IX.— L'Invention du corps de SAINT AUBERT
(18 juin.)
Traduit (Tun M.s. du MorU-Saini-Michel. (iV^ 34 intérieur.)
Les saints ossements du bienheureux Aubert demeurèrent ignorés longtemps dans le lieu oh le détestable Bernier les avait cachés; mais enûn il plut à Celui qui règle toutes choses selon Tordre, la mesure et le jK)ids, c'est-à-dire au Souverain Maître, de les rendre à la lumière pour la gloire du Mont, pendant le gouvernement de Richard II, duc de Normandie, et Tadministratioa de Tabbé Hildebert, qui dirigeait le monastère avec une grande sagesse.
Suivant F usage adopté par la plupart des abbés, celui-ci avait ua logement séparé et voisin de Téglise, dans lequel il couchait en compagnie de quelques moines et des gardiens de Téglise. Plus bas que le grand monastère, était la petite maison dans laquelle les précieux restes de saint Aubert se trouvaîœt recelés.
Or, elle résonnait très-souvent, ainsi que nous l'avons entendu raconter, d'une si suave mélodie, que l'Ame de ceux qui l'entendaient en était remplie d'une douceur ineffable. Ce petit logement s'appelait le trésor, et à plus juste titre qu'on ne le pensait, puisqu'il renfermait une perle plus. précieuse que l'or et l'argent. Une nuit, au contraire, ceux qui y logeaient furent éveillés par an bruit violent, pareil à celui d'un toit qui s'écroule. Surpris ainsi au milieu du silence de la nuit, ils crurent être assaillis par une bande de voleurs, se levèrent avec précipitation, allumèrent leurs lampes, s'armèrent de bAtons et coururent au lieu d'où le bruit était provenu ; or, il n'y avait personne, et rien n'avait bougé. Ils regagnèrent leurs lits , mais sans pouvoir dormir le reste de la nuit, tant l'émoi avait été grand.
Le matin venu, ils rendirent compte à l'abbé, et celui-ci à la communauté, afin d'aviser tous ensemble à ce qu'il convenait de faire. L'avis unanime fut d'accomplir un triduum déjeune et de prières, afin d'obtenir de Dieu la révélation de sa volonté , si ce bruit était un signe céleste , ou la cessation, s'il était provenu d'une illusion du démon.
La rumeur courait de longue date parmi les moines, que c'était Bernier qui avait dérobé et caché le corps de saint Aubert. Ils interrogèrent donc Foulques, qui leur montrait un si loyal attachement, pour apprendre de lui d'une manière positive , s'il n'avait jamais rien entendu dire à son oncle touchant le corps de saint Aubert, et«si, conune on le soupçonnait, ce ne serait pas lui qui l'aurait transporté. Foulques répondit qu'il savait bien que son oncle avait
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transféré en un autre lieu du Mont , et pas plus loin , les saintes reliques, puisque c'était lui qui les avait emportées; mais qu'il ignorait en quel lieu elles étaient cachées. Il ajouta, comme corollaire, qu'elles devaient être encore dans la chftsse ; car il les avait emportées ainsi sur ses épaules à la maison de son oncle, étant enfant; que depuis il n'en avait .rien revu et ne pouvait, par conséquent, rien dire de plus. Toutefois, ajouta-t-il, je me souviens que mon oncle fit établir ensuite un lambris de fortes planches sous les poutres de sa maison.
Après de pareilles révélations, chacun des moines devint plus fervent dans l'observance du triduum.
La nuit suivante, le même local retentit d'un bruit nouveau et plus fort. La troisième nuit, ce ne fut pas un bruit, mais l'apparence d'un effondrement total.
Dès lors il devint manifeste pour tous, qu'il y avait là un mystère qui demandait à se révéler. Après l'accomplissement du troisième jour déjeune, l'abbé et les religieux entreprirent de fouiller la maison de fond en comble ; mais non sans avoir adressé à Dieu une dernière et fervente prière.
Lorsqu'il y eut quelques planches d'arrachées sous les poutres, plusieurs constatèrent du haut des échelles que les interstices formaient autant de cachettes séparées, qu'il fallait visiter en détail. Us furent longtemps sans rien trouver, puis enfin , nous le tenons de ceux qui y étaient, quand ils mirent la main à celle qu'ils cherchaient, voilà que la châsse se rejeta d'un côté à l'autre comme une feuille agitée par le vent. Dès lors toute l'attention et le travail se portent vers celle-ci, l'empressement redouble, mais avec prudence. A l'enlèvement d'un dernier panneau , la châsse apparaît , Foulques est appelé , il la reconnaît sans hésiter ; on la soulève avec respect, on la descend avec précaution, on la recouvre d'une riche courtine, on la place sur une civière et on l'emporte à l'église au chant des hymnes et des cantiques.
Aux approches de la porte de l'abbaye, Hildeman, un des porteurs, se prit à douter si c'était le corps de saint Aubert qu'on emportait ainsi. Pendant qu'il roulait cette pensée dans son esprit, la châsse, qu'il avait portée jusque-là avec aisance, s'appesantit sur ses épaules, à tel point qu'il en fut accablé; ses genoux fléchirent, et il tomba la face contre terre, sans pouvoir se relever. Ce ne fut qu'après avoir confessé sa mauvaise pensée d'incrédulité et exprimé son repentir, qu'il lui fut possible de se redresser sous son fardeau, devenu désormais aussi léger qu'auparavant, et de le porter jusqu'au pied de l'autel.
Arrivé là, on étendit la courtine sur le pavé, en travers, au milieu de l'église, puis, dessus, une nappe de grande blancheur; ensuite, on retira les ossements et on les déposa sur la nappe, afin que les assistants les considérassent à loisir ; de sorte que chacun put constater l'existence du trou fait au milieu du front par le doigt de l'archange.
On trouva avec les vénérables reliques l'autel du saint ^'^ et une feuille de parchemin, à demi pourrie de vétusté, sur laquelle on put lire encore : c'est le corps du seigneur saint Aubert, évoque d'Avranches.
Tous les doutes étant ainsi levés, on plaça le saint corps sur l'autel de la
(1) Altar9 : sans doute la pierre sacrée sur laqueUe le saint prélat consacrait le corps et le sang du Seigneur.
Nota. — Les M.s. dn Mont ne donnent point les actes de saint Aubert; mais uniquement le récit des apparitions de Tarchange et de la fondation de la collégiale.
T. II. ôg
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sainte et indivise Trinité, et depuis lors il est entouré à l'tbbaye du respect et de l'honneur qui lui sont dos.