale, en supprimant une belle fenêtre géminée et la chapelle Saint-EIoi, dont le titre fut reporté en double à la chapelle suivante, pour conserver la dotation. Puis il fallut, à cause de l'élévation du toit, raccourcir de plus de deux mètres les lancettes du bras droit de la croisée.
Halle est donc, très-sommairement, la belle cathédrale de Coutances, l'une des plus belles de France, mais non Tune des plus grandes ; mutilée, mal atournée, mais non d'une manière irrémédiable.
Elle possède trois détails d'une très-grande beauté, uniques en leur genre. 4 ^^ Les deux lignes des chapelles de la nef ; 2® la colonnade du sanctuaire, qui laisse bien loin derrière elle les colonnades tant vantées du Louvre et de l'église de la Madeleine ; 3° la sublime tour centrale. Mais qu'on se donne de garde de mettre jamais à exécution la folle pensée de Tévêque Gefiroi Herbert. Elle a été faite pour demeurer ce qu'elle est, et une flèche, telle qu'elle fût, y produirait un effet désordonné ou ridicule ; celui d'un bilboquet sur une lanterne.
Pour lui rendre son antique beauté, il faut détruire les trois fâcheux appendices que nous venons de signaler ^'^; rapporter à leur place les trois panneaux de maçonnerie du fond de la chapelle de la Vierge; restituer aux deux bras du transept la lumière et l'ornementation qu'ils ont eue par en bas ; rebaisser de quatre ou cinq degrés au-dessous de celui de la nef le pavé du chœur et abaisser à fleur de pavé, en supposant qu'on le garde, le colossal autel ^*^ qui cache la vue du magnifique diadème de lumière qui environne le sanctuaire. On devrait Tapercevoir dès la porte, et, quand on le trouve enfin, il ne produit plus son effet.
(1) Permission donnée par le chapitre de « fundarê, dotart, cantiruere et œdifUari fàcere. Damn. PkUiberto Ep, o. f '. $i notorie agente in rêtnotii, n
(t) Avec nos mœurs et nos besoins actuels, il faut des sacristies ; mais à Notre-Dame de Paris on a su vaincre la difficulté, en les isolant.
(3) C'est un magnifique Louis XV; mais mettez donc le jabot de Louis XV sur la cotle de mailles de saint Louis, son ideul !
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L'arehitecte de Oeofiroi de Montbray, en établissant son chœur en contrebas de la nef, cherchait un effet de lointain, qui contribue à la beauté d'un monument, et ménageait à ses colonnes, maintenant empâtées, un élancement qui n'est pas non plus sans beauté.
Peut-être faudrait-il aussi désaveugler le triforium, remplacer le gigantesque buffet d'orgues par quelque meuble plus petit, rendre à la fenêtre qui est derrière sa forme et ses hauteurs primitives , et faire reprendre au Christ de la nef sa place centrale. Pour qui donc une église est-elle faite, si ce n'est pour le Christ ?