CHAPITRB XXVII. SCIENCES, LITTÉRATURE, FRANC-MAÇONNERIE
Le Tourneur mourut à Paris en 1788.
Pendant que celui-ci travaillait pour Tamour de la gloire et de l'argent, le
futur troisième consul, duc de Plaisance, prince, archi-trésorier de l'empire,
gouverneur général de la Hollande, et, à la restauration, pair de France et
grand-maltre de l'université, Charles-François Le Brun, né en 4739 à Saint-
Sauveur-Lendelin, au sein d'une famille de laboureurs, suivait la même voie
pour le seul amour des lettres, et réussissait aussi bien.
Après avoir embrassé la carrière des affaires et s'être élevé à un poste émi-
nent dans l'administration des finances de l'Etat, la disgrAce du chancelier de Meaupeou, dans laquelle il fut compris, lui créa des loisirs prolongés, de 4774 à 1789, qu'il consacra à l'étude ; il traduisit làlémsalem délivrée, et sa prose harmonieuse, presque égale à la poésie, lui valut le plus grand succès; il donna deux ans après, en 1776^ une traduction de V Iliade^ qui fut accueillie avec la même faveur. Il avait préparé une traduction de l' Odyssée qui ne parut qu'en 1819.
S'il est vrai que le style est l'homme, on peut l'affirmer du prince Le Brun: la souplesse de son esprit, la beauté et l'élégance de ses formes et de ses manières, la supériorité de son jugement, la probité de sa vie se reflètent dans ses écrits.
Il mourut le 14 juin 1824.
Guillaume-Hyacinthe-Joseph le Gentil de la Galaisière, l'un des astronomes les plus savants du siècle, fut envoyé dans l'Inde en 1761 et en 1769, aux frais de l'Etat, pour observer le passage de Vénus sur le disque du soleil. L'imprimerie royale reproduisit les mémoires de ses voyages et de ses observations, sous le titre de Voyages dans les mers de tlnde^ en deux volumes iii-4®. Il enrichit, outre cela, les Mémoires de l'académie des sciences d'un grand nombre de dissertations et d'observations astronomiques de 1 752à 1 789.
Le Gentil de la Galaisière était né à Coutances en 1725, il mourut en 1792.
Félix Vicq-d'Azir, régent de la faculté de médecine de Paris, de l'académie des sciences et de l'académie française, premier médecin de la reine Marie-Antoinette, né à Yalognes en 1748, s'acquit un renom plus grand et surtout plus populaire dans une autre branche des connaissances humaines.
92 HISTOIBJB Dt7 DlOCkSB DE COUTA>'€BS BT ATRAIfCHCS.
Le recueil des ouvrages et des mémoires qu'il publia sur la science médicale forme six volumes în-8® aveo allas io-i^. Mais son Traité (Fanatamie eê de physiologie du cerveau, édité par Didot sous le format grand in-8^ avecplanches, en 1786, et dont il n'^a paru que la première partie, aurait été plua important que tout le reste. Les événements politiques arrêtèrent la publication, et l'auteur mourut en 1794. C'est de cet ouvrage qu& Cabanis déduisit un matérialisme qui n'était pas dans les intentions de Vicq-d'Azir.
Nous devons aussi une notice aux deux frères Richer, nés à Avranches, écrivains laborieux, dont les livres eurent une grande vogue. Adrien Rieher, l'atné, naquit en 1718. Il fut avocat au parlement de Paris. Nous n'avons rien à dire de son Traité de la mort civile , %X encore moins de son autre traité sur Y Autorité du Clergé et le pouvoir du Magistrat politique, crainte de paraître abonder dans le sens de Fauteur, qui asservit l'Eglise au pouvoir temporel ; mais du moins son Recueil des Causes célèbres, en vingt-deux volu^ mes, plusieurs fois réédité, offrira toujours une ample et inoffénsive matière, sinon à l'instruction, du moins à l'emploi des loisirs de ceux qui aiment la lecture pour s'amuser et passer le temps.
François Richer mourut à Paris en 1790.
Adrien Richer naquit en 1720; il mourut en 1798, à Paris également. Il s'inspira du genre adopté par Plutarque; mais la plupart de ses Vies sont par trop écoutées; il n'est pas possible de restreindre à deux volumes in-12, la Vie des hommes illustres qui ont vécu depuis la chute de F empire romain jusqu^à nos jours , en les comparant les uns aux atUres, Il n'est pas possible de consigner en quatre volumes in-1 2 Tous les caprices de la fortune envers ceux quelle à comblés de ses faveurs ou accablés de ses disgrâces; en un volume, Im Vies des plus célèbres rfMrins ; en un volume, Les fastes de la marine française; en deux volumes. Le théâtre du monde. Mais il est des biographies isolées, celles de Bai4>erousse, général des armées navales de Soliman ; du maréchal de Tourville, du marquis du Quesne, lieutenant-général des armées navales de France, qui obtinrent un succès universel. Elles eurent plusieurs éditions coup sur coup; elles ont même été rééditées dans ce siècle.
Terminons par la mention d'un littérateur h la plume non moins vaillante
CHÀPITRB %%\IU aCIENCKS, UTTÊaATU&Ey FRANG-MAÇONIfBRIE. 93
et qui fut moina heureux que ceux - ci , parce qu'il avait mal choisi ses attndies, Tidbbé Qaude Tvou, né à Coutances en 1730. II se lin avec les euejelopédisÉes , espérant trouver auprès d'eux des moyens d'existence ; il fournit à l'Encyclopédie les articles Âme, Àthée^ Dieu, qui causèrent une grande surprise : ce n'était pas la foi qui lui manquait, mais le pain. Il approuva à titre dfe docteur, pour de Targent peut-être , la thèse de Tabbé de Prades, qui devait causer tant de scandale. On dit même qu'il avait concouru à sa rédaction ; mais il s'en défendit toujours et s'excusa sur la légèreté de son examen. Quoi qu'il en soit, il lui fallut quitter la France. Il se réfugia en Hollande, où il vécut de quelques rares aumdnes. Rentré à Paris, il n'était pas plus heureux, quand" enfin le si bon et si généreux évêque Ânge-François de Talaru lui donna un titre canonial. Pas n'est besoin de dire sa reconnaissance; mais à partir de ce moment, ses écrits prirent une couleur plus accentuée d'orthodoxie. Il avait donné pendant son séjour en Hollande un Traité de la Liberté de conscience resserrée dans les bornes légUimes. Il publia à Paris, en 1768, un Abrégé de t histoire ecclésiastiqîte en trois volumes, qui mérita les honneurs de la réimpression ; en 1776, un Traité de F Accord de la Philosophie avec la Religion, complété et réédité en 1 785 ; et enfin, en 1 779, une Histoire philosophiqtte de la religion.
L'abbé Yvon mourut en 1783, dans la retraite et honoré du titre de bibliothécaire du comte d'Artois.
Il faut convenir, toutefois, que cette littérature est bien pflle auprès de la littérature du grand siècle. Sans parler de l'élévation et de l'ampleur du style de Corneille ou de Bossuet, on n'y trouve pas la grâce et le suprême biendire des Fénelon, des Massillon, des Sévigné, l'élégance de Saint-Evremond, la pohtesse et le bon ton, cette fleur du savoir-vivre de François de Callières. Tout le monde écrit ; écrit vite, pour écrire beaucoup. Les mœurs ont baissé et la Uttérature avec les mœurs. Les encyclopédistes achevèrent de tout ruinerai mœurs et littérature. Le traducteur Pierre-Félicien le Tourneur et le prince Le Brun gardèrent presque seuls les bonnes traditions du siècle de Louis XIV, ou du moins essayèrent de les suivre ; mais avec quels patients labeurs ils conduisirent leurs œuvres à la maturité I
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Alors la littérature était réfugiée dans les loges maçonniques ; littérature creuse et sonore, comme tout ce qui est créai. Elle fera retentir pendant quatre ou cinq ans la tribune des assemblées révolutionnaires, puis se réfugiera de nouveau dans les loges '".
(1) La groBH coUectioB du Glob» contient una multitode de diacoure lonorea, on y cberche une idée.