‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 136 sur 191 · CANTON DE MORTAIN · texte numérisé non relu

CANTON DE MORTAIN

t. MortaiD. — S. Bîon.-— 3. Foatenay. — 4. Le Neufbourg. — 5. Rancoudray. ^ 6. Romagny. — 7. Saint-Barthélemi. — 8. Saint-Gléineiit. — 9. Saint-Jean-du-Corail. — 10. Touchet. — II. Villechien.

i. MoRTAiN. Etyraologie : mor^ de grosses roches, en terme de marine, des mornes ; tun, un gros village ; ces mots sont saxons. En latin du moyen âge. Moretonium, Moritonium et Moritolium. Il n'y faut chercher nulle antiquité romaine, pas même une voie. La position était bonne pour un poste avancé de Saxons : inaccessible de tous côtés, avant la création des voies nouvelles , avec une forêt profonde pour refuge. — En fait d'antiquités celtiques, il reste sur la montagne de la Mont-Joie, comme on dit à Mortain, un Jupiter de pierre brute, image de celle que Rhée fit dévorer à Saturne.

La contrée fut évangélisée par saint Evroult, c'est une tradition constante; il y éleva un établissement, un de ses quinze monastères peut-être; il est, de temps immémorial, patron du lieu. Cet établissement est représenté, nous le croyons, par le prieuré du Rocher, maintenant hospice de la ville de Mortain; et ce qui nous induit à le penser, c'est que le prieuré préexiste à toute histoire : là était la cure de la ville ; là était un clerc nommé Norgot, qui administrait les choses religieuses de la part des Bénédictins de Marmoutiers, avant la fondation de la collégiale. Saint-Evroult de Lisieux était aussi une abbaye de Bénédictins; les Normands l'avaient détruite; Marmoutiers en avait recueilli les épaves. Le comte Robert fit de Norgot un chanoine de sa collégiale et réunit son bénéfice ; Marmoutiers réclama, les chanoines ne voulurent plus recevoir Norgot qu'en qualité de chanoine d'honneur. Robert fut obligé de créer une nouvelle prébende. Quand Robert sut mieux ce qu'était le Rocher, il le dota de manière à lui donner une bonne et indépendante existence.

Guillaume II, fils de Robert, en fit même un établissement rival de la collégiale ; il le favorisa ; le Rocher reçut de tous côtés dons et aumônes, dîmes et traits de dîmes. Avant la fin du xii* siècle, il avait, outre la paroisse de Mortain, le patronage des paroisses de Romagny, Touchet, Bion, Saint-Brice et Saint-Martin-de-Landelle , Servon, Roncey, Grimouville, la moitié de Lingreviile, Mesnil-Rainfray, Juvigny, Sacey, Aucey, Argouges.

Le prieuré maintenait avec énergie ses droits de paroisse sur toute la ville de Mortain ; la collégiale voulut en vain faire une paroisse indépendante intra muros ; il fut réglé en 1 1 37, à Rouen, présence du roi Etienne, de l'archevêque et de révèque d'Avranches , que les chanoines auraient un cimetière de faveur pour eux et les deres de la collégiale ; mais que tous les morts de la paroisse Saint-EvrotUl seraient présentés à l'église Sainte-Marie-du-Rocher, indépendamment de tel service religieux célébré à la collégiale. Le prieuré

362 HISTOIRE DU DIOCÈSE DK GOUTANGBS ET AVRANGHES.

était alors à Tapogée d'une vraie splendeur : le comte Guillaume s'était arrangé avec l'abbaye de Marmoutiers, pour y avoir constamment vingt moines. L'archevêque Eudes Rigaud n'en trouva plu's que dix, lors de sa visite. La décadence se produisant de tous côtés à la fois ; il finit par se contenter de la paroisse extra muros. Le prieur était chargé par la fondation de distribuer trois boisseaux de seigle chaque semaine aux pauvres de Morlain. Mais quand la paroisse Saint-Evroult se fut séparée. Quand le prieuré renonça à être curel Quand il fut mis en commende I Les commendataires et les pauvres : Allons donc I Ils avaient accepté un bénéfice et non une charge.

Au XVI* siècle, l'église Sainte-Marie-du-Rocher fut divisée par le milieu ; un bout garda le nom de Sainte-Marie et servit à l'usage des quelques moines qui y étaient encore ; l'autre bout, sous le vocable de saint Eloi, servit de paroissiale, avec un curé séculier, qui eut pour revenu l'a utelage et pour aumônes un presbytère et les deux versants supérieurs de la montagne de TErmitage. La paroisse ne fait plus qu'un avec Saint-Evroult; il reste de Féglise le clocher.

Mortain eut divers établissements religieux dont il nous faut faire une brève mention. 1° L'Abbaye-Blanche, fondée au Neufbourg et transférée à Mortain dès 1120. A la Révolution, la ville de Mortain y plaça son hospice ; deux des anciennes religieuses y rentrèrent pour soigner les malades et, en mourant au chevet des malades, mourir chez elles. M*' Dupont-Poursat l'acheta au prix de trente mille francs, pour en faire un petit séminaire. M*' Daniel l'a reconstruite en partie; M*' Bravard a achevé les constructions. Il reste, des édifices commencés en 1120, des cloîtres à plein cintre et les piliers de la tour centrale, dont le clocher fut démoli par la foudre en 1811 ; peut-être même la partie principale de l'église.

2^ Une léproserie, dite de Mortain, à laquelle le fisc royal payait quelques rentes, mais située hors de Mortain. II en reste une chapelle dont nous parlerons à Tarticle de Romagny. Elle fut unie à l'hospice de Mortain par Pierre- Daniel Huet.

3^ L'hospice. Il fut fondé en 1348 par un bourgeois nommé Guillaume Le Soterel, avec deux lits d'abord en faveur des pauvres de passage, et établi vis-à-vis le grand portail de Téglise. Le fondateur continua de le doter peu à peu, de façon qu'il pût aussi recevoir des malades, et même entretenir un chapelain à résidence. Un legs de cinquante mille livres, fait en 1 '773 par une demoiselle Michelle de Fleury, permit d'acquérir au prix de vingt mille livres les bâtiments et l'église du prieuré de Sainte-Marie-du-Rocher. Le commendataire vendit la commende ; mais la ville en profita pour y établir un hospice. L'évêque Pierre- Augustin Godard de Belbeufy unit celui de Sainte-Anne, fondé par Le Soterel, et les revenus de la chapelle Saint-Michel.

i"" L*ermitage. Sur le point le plus élevé et le plus pittoresque de la montagne qui domine la ville du côté de l'est, à deux cent cinquante-quatre mètres d'altitude, des ermites avaient fixé leur demeure dans un temps ancien, mais sans date, pour être plus rapprochés du ciel et contempler la grandeur de Dieu dans l'immensité du spectacle. Il n'y en avait plus depuis un temps également incertain, lorsqu'un clerc du diocèse de Chartres, nommé frère Nicolas de Bréville, vint s'y fixer de nouveau en 1613. 11 devait avoir une dizaine de successeurs jusqu'en 1774, que mourut le dernier, le frère Pierre Gaillard, cordelier, de Granville. Dans ce dernier intervalle, la, chapelle, dé-

diée à saint Michel, fut dotée d'une foire qui se tenait le jour de Toctave de la fête de saint Michel, et enrichie d'indulgences par Clément XI en faveur de ceux qui la visiteraient. La Révolution détruisit tout, chapelle et ermitage. M. Lucas-Girardville , curé de Mortain, maintenant vicaire-général, fit relever, en 1852, cette chapelle qui rappelle de si pieux souvenirs, et qui est rornement d'un site de beauté admirable. — Mais la principale richesse de Mortain , c'est le corps de saint Firmat, qui repose dans l'église entre deux colonnes en face de l'autel dédié sous son vocable. Il n'a pas même de tombeau. La ville l'oublie; elle ne se souvient plus des miracles de salut et de préservation qu'il a obtenus de Dieu en sa faveur.

La collégiale avait seize prébendes : 1° Le Doyenné, 2*^ la Chantrerie, 3*^ la Théologale ou prébende de Gorron, 4** première de Husson, 5° deuxième de Husson, 6*^ de Mesnil-Gilbert , T de Reffuveille, 8*^ de Montigny, 9^ de Beuzeville, 10° de la Sablonnière, 11° de Touchet, 12° de Notre-Dame-de- Tinchebray, 13° de Saint-Pierre-de-Tinchebray, 14° du Frêne, 15° de Condé, 16°de Virey.

2. BioN. L'église Saint- Pierre- de- Bions fut donnée à la collégiale de Mortain au moment de la fondation, c'est-à-dire en 1 082, par le comte Robert. Puis, à la fondation du prieuré du Rocher, en 1088, il la reprit à la collégiale, non sans dédommagement, et l'attribua au prieuré. Aussi l'abbaye de Marmoutiers l'inscrivit depuis lors au nombre de'ses propriétés dans le diocèse d'Avranches, et Tévêque Turgis lui en confirma la jouissance. Cependant elle revînt aux chanoines en 1137, par suite de nouveaux arrangements; il fut convenu qu'un chanoine prendrait le titre de curé et se ferait remplacer par un vicaire perpétuel. Mais ce nouvel état ne fut pas plus durable ; car le prieur du Rocher était redevenu patron présentateur en 1553, avec jouissance de la moitié des dîmes. — Il y a en cette paroisse une cliapelle dite du Fourneau, fondée en 1846 et dotée, avec chapelain pour la desserte du village de Bourberouge, habité par les ouvriers qui travaillent à la fonderie et à l'apprêtage du fer.

3. FoNTENAY. Jolie église de la fin du xv® siècle, que les paroissiens ont maltraitée pour lui donner trop de lumière. Elle est sous le vocable de saint Pierre. — La cure resta jusqu'à la fin de patronage laïque.

4. Le Neufbourg. L'église Saint-Hilaire-du-Neufbourg fut donnée à la collégiale de Mortain par le comte Robert en 1082. Mais lorsque le comte Guillaume, son fils, fonda l'Abbaye-Blanche en 1105, au Neufbourg, il reprit l'église à la collégiale, lui donnant à la place celle d'Yvrande, et rattacha à la nouvelle maison religieuse. — L'église du Neufbourg est en grande partie de cette époque ; cependant on ne saurait affirmer qu'elle est Toeuvre des religieuses ; car il y en avait une, pourvue d'un nombreux clergé, et le comte de Mortain donna tout, clergé et église; de plus, les dames ne furent pas longtemps dans le lieu : elles s'y déplurent. — Le comte Robert avait donné à saint Vital, outre les aumônes, un terrain que celui-ci rendit à la collégiale, quand il quitta Mortain pour se livrer aux missions et ensuite fonder l'abbaye de Savigny. Mais, accédant ensuite aux désirs de sa sœur, il obtint des chanoines la remise du terrain, et sainte Adeline alla s'y établir avec sa communauté en 1120, après avoir passé quinze ans seulement au Neufbourg.

L'église Saint-Hilaire n*en resta pas moins sous la dépendance de TAbbaye- Blanche, et Tévéque Richard de Beaufou en confirma la propriété à l'abbaye de Savigny en 1135; c'est que la Blanche était sous la tutelle de Savigny. — Réuni à IVIortain jusqu'en 1820, le Neufbourg recouvra son existence paroissiale par ordonnance du 12 janvier.

5. Rancoudray. La sainte Vierge avait honoré de quelques apparitions un lieu de la forêt de Lande-Pourrie, nommé Rancoudray; une chapelle y fut bâtie sous son vocable ; probablement par un des membres de la famille Avenel. Cette chapelle devint le but de nombreux pèlerinages et fut témoin d'un grand nombre de merveilles, qui en augmentèrent la célébrité. A quelle date, nul ne saurait le dire; mais c'était avant la fin du xi® siècle. Vers l'an 1200 ou même avant, peut-être en 1163, les chartes de l'époque sont rarement datées, Guillaume et Rolland Avenel la donnèrent, sous le nom de Notre-Dame-des-Landes, au prieuré de Moutons ; dans les titres subséquents, elle reprend son nom de Rancoudray. Philippe, comte de Boulogne et de Mortain,, en confirmant cette donation en 1223 et la nomination du clerc Guillaume Bullot, chargé de la desserte par le prieuré, y attacha trente acres de forêt, environ vingt-six hectares, pour l'entretien de l'édifice et le revenu du chapelain, à prendre aux alentours. — En 1649, les religieuses de Moutons obtinrent de l'évêque d'Avranches l'érection de leur église en paroissiale, en faveur de leurs serviteurs et de leurs fermiers ; la nouvelle paroisse se composa de deux groupes. Moutons et Rancoudray. Mais après le transfert de la communauté à Avranches, par ordre de l'évoque Pierre-Daniel Huet, le curé de Moutons -Rancoudray obtint l'autorisation d'établir sa demeure à Rancoudray, et dès lors ce fut la paroisse de Rancoudray- Moutons.

Lors de la réorganisation qui suivit le Concordat, Rancoudray et Moutons furent unis à la paroisse de Saint-Clément; mais ensuite Rancoudray obtint l'érection de son église en chapelle vicariale, et enfin, en 1826, un titre de succursale, par ordonnance du 26 novembre. On voit à l'église une petite vierge qui passe pour avoir appartenu à la plus antique chapelle, et un bénitier inscrit du nom de Marie de Boville. 11 faut lire Bouille. Marie de Bouille fut prieure de Moutons de 1637 à 1660 ; elle introduisit une réforme sévère dans la communauté et astreignit les religieuses à la clôture. — Il semble que le nom de Rancoudray veut dire une haute et épaisse coudraie, par opposition à une autre portion de la forêt peu éloignée qui s'appelle les Coudrettes. Mais on trouve aussi le nom écrit Rond-Coudray au xv* siècle; c'est peut-être la véritable étymologie.

6. ROMAGNY. L'église Sainte-Marie-de-Romagny fut donnée au prieuré du Rocher par Hamelin d'Isigny lors de la fondation, en 1088. Depuis, il en est fait mention sur tous les titres confirmatifs tant de Mortain que de Marmoutiers. — La léproserie Saint-Denis de Mortain était située sur cette paroisse. Le chapelain avait la franchise dans la forêt de Lande-Pourrie méine à coup de marteau, c'est-à-dire d'y prendre du bois pour tous ses usages, jusques et compris le bois à bâtir. Un titre de l'an 1391 lui attribue le droit de s'approprier un tiers des porcs de Ger qui sont en pasnage dans la forêt et les oreilles de tous les autres. C'est une punition ; comment la paroisse se l'était-elle attirée? Le domaine du lieu devait à la léproserie

soixante-dix-huit sous de rentes au terme de Pâques, et autant à la Saint-Michel. Le revenu de la foire Saint-Denis était aux lépreux. C'était à la collégiale qu'appartenait la présentation du chapelain ; elle nommait un de ses vicaires. — La chapelle Saint-Denis, encore existante, mais employée à des usages profanes, fut reconstruite en 1750 à la place de l'ancienne, par le vicairegénéral François Duboys, qui en avait été titulaire, ou plutôt par son héritier, en vertu d'un legs. Le revenu du chapelain consistait alors en un droit fixe de quarante écus plus le produit de la foire, estimé à deux cent cinquante livres. La môme paroisse avait une seconde chapelle au manoir de Chance, qui était à la présentation du maître du lieu.

7. Saint-Barthélemi. L'église Saint-Barthélemi fut attachée à la prébende décanale de la collégiale de Mortain parle comte Robert en 1082. — Erigé en succursale le 28 août 1808.

8. Saint-Clément. L'église Saint-Clément avait été unie en 1082, par le comte Robert, à la prébende théologale, dite de Goron, de la collégiale de Mortain. Le théologal avait les grosses dîmes, certains droits seigneuriaux, tels que le droit de chasse et de pêche en la rivière jusqu'au Mont-Saint- Michel, et celui de dire la messe à l'église de la paroisse, en bottes et éperons, avec des armes sur l'autel. Il présentait à la cure. Le curé avait les menues dîmes et trois belles fermes ; mais à charge de donner la soupe aux pauvres de la paroisse le dimanche, à l'issue de la messe, au presbytère.

La paroisse eut les chapelles : 1® Sainle-Barbe-des-Gigannières>de-Haut, fondée en 1548 par Gilles Benoît, receveur du domaine du comté de Mortain, et Pasquier Benoît, son frère, chapelain de Saint-Sauveur en la collégiale, sieur du Guépoulain. Le revenu était celui d'une foire qui s'y tenait à la Pentecôte. Elle est détruite. 2^ La chapelle de Maisoncelles. Maisoncelles était une vavassorie enclavée dans la forêt de Lande-Pourrie. Des procèsverbaux, rédigés par les ofïiciers du présidial de Mortain aux dates du 15 juillet 1597 et 7 août 1642, constatent la nécessité urgente d'y faire des réparations. Sans doute on finit par la laisser choir; car il n'en est plus question sur la liste de 1752. L'évêque Pierre-Daniel Huet, dans le Livre de sa visite de 1696, signale une troisième chapelle dite des Fontaines, alors bien entrelenue et maintenant détruite. — Nous venons de parler de la chapelle de Rancoudray ; il reste à peine quelques pierres de l'église de Moutons.

9. Saint- Jean-du-Cor AIL. Le nom est enjolivé ; au xv* siècle c'était encore Saint-Jean-du-Coural; un coural est un corbeau, corax. L'église est construite sur le stratum de la voie romaine qui allait d'Avranches à Séez en passant à Pabre, village de Marcilly, à Milly, au Pointon et à Barenton. La cure demeura de patronage laïque.

La liste de 1752 y marque une chapelle au château, ayant des fondations pour quatre-vingts livres, lesquelles étaient acquittées par les prêtres de la paroisse, en l'absence d'un titulaire. Elle est dite en bon étal. Au xii® siècle, cette paroisse s'appelait le Petit-Saint-Jean et appartenait à une branche de la famille de Saint-Jean-près-la-Mer (Saint-Jean-le-Thomas).

10. ToucHKT. Une touche est un bouquet d'arbres de haute futaie, un touchet en est le diminutif. Le nom de La Touche est commun dansTAvranchin. L'église Notre-Dame-de-Touchet fut donnée au prieuré du Rocher vers 1150

366 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE COUTAIfCES ET AYRANCHBS.

par Enguerrand de Touchet. Cette donation fut confirmée par l'évêque Achard, qui siégea de 1162 à < 171 . — L'église de Touchet, sans avoir rien de monumental, est remarquable par un lambris hémisphérique ouvragé, portant la date de 1537, et un très-grand vitrail d'abside représentant la généalogie de la sainte Vierge en plusieurs tableaux. C'est ce que l'on appelle un arbre de Jessé ; l'œuvre est du xvi* siècle.

1 1 . ViLLECHiEN. L'église Saint-Hilaire-de-Villechien fut donnée à l'abbaye de Savigny en 1162 par Néel et Richard de Villechien, prêtres, pour une portion» Guillaume de la Touche, pour une autre portion, moyennant la renonciation de Guillaume de Saint-Brice à ses droits sur la même église. Ce n'étaient pas encore tous les ayants-droit; car Guillaume, fils de Roger de Villechien et ses deux frères donnèrent une dernière portion quelques années plus tard. — La liste des chapelles dressée en 1752, porte : « à Villechien, 1® chapelle de la Bizardière, revenu quatre-vingts livres, beaucoup d'offrandes et de messes de dévotion. En bon état. 2** La chapelle du château, à laquelle on dit qu'il y a une fondation de quatre-vingts livres attachée. »

La chapelle Nolre-Dame-de-la-Bizardière avait été fondée en 1 588. Elle fut détruite par le parti révolutionnaire en 1793; mais, dès 1802, aussitôt que la liberté fut rendue à l'Eglise, les paroissiens demeurés fidèles à leur foi, la relevèrent spontanément. M. de Pontaud en a construit une en 1869 en son manoir; elle a été consacrée par M*' Bravard. — Quant à l'étymologie, on trouve un Renaud, dit le Chien, cité en une charte de 1179, donnée par l'évêque Richard à l'abbaye de Savigny, dans laquelle il est mentionné comme ayant aumône à cette abbaye la ferme de Grosley, du consentement de Guillaume de Saint-Jean , son seigneur.

L'antique église de Villechien, ayant été détruite par la foudre le l*' novembre 1863, les paroissiens élevèrent l'église actuelle en un autre emplacement plus central. Elle fut consacrée le 22 juillet 1868 par IW Bravard. — Erigé en succursale le 28 août 1808.

CANTON DE BARENTON.

1. Barenton. — i. Ger. — 3. Saint-Cyr-du-Bailleal. — 4. Saint-Georges-de-Rouelley.

4 . Barenton. L'église est sous le vocable de Notre-Dame. La cure demeura de patronage laïque. — Il y eut plusieurs chapelles dans la paroisse, la liste de 1752 en signale quatre alors existantes : 1® la chapelle Bizet, de fondation peu ancienne, jouissant de quatre cents livres de rentes ; 2^ la chapelle de la Huttière, fondée et non desservie; 3'' la chapelle du logis de Bousentier, fondée et non desservie ; 4° la chapelle de la Siourie, desservie , à laquelle il se faisait beaucoup d'offrandes et se disait beaucoup de messes de dévotion.

Il n'est fait mention sur cette liste ni de la chapelle de Montéglise , qui existait pourtant au xv^ siècle, ni de celle de Saint-Louis-de-la-Filolaye, fondée peu après la mort de saint Louis, en souvenir de son passage au manoir de la Filolaye en 1256 ; mais peut-être celle-ci n'existait-elle déjà plus.

Nous croyons que le nom de Barenton veut dire le village de la Barre : tatcn

signifie ea saxon un gros village ^^\ ordinairement'un village fortifié. Il y eut ainsi des barres sur toutes les voies aux alentours du château de Mortain. Les puissantes familles de Tesson et de Verdun, qui se partagaient au xf siècle le grand fief de la Filolaye et qui relevaient directement du comte de Mortain, étaient sans doute chargées de la garde de celle-ci. D'autres côtés, il y eut la barre de Sourdeval, la barre Laurent, la Haute barre, la barre de Montfautrel, devenu village de la Tournerie, à Saint-Clément : c'est-à-dire un simple tourne-bride, quand les barres ne furent plus d'usage. De très -puissants seigneurs dont les fiefs étaient sous la mouvance directe du comte de Mortain, les de Say, de Carantilly , de Grimouville , de Gouville, de la Lande- Dairou, etc., devaient en temps de guerre quarante jours de garde à la barre de Montfautrel.

Barenton a eu ses illustratiçns, d'abord et en première ligne, le curé Crestey, dont une des bonnes œuvres se perpétue dans Thospice qu'il a fondé et la communauté des religieuses Augustines qui le desservent; en seconde ligne, le savant abbé Postel, dont jamais personne n'a égalé l'ampleur de savoir. En dernier lieu, la visionnaire Catherine Théot, qui se faisait appeler la mère de Dieu et qui joua un rôle de prophétesse à Paris durant la terreur. Le commissaire de police Sénard raconte en ses Mémoires la manière dont il mit fin à ces jongleries; mais ce qu'il ne dit pas, c'est que Robespierre était un des initiés et gagné à la cause; il se vantait même d'avoir vu le Saint-Esprit voltiger sur le tablier de la vieille. C*est probablement à l'influence de Catherine Théot qu'on dut l'établissement du culte de l'Etre-Suprême , décrété par Robespierre en place du culte de la déesse Raison. L'Etre-Suprême est une expression franc-maçonnique; mais ce fut une transition.

2. Ger. L'église Saint-Matthieu-de-Ger était sous le patronage du prieuré du Plessis-Grimout, au diocèse de Bayeux. Ger faisait partie des propriétés confisquées pour cause de trahison sur Grimout du Plessis par Guillaume-le- Conquérant, et qu'il donna à l'Eglise de Bayeux. Celle-ci ne voulant pas s'en enrichir, en forma le prieuré du Plessis-Grimout. Le vicomte de Mortain était en instance l'an 1300 contre le prieuré, et réclamait le patronage en faveur du roi de France, mais il se désista. — Erigé en cure par ordonnance du 8 mars 4829.

3. Saint-Cyr-du-Bailleul. L'église était sous le patronage de l'abbaye de Marmoutiers, mais le seigneurie lui contestait en 1710. La paroisse a deux chapelles publiques : I® celle du Jarry, dédiée à Notre-Dame-de-Bon-Secours. Elle fut construite en 171 0 et sert de chapelle des catéchismes ; la liste de 1 752 lui attribue trois cents livres de revenus. 2® La chapelle Sainte-Barbe-de-la- Hamelinière. Elle fut détruite en 1811 par ordre du préfet, pour employer les matériaux à la construction d'une maison d'école; mais les habitants l'ont reconstruite. Il s'y fait de nombreux pèlerinages, pour demander d'être préservés de la grêle et de la foudre par l'intercession de sainte Barbe. Il existe également au manoir de la Motte une chapelle Sainte-Marguerite. Il y eut celles de Saint-René-de-Montécot, qui avait cent cinquante livres de revenus en fonds de terre, et la chapelle domestique du manoir du Bailleul ; elles sont détuites.

(1) Yoy. rariicle Mortain,

4. Saint -Georges -DE -RouELLEY. L'église Saint -Georges- de -Rouelley demeura de patronage laïque. On disait jadis Saînt-Georges-de-la-Rouelle. — Les dîmes de la paroisse appartenaient en majeure partie à l'abbaye de Lonlay, à qui elles avaient été données au xiif siècle par Guillaume Dodelin, seigneur du lieu. — Voici le passage des actes de saint Georges auquel la roue dont il est accompagné fait allusion.

« Le lendemain, le préfet Datien ordonna de disposer son tribunal dans l'amphithéâtre et s'y fit amener le saint martyr de Dieu. Il commanda à ses serviteurs d'apporter une roue d'airain , d'y attacher des glaives à deux tranchants, de la faire tourner et de précipiter dessus le saint martyr. En la voyant, Georges leva les yeux au ciel et dit : Deus, in adjuiorium meum irUende^ Domine y ad adjuvandum me festina. Il y touchait, mais en tournant elle vola

en éclats et il n'eut point de mal » — Ceci remonte au printemps de

l'an 303, et dut se passer en Espagne dans le voisinage de la Gaule. Nous avons raconté l'événement qui donna lieu au culte de saiiit Georges dans nos contrées. (Voy. tome I,j>. 106.)

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