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X. — Actes de SAINT SEVER , évoque d' Avranches

(Sous la rubrique du 5 juillet.)

Nous avons donné un abrégé très-succinct, trop succinct peut-être, des Actes de saitU Seter publiés par les Bollandistes. (Voy. tome I, p. 55 et 72.) Il nous semble nécessaire de compléter notre récit en ce qui concerne la fondation du monastère de Saint-Sever et le temps de l'épiscopat du saint évêque d'^vrancbes; nous le reprenons donc au point de la fondation du monastère.

Après avoir ainsi formé par ses leçons et ses exemples la nouvelle chrétienté des bords de la Beuvrogne, Sever crut avoir fait assez pour le salut d'autrui, et songea à se retirer en une solitude, afin de s'occuper du sien propre ; il réunit donc ses néophytes, leur fit part de sa résolution et leur adressa ses adieux et ses derniers avis. Aussitôt les sanglots et les supplications éclatèrent de toutes parts; que deviendrons-nous sans guide; nous ne saurions nous conduire seuls. Corbecène y mit le plus d'insistance : La forêt est grande, dit-il, la solitude profonde. Je vous donnerai tout ce que vous me demanderez, au lieu que vous choisirez; mais ne vous éloignez pas trop; vous nous êtes nécessaire; vous veillerez et vous nous avertirez.

Ravi de trouver de telles dispositions, Sever consentit à se .fixer dans le voisinage d'amis qui lui marquaient tant d'attachement. Corbecène lui donna une portion de forêt à un mille de son château, près du lieu où la verge de chêne était devenue un arbre. Il y éleva d'abord une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge, et c'est là qu'il devait passer dorénavant ses plus longues heures dans le recueillement, le jeûne et la prière. Beaucoup d'hommes, et parmi eux de nobles personnages , quittèrent les choses du siècle et s'adjoignirent à lui, pour gagner le ciel, en assumant volontarremcnt le fardeau de la croix. L'un d'eux/ nommé Gilles, homme très-vénérable, qui s'appliquait à marcher sur ses traces, lui aida puissamment à fonder le nouvel institut, et les cénobites ne tardèrent pas à devenir auprès et au loin un objet d'admiration et de vénération. Ils ne possédaient rien et ne demandaient rien, se suffisant à eux-mêmes par le travail. Ils vivaient de

Sain et d'eau, ne faisaient q\i*un repas chaque jour, vers le soir; ils usaient e vêtements pour la nécessité, nullement pour la parure ; obéissaient tous à chacun ; se tenaient à l'écart des choses du siècle ; supportaient patiemment les injures.

Tandis que ses frères travaillaient en vue des nécessités de la vie, chacun en un lieu isolé, le bienheureux Sever se tenait en sa chapelle ou dans le voisinage, ne s'absentant que pour aller visiter des malades.

C*esl qu'un ftdt important s'était accompli : it avait consenti à recevoir les saints ordres, à la demande de ses frères, et des chrétiens de la contrée, et depuis lors il ne songeait plus qu'à immoler la victime sainte, à s'immoler lui-même dans la prière, la componction^ les larmes, et à sauver les flmes qu'il avait prises à sa charge. Aussi, s'éleva-t-il de plus en plus dans l'estime de ceux qui le connaissaient, et cette estime universelle lui préparait de plus grands honneurs et un plus lourd fardeau. « Car il y avait dans le voisinage une ville qui s'appelle aujourd'hui Âvranchesv située sur le sommet d'une montagne, du côté de l'occident, qui était devenue veuve de son pasteur^ et qui eu demandait un à Dieu dans le jeûne et la prière. Or, ayant, dit-on, entendu parler de la sainteté du bienheureux Sever , et cédant à une inspiration divûié, elle Télut par un suffrage unanime, et le contraignit, malgré ses refus et ses résistances, à assumer la charge pastorale. Ce qui détermina l'homme de Dieu à s'y soumettre enfin, c'est qu'il craignit de résistera Dieu^*\ »

« La dignité épiscopale ne le changea point de ce qu'il avait toujours été. U continua de vaquer à l'oraison et à la lecture, de se livrer au jeûne et aux veilles. Il commandait avec autorité» agissait avec charité. En public, il montrait aux populations la dignité de sa prélature ; en particulier , il conservait l'austérité de sa vie d'anachorète. II gardait la retraite avec opiniâtreté, parlait avec bienveillance, réprimandait avec sévérité. Il avertissait les iions , pour les rendre meilleurs ; menaçait les méchants , pour les corriger; usait de persuasion envers les incrédules, pour les amener à la foi. Ceux, d'entre eux qui lui résistaient, il les chassait du pays. La pauvreté de son vêtement, la simplicité de ses manières et de son langage témoignaient du peu de cas qu'il faisait de la vaine gloire du monde et de son dédain pour les usages du siècle. Mais ces vêtements de vile apparence ne dissimulaient pas de belles formes corporelles. Le jeûne avait rendu son visage blême, . son corps était couvert d'une couche de crasse ; mais cette crasse laissait apparaître les plus beaux traits : de sorte que si on n'avait pas su être en la présence d'un saint, on l'aurait deviné au respect qu'il unposait. »

L'homme de Dieu accomplit probablement des miracles dans le cours de son épiscopat; mais la relation n'en est pas venue jusqu'à nous. La seule chose que nous puissions dire à sa louange, Q'cst qu'il bannit définitivement l'idolâtrie de son diocèse. Il en proscrivit les pratiques^ et força les idolâtres à s'éloigner ou à se jeter dans les bras du christianisme. Il détruisit une partie des temples, consacra les autres au service du vrai Dieu, et, par là, réduisit les démons au silence. \

Mais il craignit qu'au milieu de tant d'occupations> son salut personnel ife se trouvât négligé. D'un autre côté , il n'ignorait pas que son premier troupeau, celui des solitaires, soufi'rait de son absence. II pria donc ses diocésains, ou plutôt il leur commanda, selon sa manière habituelle, et pour obvier à toute réclamation, de lui choisir un successeur. Ils obéirent, quoique à regret, et il revint à sa chère solitude.

S'il y rentra avec bonheur, il y fut accueilli de même ; mais Dieu ne permit

(1) Ce pasMge montre que les At%t$ ont reçu leur dernière forme en un lieu éloigné : probablement à Rouen après la Translation.

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pas qu'il y trouv&tle repos quil cherchait; car ilTafiligea, si on peut ainsi parler, du don des miracles « à un tel degré, qu'on voyait des procession^ d'infirmes allant solliciter la guérison de leurs infirmités, et bourdonnant comme des essaims autour des cellules des moines, pour obtenir la faveur

de le voir. C'étaient des allées et venues continuelles Quiconque pouvait

arriver jusqu'à lui, s'en retournait guéri. Les aveugles avaient recouvré la vue; les boiteux, la faculté de marcher; la parole avait été rendue aux muets; l'ouïe^ aux sourds. Il jouissait d'un pouvoir égal à l'encontre des démons, et il arrivait souvent que les possédés étaient délivrés avant de parvenir jusqu'à lui. Il guérissait aussi efficacement les maux de l'Ame, tant par la vertu de ses exhortations, que par celle de ses prières : les pécheurs pénitents s'en retournaient transformés en d'autres hommes. »

Arrivé à une grande vieillesse, et le Seigneur lui ayant révélé le jour prochain de sa délivrance, il convoqua ses frères, leur adressa ses dernières recommandations et se recommanda lui-même très-instamment à leurs prières; car, leur dit-il, le démon est toujours à redouter au moment de la mort ; si peu qu'il ait à réclamer dans les saints, il l'exagère et le réclame avec fureur.

Peu après, il tomba en langueur; mais à mesure que ses forces corporelles s'affaiblirent, son Ame sembla prendre plus de vigueur, pour s'élever vers le ciel. Enfin, après avoir reçu le divin sacrement, il s'endormit dans le Seigneur au milieu de ses frères. La mort lui fut douce, et ce fut en effet plutôt s'endormir que mourir.

Nous ignorons la date de ce bienheureux événement; car les barbares ayant ravagé et occupé le pays postérieurement, beaucoup de souvenirs ont été perdus. Nous en célébrons la mémoire la veille des nones de juillet (le 4); mais c'est le jour de la Translation de ses reliques ici à Rouen. Son corps fut déposé en un sépulcre qu'il s'était préparé dans la chapelle de la Vierge Marie, celle qu'il avait élevée dès le commencement. Les miracles qu'il avait opérés pendant sa vie, furent suivis sans interruption de ceux qu'il opéra dans le tombeau, et ceux-ci prouvèrent qu'il continuait de vivre dans le sein de Dieu. Auquel soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

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